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Le but de la théosophie

La Théosophie n’est pas une religion, avec un credo ou un code de doctrines auquel ceux qui l’adoptent doivent préalablement souscrire. Une croyance erronée qu’elle est réellement une foi spécifique ayant peut-être pénétré l’opinion publique du Monde Occidental (si tant est que le sujet ait attiré l’attention d’une façon quelconque durant les dernières années), l’objet de la présente exposition est de montrer quels soht réellement le caractère général et les tendances de la pensée théosophique, et d’indiquer d’une manière simple et concise ce qu’enseigne et comporte l’étude de la Théo-

sophie, ainsi que l’effet de la connaissance à laquelle elle conduit, touchant la vie, les labeurs et les rapports avec leurs semblables, de ceux qui essayeront de profiter de ses enseignements et d’y conformer leurs actions. D’une façon générale, on ne niera pas que depuis bien des années la pensée intellectuelle et la recherche scientifique n’aient penché vers le matérialisme et l’agnosticisme. La Théologie est discréditée parce qu’elle était défendue et enseignée par des hommes qui, au lieu de se vouer à l’étude età la science de la spiritualité, se sont contentés de répéter, comme des perroquets, dans la plupart des cas, les phrases de ceux qui les avaient précédés, ces phrases ayant été le plus souvent originellement formulées de façon à rendre leur acceptation par les hérétiques plus difficile en même temps que plus définitive, et non point pour qu’on puisse y découvrir une valeur réelle ou une vérité spirituelle cachée. Autrement dit, ils se sont cramponnés aux dogmes de leurs religions au lieu de suivre l’esprit de l’enseignement contenu dans les paroles de leurs divers instructeurs. En dépit de cette tendance intellectuelle vers le Matérialisme, il reste cependant dans la nature humaine une aspiration vers la croyance

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en une vie future ; et les pages suivantes ont pour but d’indiquer comment l’étude de la Théosophie, ou, comme on pourrait aussi bien l’appeler, de la Doctrine Esotérique, montre, entr’autres choses, la raison de cette aspiration

instinctive et à quel résultat elle conduira sûrement et nécessairement, dans les races futures de l’humanité.

Comme la Théosophie n est pas, au sens ordinaire du mot, une religion, à peine une philosophie, elle est ouverte à tous et comprend parmi ses étudiants des représentants de toutes les formes de croyances religieuses du monde, ainsi,quç de nombreuses personnes n’en ayant aucune.'Elle apprend à rechercher la vérité fondamentale qui est également à la base de toute croyance, philosophie ou science ; à discerner et à écarter l’édifice élevé par la superstition, la persécution,l’amour du pouvoir, l’ignorance et la bigoterie de l’humanité, et à mettre ainsi en lumière le fait qu’une seule vérité pénètre toutes les religions, si divergentes quelles puissent nous apparaître ; cette vérité étant la Sagesse Divine des anciens, qu’on retrouve semblable dans les écrits symboliques de la Kabbale, les livres d’Hermès, les Yédas et

autres livres sacrés de l’Orient, dans le Talmud,

le Koran, notre propre Bible, aussi bien que dans les enseignements de Pythagore, de Socrate et de beaucoup de nos philosophes plus récents. Cette Religion-Sagesse, qui est le germe de vérité existant dans chaque forme de croyance digne de ce nom, était déjà sur notre planète avant l’apparition d’aucune des croyances de la chrétienté, avant même que les religions de l’Orient, encore plus anciennes, aient été formulées. Ceci est confirmé parle fait que les Védas, qu’on croit être les plus anciens livres du monde, ont, avant d’être recueillis par écrit, été transmis verbalement de prêtre à prêtre, la connaissance réelle renfermée dans la doctrine étant considérée comme d’un caractère trop sacré pour être confiée à d’autres qu’à ceux qui avaient voué leur vie à l’acquisition de cette sagesse mystique. # Et, jusqu’à nos jours, la signification réelle de ces livres ne peut être comprise par leur simple lecture, même par les meilleurs Sanscritistes Hindous, car par un changement dans l’intonation ou une variation de la voix, un sens entièrement différent est donné aux paroles écrites. Conséquemment, un étudiant en occultisme désirant acquérir la connaissance cachée que ces livres renferment indubi-s

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tablement, devra se les faire réciter par sou Gourou (maître), lequel, graduellement, en même temps que l’élève avancera, en donnera la véritable interprétation symbologique.

L'âme à la recherche de la vérité trouvera que la Théosophie renferme une source inépuisable de connaissance, dans chacun des domaines de la pensée, sur le plan spirituel comme sur le plan physique. Il n’y a point de science, d’art, ou de recherche intellectuelle vers quelqu’objet qu’on se dirige, qui ne soit compris et pénétré par la Ihéosopnie telle qu’on la comprend de nos jours; son étude ne peut que rendre toute créature humaine plus sage et plus élevée.

Une des premières vérités qu’un étudiant doive comprendre est celle de la Réincarnation ou évolution de l’esprit. On "trouve qu’une croyance en cette doctrine pénètre presque toutes les anciennes philosophies, et elle se recommande aux esprits sérieux par le fait qu’elle explique d’une façon satisfaisante les inégalités de conditions qu’on peut observer partout autour de nous, à la fois dans le règne animal et dans l’humanité. Comment serait-il possible, autrement, de justifier l’injustice apparente du sort d’un homme qui naît dans une misère

et dans un dénuement absolu, dans une condition où le progrès, ou même tout désir de progrès est impossible ; tandis qu’un autre homme qui n’est apparemment pas plus méritant, est entouré d’amis, de luxe et de tout ce qui peut rendre la vie désirable ? Gomment expliquer la condition des aveugles, des infirmes, des tarés et des hommes qui sont moralement dégénérés, comparée à celle des personnes ayant la beauté des formes, une santé robuste, un caractère droit, et l’usage de tous leurs sens, si ce n’est par cette théorie que tous progressent graduellement, s’améliorant non seulement matériellement, mais aussi moralement et spirituellement ? Pourquoi devrions-nous accepter la théorie de l’évolution jusqu’à un certain point, seulement, et ensuite la rejeter brusquement en disant : voici la fin du processus évolutif, ici tout progrès cesse ? N’est-il pas plus raisonnable de penser, en raisonnant par analogie, que la Nature ayant, par une longue évolution à travers les formes nombreuses et variées des règnes inférieurs, formé l’humanité telle que nous la connaissons, ne s’arrête point là et continue à progresser avec un espoir infini de développement psychique et spirituel. On commence seulement à se

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rendre vaguement compte que cette évolution est possible, mais avec le temps cette possibilité de progrès deviendra un fait généralement accepté, car les ' facultés psychiques seront alors l’apanage de la majorité, tandis que de nos jours elles sont rares et très exceptionnelles. Quand l’évolution spirituelle aura atteint ce point, il y aura une plus grande différence entre les races humaines pourvues de ces facultés et celles ne les possédant pas, qu’il n’y en a maintenant entre les Indiens de l’Amérique du Nord et les races les plus hautement civilisées. Les entités ou egos occupant les corps des races sauvages et barbares, se réincarneront, au moment voulu, dans les corps d’hommes un peu plus élevés sur l’échelle de la civilisation, accumulant ainsi, lentement et graduellement, l’expérience nécessaire à un développement supérieur, progressant et s’améliorant constamment.

Il n’est pas nécessaire d’arguer ici pour ou contre cette doctrine, il est suffisant de montrer très brièvement qu’elle doit faire partie de l’édifice constitué par les enseignements tliéosophiques. Le lecteur cependant ne doit pas croire que par la réincarnation nous entendions la transmigration des âmes hu-

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maines dans les corps d’animaux, ou même leur régression dans les formes inférieures d’existences humaines; car ceci ne mériterait guère le nom de progrès spirituel. 11 est aussi impossible pour un étudiant de la tbéosophie de croire qu'un ego humain peut rétrograder en passant du corps d’un Européen cultivé à celui d’un Esquimau ou d’un sauvage, qu’il le serait pour un partisan de la théorie de l’évolution de Darwin de penser qu'un homme puisse dégénérer en singe ou un éléphant en chenille. Il importe d’avoir constamment présent à l’esprit le perfectionnement graduel mais certain de toutes les choses qui sont sur la surface du globe ; depuis le minéral et la plante jusqu’à l’homme et depuis l’homme jusqu’à Dieu. Il ne faut cependant pas croire que par ce mot nous entendions le Dieu anthropomorphique ou personnel du Christianisme orthodoxe. Nous l’employons ici comme étant le seul terme dont nous disposions pour exprimer ce qu’on décrit de diverses manières comme « Pouvoir Absolu », « Unité suprême »,« Ultime Réalité », « Esprit divin », etc., ce dont on retrouve la manifestation dans toutes les choses, animées ou inanimées, qui nous entourent.

C’est l’éveil en nous de cet Esprit Divin qui

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donne naissance, en certains cas, au sentiment d’une certitude sur la vie future, dans d’aulres cas, à un désir inexprimable qu’il en soit ainsi ; c’est ce sentiment appartenant au corps, bien qu’en étant cependant indépendant, qui donne aux ardents chrétiens, ou aux fidèles de toute autre religion, de quelque pays ou époque qu’elle soit, l’espoir et l’assurance d’une félicité céleste après la mort.

De cette doctrine de la Réincarnation dépend celle non moins importante du karma : la loi de cause et d’effet mise en opération par le mérite ou le démérite des actes d’une personne dans chaque vie.

Chaque individu produit du karma, bon ou mauvais, dans chacune des actions et des pensées de sa vie journalière ; en même temps qu’il use dans cette vie le karma produit par ses actes et ses désirs dans la précédente. Quand nous voyons des personnes affligées d’une affection héréditaire, nous pouvons en déduire, sans crainte de nous tromper, que ces affections sont les résultats inévitables de causes mises en mouvement dans une vie antérieure. On pourrait objecter que comme ces affections sont héréditaires, elles ne peuvent avoir aucun rapport avec une vie antérieure; on doit se rappeler

que l’Ego, le vrai homme, l’individualité, n’a pas son origine spirituelle dans les parents au moyen desquels il se réincarne, mais au contraire qu’il est poussé par les affinités que son mode de vie antérieur attire autour de lui, dans le courant qui l’emporte, quand arrive l’époque de sa réincarnation, vers le foyer qui est le mieux préparé pour le développement de ces tendances. Ainsi, pour donner grosso-modo un exemple, un enfant aveugle-né n’est pas plus la victime d’un accident ou de la malchance, qu’une personne qui mange ou boit des aliments dont l’ingestion doit fatalement amener des effets désagréables, uniquement parce que ces mets lui semblent agréables au goût.

L’Ego de l’aveugle, en raison de vices particuliers ou de qualités provenant de son incarnation précédente ou peut-être à cause d’une tendance générale et irréprimée à faire le mal, s’est entouré d’affinités qui l’entraînent éventuellement dans les canaux qui le placeront inévitablement dans le corps d’un enfant aveugle, pour y user son vieux karma, tandis qu’il en fait un nouveau, duquel il se libérera sans cesse, s’améliorant et se purifiant constamment ; jusqu’à ce que, comme nous l’avons dit plus haut, la race humaine devienne de plus

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en plus parfaite et en quelque sorte divine. Ici, on peut faire remarquer que la race humaine en masse s’améliore et progresse vers un état d’évolution beaucoup plus élevé que tout ce que notre état actuel, à cause de notre grande matérialité, nous permet de concevoir; mais il y a des exceptions individuelles à ce constant avancement et quoique ces exceptions, comparées avec l'ensemble, ne constituent qu’un pourcentage infinitésimal, elles forment cependant une classe distincte, et leur désintégration éventuelle s’opère sur le plan astral, après que la partie spirituelle de leur nature a été, à travers de successives réincarnations, réprimée et broyée jusqu’à ce quel’égo se soit, enfin, séparé de ce qui seul peut lui donner l’immortalité (1).

Un des chapitres suivants, traitant de la constitution de l’homme, exposera plus clairement cette partie de la doctrine.

Cette doctrine du karma, quand elle est bien comprise, est dé naturé à conduire et à aider ceux qui comprennent sa vérité, à mener un genre de vie plus haut et plus élevé ; car il ne

(1) L’Ego dont il est ici question est la personnalité : l 'Ego impersonnel ne saurait périr. (Note de l'éditeur français.)

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faut pas oublier que non seulement nos actions, mais aussi nos pensées, sont infailliblement suivies par une foule de circonstances qui influenceront en bien ou en mal notre propre futur, et ce qui est encore plus important, celui de beaucoup de nos semblables. Si nos péchés n’avaient jamais que des effets restreints à nous-mêmes, leur effet sur le karma du pécheur n’aurait qu’une importance secondaire.

Le fait, que dans la vie, à chacune de nos pensées et de nos actions correspond, pour le bien ou pour le mal, une certaine influence sur les autres membres de la famille humaine, tend à donner un sentiment très net de la justice, de la moralité et de l’abnégafion si nécessaires à notre bonheur et à notre progrès futur. Lorsque nous avons commis un crime ou envoyé une pensée mauvaise, notre action est irrémédiable ; tous les repentirs de la terre seraient incapables d’en arrêter les futurs effets. « Les conséquences d’un crime peuvent-elles être évitées, même si le crime lui-même a été pardonné? Les effets d’une cause ne sont jamais limités à cette cause seule, pas plus que les résultats d’un crime ne peuvent être restreints au coupable et à sa victime. Chaque action bonne ou mauvaise comporte des effets, aussi tangibles que ceux pro-

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duitspar une pierre qu’on jette dans une eau tranquille (1). » Le repentir, s’il est sincère, empêchera un homme de répéter ses erreurs ; mais il est impuissant à le préserver, lui et les autres hommes, des effets d’actions déjà commises, ces effets pèseront sur lui irrémédiablement, dans cette vie ou dans sa prochaine ré-, incarnation.

Si les hommes et les femmes avaient cette loi de karma bien présente à l’esprit et y conformaient leurs vies, ils auraient moins à répondre, plus tard, pour le mal fait à leurs semblables. De plus, la morale de cette doctrine enseigne qu’il ne suffit pas de s’abstenir de faire le mal, mais qu’il faut aussi faire le bien d’une façQii active ; et la Fraternité Universelle est une des plus grandes leçons de la Théosophie ; correctement interprétée elle signifie le désir généreux et partant du fond du cœur de faire du bien à l’humanité. Presque tous les hommes, si humble que soit leur position, peuvent, d’une façon ou d’une autre, par leurs paroles ou par leurs actions, aider à consoler ou à réconforter leurs semblables. Combien plus grand est, par conséquent, le pouvoir des classes

(1) Isis Unveiled . Volume II p. 542.

éduquées? C’est à ces dernières que ces paroles s’adressent. La philanthropie leur est ouverte sur deux plans, le physique et le spirituel, car elles sont à la fois capables d’agir et de penser ; et cette philosophie enseigne que, dans certains cas, les pensées peuvent être encore plus importantes que les actes, car ces derniers, étant en opération sur le plan matériel, affectent seulement la vie physique dans les vies suivantes, tandis que les premières, appartenant au plan supérieur, ont des conséquences encore plus étendues, qui affectent l’existence spirituelle, laquelle est l’existence réelle.

Le karma produit par nos actions et nos tendances générales décide de nos incarnations futures sur cette planète ; celui qui est dû à nos travaux intellectuels et à notre pensée, affecte plus directement notre condition spirituelle dans l’au-delà, déterminant la durée et le caractère de notre félicité céleste, laquelle précède notre réincarnation sur le plan matériel. Ainsi, tandis que nous dévidons l’écheveau de notre vie terrestre, nous laissons derrière nous une suite d’événements qu’aucun repentir ne peut racheter, et qui produiront, avec une certitude absolue, leurs résultats inévitables dans la réincarnation suivante, ces résultats étant :

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la pauvreté, la richesse, la situation, la maladie, les tares physiques, la privation d’un ou de plusieurs sens, le bonheur, la misère, le désir de faire le bien sans en avoir les moyens, le pouvoir de faire le bien sans en avoir le désir, etc. Ces états de bonheur et de malheur, et toutes les afflictions et les bénédictions auxquelles l’humanité est sujette, sont dus, non pointau caprice d’une seule naissance, ou d’une seule vie, mais sont les conséquences directes de tendances antérieures, ou d’actions commises autrefois par 1 individu.

Ceci est une description sommaire de la grande loi de karma. 11 y a naturellement des détails nombreux et de multiples conséquences qu'il serait déplacé de traiter dans un ouvrage élémentaire comme celui-ci. Le lecteur, dès qu’il sera intéressé par la philosophie, pourra recueillir des informations plus complètes dans les nombreux livres qui ont trait à ces questions.

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