‹ Le bureau du commissaireChapitre 89 sur 104 · LA DERNIÈRE CARTOUCHE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE CARTOUCHE

N a fait dans le temps un joyeux vaudeville sur le Monsieur qui suit les femmes. 11 est à peine utile de dire que le théàti e ne reposant pas d'ordinaire sur des exceptions, ce n'est pas un vieux monsieur qui était le héros de l'aventure.

S'ensuit-il que les jeunes et jolies promeneuses puissent traverser une rue déserte sans avoir rien à redouter de la part des vieux messieurs? Il ne faudrait pas en mettre sa main au feu.

La preuve : M. Flécheux inculpé d'outrage public à la pudeur.

Simple tentative avortée serait peut-être plus exact, et qu'on ne se hâte pas de supposer que l'àge avancé du vieux monsieur expliquerait cet insuccès, il s'en formaliserait; la vérité est qu'aux cris poussés par la dame, des passants sont accourus, puis des gardiens de la paix qui, après avoir reçu la déclaration de la jeune femme et pris son nom et son adresse, ont emmené le vieux monsieur au poste, oîi il a passé la nuit; voilà tout simplement ce qui a mis lin à [entreprise du don Juan septuagénaire; nous allions dire : en cheveux blancs. Mais soit que le bonhomme y ait mis bon ordre, soit qu'il n'y ait là rien que de naturel, ses cheveux sont d'un châtain clair sans mélange.

A dix heures du malin, après une nuit passée au violon, il est amené au commissariat, où arrivent bientôt la jeune femme outragée et une vieille dame qu'elle amène comme témoin du fait dont elle se plaint.

J'avais, dit-elle, dîné chez ma mère, mon mari étant en vovage, et je rentrais chez moi vers dix heures, lorsque, tout à coup, je suis accostée par ce vieillard....

M. Flécheux (vexé) : Yieillard !

Le Commissaire : Ne voulez-vous pas qu'on dise : Ce jeune homme?

M. Flécheux : Entre jeune homme et vieillard...

Le C ommissaire : Enfin, vous avez soixante-dix ans?

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M. Fléckeux : Soixaiile-neuf, et on n'atrailleurs que l'âge qu'on paraît.

Le Commissaire /C'est un bruit que font courir ceux qui ne savent pas vieillir. (A la dame) : Continuez.

La Dame : Ce vieux bonhomme... (grimace du vieux

monsieur) me dit quune jeune femme seule peut être insultée et il m'offre son bras pour me reconduire. Je le prie de me lais.-er tianquille et je veux passer outre; il me prend alors pai" la taille, m'attire à lui, veut m'embrasscr, m'emmener souper: puis je sens ses mains qui s'égarent; alors j'ai crié : « Au secours! >. des

passants puis des agents sont accourus. Monsieur alors de feindre l'ignorance et de dire qu'il ne savait pas ce que j'avais. Je lui ai reproché sa conduite; il a nié, et tout le monde s'en est allé en riant de lui, en le plaisantant ; il n'est resté là que Madame c]ui a consenti à me servir de témoin.

La vieille dame donne son nom : veuve Dardembœuf, soixante-cinq ans, rentière. Elle paraît cacher quelque chose sous sa pelisse.

Le Commissaire : Dites ce que vous savez, Madame.

La Vieille Dame : Vers dix heures du soir (grognements sourds parlant de dessous la pelisse), j'arrivais au moment... (elle frappe sur sa pelisse), au moment où... (aboiements). Teux-tu te taire? (nouvelle claque), au moment où... ,'nouveauxaboiements plus accentués).

Le Commissaire : Mais vous avez donc un chien sous votre véteinenl?

La Vi'illr Dame : Oh ! un petit chien, tout petit. (Il aboie; elle claque.) Veux-tu te taire, Pyrarae !

Le Commissaire : On n'entre pas ici avec des chiens.

La Vieille Dame : C'est fini. Monsieur, il ne dit plus rien. (Flattant son chien par-dessus les éloffes) : Sois gentil, mon bibi.

Le Commissaire : Enfin, avez-vous vu la scène qui s"est passée entre ce vieillard et une jeune femme?

La Vieille Dame : Je n'étais pas au commencement.

Le Commissaire : Alors, que s'est-il passé à la fin ?

La Vieille Dame .'Ah ! à la fin, j'étais derrière le

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