‹ Le bureau du commissaireChapitre 32 sur 104 · UN LOCATAIRE PEU ENDURANT · texte numérisé non relu

UN LOCATAIRE PEU ENDURANT

Des voisins vivaient en paix, comme les deux coqs de la fable; un enfant survient, et voilà la guerre allumée dans la maison, comme elle le fut dans la basse-cour, à l'arrivée de la poule.

Et elle le fut si bien entre les époux Busort et le ménage Taforin, que celui-ci préféra donner congé que de conserver plus longtemps un voisinage qui devait finir mal un jour ou l'autre.

Le départ de Taforin n'a rien changé à ce qui devait arriver; il y a eu injures et giQes et voilà le commissariat de police envahi par les adversaires et leurs témoins.

Le Commissaire à Taforin : De quoi vous plaignezvous?

Taforin : Monsieur, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c'est que ces gens-là.

i)6 LE BLHEAL' DU COMMISSAIRE

^yme Busort : Nous avons un témoin qui dira ce que vous êtes vous-même.

Le Commissaire: Vous vous expliquerez tout à l'heure, taisez-vous!

Taforin: Comment, Monsieur, ces gens-là veulent m'empêcher d'aller au cabinei.

M"'' Busort : Vous n'êtes plus locataire, ayant déménagé le 8 octobre; allez à vos cabinets et pas aux nôtres.

Taforin : Monsieur le commissaire, j'ai encore quelques bibelots que le propriétaire m'a permis de déposer dans une chambre de bonne, qui est libre; alors, je viens chercher ça peu à peu; voilà comment me trouvant dans la maison et ayant besoin d'aller au cabinet, j'y avais été.

Busort : Et que je suis là, à attendre Monsieur, qui n'est plus locataire; si c'était queK|u'un de la maison, c'est bien; mais des étrangers, qu'il faut les attendre à se geler et à mouiller, pendant qu'on en prend à son aise...

.V"« Busort: Car Monsieur faisait exprès de rester longtemps.

Taforin : Exprès? Quand j'ai un cours de ventre épouvantable I

j/mo Busort : Quand on a ça, on reste chez soi, monsieur Tafoirin.

Taforin : Gomment Tafoirin?... Tafo.

Le Commissaire : Voyons, arrivez au fait.

UN LOCATAIRE PEU ENDURANT \) t

Taforln : Le fait, c'est que quand j"ai sorti du cabinet, M. Busort m'a agoni; qu'il criait au point que sa

femme est venue et la mienne aussi; qu'elles se sont dit des mots de femme et que M. Busort a fini par une

gifle qui m'a fait voir plus de chandelles qu'il n'y en a à la messe de minuit.

Le Commissaire (à Busort) : Est-ce vrai?

Busort : C'est vrai, après nous être disputés une grande demi-heure à l'occasion de ce qu'il m'avait fait attendre, ce qui me gênait énormément.

Le Commissaire : Si vous vous êtes disputés pendant une demi-heure, vous n'étiez pas très pressé.

Busoi't : Parce que, de la colère dont j'étais, ça s'était passé.

Toforin : Monsieur le commissaire, c'est pour fuir ces gens-là, que nous avons mieux aimé déménager.

ili"« Busort : Vous ne dites pas que tout ça est arrivé de ce que mon petit est revenu de nourrice, qu'il jouait <à la maison, cet enfant, et que vous ne pouvez rien endurer, ni votre dame non plus, que tout le monde delà maison vous connaît pour être toujours à vous plaindre.

Taforin : Tout le monde s'en plaignait, de votre singe, du bruit qu'il faisait!

Les époux Busort : Singe!

Taforin .- Oui, Madame, un gorille et des plus malfaisants, que toute la journée, c'était des pan! pouf! paf! les chaises, les soupières qu'il fichait tout par terre, que la maison en tremblait et même le soir jusqu'à des dix heures qu'il fallait lui chanter un tas de bêtises pour l'endormir. Et le berceau ! qu'il y en avait pour des heures, toc! toc! toc! sur le plancher.

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