CE QUI NE REGARDE PAS LE COMMISSAIRE
Le Commissaire (à un agent) : De quoi s'agit-il ?
L'Agent : Cet homme accuse cette fille de lui avoir volé trois francs, ils se disputaient dans la rue, causaient du scandale et nous les avons amenés ici.
Piconelle : Faut bien, puisque vous n'avez pas voulu me faire rendre mon argent que cette fiUe-là m'a filouté, disant que cane vous regarde pas; les agents, à quoique ça sert: quand on a besoin d'eux, ça ne les regarde jamais.
Le Commissaire : Quand on leur porte des plaintes ridicules, il ont raison.
L'Agent : Il voulait que je lui fasse rendre trois francs qu'il avait donnés à une fille.
Piconelle : Mon commissaire, faites-moi la considération d'écout^^r un peu voir.
La Femme : Bon, bon; allez, je répondrai après.
Piconelle : L'affaire, c'est hier au soir, à dix heures, que c'est arrivé ; je rencontre cette demoiselle, que je la connais de quelque intimité de temps en temps. Alors je lui demande donc de monter chez elle moyen-
nant une pièce de trois francs , dont elle me dit : « Je veux bien, mais les trois francs payés d'avance. » Moi, ayant confiance dans son honneur et délicatesse, je lui donne ma pièce de trois francs; elle la met dans sa poche et elle joue la fille de l'air.
Aux mots de « fille de l'air », se manifeste l'air de la fille, qui est franchement gai.
Piconellfi : Oui, nous allons voir si vous rirez tout à l'heure. Pour lors, mon commissaire, que l'ayant rencontrée ce matin, je l'ai attrapée, que c'est là-dessus que les agents sont venus et qu'ils m'ont dit que cela ne les regardait pas.
La Fille: Oui, je les ai les trois francs, et je les garde, vu que, mon commissaire, je l'ai bien reconnu comme m'ayant fait une rosserie, il y a un mois : il monte dans ma chambre, met cent sous sur la che-