CHAPITRE III
Les savants européens ne pensaient pas, lorsqu’ils commencèrent à traduire les livres sacrés de 1 Orient, que ces derniers contenaient un aussi profond système de pensée, lequel, correctement interprété, donnerait une explication satisfaisante du nombre des énigmes de la vie, ni qu’on trouverait dans leurs antiques pages quelques-unes des plus profondes vérités cosmiques ; ils les traduisirent plutôt pour poursuivre leurs études philologiques et historiques. On supposait que leur grande antiquité faisait leur valeur pour les érudits européens, mais les pensées et les idées qu’ils renfermaient
ne pouvaient, supposait-on, constituer une philosophie digne d’une étude sérieuse. Dans le numéro de juin 1884, de la revue Nineteenth Century, le professeur Max Müller dit, dans un article intitulé : « Bibles oubliées » : « Quelquesuns, au moins, des plus importants ouvrages décrivant les religions anciennes de l'Orient, ont été définitivement sauvés de l'oubli, et rendus accessibles à toute personne entendant l’anglais. Quelques-uns de mes amis, hommes au jugement desquels j’attache plus d’importance qu’au mien propre, se demandent à quel point de vue nous pouvons nous en réjouir.
D’autres, plus francs, m’ont déclaré qu’ils avaient été grands admirateurs de la Sagesse ancienne orientale, jusqu’à ce qu’ils aient lu les traductions des livres sacrés de l’Orient. Ils pensaient évidemment entendre des chants angéliques, et non point le balbutiement de petits enfants. Mais d’autres, se plaçant à un point de vue plus élevé, se demandaient ce que les philosophes du xix* siècle pouvaient espérer apprendre des déclarations d’hommes ayant vécu il ya mille, deux mille, trois mille, même quatre mille ans ? Quand j’ai humblemen suggéré que ces livres avaient un intérêt purement historique et qu’on ne pouvait étudier l’his-
toire des religions dans d’autres documents, on me réponditqu’on savait parfaitementcomment la religion s’est formée, et à travers combien dé stades elle a passé dans son évolution du fétichisme au positivisme, et que, quels que soient les faits trouvés dans les livres sacrés de l'Orient, ils doivent s’incliner devant des théories qui sont infaillibles et irréfutables. »
Ces remarques montrent clairement que les traducteurs n’ont apprécié leursujet qu’au seul point de vue de son antiquité, et il est évident qu’ils n’ont pas eu l’idée que ces livres pouvaient contenir un sens caché, lequel est enveloppé dans une symbologie que seuls ceux qui ont étudié la philosophie mystique, peuventcomprendre. On nepouvait naturellement pas exiger des Orientalistes, Occidentaux, ou même des Orientaux élevés exclusivement dans les idées de l’école occidentale, qu’ils soient capables d’interpréter cette symbologie; mais ils auraient dû être prêts à accepter la possibilité de sa présence dans les textes. Ces livres ont peut-être été « sauvés de l’oubli », par les tra^ducteurs, en ce qui concerne le public de langue anglaise en général (1); mais un chercheur
(1) Ces ouvrages ont aussi été traduits en français, pour la plupart.
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sérieux, désireux d’aller au fond de la pensée orientale, doit encore paaintenant, même avec ces traductions' d’un accès si facile, chercher leur signification voiléeaussi bien queleursens superficiel. Leur « sauvetage » n’a été effectué qu'aux dépens de leur sens profond, les livres ont beaucoup plus qu’une simple valeur historique, car ils contiennent les vérités fondamentales d’une philosophie, qui est reçue par nombre d’esprits cultivés comme étant digne de respect à un tout autre point de vue que celui de sa seule antiquité.
En ce qui concerne le Rig Véda, avec lequel Max Müller se proclame si familiarisé, la déclaration suivante, non controuvée par les faits, se trouve dans /sis Unveiled : « Les alchimistes, les kabalistes et les étudiants delà philosophie occulte y trouveront un système d’évolution parfaitement défini dans la cosmologie d’un peuple qui vivait plus de vingt mille ans avant notre ère. Ils y trouveront, de plus, une parfaite identité de pensée et même de doctrine avec la philosophie hermétique et aussi avec celles de Pythagore et de Platon ».
D’autre part, on pourrait demander quels sont les philosophes modernes qui pourraient être.comparés avec ceux de l’antiquité qui ont
laissé derrière eux des théories peut-être plus voisines de la vérité que celles auxquelles il a été précédemment fait allusion comme étant « infaillibles et irréfutables ». Les idées renfermées dans les livres sacrés de l’Orient, sont comparées parle professeur à des «balbutiements de petits enfants ». Est-ce la faute des idées, ou bien n’est-il pas permis de penser que les traducteurs, tout cultivés, consciencieux et studieux qu’ils se soient montrés, n’ont pas su trouver la clef mystique qui ouvre ces trésors cachés, clef sans laquelle on peut croire ces Bibles dénuées de sens et d’intérêt. Même au point de vue historique, ces traductions ne peuvent être satisfaisantes, car au lieu de montrer l’état d’avancement intellectuel des peuples de ces âges anciens, leur connaissance réelle de l’univers ou les théories qu’ils étaient capables d’en donner, elles nous laissent, au dire des savants mystiques de l’Inde contemporaine, une impression entièrement fausse de ce qu’étaient réellement ces théories comme des connaissances possédées par ceux qui les ont formulées. On ne peut juger équitablement les nobles conceptions que ces ouvrages renferment, car l’esprit de leurs enseignements lait absolument défaut dans la traduction anglaise.
S’il élait possible de faire annoter et commenter ces doctrines par un Brahmine instruit, possédant la doctrine orientale, cette philosophie tout entière brillerait d’une splendeur, dont ceux même des Européens qui sont étudiants de la sagesse orientale ne peuvent se faire qu’une faible idée, et elle nous montrerait la grandeur réelle et la puissance intellectuelle de sa cosmogonie. Car, à quelque secte que le Brahmine appartienne et à quelque point de vue qu’il interprète les doctrines, le résultat serait le même; en effet, comme nous l’avons déjà dit, si les religions Indoues varient considérablement, exotériquement, leur solide fondation d’identité ésotérique est reconnue par leurs prêtres respectifs comme par leurs adhérents instruits et vraiment mystiques, et tous reconnaissent, sous son voile, le sens occulte qui est à la base de chacune de ces écritures, sens que le traducteur doit connaître, alors même qu’il n’y croit pas, afin de les pi’ésenter sous leur véritable aspect.
Si l’on ne tient pas compte du fait que la science occulte est la base et le fondement de tous ces livres, aucune des traductions qu’on en pourra donner ne sera satisfaisante; carie devoir et le désir de tous ceux qui travaillent
à faire profiter les autres de certains enseignements devraient être, en les traduisant d’une langue dans une autre, de s’assurer, d’abord, qu’ils possèdent bien le sujet traité par l’auteur, faute de quoi ils ne sauraient prétendre être justes envers ses idées, quelque faibles et enfantines qu’elles leur paraissent.
La philosophie orientale a une grande croyance fondamentale qui pénètre toutes ses diverses formes de pensée, que ce soit le Brahmanisme orthodoxe, le Bouddhisme ou leVédantisme, et cette croyance ressemble pleinement à celle que M. Draper attribue aux stoïciens ou disciples de Zenon : « Quoi qu’il y ai' une Puissance Suprême, il n’y a pas d’Etre Su prême. 11 existe un principe invisible, mais non pas un Dieu personnel, auquel ce serait autant un blasphème qu’une absurdité d’attribuer la forme, les sentiments, les passions des hommes... Ce que les hommes appellent la chance est seulement l’effet d'une cause incon? nue. Même pour les chances, il y a une loi. La Providence n’existe pas, car la nature procède sous l’action d’irrésistibles lois, et, à ce point de vue, l’Univers n’est qu’une vaste machine automatique. La force vitale qui pénètre le monde est ce que les ignorants appellent Dieu.
Les modifications à travers lesquelles toutes choses évoluent, se produisent d’une façon irrésistible; on peut donc dire que le progrès du monde est soumis au destin : telle une semence, il ne peut évoluer que d’une façon prédestinée. »
L’inculpation d’athéisme, souvent jetée aux Théosophes et aux étudiants de la philosophie orientale, ne saurait être plus mal appliquée, et il semblerait qu’elle doive son origine soit à l’ignorance du but poursuivi par les Théosophes (c’est-à-dire la suppression du Matérialisme), soit à une fausse interprétation du sens de ce mot tel qu’on l’emploie généralement.
On pense en général qu’un Athée est un homme qui ne croit pas à l’existence de Dieu, pas plus qu’il ne croit à une autre vie pour l’humanité après la mort.
Si l’on prétend que les Théosophes et les Bouddhistes sont des athées, Userait aussi juste et aussi logique de dire que les Spirites (lesquels passent la plus grande partie de leurs loisirs à entretenir des relations avec ceux de leurs parents et de leurs amis qui sont dans 1 autre monde) en sont aussi. Car, quoique les premiers puissent avoir avec les Spirites des divergences d’opinions touchant la condition
spirituelle des âmes désincarnées, ils savent tous que de telles communications sont non seulement possibles, mais ont lieu journellement, constamment.
La chose que l’étude de la Théosophie montre plus que toute autre étude, c’est que cette vie est insignifiante comparée à la prochaine, que le présent n’est que Maya, c’est-à-dire transitoire, tandis que la vie réelle est celle qui a trait à l’homme intérieur et qui est distincte du corps. Tant que nous sommes incarnés, nous sommes enchaînés par notre corps, et nous sommes sujets aux limitations impliquées par sa possession. Libérés des contraintes corporelles, nous pouvons prendre connaissance de l’existence sur un plan différent et supérieur où le temps, la distance et la mort ne nous affectent plus. Le Bouddhisme, entre autres choses, enseigne à ses disciples à mépriser les aspirations du corps en dominant et en maîtrisant les désirs ayant pour objet les plaisirs matériels ; à ne pas se laisser influencer par les sentiments d’envie, de passion, de colère, de vengeance ; à développer un ardent besoin de servir l’humanité, guidé par des aspirations spirituelles. Ces désirs corporels, qui sont les sentiments inférieurs de notre nature, une fois
détruits, l’homme intérieur peut échapper à l’esclavage et obtenir, tandis qu’il est encore en cette vie, une certaine connaissance, une certaine expérience d’un autre état d’existence, et par suite de la réalité du pouvoir constamment en progrès de l’Esprit divin qui est en nous, de même qu’il anime l’univers entier. Le simple fait que le vrai Bouddhisme ne prêche point la croyance ou la soumission à un Dieu personnel n’est pas une preuve que cette religion soit athée, car elle reconnaît à l’Esprit Universel tous les attributs supérieurs que le Christianisme donne à son Dieu ; d’autre part, les enseignements du Bouddhisme et du Christianisme conduisent, également, à purifier le corps de toutes les ambitions et de toutes les préoccupations mondaines. Tout le code de morale établi par Jésus tend à débarrasser l’humanité de son égoïsme, afin que l’être intérieur et spirituel de l'homme soit digne de s’associer avec le Père qui est dans les Cieux. Les enseignements orientaux donnent à peu près le même avis : écraser et maîtriser la personnalité pour réaliser son unité avec le Tout, la conscience universelle.
Le lecteur ne doit cependant pas croire que la Théosophie n’enseigne que le Bouddhisme,
ce serait une erreur ; mais l’étude de cette doctrine montre très clairement que la vieille religion-sagesse, enseignée par les initiés depuis des temps immémorables, a pénétré toutes les grandes religions du monde. Le Bouddhisme et le Brahmanisme ont à peu près les mêmes rapports, entre eux, que le Protestantisme et le Catholicisme, et il y a autant de sectes, parmi leurs membres, que dans les religions occidentales. Le Bouddhisme ésotérique était une philosophie avant l’apparition du Bouddha historique sur cette terre, c’est-à-dire que la vérité philosophique renfermée dans la forme extérieure existait déjà, de même qu’elle existait dans le Christianisme et le Brahmanisme avant la venue de leurs fondateurs. On voit donc que la philosophie orientale n’est rien moins qu’athée dans ses tendances, et si elle en a la réputation, c’est en partie parce qu’elle a été mal exposée par ses interprètes occidentaux, et en partie parce que la croyance en un Dieu anthropomorphique comme créateur de l’Uni- Svers est combattue par les grands penseurs orientaux de notre époque et n’est pas soutenue par les enseignements des livres sacrés de l’Orient.
« L’Energie Infinie et Eternelle d’où pro-
eèdenltoutes choses», deM. Herbert Spencer,et sa déclaration que « l’on ne peut prendre pour cette énergie aucun des attributs qui aient jamais été assignés à Dieu », s’accordent et sont identiques avec les enseignements de la philosophie orientale. Mais tandis que M. Spencer pense que la conscience humaine, finie, ne peut concevoir ni approcher l’inconnaissable, lequel admet-il, constitue F « Ultime Réalité », les initiés occultes déclarent que ce pouvoir est latent dans l’humanité, et aussi que ce pouvoir ou cette faculté peuvent.au moyen de méthodes spéciales de développement auxquelles ils ont accès, être rendus capables de dominer les entraves provenant du corps, s’en débarrasser, et devenir, ainsi, aptes à franchir le détroit qui sépare le connu de l’inconnu. Si le profond respect avec lequel les maîtres et les étudiants de la doctrine ésotérique abordent le sujet de la Grande Loi, — l’Ullime, Inconsciente et Infinie Réalité, ou quelque nom qu’on emploie pour exprimer cette idée, — était seulement compris des propagateurs occidentaux d’autres croyances religieuses, cela aiderait beaucoup à dissiper les préjugés si répandus qui font qu’on ne voit pas en ce système, le plus spiritualiste de tous ; il l’est, en effet.car son premier
objet est le développement dans les êtres humains des tendances les plus élevées de leur nature, leur permettant ainsi d’arriverpar euxmêmes à cette grande vérité : la vie physique est transitoire, et la vie spirituelle est la seule vie réelle.
LE VISIBLE ET L INVISIBLE
Pour mieux comprendre les liens qui rattachent le monde visible à ce qu’on est convenu d’appeler le monde invisible, il importe au lecteur d’apprendre que la philosophie orientale enseigne la division de l’homme en sept principes comme suit :
1° Le corps physique.
,2° Le principe vital.
3° Le corps astral.
4° L’Ame animale.
5° L’Ame humaine.
6° L’Ame spirituelle.
7° L’Esprit.
LE VISIBLE ET L’INVISIBLE 51
D’après cette division on verra que le corps représente une forme grossière de matière, mais qu’il possède cependant la potentialité d’un développement spirituel qui est lentement amené à sa perfection par une longue évolution à travers de nombreuses incarnations. Cependant on ne doit pas supposer que ces principes peuvent être arrachés ou séparés les uns des autres, comme des vêtements ; ni qu’ils aient des propriétés distinctes et individuelles capables de fonctionner indépendamment les unes des autres. Chaque principe, au contraire, est étroitement allié à ses voisins, et peut seulement travailler quand il s’appuie sur eux. Le corps ne sert à rien s’il n’est point vitalisé, le corps astral, quand il est séparé de son enveloppe de chair, serait inintelligent s’il n’était illuminé par les facultés supérieures de l’âme animale; et les parties supérieures de l'âme humaine elle-même, à la mort de l’être humain s’accrocheraient à la forme astrale et se désintégreraient lentement avec elle sur le plan astral, n’était leur affinité et leur étroite adhérence à l’âme spirituelle.
Les trois premiers principes appartiennent exclusivement à la personnalité et périssent à la mort du corps ;c’est-à-direque le second principe
quand il cesse d’occuper le corps, va vitaliser d’autres organismes dans son voisinage immédiat, tandis que la forme astrale se désagrège plus lentement, mais aussi sûrement que le corps. Les quatre principes supérieurs forment l’individualté, l’homme intérieur réel, l’ego qui passe d'une incarnation à la suivante. Si par un long processus de détérioration due à une série d’incarnations dans des situations de plus en plus avilissantes, les sixième et septième principes arrivent à se détacher de la région supérieure du cinquième, ce dernier sombre et s’unit au quatrième,lequel se désintégre très lentement dans la lumière astrale, et pendant ce temps il constitue une des plus dangereuses espèces d’élémentaires. Le pur esprit qui a été ainsi violemment séparé de l’ego retourne à son origine : l’esprit universel (1). Ces principes sont à l’état latent non seulement dans les animaux, même chez les plus inférieurs, mais aussi dans toute la matière, orga-
(1) Cette doctrine qui sauve du désastre Yego individuel ou atma de l’Inde désagrège la triade atmaboddi marias. Le retour du pur esprit à son origine, soit à 1 Absolu, équivaut pourtant à son anéantissement comme individualité. L’enseignement du Maître a-t-il été bien compris ici? [Note de Véditeur français).
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nique ou inorganique. On pourrait donc dire qu’un caillou contient les éléments potentiels de l’homme évolué. Ceci ne veut cependant pas dire qu’une pierre quelconque pourra, après des millions d’années, être transformée en homme, ni que quoiqu’elle contienne réellementle germe latent du principe de vie, elle puisse jamais être capable de se mouvoir par sa propre volition. La théorie de l’évolution, qui s’accorde jusqu’à un certain point avec la science occulte, affirme que le règne végétal sort du règne minéral, que le règne animal sort du règne végétal, et ainsi de suite. Il s’ensuit donc, que dans la pierre doivent se trouver les éléments du végétal et de l’animal et par conséquent de l’homme ; car il n’est guère possible d'envisager ici la question d’une création particulière pour l’espèce humaine (1).
Les principes supérieurs de l’homme se développent en lui, l’un après l’autre, avec une lente gradation, comme lui-même s’élève des
C) Le minéral ne devient pas le végétal, celui-ci l’animal, puis ce dernier l’homme ; mais dans la succession des règnes, le plus avancé entraîne avec lui celui qui le précède : 1 homme est l’épanouissement des trois règnes qui le précèdent et il les contient scientifiquement parlant. (Note de l'éditeur français ).
formes inférieures du sauvage jusqu’aux types les plus avancés de la présente génération.
Même dans ceux-ci les principes supérieurs ne sont encore qu’à l'état latent. La plupart des hommes, dans le présent stade d’évolution de l’humanité, ne sont en pleine possession que de leur quatrième principe, tandis que le cinquième commence à s’affirmer et à se manifester. Ceci est démontré par le développement de l’intelligence sur le plan matériel^ laquelle est dirigée presqu’entièrement vers des sujets rattachés au bien-être de cette vie, — les découvertes scientifiques, l’éducation des masses, les recherches historiques et ainsi de suite, tendent pour la plupart à détruire la croyance dans une autre existence que la présente, et par conséquent encouragent à la recherche de la tranquillité et du confort physiques plutôt qu’à la considération des pouvoirs spirituels et psychiques de l’homme, lesquels commencent seulementà se développer. Quand l’existence de ces facultés aura été reconnue, et lorsque la façon de s’entraîner pour les acquérir aura été découverte, toutes les autres sciences seront relativement négligées et seront subordonnées aux immenses pouvoirs de la volonté humaine dont l’éducation sera la plus
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haute ambition de tous ceux qui ont pour but d’atteindre à la vérité, c’est-à-dire à la connaissance universelle. Ceci ne se produira pas avant que l’humanité soit en pleine possession du cinquième principe, illuminé par l’éveil du sixième.
Dès maintenant, nombre de personnes instruites commencent à être conscientes de la présence innée de ces facultés chez tous les hommes, et de leur activité plus ou moins grande chez certains individus. La faculté du corps astral de se séparer du corps physique a été péremptoirement démontrée. Le mesmérisme, la clairvoyance, le magnétisme, le passage de la matière à travers la matière, la télépathie, le transport instantané d’objets à des endroits distants, sont des faits qui peuvent être examinés et vérifiés par ceux que ces sujets intéressent suffisamment pour qu’ils leur donnent le temps nécessaire à de pareilles recherches, et qui se trouvent incapables de croire à une vie future et à une existence consciente après la mort, sans de telles preuves.
Les personnes exceptionnelles qui naissent avec ou parviennent à la possession des pouvoirs anormaux ou des facultés spirituelles qui produisent les phénomènes auxquels il a été
fait allusion plus haut, peuvent être sommairement divisées en deux grandes classes : ceux qui depuis leur enfance ont subi un entraînement spécial, dans le but de cultiver et d’augmenter leurs pouvoirs psychiques et spirituels; ceux qui naissent clairvoyants et médiums, mais qui ont grandi sans un entraînement intelligent. dirigé spécialement vers le développement de leurs dons particuliers.
Il y a une grande différence entre un voyant et un médium, quoiqu’ils aient tous deux certaines ressemblances fondamentales. Le voyant possède un développement naturel beaucoup plus élevé que le second, ces pouvoirs lui appartiennent en propre, il en use à son gré. Le médium, comme son nom l’implique, n’est qu’un agent passif de communication entre des influences venant de la région subjective ou spirituelle de la nature et nous. La seule similarité qu’il y ait entre eux vient du fait qu’ils peuvent tous deux être approchés par les habitants du monde invisible qui nous entoure, et avoir des communications avec eux. Les médiums peuvent, dans certaines conditions, obtenir des phénomènes physiques avec lesquels le public général est maintenant familiarisé, mais il ne peut commander à ces conditions ni
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même être sûr que les résultats espérés et attendus se produiront. Le voyant, au contraire, par la concentration de son esprit sur un sujet particulier, peut se mettre en rapport avec le plan spirituel, et voir dans la lumière astrale, tout en étant dans un état parfaitement conscient et naturel, ne se bornant pas à échanger des idées avec les habitants de l’astral, mais lisant aussi, avec la plus grande exactitude, les pensées et les intentions de ceux qui vivent dans notre monde. Ces pensées sont en quelque sorte photographiées d'une façon plus ou moins vive dans la lumière astrale, suivant la force de la volonté qui les a projetées. De cette façon, un meurtre a été distinctement vu dans tous ses détails par un clairvoyant plusieurs semaines avant qu’il soit commis, et le meurtrier a été identifié par le voyant, qui l’a reconnu immédiatement et sans se tromper, grâce à l’image qu’il avait vue dans la lumière astrale. De tels exemples montrent l’effet considérable et durable que les pensées peuvent avoir, en bien ou en mal, sur nos semblables. L’intention ferme qu’un meurtrier a de commettre un crime, qu’il prépare soigneusement dans tous ses détails, finit par s’inscrire sur la lumière astrale et ne s'efface qu apres un temps plus ou
moins long* ; et elle pourra, aussi longtemps qu’elle y demeurera, pousser d’autres personnes, à téndances mauvaises, à commettre de semblables crimes, s’il leur arrive d’être soumises à l’influence de ce courant particulier. Elles n’en voient pas l’image, comme le fait le clairvoyant, mais le' mauvais magnétisme qui en émane peut entrer dans leur intellect et y développer les mauvaises qualités qui s’y trouvent assoupies et qui auraient pu n’être jamais éveillées. Le lecteur demandera, ici, ce qu’est cette lumière astrale dans laquelle un voyant peut voir, mais qui, pour la majorité des humains, constitue une page vide, un nom sans signification.
La lumière astrale est ce qu’on appelle 1 Akâsha dans la littérature sanscrite. C’est la réserve dans laquelle l’adepte puise, parla force de sa volonté, les matériaux nécessaires à la production de phénomènes créateurs. « L’Akâsha est le fluide mystérieux appelé par la science scholastique l’éther omniprésent, il prend part à toutes les opérations magiques de la nature et produit les phénomènes mesmériques, magnétiquesetspirituels... Le mot « As » « Ah » ou « iah» signifie Vio-existence et est évidemment la racine du mot « Akasha » qu’on prononce aux
LE VISIBLE ET L’iNViSIBLE
1 ndes « Ahàsha », le principe de vie ou le Divin lluide vivifiant ou médium (1) ». Ce fluide ou médium excessivement subtil, qui emplit ce monde, pénètre l’univers etentoure toutes choses vivantes, reçoit et conserve toutes nos pensées pendant une période plus ou moins longue, suivant la force et la précision avec lesquelles elles sont conçues. C’est dans la lumière astrale qu’on peut voir les âmes des morts, appelées « élémentaires » par les maîtres de la philosophie orientale, se désintégrer lentement. C’est là aussi que les élémentals, êtres préhumains, et aussi le royaume des Dévas, doivent être cherchés; mais, jusqu’à ce que les principes supérieurs de l’humanité soient développés, soit par le cours naturel de Dévolution, soit par un entraînement spécial opéré dès maintenant, la lumière astrale et tous les secrets qu’elle contient doivent rester inconnus, et par conséquent méconnus pour la majorité des humains. L’ego de l’homme ne peut, tant qu’il est enfermé dans le corps, tel qu’il est à présent constitué, prendre connaissance des choses du plan spirituel ; mais l’étude de la Théosophie, dans une de ses branches, enseigne à entraîner et à placer le
(1) Isis Unveiled , vol. I, p. 140.
corps dans de telles conditions que l’homme spirituel intérieur soit capable d’exercer ses pouvoirs, et, dans une large mesure, soit indépendant de son enveloppe.
Le monde invisible qui nous entcfure est infiniment plus varié et plus intéressant que celui que nous connaissons ; non point parce qu’il est invisible, mais parce qu’il est plus réel, plus durable, plus spirituel, et surtout parce qu'on y trouve la solution et la conséquence des nombreux mystères et énigmes ayant trait à l’existence de l’homme sur cette planète.
La science nous dit continuellement que ces choses sont des « faits », des « lois de la nature», mais leur raison d’être ne peut s’expliquer que par les plus vagues conjectures. Toutes les recherches auxquelles nos savants les plus capables se sont livrés, depuis des siècles, ne nous ont pas rapproché de la solution de ces énigmes. L’action attractive et répulsive des pôles de 1 aimant, le retour et la variation régulière des marées, les phénomènes électriques sont des « faits », mais on ne les explique que par des théories assez peu satisfaisantes. Il ne fautpas croire, toutefois, que tous ces problèmes seront résolus, pour nous, lors de notre mort, ni que le simple pouvoir de voir dans la lu-
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mière astrale, autrement dit de nous mettre en rapport avec un autre plan de la matière, tandis que nous sommes encore incarnés, résoudra toutes les difficultés qui s’élèvent à propos de nos deux existences; il n’en est rien assurément. Il est désirable que l’étudiant comprenne bien que la certitude de l’existence du monde invisible et de ses rapports étroits avec le monde visible constitue un pas vers la connaissance réelle ; le suivant consiste à comprendre la nécessité d’amener à un haut degré de développement les pouvoirs spirituels latents dans 1 homme. La réalisation de ce développement comporte une étude approfondie des opérations delà Grande Loi, dans les phénomènes de ce monde, et de ses rapports inévitables avec les phénomènes et les mondes invisiblesqui nous entourent : Alors seulement, l’humanité souffrante pourra distinguer entre le réel et l’irréel ; séparer le vrai du faux.
L’Occultisme enseigne, et les voyants prouvent,que chaque homme, jeune ou vieux, est entouré d une enveloppe éthérée variant en couleur, en forme et en apparence générale suivant sa constitution, sa vie, ses pensées et ses aspirations générales. On peut lire dans cette sorte d’atmosphère les événements de sa
vie passée, de même que ceux qui se produiront dans le futur. Il a été dit, dans un chapitre précédent, que chaque être humain, tandis qu’il passe à travers la vie, laisse derrière lui un sillage des circonstances dans lesquelles ses actes furent conduits par des impulsions provenant d'une incarnation antérieure. Ces circonstances peuvent être vues dans l’atmosphère qui l’entoure, l’aura proprement dit n’étant visible que dans la lumière astrale.
Chacun des mouvements que nous faisons, qu’il soit important ou non, a nécessairement son origine dans une pensée. Si le mouvement a une grande importance, et si beaucoup de bonheur ou de malheur peut en résulter, l’esprit se fixe longtemps sur le sujet et prépare tous les détails nécessaires à la réussite du projet. En conséquence, ces pensées sont comme photographiées dans la lumière astrale ; et que ce soient des pensées dont les résultats se sont déjà produits, ou que leurs conséquences soient encore dans l’avenir, le voyant peut les lire également bien, et il peut ainsi, très souvent, prédire ce qui aura lieu dans un laps de temps plus ou moins éloigné. Le clairvoyant peut suivre, avec la plus grande sûreté, le lien magnétique subtil qui unit la personne .
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dont il examine l’aura, avec celle qui prépare dans son esprit les causes qui auront un si grand effet sur la vie de cette personne, bien qu’elles soient très éloignées l une de l’autre et sans rapports apparents.
Le lecteur pourra apprendre, dans les ouvrages plus avancés de la théosophie, ce que sont vraiment ces courants magnétiques si réels pour ceux qui les perçoivent et si inexistants pour ceux auxquels ils sont cachés.
C’est, sans aucun doute, en se servant de ces liens invisibles que l’occultiste, en se livrant à la télépathie, envoie ses messages ; c’est aussi au moyen de ces lignes que le mesmérisant, le plus souvent inconsciemment, influence son sujet lorsqu’il en est séparé parfois par une grande distance. Une boucle de cheveux, donnée à un clairvoyant absolument étranger au possesseur de ces cheveux et qui en est séparé par des centaines de lieues, lui permettra de faire suivre à son esprit les courants magnétiques subsistant entre cette mèche de cheveux et son possesseur naturel, de façon à observer ce que fait ce dernier et quel est son entourage.
On voit donc que la Théosophie n’est pas sim plement une philosophie abstraite, s’occupant de métaphysique et de théories fantaisistes,
mais que l’étudiant peut y trouver sûrement dans cette vie la clef des mystères cachés de la Nature, ainsi que la voie qui mène au progrès intellectuel et spirituel dans le suivant état d’existence.