U.\ JOLI TOIR DE SOCIETE
qu'il s'est défendu contre le domestique, qui voulait le jeter à la porte... sur l'ordre de M. Marion, il est vrai. C'est donc ce brave monsieur qui va nous raconter la chose :
Je ne connaissais pas cet artiste, dit-il; c'est quelqu'un de sa connaissance qui m'avait parlé de lui comme étant excessivement amusant, ayant une multitude de tours très drôles qui faisaient qu'on se tordait de rire en voyant ça. Alors je dis à cette personne : (( Ohl justement, c'est la fêle de ma fille d'aujourd'hui
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en huit ; je donne une soirée ; amenez donc votre ami, vous me ferez grand plaisir. » C'est bien, il me promet : deux jours apn'S, il me dit : « C'est convenu, il viendra. » Nous voilà tous bien contents, ma femme, ma fille et moi ; j'anonce cela à tous mes amis et parents; tout le monde se réjouit et, le soir de la fête, personnt' ne manque d'arriver de bonne heure pour être bien placé.
Vers dix heure?, mon ami arrive avec son artiste: nous voyons un garçon très bien; je lui serre la main, je le remercie ; je lui dis que s'il a faim ou soif, qu'il le dise...
L'Inculpé : Vous croyez que ça n'est pas à tuer? ce Philistin qui croit que je n'ai pas mangé. Le Commissaire : N'interrompez pas!
3/. Marion : Alors, ma fille joue un air varié et quand elle a fini...
L'Inculpé: Je l'ai avalé lair varié.
Le Commissaire : Mais taisez-vous donc, Monsieur, vous vous expliquerez après.
M. Marion: Je dis donc à ma fille : Va donc demander à cet artiste de nous faire quelque chose. Elle y va ; il s'incline poliment et ma fille accourt toute joyeuse en battant des mains et disant: « Oh! il veut bien, il veut bien. » Tout le monde fait: «Ahl » en signe de joie: on s'approche, on se serre; Monsieur s'avance; je vais à lui et je lui dis : « Oh! que vous êtes aimable de nous faire quelque chose. »
Ui\ JOLI TOUR DE SOCIETE
Il a l'air de chercher et dit : « Je ne sais pas trop quoi...» Enfin, il dit qu'il va nous faire la scène du monsieur qui démonte un piano pour chercher un sou qui est tombé dans la mécanique. Rien qu'à l'annonce, voilà tout le monde qui poufTe de rire; ma fille bat des
mains, disant : « Oh ! que ça doit être drôle ! >> C'est bon. Il commence, tout le monde se tait.
11 ôte d'abord les bougies du piano et les met par terre; après, il ôte les bougeoirs et les pose à côté; après, il démonte le couvercle du piano et il le pose à terre; après, il ôte le grand panneau de devant et il le pose également par terre ; alors il regarde dans la mé-
lli LE BUREAU DU COMMISSAIRE
canique et dit : « Je ne le vois pas !... )> et on se tord de rire. Alors, il retire la mécanique de dans le meuble, la tourne, la retourne et répète : « Je ne le vois pas. » Làdessus, il démonte toutes les touches les unes après les autres et il les met sur le parquet, à côté du reste, en disant : « C'est drôle, je croyais pourtant que mon sou était tombé dedans; il n'y est pas, je me suis trompé », et ceci dit, il s'assied et demande si on allait passer les
rafraîchissements. Je lui fais apporter le plateau, il boit, mange de la pâtisserie, ça n'en finissait pas. Enfin quand il n'y a plus rien, le garçon s'en va et je dis à Monsieur : « Je vois que ce qui va être vraiment drôle, maintenant, c'est de remonter le piano. — Ah! le remonter, je ne sais pas, dil-ii; il faudra charger un facteur de ça. »
Monsieur, vous dire la colère de tout mon monde, qui voulait danser et qui n'avait plus de piano; d'autant que son tour n'était pas amusant du tout. Finalement que j'ai dit à ce Monsieur qu'il était venu dans mon salon pour se moquer de moi.
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L'Inculiic: C'est vous qui m'avez fait inviter, et parce que je n'ai pas amusé votre société, vous voulez me faire jeter à la porte I
Tel est le joli tour de société, compliqué de coups de poing, dont notre mystificateur devra rendre compte en police correctionnelle.