‹ Le but de la théosophieChapitre 7 sur 9 · RÈGLES A L’OSAGE DES ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

RÈGLES A L’OSAGE DES ÉTUDIANTS

néophyte doit suivre un régime simple composé de céréales, de lait et de légumes, pris seulement en quantités modérées et à intervalles fixes. Cette contrainte opposée à son désir de manger ou de boire tel aliment de préférence à tel autre, est bien la plus petite et la plus humble, en même temps que la première des difficultés qui hérissent la vie ascendante. En effet, le débutant doit non seulement contrôlercomplètement les émotions résultant des peines et des plaisirs matériels de la vie ordinaire, mais il doit aussi s’élever au-dessus de la souffrance mentale et la vaincre ; il doit non seulement essayer de devenir indifférent aux faiblesses mentales et physiques, mais il doit réussir à l’être ; sans cela, il n’a guère d’espoir de progresser dans son incarnation présente Celui qui se met à l’œuvre avec l’intention df faire de l’occultisme l’étude de toute sa vie, et qui se propose l’adeptat, dans cette vie ou dans une incarnation future, comme le terme de cette étude, doit acquérir, au moins jusqu’à un certain point, les quatre perfections appeléés, dans les livres des Brahmanes, les quatre Saitdhanas. L’obtention de ces perfections comporte la maîtrise complète de tous les désirs matériels du corps ou de l’âme, ayant trait à la personna-

LH BDT DE LA. THÊOSOPHIE

lité ; elles sont aussi suivies par l’illumination spirituelle qui permet au chéla de comprendre, jusqu’à un certain point, l’unité de l'univers et les rapports qui l’unissent à lui. La première de ces perfections donne au néophyte le pouvoir de distinguer entre le réel et l’illusoire, et de saisir intellectuellement le fait que toutes les choses touchant à la vie corporelle sur cette planète ne sont que transitoires et par conséquent irréelles. La seconde est, dans une certaine mesure, le résultat ou la conséquence de la première, car lorsque la conviction du caractère transitoire de cette existence est bien établie dans l’esprit de l’élève, tout désir pour les plaisirs qui en proviennent le quitte, et il acquiert ainsi la seconde perfection qui consiste en une indifférence entière pour le résultat de ses actions, soit pour la louange ou le blâme qu’elles peuvent encourir. Il abandonne même le désir de la vie, sauf comme un moyen d’acquérir la connaissance spirituelle.

La troisième perfection embrasse six qualités qui, brièvement résumées, sont :

1° L’abstinence mentale, c’est-à-dire la domination de tous les mauvais sentiments tels que la haine, l’envie, la méchanceté, la ran-

RÈGLES A L’üSAGE DES ÉTUDIANTS 85

cune ; la purification de l'esprit de toutes les préoccupations temporelles.

2“ L’abstinence corporelle, qui doit être la conséquence nécessaire de la précédente ; en effet, toutes les actions étant la résultante de pensées, ces dernières, accoutumées à se concentrer exclusivement surdes idées spirituelles, avec le désir de servir l’humanité, il s’ensuit tout naturellement que non seulement la vie journalière du chéla sera exempte de toutes espèces de vices ou d’égoïsme, mais que son corps se conformera sans effort aux règles ascétiques imposées comme étant indispensables pour le développement des facultés psychiques et spirituelles de l’homme.

3° L’absence de tout sectarisme ou préférence d’une forme de religion à une autre, l'aspirant étant capable de sympathiser avec tous les groupements et de les assister également. S’il est Hindou, il s’élèvera au-dessus des préjugés de castes et se montrera aussi désireux de faire du bien aux Mahométans qu’aux fidèles de sa propre foi.

4“ Une sérénité joyeuse etdetous les instants, causée par l’absence de tout orgueil, de tout désir de louange, de ressentiment quand on le blâme ou qu’on l’insulte à tort, du souci de

prouver son bon droit ou les torts d’une autre personne, enfin par le fait qu’il est prêt à abandonner tout ce qu’il possède.

5° La possession de cette qualité qui rend le chéla incapable de dévier du droit chemin, car il a atteint alors un contrôle si complet sur les sens et les convoitises de son corps et de sa mentalité, que les objets qui tentent la majorité des humains, dans leur passage à travers l’existence, et les poussent à rechercher à tout prix le plaisir, les honneurs et la fortune, n’ont plus aucune espèce de prise sur lui, de sorte qu’il peut subir toutes les tentations sans courir le danger d’être attiré hors de la voie qui le mène à l’adeptat.

6° Une confiance entière et absolue en sa propre capacité de recevoir la connaissance spirituelle, comme dans le pouvoir qu’a son gourou-adepte de lui enseigner cette science.

La quatrième et dernière perfection nécessaire à la réussite est un désir ardent de liberté spirituelle et de délivrance de l’existence conditionnée (1).

On admettra facilement qu’une fois en pos-

(1) Pour plus ample informé sur ces quatre perfections, le lecteur est renvoyé au n° 1 des Transactions of the London Lodge of the Theosophical Society .

RÈGLES A L’üSAGE DES ÉTUDIANTS 87

session de ces quatre perfections, le chéla, comparé à l’humanité en général, sera dans un état de spiritualité très élevée, et que même s’il ne monte pas plus haut, sa condition morale sera très supérieure, si on la met en parallèle avec celle des meilleurs de ceux qui, parmi nous, sont donnés comme des modèles de sainteté.

Mais, tout en travaillant à purifier sa nature inférieure, il a aussi acquis la connaissance de ses potentialités supérieures et il a, dans une certaine mesure, été capable, sinon de le franchir, du moins de regarder de l’autre côté du gouffre que M. Herbert Spencer affirme devoir à tout jamais nous séparer, en tant qu’êtres finis, de la perception de la Réalité, inconnaissable mais unique.

Arrivé à ce stade, le chéla a triomphé de toutes les difficultés qui hérissent et obstruent la route qu’il a dû parcourir depuis qu’il est aspirant à l’initiation. Car dès qu’un homme est admis comme candidat chéla et a commencé ses études préparatoires, une des conséquences naturelles de sa nouvelle situation est que tous ses défauts, ainsi que les caractéristiques fâcheuses de sa personnalité sont mis à nu. Des tendances, dont ses amis, et probablement le sujet luimême, n’étaient pas conscients auparavant, s’af-

firment maintenant, et, suivant la puissance morale et la force de volonté de la personne considérée, elles se développent ou sont, au contraire, détruites. Si, après l’avoir laissé se livrer à plusieurs essais, on le trouve incapable de résister à la tentation ou de triompher de ses désirs,il est finalement rejeté par son maître comme incapable de prendre place parmi les chélas reçus.Ges derniers étant sortis, sans encombre, de cette période critique, continuent à avancer sur le chemin qui leur est réservé, et chacun à son tour est éprouvé et tenté de toutes les façons suggérées parses faiblesses individuelles. Quelques fois ils échouent, ne satisfaisant pas à quelqu’une des initiations mineures qu’ils ont à passer et sont arrêtés dans leurs progrès pendant un certain temps. En d’autres cas, ils avancent rapidement, poussés par leur karma ; autrement dit, leur force de volonté et leur désir ardent de progresser, dûs aux affinités que leurs vies antérieures ont attirées autour d’eux, les poussent aux premiers rangs. De toutes façpns, la voie qui mène à l’adeptat est si ardue et si difficile, que le but n’est atteint, en une, deux ou trois incarnations que par une très petite proportion de ceux qui s’offrent et sont acceptés pour subir l’entraînement.

RÈGLES A L’üSAGE DES ÉTUDIANTS 89

La plupart de ceux qui luttent, comme chélas, pendant toute leur vie, sans arriver au succès complet ou a des progrès importants, finissent par y atteindre dans la suite ; et, en attendant, ils sont si débarrassés de tous les soucis et tracas de 1 existence physique, que le temps prend pour eux un nouvel aspect, de sorte qu’ils peuvent attendre très patiemment l’avenir, conscients de l’aide et de la protection de leurs maîtres révérés qui veillent sur eux au moment capital.

Si le lecteur a suivi attentivement l’enseignement, théosophique tel qu’il a été exposé jusqu’ici, il aura vu que la destinée de l’humanité consiste en une longue succession de réincarnations, séparées par des périodes plus ou moins longues d’existence spirituelle et bienheureuse, ou de demi-inconscience, letoutproportionné exactement aux tendances matérielles ou spirituelles qui ont dirigé les vies terrestres. Une des ambitions du néophyte, dans ses efforts vers l’adeptat, c’est de diminuer le nombre de ses incarnations et, ce faisant, d’arriver rapidement à une modalité d’existence à laquelle, en suivant l’évolution ordinaire, l’homme ne s’élèvera qu’après des millions d années ; car on sait que la durée mini-

mum qui sépare deux incarnations, pour les âmes adultes de l'humanité, est d’environ quinze cents ans.

Le chéla, au moyen d’incarnations forcées, en quelque sorte artificielles, renonce à sa part de béatitude céleste, qui a été considérablement augmentée par sa vie exceptionnellement spirituelle, et il atteint ainsi rapidement à cet état, dans l’univers, auquel il n’arriverait qu’en des millions d’années s’il suivait le flot ordinaire du progrès spirituel des humains.

L’incarnation artificielle en question sera moins difficile à comprendre pour les personnes ayant déjà quelque expérience de l'existence d’une possibilité de séparation entre le corps astral et le corps physique, chose dont on a précédemment parlé. Un Mahatma peut, de cette façon, non seulement quitter son corps, mais aussi entrer dans celui d’un de ses ehélas, se servant de cet organisme étranger comme du sien propre, le corps astral du chéla étant absent durant ce temps. Ainsi un chela dont le corps physique est définitivement usé avant que l’individualité soit prête pour l’initiation, peut, avec l’aide de son maître adepte, être transféré dans un autre corps mieux adapté pour poursuivre le travail commencé dans le

RÈGLES A i/üSAGE DES ÉTUDIANTS 91

précédent. On choisira, à cet effet, un corps ayant perdu son principe vital pour une des nombreuses causes dues à la maladie. Au moment de ce qu’on appelle généralement la dis solution, l’ego étranger prend possession de sa nouvelle enveloppe et doit se plier à sa forme, à ses moyens d’action, modifiant graduellement ces derniers et les adaptant aux nécessités de la nouvelle situation. Le Teshou Lama du Thibet, chef de la hiérarchie occulte, qui est naturellement un adepte d’un rang élevé, procède toujours par une réincarnation de ce genre; quand, à la longue, son corps devient trop frêle pour être occupé plus longtemps, il se réincarne dans le corps d’un petit enfant. Le récit suivant de l’entrevue du capitaine Turner avec un Teshou Lama enfant, en 1783, est extrait du livre de M. Clément Markham sur le Thibet, il pourra intéresser le lecteur comme exemple de la pratique occulte de la réincarnation immédiate :

« Le matin du 4 décembre, l’envoyé britannique fut reçu en audience et trouva l’enfant princier, alors âgé de dix-huit mois, assis sur un trône, son père et sa mère se tenant à sa gauche. Ayant été informé que, quoi qu’incapable de parler, il pouvait comprendre, le ca-

pitaine Turner lui dit « que le Gouverneur-général, ayant reçu la nouvelle de son trépas en Chine, avait été saisi de tristesse et de désespoir, et avait continué de regretterson absence de ce monde jusqu’à ce que le nuage qui assombrissait le bonheur de celte nation ait été dissipé par sa réapparition, etqu’alors, si c’est possible, il avait été pris d’une joie plus grande encore que la tristesse qu’il avait éprouvée à la réception des premières nouvelles de deuil ». L’enfant regarda l’envoyé britannique sans broncher, avec l’apparence de la plus grande attention, et hocha la tête, lentement et à de nombreuses reprises, comme s’il comprenait chaque mot. 11 était silencieux, et calme, toute son attention concentrée sur l’envoyé, et il se conduisait avec une convenance et une dignité étonnantes. C’était un des plus beaux enfants que le capitaine Turner eût jamais vus, et, en grandissant, il devint un souverain capable et pieux, assurant, par son gouvernement, le bonheur des Thibétains pendant de longues années, car il mourut à un âge très avancé (1). »

Page 1