LE MUSICIEN MARCHAND DE JOURNAUX
L'agent /Alors, quant il avait joué, il criait : « A bas
la République! » et tous ses journaux étaient des journaux républicains.
lp: bureau du commissaire
Gorchu: Je n'en vends pas d'autres; c'est mon opinion.
L-i Commissaire : C'est votre opinion, et vous criez : '( A bas la République? »
Gorchu : Ce qui prouve que j'étais en ribotte, vu mes opinions radicales.
L'agent: Comme il faisait du scandale et causait
des rassemblements, je l'ai enga.qé à se taire et à vendre ses journaux tranquillement.
Gorchu: Vous m'avez traité de loupeur.
L'agent : Alors, il m'a appelé cantaloup.
Gorchu : Si vous ne m'aviez pas coupé la parole en m'arrètant par le bras, ça ne serait pas arrivé.
Le Commissaire : Enfln, avez-vous traité l'agent de cantaloup?
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Gorchu: Mais pas du tout, mon commissaire, je lui réponds: « Je veux bien me taire, mais quant à lou...» J'allais dire : « Quant à loupeur » je proteste, il m'empoigne à moitié du mot, ce qui faisait quant à lou, et il a cru que je le traitais de melon.
Zc Commissaire : Vous donnerez cette explication aux juges de la police correctionnelle; mais il est douteux qu'ils l'acceptent.
ou L'ON TROUVE UN LIT ON SE COUCHE
Malgré l'absence de renseignemenls sur li^ sort fait à sa petite famille, par un joli pochard aïnené au commissaiiat, on aurait tort de parier, ne fut-ce que deux suus, que la femme el les cinq enfant? de cet ivrogne n'ont rien à souhaiter comme féliril''.
Il se nomme Liénard et est tailleur de pierres. A plus de minuit, il s'est introduit chez une brave ouvrière occupée à son travail, et cela, pour une raison absolument extraordinaire.
Nous di.-ons « brave » el c'est vraiment le mot. En effet, on ne trouverait pas beaucoup de femmes seules, ouvrant la porte, en pleine nuit, à un visiteur qui se borne à y frapper avec persistance sans répondre à la question : « Qui est lu? »
Ecoutons cette crâne jeune fille :
Entre minuit et une heure, dit-elle, j'iUais en
Irain de travailler, lorsque j'entends frapper à ma porte. Je crie : « Qui est là? » on ne me répond pas, mais on recommence à cogner : je répète : '< Qui est là ? « toujours pas de réponse ; mais les coups redoublent; api'ès les coups de poing, on tape
à coups de pied. Alors, je vais ouvrir et je vois cet homme que je ne connaissais pas. Je lui demande ce qu'il veut; il ne me répond pas. Je répète ma question; il me dit alors : « Je viens me coucher ; » là-dessus, il me prend par le bras, me jette sur le carré et s'enferme à clé. J'ai été réveiller le propriétaire de
ou L ON TROUVE VS LIT ON SE COUCHE
l'hôlel, et il a envoyé chercher des sergents de viJle.
Le logeur, entendu, nous apprend la suite de l'aventure :
— Je monte à la chambre de M"^ Tréjant, dit-il ; je frappe à sa porte ; on ne me répond pas. Impossible d'ouvrir : la clef était en dedans. J'ai été obligé d'entrer par la fenêtre. L'individu était couché et dormait; j'ai eu une peine du diable à le réveiller
l-lnfinj'y parviens; il me regarde comme un ahuri et me demande ce que je lui veux. Je lui réponds que je veux qu'il s'en aille. Alors il me dit : « Tu sais, ma vieille... comme Mac-Mahon : j'y suis, j'y reste ! » Làdessus, il se retourne vers la ruelle et se l'emet à dormir.
Voyant cela, je vais chercher deux gardiens de la paix; je les amène; le pochard était reparti à dormir. On le réveille : il se fiche en colère. « Encore! crie-t-ii ; on
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ne veut donc pas me laisser pioncer? » Bref, les agents ont été obligés de le jeter en bas du lit ; ils lui ont mis de force son pantalon, l'ont habillé et, enfin, l'ont emmené au violon.
Tels sont les faits.
Le Commissaire (à l'inculpé) : Comment, vous vous introduisez, à une heure du matin, dans un hôtel garni, vous allez frapper violemment et avec persistance à la porte d'une locataire occupée à son travail; cette malheureuse a l'imprudence d'aller vous ouvrir ; vous entrez chez elle et vous vous couchez dans son lit ; est-ce que vous connaissiez cette personne?
L'Inculpé : Nullement!
Le Commifsaire : Eh bien, alors, pourquoi vous êles-vous emparé de son lit?
L'Inculfé : J'étais si loin de chez moi, je demeure rue de Crimée, j'étais en ribotle, je ne pouvais plus marcher.
Le Commissaire : Et c'est une raison pour s'introduire chez les gens et leur prendre leur lit? Ce n'est pas tout; non seulement vous avez pris le lit de la locataire, mais elle, vous l'avez jetée à la porte et vous vous êtes enfermé.
L^ Inculpé: Je ne l'ai pas empêchée de se coucher, au contraire, je lui ai dit : « Il y a place pour deux ; » elle n'a pas voulu ; elle faisait une vie !... elle m'aurait empêché de dormir.
ou l'un TROLVt: LN LIT ON SK COLCIIK 'Ho
Le Commmaire : Et pour dormir à votre aise, vous avez trouvé tout naturel de la je!er dehors.
L'Iiiculp'^ : Étant en ribotte...
Le Comm ssaire : Oui. (A la plaignante) : Mademoiselle;, jc vais faire prendre des renseignements sur cet hotnme...
L'Inculpé : On le peut, je suis un bon ouvrier, père de famille, avantageusement connu.
Le Commissaire : Et si ce Vi'est ni un vagabond, ni un malfaiteur, il ne restera qu'une fantaisie d'ivrogne; il n'y a pas violation de domicile, il n'y a pas vol et, sauf une petite violence, je ne vois pas de délit bien caractéi-isé. (Aux agents) : Reconduisez cet homme au violon ! A la plaignante). Vous pouvez vous retirer, Mademoiselle. On vous citera, s'il y a lieu.
L'Inculpé (sortant entre di'ux agenlsj : Un cheveu, sur mon honnêteté, il n'y en a pas, j'avais envie do dormir, v'ià tout ; bon père, bon mari...
(Il sort.)