‹ Le bureau du commissaireChapitre 60 sur 104 · UNE MALADIE INCOMPRÉHENSIBLE · texte numérisé non relu

UNE MALADIE INCOMPRÉHENSIBLE

Il y a (nous voyons cela à chaque instant) des maladies auxquelles personne ne comprend rien: celle de M. Malsoude, par exemple qui, à son dire, déroute la Faculté; il se plaint sans cesse et a un appétit d'Auvergnat qu'il n'ose pas satisfaire de peur des indigestions; on lui recommande l'exercice et il se livre à l'exercice du bilboquet qui ne lui fait appréhender ni fatigue dangereuse, ni refroidissement; tout au plus risque-til de s'envoyer la boule dans l'œil. Il pourrait dormir toute sa nuit, mais on lui a dit que le sommeil trop prolongé épaissit le sang et il se lève avec des paupières qu'il lui faudrait volontiers ouvrir avec un couteau à huîtres. De sorte qu'avec toutes les conditions de la santé il a, jour et nuit, une garde-malade qui le soigne et lui fait son ménage.

Cette femme, la veuve Tambour, il l'a fait arrêter

pour cause de chorégraphie extravagante de l'anse du panier, et voilà maître et servante devant le commissaire de police.

— Enfin, Monsieur le commissaire, dit M. Malsoude, après avoir <'nurnéré la série ordinaire (exlraordinaire

dans l'espèce) des acquisitions faites à crédit par la veuve Tambour, alors qu'il lui avait remis de l'argent pour les payer; enfin, c'est au point que la concierge, en m"apportant mes journaux, un jour que ma bonne était sortie...

La veuve Tambour: J'étais sortie pour aller chez le

UNE MALADIE LNCOMPREHEiNSlBLE

médecin, vu que je m'élais asphyxiée avec le poêle de Monsieur, un chou de Bercy (rire du plaignant) ; oui, oh! il y a bien de quoi rire.

Le Plaignant : La concierge me dit : « Je vois avec plaisir que Monsieur va tout à fait bien. — Moi! lui dis-je avec surprise; mais je ne mange rien que des

panades et je ne bois que du laitage. — Gomment, me réplique cette femme ; mais la mère Tambour vide loas les soirs dans la boîte aux ordures, des écailles d'huîtres, des carcasses de volailles, des coques de homard, des terrines de foie gras et des boîtes à conserves ! » Voilà, Messieurs, comment la veuve 'J'ambour se nourrissait. La veuve Tamhuur : Est-ce que c'est à mon tour de parler?

Le Commissaire : Expliquez-vous?

La veuve Tambour: J'explique d'abord que si M. Malsoudé, dans l'état de ramollissement qu'il est...

Le Plaignatit : Comment Malsoudé? Malsoude.

La veuve Tambour: Malsoude, de votre nom je ne dis pas, mais mal soudé, de votre carcasse ; oui, mon commissaire, que c'est à force de faire la noce... et encore il y a noce et noce^ ainsi moi... Enfin, c'est pas tout ça... un homme que je suis obligée de le garder jour et nuit et de lui liie le journal même la nuit, comme s'il ne pouvait pas le lire par lui-même; mais il dit que j'ai une manière de lire qui l'amuse... et il rit que c'est pire qu'une Danaïde quand je lis.

Le Plaignant (riant): Pire qu'une Danaïdel... C'est pour toutes ces expressions-là que je la gardais.

La veuve Tambour: Que pendant que Monsieur ronflait dans son lit, moi j'en tombais malade avec son sou de persil.

Le Plaignant (visinl): Chouberski, donc!

La veuve Tambour: Que si je m'étais pas refaite ma pauvre eslomac...

Le Commissaire : Enfin, vous avouez?

La veuve Tambour: J'avoue que M. Malsoudé m'avait dit que je serais très bien nourrie, ayant à passer des nuits et qu'il n'est pas si malade que moi; il est dévasté, v'ià tout. Et que je ne pouvais même pas fermer l'œil quand il ne dormait pas; vu qu'il fallait que l'aille causer avec lui... et des fois qu'il se levait su-

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