CHAPITRE V
fcES MAHATMAS
Il a été déjà expliqué qu’il y a deux classes d’êtres exceptionnellement doués, possédant en eux certaines facultés phénoménales ; nous les avons divisés schématiquement en occultistes empiriques et en occultistes cultivés. Le premier groupe comprenant les clairvoyants, les voyants et les médiums a été brièvement décrit dans le chapitre précédent ; le lecteur va main-, tenant être renseigné sur l’état des occultistes appartenant au second groupe, c’est-à-dire ceux qui, nés avec une ou plusieurs des facultés anormales décrites plus haut, ont de plus subi depuis leur enfance un genre spécial
d’entraînement pour le développement de leurs facultés psychiques. On admet généralement que l’éducation, sur le plan physique, rend un individu quelconque, exceptionnellement intelligent ou non, plus capable de classer ses idées et de s’en servir pour le bien de l’humanité que s’il avait été abandonné à lui-même, rassemblant ses expériences sans méthode, et peutêtre de sources peu sûres, n’ayant pas l’aide et la direction de ceux qui, grâce à une longue expérience et à l’étude, ont acquis des connaissances pratiques et théoriques bien établies dans les sentiers rebattus de la vie scholastique. Ceci étant bien établi, pour l’éducation ordinaire, il est rationnel d’admettre que des guides et des conseils expérimentés sont aussi utiles, sinon plus, dans l’éducation de nos facultés spirituelles. Tandis qu’en Orient il est de fait avéré, depuis un temps immémorial, qu’un grand nombre d’êtres suivent constamment cette préparation et acquièrent ce développement tandis que d’autres aspirent à le faire bientôt, quelques personnes, en Occident, commencent seulement à l’admettre.
Oji voit le résultat de cet entraînement psychologique atteindre son plein effet dans la Fraternité à laquelle appartiennent les Mahat-
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mas. Le véritable voyant ou adepte est capable, grâce à la préparation qu’il a subie, de dégager ses principes supérieurs, lorsqu’il se livre à l'exercice de leurs facultés, de tout lien avec la partie inférieure de sa personnalité. La connais” sance ainsi obtenue ne peut être saisie, comprise, dans toute son intégrité, par les principes supérieurs, que lorsqu’ils sont absolument séparés des principes inférieurs ; et quand cette connaissance est abordée par des clairvoyants ignorants, elle est adultérée et troublée par des idées et des souvenirs du cerveau physique dont, étant des occultistes inexpérimentés, ils ne savent point suspendre les opérations, à un moment donné. L’adepte initié, lorsqu’il se met dans l’état spécial nécessaire à la réception de ces sortes de connaissances, est capable d’arrêter les opérations mécaniques de son cerveau ; sa vue spirituelle est ainsi clarifiée et libérée de toute influence provenant de sa mémoire physique. Cet état abstrait est nommé, dans les ouvrages Hindous, Samâdhi, et est considéré comme étant le plus haut état de développement spirituel qu’il soit possible à l’humanité d’atteindre tandis qu’elle est encore incarnée. Puisque nous sommes sur ce sujet, nous allons encore citer un passage
d'fsis Unveiled : Il y a deux sortes de voyance,
celle de l’âme et celle de l’esprit. mais,
comme elles dépendent toutes deux de l’acuité plus ou moirjs grande du corps astral, elles diffèrent considérablement de l’état omniscient spirituel parfait, car dans les meilleures conditions le sujet ne peut obtenir que des aperçus de la vérité à travers le voile interposé par la nature physique. Le principe astral de l’intelligence, appelé par les Yoguis Hindous favatma, est l’âme sensible, inséparable de notre cerveau physique, qui en dépend, mais qui, à son tour, l’obscurcit. C’est l'ego, le principe vital intellectuel de l’homme, son entité consciente... Quand le corps est en état de dharana ou de catalepsie complète de la charpente physique, l’âme du clairvoyant peut se libérer et percevoir les choses subjectivement ; cependant, comme le principe conscient du cerveau est éveillé et actif, ces images du passé, du présent et du futur seront imprégnées de perceptions terrestres du monde objectif, la mémoire physique et l’imagination seront des obstacles à la clarté de la vision. Mais l’adepte voyant sait suspendre l’action mécanique du cerveau. Ses visions seront aussi claires que la vérité elle-même, non colorées et non déformées
LES MAHATMAS
tandis que le clairvoyant ordinaire, incapable de contrôler les vibrations des vagues astrales, n’apercevra que des images plus ou moins brisées, par l’intervention du cerveau. Le voyant ne pourra jamais confondre des ombres tremblantes avec des réalités... il reçoit les impressions directement de son esprit. Entre son moi subjectif et son moi objectif, il n’y a pas d’intermédiaire obstructif. Ceci est la vraie vue spirituelle dans laquelle, suivant une expression de Platon, l’âme est élevée au-dessus de tout bien inférieur (1). »
Cette éducation psychologique, imposée aux aspirants à l’admission dans la communauté des adeptes, n’est pas donnée d’une façon attrayante ou théâtrale, c’est plutôt un mode régulier d’instruction, dont les règles, rigides et absolument strictes, ont été pratiquées et transmises de génération en génération pendant des milliers d’années, depuis le commencement de l’évolution humaine sur ce globe.
Les gardiens de cette école de science sont appelés, diversement, Mahatmas, Rishis, Arhats, Adeptes, Gourous-Devas, Frères, etc.,par leurs fidèles respectifs dans les religions et pays va-
(1) Isis Unveiled, vol. II, p. 590.
riés, et leur nombre compte dos représentants de beaucoup de nationalités.
La majorité d’entre eux vit maintenant au Thibet (1), quoiqu’on trouve autre part des membres isolés de la communauté dans des pays éloignés de ce centre. Ils possèdent la connaissance des travaux cachés de la nature et des causes qui produisent les phénomènes du monde physique. Cela leur permet de produire, sans autre instrument que leur propre force de volonté, des phénomènes qui renversent toutes les théories lentement établies par les travailleurs de la science physique et qui servent encore de base à leurs recherches actuelles. Ils peuvent défier la matière, la distance et la mort même. Ils peuvent créer et désintégrer, c’est-à-dire qu’ils sont capables de rassembler, dans Y Akâsha, les éléments nécessaires à la production d’objets matériels et de les rendre visibles et tangibles ; de même qu’ils peuvent désintégrer ces objets jusqu’à leurs molécules originelles qui se diffusent immédiatement à travers la lumière astrale et deviennent invisibles pour l’œil physique. Ils
(1) Le lieu de ce centre a changé depuis l’époque assez lointaine de la composition de ce livre.
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peuvent voir des personnes et leurs pensées, même lorsqu’elles sont à de grandes distances, les impressionner, les influencer ou communiquer directement avec elles. Les Mahatmas possèdent certainement et emploient ce que Lord Lvtlon, dans son ouvrage The Corning Race, appelle la force du Vril. Ils connaissent et emploient pratiquement, pour des usages psychologiques divers, les différents principes qui entrent dans la constitution de l’homme, et dont il a déjà été parlé. Au cours de leur entrainement, ils ont développé leurs principes supérieurs, tandis qu’en même temps ils amenaient leurs principes inférieurs à un tel état de perfection que l’homme spirituel réel est indépendant et complètement maître du corps matériel et peut, par conséquent, le quitter pendant des périodes considérables de temps.
Pendant ce temps leur ego acquiert, dans d’autres sphères, des connaissances sûres qui, à leur retour sur la terre, vont renforcer et confirmer l’ensemble des connaissances déjà possédées par la fraternité.
Il est bien connu aux Indes que les fakirs et les yoguis peuvent, parla pratique de l’ascétisme et de certains exercices physiques, tels que s’asseoir pendant longtemps dans une pos-
ture déterminée, respirer à des intervalles déterminés par des règles établies, arriver vraiment à de grands pouvoirs psychologiques et produire des phénomènes physiques. Cette sorte d’entraînement est appelé Hdtha-Yoga, tandis que l’entraînement supérieur suivi par les adeptes est appelé Raja-Yoga. Entre ces deux modes d’éducation pour l’obtention de pouvoirs anormaux, il y a une différence énorme, l’espace qui s’étend de la forme la plus inférieure du premier à la forme supérieure du second étant comblé par les fidèles des nombreuses religions et des sectes variées qui foisonnent dans toute l’Asie. Ceux-ci comprennent le jongleur qui se livre à une sorte d’humble sorcellerie, moyennant une modique rémunération, et le saint homme ou Yogui qui mène une vie ascétique^ et solitaire, passant son temps dans la méditation et les pratiques religieuses, ne causant de tort à personne, mais, au contraire, faisant du bien, en ce sens qu’il fait comprendre aux êtres ignorants qui le'visitent, la nécessité de mener une vie pure dans le but d’atteindre au bonheur dans l’avenir. Mais, bien au-dessus du meilleur de ces Yoguis — dont, sans aucun doute, beaucoup sont des exemples de sainteté passive, de spi-
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ritualité et de pureté — se tiennent les Mahatmas. Ceux-ci sont, en effet, les héritiers directs et les gardiens de l’ancienne religion-sagesse, et de 1 expérience spirituelle accumulée de ceux qui ont eu la garde du monde depuis que l’humanité y est apparue. Quand l’aspirant à l’initiation atteint à l’adeptat, ses progrès et son éducation spirituelle ne sont rien moins que terminés; car dans la culture spirituelle, encore bien plus que dans l'éducation temporelle, il semblerait que plus un étudiant avance, plus grand est le chemin à parcourir. Ainsi, les membres de cette communauté vénérée, dont les Européens savent si peu de chose, ne gagnent pas seulement, dans leurs progrès, la sagesse personnelle et enregistrée de leurs contemporains et de leurs prédécesseurs, mais ils en vérifient en quelque sorte l’exactitude à chaque pas en avant qu’ils font. Cette compréhension des travaux de la main invisible qui dirige l'univers, compréhension qui donne aux adeptes leur supériorité dans tous les sujets se rapportant aux sciences physiques ou autres, est obtenue par eux non point comme objet et fin de leurs aspirations, mais leur vient graduellement, tandis qu’ils sont encore des chélas ou néophytes dans la sphère des études
organisées pour leur développement ; c’est seulement une sorte de voie d’accès à la philosophie plus sublime, dont la connaissance les aide à comprendre la loi divine et immuable qui règne également partout à la fois, dans les mondes visibles et invisibles qui nous entourent, dans les choses physiques ou spirituelles. Car, de même qu’il est impossible de connaîlre le moment précis où un minéral se transforme en un organisme végétal, ou celui où une plante devient un animal, il esta peu près impossible de déterminer la frontière qui sépare la matière de l’esprit.
L’attention de l’humanité peut être, tout d’abord, attirée vers cette fraternité, par les pouvoirs frappants et prodigieux dont sont doués ses membres, qui se sont élevés à de telles hauteurs au-dessus de leurs semblables; mais l’étudiant de leur doctrine en arrivera, bientôt, à considérer ces pouvoirs comme d’un mtérêt inférieur aux vues larges et illuminées sur le passé et le futur de l’humanité, sur sa position dans le plan de l’univers, vues que leur assistance nous aide à former. Leur existence, en tant qu’ètres humains, a été et est encore mise en doute par bien des personnes, mais, d’autre part, des centaines d’individus
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non seulement les ont vus et ont parlé avec eux, mais encore ont vécu sous le même toit que leurs mahatmas respectifs, pendant des années, et, naturellement, pendant ce laps de temps ont été témoins de manifestations sans nombre de leurs pouvoirs variés. De plus, le but de ce petit livre n’est pas, comme nous l’avons déjà dit, de fournir la preuve des choses qu’il expose. Le lecteur pourra les chercher ailleurs, et il les trouvera. Mais il nous sera permis de faire remarquer ici, à propos de l’affirmation de l’existence des adeptes, que l'étudiant ne la trouvera pas seulement confirmée dans les livres sacrés de l’Orient, lesquels sont pleins de mentions de l’existence des « Rishis », mais aussi par l’assurance ver baie de témoins dignes de foi qui ont vu leur propre gourou-adepte et ont conversé avec lui, à la fois dans le corps physique, ou astralement quand ils en étaient séparés par des milliers de kilomètres.
Cette faculté de séparer le corps astral du corps physique n’est pas très rare, même chez les Occidentaux qui ne savent rien des méthodes orientales d’entraînement et qui ne connaissent pas les Mahatmas. C’est un fait bien connu dans certains milieux que cette fa-
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culté particulière est souvent utilisée par les vivants qui désirent visiter leurs parents et leurs amis passés dans un autre état d’existence et communiquer avec eux. De plus, deux ou plusieurs corps astrals pourront faire ce voyage de conserve, se rappelant exactement, à leur retour dans leurs corps respectifs les conversations qu’ils ont eues avec leurs amis trépassés, ainsi que l’apparence et les caractères généraux des contrées et des lieux traversés pour atteindre leurs amis. Par conséquent, si certaines personnes, parmi nous, peuvent avoir de telles expériences sans avoir subi toute leur vie un entraînement rigoureux, sans avoir été guidées d’une façon quelconque, pourquoi mettre en doute l’existence des Frères parce que leurs élèves prétendent qu’ils reçoivent de semblables visites astrales de leurs maîtres, bien que ceux-ci soient séparés d'eux par des centaines de milles? De plus, si un sujet non entraîné a le pouvoir de quitter son corps à volonté et de traverser les mondes invisibles qui l’entourent, en rapportant le souvenir de ses voyages et de ses impressions, combien eston plus fondé à croire aux pouvoirs de l’adepte, lequel, en sus des facultés naturelles qu’il apporte en naissant, comme le voyant, s’est livré,
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pendant de longues années, au développement de ces facultés, aidé par la connaissance et l’expérience de ceux qui, depuis des générations, ont parcouru le sentier qui s’ouvre devant lui. Pourquoi serait-il irrationnel de croire que ces initiés possèdent le secret d'une philosophie transcendentale basée sur la vérité et sur la connaissance spirituelle? On doit se rappeler aussi que l’adeptat n’est pas le résultat d’une seule vie, car le chemin conduisant à ce point, si élevé dans l’évolution humaine, ne peut être parcouru en un si court laps de temps, même dans les conditions les plus favorables ; ces conditions ayant leur origine en quelqu’un des nombreux mystères qui doivent être élucidés par l’étudiant, tandis qu’il avance le long du sentier qui le conduit à la compréhension de la science occulte.
L’apparition des premières traces d’intérêt pour le mysticisme qui se révèlent dans un individu quelconque par la lecture et l’étude est due, probablement, au contact, dans une incarnation précédente, avec une personne ayant des tendances vers l’occultisme. Les lectures et l’étude théorique auxquelles il se livre porteront leurs fruits dans sa prochaine incarnation où il sera peut-être assez avancé pouratti-
rersar lui, par son zèle, par la pureté de sa vie et par sa spiritualité, l’attention d’un maître, devenant bientôt un aspirant chéla. Dès qu’il aura été accepté comme chéla, ses progrès vers l'initiation dépendront de ses facultés mentales, physiques, morales et intellectuelles qu’il pourra alors développer; et il aura à subir de nombreuses initiations avant d’arriver à ladeptat qui est seulement atteint, nous dit-on après une épreuve longue et pénible, pendant laquelle l’homme est éprouvé, tenté à chaque pas dans sa marche ascendante, non seulement touchant ses émotions et ses désirs charnels, mais aussi à propos de ses qualités mentales et intellectuelles ; car être un Mahatma c’est être la Science, le Pouvoir et la Justice incarnés. Tel est de but vers lequel l’humanité tend inconsciemment, auquel la majorité atteindra, tôt ou tard, après une longue suite d’épreuves, d’expériences et de plaisirs que tous doivent subir, dans les renaissances de l’ego au cours de ses nombreuses incarnations.
Ceux qui désirent ardemment diminuer la distance qui les sépare de ce terme reposant de l’existence humaine, ne peuvent y parvenir qu’en quittant la grande route, laquelle,
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quoique d’un parcours relativement doux et aisé, est très longue tandis que le sentier abrupt mène directement au sommet de la montagne ceux qui sont à la fois sans peur et pleins de foi.