A L ŒIL
Le Commissaire (à rinculpé) : Qu'avez-vous à dire?
U Inculpé : Mon commissaire, d'abord pour les outrages, ce que dit le sergent de ville est sans fondement, au respect que je vous doi;^, vu que c'est au mar-
chand de vin que j'adressais les mots infectueux que Monsieur l'agent m'accuse; vu que j'avais payé à son garçon avant de m'en aller et qu'il vient m'agonir devant le monde; est-ce que c'est de ma faute si son garçon est un filou ?
/<•? Commissaire : Et sur le fait de mendicité, et sur
l'emplâtre dont vous n'aviez p;is besoin? La preuve, c'est que v(tus vous trompiez d'oeil: il est certain que vous racontiez l'histoire de la balle de Montretout, en demandant l'aumône.
Llncxlfjé : Je vas vous dire; il y a pins de vingt ans queje porte un emplâtre, un jour sur l'œil droit, et le lendemain sur l'œil gauche.
Le Commissaire : Pourquoi faire?
Ulnudjé .-Vous allez comi)rendre ça tout de suite, c'est bien simple; comme ça, je ne m use qu'un œil à la lois, [)uisque chaque œil ne travaille que tous les deux jours, ce qui fait que quand j'aurai soixante-dix ans, j'aurai mes yeux de trente-cinq ans.
Et voilà un homme à qui nous devons un moyen de conserver nos yeux, auquel les oculistes n'avaient jamais songé; c'est pourtant bie.'i simple ; mais il y a gros à parier que le Tribunal ne lui en tiendra pas compte.