LE MUSICIEN MARCHAND DE JOURNAUX
Si Ton devait prendre à la lettre les paroles des donneurs de conseils, on serait souvent 1res embarrassé; les uns vous disent: «Pierre qui roule n'amasse pas de mousse, » et vous cessez votre mouvement stérile pour amasser de la mousse, sans obtenir plus de succès; d'autres, alors, vous disent: « Remuez-vous! cherchez ! courez après la fortune qui ne courra pas après vous. »
C'est en écoutant ainsi Pierre et Paul, que Gorchu a abouti à vendre des journaux dans les rues, et ce, après avoir roulé sa bosse sur tous les points du globe, et nulle part, il n'a fait fortune. Tailleur de son état, il raconte au commissaire de police devnnt qui il est amené par un agent qu'il a outragé, qu'il s'est trouvé à un moment dans un pays où les habitants vont tout nus; dans ce pays-là, il paraît que les tailleurs sont
obligés, pour vivre, de se faire clercs de notaires, et comme il n'y a pas de notaires, ils crèvent de faim.
Revenu en France, il a songé à utiliser dans les orchestres de bal, un talent de musicien amateur; il paraît que, sur la flûte, il est de la force de Tityre :
Tityre tu patulse recubans sub tegmine fagi.
Et avec tout cela, cet homme,qui possédait neuf cents francs de rentes, n'a plus aujourd'hui un sou à lui et il vend des journaux sur la voie publique.
Le Commmaire : Vous appartenez à une bonne famille, vous avez reçu une certaine instruction; vous aviez un bon métier, une modeste rente; comment avez-vous quitté cette petite aisance pour aller counr les aventures?
Gorchu : Parce que j'espérais trouver la fortune au lieu d'aisance. (Rire du sergent de ville, dont ie prévenu paraît ne pas comprendre la cause.)
Le Commissaire : Vous avez outragé un gardien de la paix?
Gorchu : Étant complètement ivre, je ne vous dirai ■oas.
L'agent : Cet individu, qui vend des journaux sur la voie publique, attirait les acheteurs en jouant de la flûte.
Gorchu: Parce que n'ayant pas de bals pour le moment...