SCENE
COA3ÎILLY.
El je me laisserais jouer de la sorte, moi, Pbœhus de Chaniilly... et par un Luslucru pareil !
ALBERT
Ah! ahl ah!...
CHAMILLY
Non, non, de par Dieu ! et où va-lclle?
ALBERT, riant toujours.
Je n'en sais rien, va le demander à son mari.
CHAMILLY
A son... Eh bien ! non ! que m'importe ! je n'ai pas besoin de connaître le but du voyage, pourvu qu'elle ne l'atteigne pas, et pour cela... {Réfléchissant.) Oui, très bien, à merveille; Hector, mon domestique, qui est si adroit, si alerte. {Courant au fond etappelant.) Hector ! Hector !
ALBERT
Quel est son projet! {Le domestique entre au fond, et Cliamilly lui parle bas.) Est-ce qu'il voudrait...
CUAMILLY.
Va, dépêche-toi, et vingt-cinq louis si tu réussis. [Le domestique sort en courant.)
ALBERT
Que vas-tu donc faire ?
CUAJAILLY y joyeux, descendant en scène.
Un tour sublime, un tour pendable! à tourner la tète au lieutenant de police, et celle du mari par contre-coup; c'est ce que je veux, c'est ce que j'aime; voilà ma vie.
ALBERT
Mais, d'honneur, je t'admire; à peine arrivé à Paris, tt...
CHAMILLY
Oui, je comprends : tu t'attendais à voir un petit
gentilhomme du Languedoc, tout empêtré de timidité provinciale ; non pas, mordieu ! j'ai voulu me former en un jour aux belles manières, et maintenant je veux briller au premier rang; ravcnlure d'aujourd'hui doit me gagner mes éperons.
ALBEUT.
Mais encore, dans quel but? £b quoi ! la veille d'épouser la nièce du vicomte de Turenne...
CDAMILLY.
A la veille ! c'est dans quinze jours seulement que mon oncle, le commandeur de Lucienne, doit me présenter à la cour,puiâ à ma future. On la dit jolie, spirituelle, tant mieux; mais, une fuis son mari,j'aurai le temps de l'apprécier; et puis je m'occupe d'elle, je viens de me ruiner en étoffes, en dentelles; j'ai mis en réquisition les plus célèbres faiseuses pour la corbeille que je veux lui offrir. En entrant dans ma chambre on se croirait chez une de nos coquettes : robes, fraises, bijoux, je n'ai rien épargné.Mais, adieu, j'ai à peine le temps de courir ; d'ailleurs, il ne serait pas prudent que Luslucru me vît ici.
ALBERT
OÙ vas-tu?
CUAMILLY.
OÙ le triomphe m'appelle. Pardon , mon ami , pardon , je t'avais invité à dîner , eh bien î je change l'invitation, au lieu de dîner, nous souperons; tu me pardonnes, n'est ce pas? Adieu! adieu I (il sorLrapi-
dément,)
ALBERT
Diable de fou! dans ces temps de troubles, il est capable de se compromettre par élourderio , je ne le quitte pas. (// suit Chaniilly par le fond.)