‹ Le cabaret de Lucustru, comédie-vaudeville en un acte. Par MM. Jaime et Étienne Arago. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théatre National du Vaudeville, le 24 février, 1838Chapitre 3 sur 40 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

COA3ÎILLY.

El je me laisserais jouer de la sorte, moi, Pbœhus de Chaniilly... et par un Luslucru pareil !

ALBERT

Ah! ahl ah!...

CHAMILLY

Non, non, de par Dieu ! et où va-lclle?

ALBERT, riant toujours.

Je n'en sais rien, va le demander à son mari.

CHAMILLY

A son... Eh bien ! non ! que m'importe ! je n'ai pas besoin de connaître le but du voyage, pourvu qu'elle ne l'atteigne pas, et pour cela... {Réfléchissant.) Oui, très bien, à merveille; Hector, mon domestique, qui est si adroit, si alerte. {Courant au fond etappelant.) Hector ! Hector !

ALBERT

Quel est son projet! {Le domestique entre au fond, et Cliamilly lui parle bas.) Est-ce qu'il voudrait...

CUAMILLY.

Va, dépêche-toi, et vingt-cinq louis si tu réussis. [Le domestique sort en courant.)

ALBERT

Que vas-tu donc faire ?

CUAJAILLY y joyeux, descendant en scène.

Un tour sublime, un tour pendable! à tourner la tète au lieutenant de police, et celle du mari par contre-coup; c'est ce que je veux, c'est ce que j'aime; voilà ma vie.

ALBERT

Mais, d'honneur, je t'admire; à peine arrivé à Paris, tt...

CHAMILLY

Oui, je comprends : tu t'attendais à voir un petit

gentilhomme du Languedoc, tout empêtré de timidité provinciale ; non pas, mordieu ! j'ai voulu me former en un jour aux belles manières, et maintenant je veux briller au premier rang; ravcnlure d'aujourd'hui doit me gagner mes éperons.

ALBEUT.

Mais encore, dans quel but? £b quoi ! la veille d'épouser la nièce du vicomte de Turenne...

CDAMILLY.

A la veille ! c'est dans quinze jours seulement que mon oncle, le commandeur de Lucienne, doit me présenter à la cour,puiâ à ma future. On la dit jolie, spirituelle, tant mieux; mais, une fuis son mari,j'aurai le temps de l'apprécier; et puis je m'occupe d'elle, je viens de me ruiner en étoffes, en dentelles; j'ai mis en réquisition les plus célèbres faiseuses pour la corbeille que je veux lui offrir. En entrant dans ma chambre on se croirait chez une de nos coquettes : robes, fraises, bijoux, je n'ai rien épargné.Mais, adieu, j'ai à peine le temps de courir ; d'ailleurs, il ne serait pas prudent que Luslucru me vît ici.

ALBERT

OÙ vas-tu?

CUAMILLY.

OÙ le triomphe m'appelle. Pardon , mon ami , pardon , je t'avais invité à dîner , eh bien î je change l'invitation, au lieu de dîner, nous souperons; tu me pardonnes, n'est ce pas? Adieu! adieu I (il sorLrapi-

dément,)

ALBERT

Diable de fou! dans ces temps de troubles, il est capable de se compromettre par élourderio , je ne le quitte pas. (// suit Chaniilly par le fond.)

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