‹ Le bureau du commissaireChapitre 4 sur 104 · LE COMMISSARIAT · texte numérisé non relu

LE COMMISSARIAT

La salle d'entrée, où se tiennent plus ou moins d'employés, deux inspecteurs et le chien du commissaire ,

— un ou plusieurs bancs, quelques chaises et un poêle ;

— à côlé le cabinet du commissaire, celui du secrétaire et c'est tout.

Mais, comme je le disais, il y a mobilier et mobilier : « Tenez (me disait le commissaire d'un quartier excentrique), est-il possible de rien voir de plus dégoûtant que mon installation : voilà un poêle en terre, il est crevé, hors de service; c'est un ivrogne qui l'a défoncé à coups de pied; j'ai des banquettes de toile pour mes clients et c'est bien assez bon pour eux; ils étalent

MOXOGRAPHIE DU CÛMMISSAKIAT

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dessus du cervelas, y renversent du vin, et, comme ils en ont souvent trop bu, ilsinellent les l)an(]uelt('s dans l'état que vous voyez.

Dieu vous garde, chers lecteurs, d'avoir jamais affuire dans un pareil commissariat et même dans tout autre suffisamment confortable,

XMV LK BUREAU DU OOMMHSAIHE

LE COMMISSAllŒ DE POLICE

Ce fonctionnaire n'est plus, aujourd'hui, celui à qui l'on pouvait chanter, autrefois :

Commissaire, Commissaire, Colin bal sa ménagère ; Commissaire I.aissez faire!

Il ne laisserait fias faire et enverrait Colin au poste, moins convaincu que ne l'était le chansonnier, qui lorsqu'un mari bat sa femme, dit l'our l'amour, C'est un beau jour,

Il n'est pas de ceux qui disent :

Ce n'est rien. C'est une femme qui se noie.

Il courra sur la rive, recueillera le corps ou le cadavre, enverra le premier au poste de secours, ou le second à la morgue, et du tout, dressera procès-verbal.

Comme ses bureaux, le commissaire varie selon les quartiers. Nous avons le commissaire grave, solennel et cravaté de blanc. Le commissaire bon zig, comme disent ses clients qu'il appelle volontiers : mes amis, mes enfants. C'est lui qui engage deux pochards que le vin

MONOGRAPHIE DU COMMISSARIAT

a brouillés à revenir le lendemain, certain que, d'ici là, ils se seront réconciliés, et il ne se trompe jamais. Le commissaire sans façon (jiii fume sa pipe à la porte,

en chapeau de paille; le commissaire populaire qui trinque, à l'occasion, avec le marchand de vin et lui fait sa partie de billard.

Nous avons aussi l'ancien commissaire de province qui apporte à Paris ses vieilles habitudes, comme de consulter son perroquet dans les cas embarrassants (c'est une tradition) ; cet autre encore qui, ignorant des usages parisiens;, envoya un jour au parquet un canard vivant volô, avec un scellé à la patte.

Ces naïfs fonctionnaires ont à apprendre les trucs parisiens et ils sont nombreux, celui^ par exemple du cinquième fer que les cochers de fiacre ont dans leur poche et qu'ils exhibent pour refuser de marcher, en alléguant que leur cheval est déferré.

Li: SEC n ET AI HE

Jules Noriac, dans le lOP régiment, décrit ainsi le lieutenant-colonel :

« Lg lieutenant-colonel parle comme le colonel, marche comme le colonel, rit comme le colonel, grogne comme le colonel, fait tout comme le colonel; mais il est plus vieux, pourquoi? Je n'en sais rien, c'est une affaire entre le ministre et la destinée. »

Le secrétaire du commissaire de police, lui, s'il voulait se modeler sur son supérieur, s'exposerait, à chaque instant, à des réflexions désobligeantes. En

MONOGRAPHIE DU COMMISSARIAT

effet, forcé de fnire son stage dans tous les quartiers de Paris, ses souvenirs se confondant, il pourrait grogner avec un commissaire bon enfant qui le rappellerait au calme, et rire avec un commissaire grognon qui le rappellerait à la di,snit('\

Au sur|:lu», dans un petit manuel dû, dit-on, a Joseph Prud'homme, qui l'aurait signé d'un pseudonyme pour cacher à ses contemporains qu'il a appartenu à la police, dans ce petit manuel, je trouve, à l'adresse du secrétaire, les sages conseils dont la

nullité auguste et les fleurs de rhétorique dans l'inepte trahissent leur auteur :

« Le secrétaire doit régler ses rapports avec le commissaire de police, en les basant sur leurs caractères respectifs.

« S'ils sont tendus... (Je pense qu'il s'agit des rapports et non des caractères), par suite dincompalibilité d'humeur, le secrétaire doit modifier des tendances pouvant être agressives, afin d'atlénuer celles du commissaire qui pojrrail être d'un tempérament chagrin, alral)ilaire ou d'un caraclùre personnel, voire même suffisant.

« El calnie, froid et d'humeur égale toujours, le secrélaiie pourra dissiper tous orages si préjudiciables à tous, »

Même saj^esse dans les instructions données au secrétaire, par l'illuslre calligraphe, pour qui il n'y a pas de détails insignifiants; ainsi, la façon d'attacher les pièces d'un dossier :

« Généralement, on se sert de ficelle rouge passée au bas, à gauche du recto des procès-verbaux, dans un trou pratiqué, avec un petit poinçon, dans l'angle droit, idéalement formé par deux lignes droites d'égale longueur, aboutissant, l'une au bord à gauche, l'autre

MONOGRAI'UIK DU COMMISSARIAT \Xl%.

au bas du procès- verbal. Chaque côté de ce carré a ordinairement de cinq à six centinièlres de longueur, et la ficelle a environ vingt-deux centimètres. « Avec les deux bouts, on forme un nœud. » Et avec toutes ces indications, on forme un secrétaire et quelquefois un imbécile.

Et après avoir, pendant trois ans, « dissipé des orages si préjudiciables à tous, fait de petits trous avec un poinçon, dans l'angle droit idéalement formé par deux lignes droites d'égale longueur et y avoir passé de la ficelle rouge, « le parfaitsecrétaire passe officier de paix, pour acquérir, plus tard, le titre qui lui permet de faire observer toutes les ordonnances y compris même celle qui interdit les pétards; mais celle-ci, je lui conseille de la lâcher, ayant remarqué que, chez nous, en fait de police, moins on exécute ses arrêtés et mieux on exécute ses a"enls.

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