CHAPITRE II
Comme il a déjà été dit, la Sagesse antique a été la base et l’essence de toutes les grandes religions populaires. Les excroissances malsaines, filles du temps et des passions humaines qui maintenant les submergent, découvrent, lorsqu’elles sont balayées, la vraie révélation encore intacte et sauve.
En quoi cette Sagesse divine consiste-t-elle réellement, d’où vient-elle, par qui a-t-elle été enseignée et dans quel but?
Si nous jetons un regard en arrière sur les enseignements du passé, nous pourrons observer que les membres les plus instruits de la
société ont toujours été en possession de connaissances dont on considérait la diffusion dans les masses comme étant inopportune. Dans les temps les plus reculés dont l’histoire fasse mention, la classe la plus élevée, et au point de vue moderne, la seule ayant une érudition quelconque, était composée de ceux qui avaient été initiés à la science des arcanes par les hiérophantes des mystères. « Chaque nation avait ses mystères et ses hiérophantes... qui seuls pouvaient conférer la redoutable science contenue dans la Merkaba (1). » Ceux qui avaient la garde de cette religion sacrée étaient les magiciens, mot venant de « Mage » ou « Magian » ; la Magie était considérée à cette époque, à bon droit d ailleurs, et elle 1 est encore, comme étant une science divine, son étude conduisant à la connaissance des œuvres cachées de la nature, parle développement des facultés spirituelles, inhérentes à l’homme. Car, pour arriver à l’état de développement nécessaire à la compréhension et à la perception de ces opérations invisibles, tout en étant incarné, l’initié doit avoir mené une vie d’une pureté absolue à tous les points de
(1) Isis Unveiled.
vue; dans ses actions, ses pensées, ses mobiles, ses aspirations et ses désirs. Ce ne sont pas les classes sacerdotales de la Perse qui ont découvert la magie, comme ce mot pourrait le faire croire. Ceux-là étaient appelés mages qui étaient versés dans cette science.
L’étude des documents occultes antiques montre que la magie a été connue et pratiquée depuis le temps des anciennes races humaines. La citation suivante d ’lsis dévoilée pourra contribuer à éclairer le lecteur sur ce point : « Ce que nous désirons prouver est que, sous toutes les religions populaires anciennes, était cachée la même antique doctrine-sagesse une et indivisible, professée et pratiquée par les initiés de chaque pays, qui seuls étaient conscients de son existence et de son importance. Il est, à l’heure actuelle, impossible à l’humanité de découvrir son origine, ainsi que le processus exact par lequel elle est venue à maturité. Un simple coup d’œil suffît, cependant, pour nous assurer qu’elle n’a pu atteindre à la merveilleuse perfection que nous dépeignent les reliques de divers systèmes ésotériques, qu’après une longue succession de siècles. Une philosophie aussi profonde, un code moral aussi
édifiant, et des résultats pratiques aussi concluants et aussi uniformément démontrables, ne peuvent être le résultat d’une génération ou même d’une seule époque. Les faits ont dû être • ajoutés aux faits, les déductions aux déductions les sciences ont dû donner naissance à d’autres sciences, et des générations sur générations d’intelligences les plus brillantes, parmi les humains, ont dû réfléchir sur les lois de-la nature, avant que cette ancienne doctrine ait pu prendre une forme concrète. On trouve la preuve de cette identité de doctrine fondamentale des anciennes religions, dans la prédominance d’un système d’initiation parmi les castes sacerdotales qui avaient la garde des toutes puissantes paroles mystiques, et dans la manifestation publique d’un empire phénoménal sur les forces naturelles, indiquant l’existence de rapports avec des êtres surhumains. L’accès aux mystères de toutes ces nations était surveillé partout avec le même soin jaloux, et la peine de mort était généralement appliquée
aux initiés,à quelque degré qu’ils appartinssent, qui divulguaient les secrets à eux confiés. Tel était le cas dans les Mystères Bachiques et Eleusiniens, chez les mages Ghaldéens et les hiérophantes Egyptiens ; et chez les Hindous, / 2
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dont tous les précédents héritèrent, la même règle a prévalu depuis les temps les plus reculés. »
Plus loin, nous lisons encore : « Les mystères sont aussi vieux que le monde, et une personne possédant bien les mythologies ésotériques des divers peuples peut, en suivant leurs traces, remonter jusqu’à la période pré-Védique, aux Indes. »
Ainsi on peut voir que la connaissance et la pratique de la science occulte peut être suivie dans le passé, aussi loin que les documents les plus anciens de l’histoire, et, dans chaque génération successive, les étudiants et les pratiquants de ces doctrines ont toujours compté parmi les plus brillants esprits de leur temps.
A certaine époque, nonobstant, la pratique de l’occulte recherche fut l’objet de persécutions, de tortures et de mort; elle comportait cependant un désir si ardent d’acquérir de nouvelles connaissances, que nulle crainte ne fut capable d’arrêter les hommes de science qui avaient commencé cette étude. On peut croire, sans risquer de se tromper, que quelque chose de plus important que des résultats théoriques poussait ceux qui risquaient leurs
ESQUISSE D’HISTOIRE OCCÜLTE
vies et leurs réputations par dévouement à ce qu’on appelait, vulgairement, une superstition.
Cependant, les secrets les plus profonds de la science ont été conservés, et soigneusement cachés aux profanes, par des gardiens dévoués qui n’ont exercé les pouvoirs qu’ils possédaient que pour l’avancement matériel et spirituel des peuples, suivant que les circonstances l’exigeaient ou que l’état de l’humanité le permettait. Dans les temps reculés, les masses avaient une dévotion et un respect absolu pour ces gardiens, et elles obéissaient à leurs lois avec une foi entière.
Du tronc principal de cette science, ont jailli dans diverses directions, quelquefois souterraines et souvent inaperçues, des branches, d’une importance et d’une puissance allant en diminuant suivant qu’elles s’écartaient deleur origine, mais pourtant toujours vivifiées et actives, à cause de leur connection, si lointaine fût-elle, avec la source de vie. L’alchimie, l’astrologie, la sorcellerie, la démonologie, le spiritualisme, et toutes les autres formes de ce que l’on appelle le surnaturel doivent leur existence à la doctrine ésotérique des anciens. On peut observer, dans les différentes
phases de l’histoire de l’occulte, comme dans celle des religions, le même ordre de faits, le même fonds de vérité : la séparation graduelle dégroupés d’hommes suivant des instructeurs individuels, ces groupes se divisant à leur tour, chaque division successive éloignant encore plus ses partisans de la vérité ; de sorte qu’à la fin,c’est avec la plus grande difficulté qu’on peut percevoir les légères similarités trahissant le lien qui unit ces sectes différentes avec leur point de départ originel.
On pourrait se demander comment en une science sacrée d’une importance si considérable— dont l'approche est et a toujours été gardée avec tant de soin, la divulgation des secrets conférés par l’admission aux mystères les plus profonds étant punie de mort —comment aurait pu se produire l’adultération des doctrines, et cela dans une communauté défendue par des règles aussi strictes et d’un accès aussi difficile? La réponse est que la dégénération des doctrines sacrées n’a pas eu et ne pourra jamais avoir lieu, car les vérités de ces mystères sublimes ne sauraient être dévoilées qu’à ceux qui, par des années d’étude, de préparation et d’essais, se sont montrés absolument dignes d’elles; et le fait qu’il y a encore des
gardiens de ces mystères, et que l’initiation à leurs enseignements peut être le travail d’une ou deux incarnations et même plus encore, montre que la corruption, due au temps et aux. désirs humains, n’a pas encore pénétré dans leur communauté ni souillé la pureté de leurs travaux. Au surplus, ces adeptes occupaient dans lemonde antique une position sociale d’un pouvoir immense. Ils étaient les législateurs de leurs pays et exerçaient une autorité absolue non seulement sur les peuples, mais aussi sur leurs souverains temporels. Par conséquent, en dépit de la vie austère et rigoureuse imposée aux étudiants, des milliers d’individus essayaient d’arriver à la connaissance qui comportait d’aussi inestimables avantages, même au point de vue temporel. De plus, ceux qui avaient, grâce à l’ascétisme, obtenu un aperçu de l’art de produire des phénomènes occultes d’un ordre purement physique, mais qui n’avaient pu atteindre à une initiation supérieure, peut-être parce que leurs desseins n’étaient pas suffisant) ment purs, ceux-là étaient tentés de porter à l’extérieur la science limitée qu’ils avaient obtenue par leurs études, et étaient capables de se faire assez facilement passer pour de vrais adeptes, parmi les gens
ignorants, usant ainsi pour leur satisfaction individuelle et au profit de leurs désirs, de ce qui avait pour seul objet le bien et l’avancement de l’humanité en général. Ces faux prophètes attiraient autour d’eux des élèves et des clients qui, à leur tour, étaient inférieurs à leurs maîtres, jusqu’à ce qu’enfin la Science fût abaissée et diminuée dans l’esprit public, d’abord aux yeux des classes supérieures, ensuite à ceux du peuple. L’histoire nous montre que, même au temps des anciens Egyptiens, la croyance dans les pouvoirs surnaturels des prêtres et des oracles des temples était fort ébranlée dans l’aristocratie, mais le pouvoir que les prêtres conservaient encore sur l'armée et le pays en général était trop grand pour être négligé. Le roi et ses courtisans continuaient à accomplir leurs dévotions pour l’exemple et aussi pour conserver la faveur des prêtres, et non point parce qu’ils croyaient aux prophéties des oracles, ou aux miracles accomplis à l’occasion des rites et des solennités religieuses. Ces miracles devinrent souvent, si ouvertement frauduleux, qu’ils ne pouvaient tromper que les plus grossiers et les plus ignorants des fidèles. Aussi longtemps que les hiérophantes et les prêtres
des temples furent de vrais adeptes, c’est-à-dire ayant passé leur initiation et étant conséquemment exempts de toute ambition matérielle, ils n’avaient pas besoin de se livrer auxjongleries et aux impostures qui amenèrent la disparition graduelle des croyances Mu peuple et discréditèrent la religion. Mais, en dépit de cette dégradation delà Science, devant l’opinion publique, dégradation due en partie à la marche du temps, en partie au mauvais usage d’une parcelle de la science échappée au dehors, la plus haute initiation à l’adeptat n’a jamais été subie par un individu qui fût capable de discréditer la fraternité, ou de divulguer à qui que ce soit les mystères sacrés. Nul, sauf l’homme déifié, ne peut acquérir le développement requis, et, parvenu à de telles hauteurs, il est bien au-dessus des tentations que ce monde pourrait lui offrir.
De plus, il y a d’autres voies conduisant à la science occulte que celle par laquelle chaque élève ou chèla s’efforce d’arriver à l’adeptat. Celles-là non plus ne sont pas d’un accès facile, et on doit subir un sévère entraînement pour obtenir des résultats, même minimes. Mais lorsque, comme on en a vu des exemples, l’objet du candidat était simplement l’accomplis-
sement de phénomènes, dans le but de se procurer des avantages matériels, ou avec le désir d’obtenir la suprématie sur ses semblables, ces résultats inférieurs ont pu être obtenus avec une facilité relative, et par conséquent par des étudiants d’une mentalité inférieure. La possession de pouvoirs par de telles personnes tend, naturellement, à rabaisser aux yeux du public la Science dont ces pouvoirs découlent. Et cette considération donne une autre explication delà façon dont la Magie, comme source de pouvoirs, a été détournée de son objet primordial, et, au lieu d’être considérée comme un attribut nécessaire de la vraie religion, dont la connaissance doit être employée pour le bien de la société, a vu son étude discréditée à la fois par les Eglises et par l’Etat; car, pour les premières, c’est un art infernal et défendu par la Bible, pour le second c’est une croyance malsaine et déconsidérée, n’ayant jamais eu aucune assise solide, sauf dans les esprits ignorants et superstitieux des siècles passés.
L’histoire du développement et de la chute de toutes les religions dévoile des causes à peu près identiques dans toutes les nations, qu’elles soient Orientales ou Occidentales. Le désir
d’immortalité qui est inhérent à l’humanité, à la fois chez les hommes qui sont trop ignorants pour en être conscients et chez ceux qui sont trop instruits pour admettre son existence, tel est le sentiment qui a toujours poussé les humains à suivre l’une ou l’autre des diverses religions qui apparurent, en divers temps, dans l’histoire du monde.
Tant que les enseignements des chefs respectifs de ces religions furent conservés dans leur intégrité, par leurs disciples et leurs descendants, et tant que des préjugés matériels et des désirs égoïstes ne souillèrent point la vie du clergé, elles ne pouvaient tomber dans l’état de décadence actuelle, lequel n’est que trop visible, même pour les fidèles les plus fervents. Mais quand ce qui devrait être considéré seulement comme une vocation, comme le résultat d’un besoin irrésistible d’aider l'humanité à mieux discerner l’essence spirituelle de la nature, devient une profession dans laquelle les intrigues pour l’avancement et la prééminence sont constantes, il en résulte nécessairement une influence désastreuse pour la religion. Que ces intrigues prennent la forme d une lutte pour l’obtention d un évêché au lieu d une cure, pour le troc d’une chaire obscure et
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comparativement inconnue contre celle d’un temple célèbre et bien fréquenté, elles seront suivies graduellement, mais sûrement, par le doute, la discorde, la séparation et la désintégration, jusqu’à ce que, comme nous le voyons maintenant, en Occident comme en Orient, l’agnosticisme et l’athéisme prédominent dans les classes intellectuelles et pénètrent aussi peu à peu dans les classes laborieuses. La majorité de ceux qu’on appelle des Chrétiens orthodoxes sont des personnes n ayant jamais lu d’ouvrages métaphysiques et n’y ayant jamais pensé; ou bien, dans le cas contraire, on s’aperçoit, lorsqu’on dissèque leurs opinions, que ce sont vraiment des Chrétiens ésotériques, n’étant guère attachés aux dogmes qui forment la charpente de l’Eglise, telle qu’elle est maintenant constituée.
Les disciples immédiats de Bouddha, de Jésus, ou de n’importe quel autre grand réformateur religieux, furent considérablement élevés au-dessus de leurs contemporains par leur contact journalier avec leur maître respectif, par la croyance qu’ils avaient en lui, par l’assurance qu’ils avaient de l’absolue pureté de ses intentions, de sa bonté et de son entier
désintéressement ; le code moral, les miracles et la vie simple de ces maîtres variaient si peu qu’il n’était guère difficile pour l’étudiant de reconnaître que leur savoir devait provenir de la même source, quoiqu’ils aient vécu à des époques très différentes.
Le code moral enseigné et pratiqué par Jésus est, à tout prendre, très noble et parfait. Mais il a, quand même, servi de couvert à des massacres, des tortures, des persécutions et des immoralités de toutes espèces. Les recherches scientifiques et le progrès matériel ont été retardés par les efforts désespérés accomplis par le clergé pour conserver le pouvoir et la suprématie qu’il a gagnés et maintenus par la violence. Sur les quelques paroles si simples de Jésus, on a bâti non seulement les deux vastes divisions de la Chrétienté, le Catholicisme et le Protestantisme, mais aussi les sectes nombreuses qu’ils renferment respectivement. Devant ce spectacle, il n’est point surprenant, quand on considère son antiquité beaucoup plus haute, que la religion-sagesse des anciens ait pu être mal représentée et travestie au cours des générations successives.
On en a dit suffisamment au lecteur pour
lui montrer, — ou en tous cas pour lui permettre de vérifier par lui-même le fait, — que les religions Occidentales et Orientales, la magie et l’Occultisme, avec tous leurs développements variés, ont une seule et même origine.