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LES DEUX INSPECTEURS

Il y en a un jeune et un vieux. Le vieux est chargé de l'éducation du jeune. Attaché au quartier depuis de longues années, il en possède les traditions, les habitudes, en connaît tous les habitants dont

il a Vil naître un grand nombre. C'est lui qui est chargé de prendre les renseignements, confiance qu'il justifie par une discrétion sans défaillance; il porte les leltres de convocation, assiste le commis-

saire dans ses excursions ; fait les petits rapports, en style de gendarme, sur les rues barrées, les objets perdus ou trouvés, enregistre les procès-verbaux sur le répertoire, est souvent appelé. « Monsieur » le corn-

MONOGRAPHIE DU COMMISSARIAT

missaire — litre qui le tlalte délicieusement et contre lequel il ne proteste jamais.

C'est le garçon du bureau. Une casquette d'uniforme,

comme insigne. Outre le I)a]a3nge, l'alimentation des encriers et l'entretien des lampes, c'est lui qui accompagne les brancardiers à l'hôpital oîi ils transportent

les blessés, lui qui porte les pièces au parquet, les dépêches au télégraphe ; enfin fait toutes les courses.

Le chien du commissaire, c'est l'ancien porte-sonnette qui précédait, autrefois, le commissaire à baguette, dans sa ronde matinale et avertissait de son carillon, les habitants, d'avoir à balayer le devant de leur maison, ce qui, du même coup, avertissait aussi les voleurs.

On rirait aujourd'hui de l'emploi de pareils moyens; heureusement, tout progresse, la police comme autre chose : le brigandage aussi, il est vrai, et même on peut dire qu'il y a, sur celle-ci, une avance de vingt longueurs de commissaire.

En possession de nombreux secrets professionnels, on arracherait plutôt la vie qu'un rapport indiscret au chien du commissaire, bien mal surnommé, on le voit, puisque le chien rapporte sans se faire prier.

Ceux que le commissaire redoute le plus, sont les clients au caractère pointu. Il y a trois façons d'être pointu : comme une vrille, comme une épée ou comme une seringue; celle-ci est la pire et a inspiré le mot

MONOGRAPHIE DU COMMISSARIAT

fl canuler » ; ce caractère est plus particulier aux vieilles dames, et sa plus irritante manifestation est dans les plaintes que lui suggère sa tendresse pour les animaux : par exemple, contre un charretier dont les chevaux

traînent une trop lourde charge, contre des voisina qui se sont absentés en laissant enfermé un pauvi-e chien dont les plaintes trahissent l'ennui que lui cause sa solitude.

il y a aussi d'ailleurs, d'assez jolis pointus chez

WXIV LK lUREAU DL' CUMMISSAIBE

)"aulre i-exe; je mentionne au hasard, trois des exemples qui m'ont été cités:

1° Un gaillaid réclamant rintervcntion de l'autorité, pour obliger une Phryné de trottoir à lui restituer les trois francs qu'il lui a imprudemment donnés d'avance, sinon à remplir la condition dont les trois francs étaient le prix ;

1° Un locataire expulsé pour cause de termes accumulés et qui refuse de s'en aller^ disant cu'il préfère une augmentation;

3" Un excellent locataire, celui-ci: un jour, aussitôt après avoir payé son terme, il se présente chez le commissaire de police, sa quittance de loyer à la main, et demande qu'on lui légalise la signature de son propriétaire.

Ah! ces légalisations!

«Un matin, me disait un commissaire de police, je vois entrer dans mon cabinet, une grande et belle fille, blonde, fraîche, vingt ans à peine. Elle m'informe qu'elle part en Russie; puis elle me présente un certificat de son médecin, attestant qu'elle est pure comme uu lys, et elle me demande de légaliser la signature du docteur, afin de pouvoir, en Russie, produire au besoin cette pièce authentique, comme il y a quelques années, -Mlle Jeanne May. »

MONOGRAPHIE DL' COMMISSARIAT XXXV

L'honorable fonctionnaire, me disait encore ceci :

« Pour la plupart des gens auxquels nous avons affaire, surtout ceux des quartiers excentriques, un commissaire n'est pas un homme ; ils Tassimilent au médecin ou à un confesseur et lui font des confidences d'alcôve à faire rougir un souteneur. Une très jolie jeune femme vient, un jour, se plaindre à moi d'avoir été battue pnr son mari, notamment à coups de pieds dans le bas des reins où les bleus étaient marqués, et, à ma grande stupéfaction, elle releva ses jupons jusqu'aux aisselles, se courba en avant et me montra.... les bleus ! »

El les vagabonds aux métiers fantaisistes ! Aii si, pour n'en citer qu'un : le préparateur de guimauve pour chaussures, expliquant au commissaire de police que, amalgamée à du caoutchouc, on fabrique avec ce produit, des souliers qui attaquent le rhume à son berceau, c'est-à-dire par les pieds !

Gracieusement autorisé par quelques-uns de messieurs les commissaires de police à voir par moi-même les tableaux que je me proposais de reproduire, j'ai usé, peut-être abusé, de ia permission; mais j'ai du moins la certitu'je de connaître mon sujet.

XXXVI LE liUKliAU DU COMMISSAIRE

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