UNE MALADIE INCOMPREHENSIBLE
bito et qu'il accourait... Un jour, à deux heures du matin, il entre dans la salle à manger où je dormais auprès du choufavci.
Le Plaignant (se tordant de rire) : Chouberski!
La veuve Tambour : Chou n'importe quoi, il me rendait malade; alors, mon commissaire, il medil:
« Mère Tambour! vous allezcourirm'acheter un singe!
— Un singe! que je m'écrie, à 2 heures du matin? Où voulez-vous que je trouve un singe à celle heure ici?
— Vous en trouverez où on en vend, qu'il me dit, c'est un animal amusant... »
Le Commissaire: Tout cela est inutile; reconnaissezvous les abus de confiance?
La veuve Tambour : Je reconnais que Monsieur m'ayant
dit qu'il fallait que je soye bien nourrie, je me suis bien nourrie, car, mon commissaire, si ce n'avait pas été que je pensais qu'il me coucherait sur son testament... un homme qui a six mille livres de rentes voyagères etpas de famille...
Le Plaignant : Vous faire mon héritière! comment donc.
Sur un ordre du commissaire, un garde s'avance pour conduire la veuve Tambour au Dépôt.
La veuve Tambour: Je la dirai au Tribunal, sa maladie ; il tient à la vie et ça le chagrine de vieillir.
Si l'allégation est vraie, M. Malsoude a bien tort; car comme le disait Auber: u Vieillir est encore le moyen le plus sur de vivre longtemps. »
UN HIPPOPHAGE
E corps du délit constituant, à la charge du coupable, la meilleure de toutes les preuves, il n'y a encore qu'un vrai moyen de mettre la juslice hors d'état de produire cette pièce à conviction. Ce moyen, nous le connaîtrons tout à l'heure.
Un chenapan nommé Colardon, qui l'a employé, est amené devant le commissaire de police, par des gendarmes qu'il a outragés, et qu'accompagnent une cabaretière de Bagnolet, dont il a cassé la vaisselle, plus un sieur Mulotier.
Pour procéder par ordre des faits, écoutons d'abord Mulotier:
— Ce jeune homme, que je connaissais un peu, est venu me raconter que sa mère quittait Paris pour aller habiter la banlieue, qu'il avait à la déménager
et avait, besoin d'un cheval pour atteler à une tapissière qu'il nvait louée. Je lui ai confié un cheval tout harnaché; il y a de cela trois jours et il ne m'a pas rendu mon cheval.
La cabaretière, à son tour, raconte que l'inculpé, en compagnie de douze à quatorze vauriens comme lui sont venus diner chez elle ; que tous se sont grisés, ont cassé les plats, les assiettes et les bouteilles, qu'elle a été chercher les gendarmes et qu'en les voyant, les perturbateurs ont pris la fuite, sauf Colardon que sa raideur allachait au rivage.
Maintenant écoutons un gendarme :
— Au moment où nous arrivons, mes collègues et moi, dit-il, ce particulier était en train d'avaler un grand verre de vin plein ras bords.
Colardon : Quand mon verre est plein, je le vide.
Le Gendarme : Oui et quand il est vide...
Colardon : Quand il est vide, je ie plains.
Le Gendarme : Alors, il se met à nous emberlificoter une tirade sur la gendarmerie...
Colardon : J'ai seulement dit que l'institution de la gendarmerie n'était pas faite pour la chose de bouteilles cassées chez un marchand de vin, que ça ne regarde pas les gendarmes.
Le Gendarme : C'est un paradoxe.
Colardon : Un paradoxe ! dites donc pas ça, gendarme, je sais bien ce que c'est qu'un paradoxe, j'en ai un sur ma cheminée.
UN niPPOPIIAGE
Le Cummisîaire (au gendarme) : Enfin^, il vous a outragés?
Le Gendarme : Il nous a traités de Pandores, que nous l'empoisonnions avec nos bottes; enfin, un tas de choses ultérieures et insipides.
Le Commissaire (à l'inculpé) : Eh bien, vous entendez?
VOUS dîniez joN'eusement avec une bande de vauriens; si joyeusement que vous étiez tous ivres.
Colardon : Je n'avais pas bu plus que les autres ; seulement supportant moins l.ien la boisson...
Le Commissaire : Oui, bref, votre gaieté à tous consistait à casser les plats, les assiettes et les bouteilles. Colardun : Elles étaient vides, les bouteilles. Le Commissaire : Je pense bien, tant qu'elles étaient
pleines, il n'y avait pas de danger. La marchande de vin, voyant que son établissement allait y passer, a envoyé cherché les gendarmes ; vos camarades, alors, ont pris la fuite...
Colardon : Moi pas.
Le Commissaire : Parce que vous ne pouviez pas vous tenir et par conséquent vous sauver. Les gendarmes arrivés, vous les avez outragés.
Colardon : Pour ce qui est de ça, étant en ribotle, e ne dirai pas, je ne me rappelle pas très clair.
Le Commissaire : Jlais il y a à votre charge un fait plus grave; vous avez détourné un cheval qui vous avait été confié avec les harnais par le sieur Mulotier, et ce cheval vous ne Pavez pas ramené ; qu'en avezvous fait?
Colardon : Un accident, il s'est noyé ?
Le Commissaire : Noyé où ?
Colardon : Il est tombé dans la Marne.
Le Commissaire (à la cabaretière) : Avez-vous au moins été payée de votre dîner ?
Le Témoin : J'en suis pour mes seize litres et mon feu etmapeine.
Le Commissaire : Et bien et la cuisine ?
Le Témoin : Ils avaient apporté leur viande, au moins vingt-cinq livres, des meilleurs morceaux : le filet, la culotte ; ils avaient aussi apporté six pains de quatre livres; je n'ai eu qu'à leur faire cuire leur viande.
UN HirPOPHAGE 207
Le Commissaire à Colardon : D'où venait cette viande ? vous l'aviez volée ?
Colardon : Non, mon commissaire.
Le Commissaire : Alors où l'aviez-vous achetée?
Colardon : Chez un boucher.
Le Commissaire : Quel boucher, où demeure-t-il ?
Colardon: Je ne me rappelle pas.
Le Commissaire : Allons donc I vous avez volé cette viande, vous aggravez cette situation.
Colardon : Eh bien écoutez, mon commissaire» je vas vous dire la vérité : c'était le cheval.
Le Commissaire : Le cheval que vous avez loué ?
Colardon : Vrai d'honneur, ça l'était; le reste, nous l'avons jeté dans la Marne.
Le Commissaire : Et les harnais, qu'en avez-vous fait?
Colardon : Les harnais ? Mes camarades et moi, nous nous en avons fait des bretelles.
Tel est le moyen de faire disparaître le corps du
délit; espérons que MM. les assassins ne remploieront pas pour soustraire leurs victimes aux investigations de la justice.