LA PROVIDENIIE DES CHATS
"histcrioghai'iiie des chats (on l'a même appelé l'historioîriiïe) Montcrif,en un mot, s'est • lonné la peine d'écrire tout un volume à la louange de ces Jolis félins, de célébrer en de graves épitaphes, la grâce, la souplesse et les jeux des matous défunts, de composer les fables dont des chats sont les héros, ce dont on ne peut s'étonner, quand on sait qu'Homère n'a pas trouvé indigne de sa muse de décrire la guerre des rats et des grenouilles ; que Lucien a consacré un chapitre à la louange de la mouche ; que même l'éloge des ânes a tenté la plume de plusieurs écrivains et que Charles Monselet a appelé le cochon : « Cher ange, » dans une ode chèru aux gourmands.
Du reste, l'institution fondée pour la protection des
animaux indique qu'ils sont dignes d'intérêt, et voila justifiée, par cela seul, la sollicitude de M™" Toucan (frémis de joie, ombre de Montcrif!) sa sollicitude pour les chats.
Ah ! qu'elle est loin, la brave femme, de ces gens convaincus que, les chats ayant été créés pour vivre uniquement de souris, les nourrir serait les détourner de faire la chasse à ces rongeurs ; comme elle eût été indignée d'entendre un directeur de théâtre, resté célèbre pour son économie, dire, dans un accent dejuif allemand, à propos d'une note de trente centimes de mou pour les chats : « Chats ici pour manger souris ; si mangent souris, pas besoin de mou ; si mangentpas souris, pas besoin de chats. »
Qu'on n'aille pas, au moins, croire à l'indifférence de M™^ Toucan pour les animaux étrangers à la race féline ; cette race a ses préférences, les chats sont ses enfants gâtés, il est vrai, mais elle appartient à la société née de la loi Grammont et en est un des membres les plus sensibles aux souffrances des protégés de cette institution. Elle déploie même individuellement un zèle qui lui attire de nombreux désagréments, et ce zèle a fini par inspirer un genre d'escroquerie qui a si bienréussiunepremièrefois, que son auteur, encouragé, l'a renouvelée une deuxième fois avec succès ; malheureusement, à sa troisième tentative, M™'^ Toucan, informée de la spéculation dont elle était victime^ a été raconter la chose au commissaire de police;