SCENE III
8CEWE m. %
LUSTUCRU, PAQUERETTE, entrant à gauche.
trsTUCRU , portant deux petits cartons.
Je te dis que ce sont des idées chimériques que tu te fais; ne t'afflige pas. Est-ce que je m'afflige, moi qui suis l'homme le plus sensible du quartier? (// pose ses cartons.)
PAQUERETTE
Oui, sensible et aimable surtout; me forcer de partir, et pourquoi? Jamais, au grand jamais un mari, n'a tant pressé sa femme de s'en aller. ^
LUSTUCRU
Voilà qui est joli! Est-ce que je te presse? Je te dis de t'en aller tout de suite, mais je ne te presse pas.
PAQUERETTE
^^^'^epuis six mois que je suis vot' femme, vous êtes y/ joliment changé.
Air : Vaudeville de V Apothicaire.
-j Je r'grellais toujours mon pays ; ^/ Dans i'commencement de not' mariage, / Vous cherchiez, galant et soumis, y A m'fairc oublier mou village :
/ Serments par ci, caresses par là ; • Me plaire était votr' seule élude,
Et \']à qu'vous m' faites quitter tout ça, A présent qu' j'en ai l'habitude.
/Vous avez des projets, vous me cachez quelque chose, témoin la plus belle chambre de notre auberge qu'on vient de retenir,et qui est occupée sans quevous ayez voulu me dire ni pourquoi ni pour qui est-ce.
LUSTUCRU
C'est quelque chose de secret , ça ne regarde pas les femmes. {A part.) Ce n'est pas pour ça que je te renvoie.
la LE CABARET DE LUSTUCRU.
p PAQUERETTE.
„^<Ah ! j'en suis sûre, il y a quelque chose là-dessous.
/ LUSTUCRU
Il n'y a rien du tout là-dessous, je te le jure surce qu'il y a de plus cher, j'en lève les deux mains à la lois... cela me chagrine beaucoup ; sans ma dignité d'homme, je pleurerais ; mais c'est une faiblesse qui n'appartient guère qu'aux veaux, et encore il faut qu'ils soient très jeunes.
PAQUERETTE
A.-'-^Iais alors, pourquoi ce voyage?pourquoi vous dé- ^ harrasser de moi? pourquoi vouloir rester seul? On dirait que vous ne serez heureux que lorsque jeserai partie.
LUSTUCRU
Comme les femmes exagèrent dans leurs passions! Wo! aimer rester seul avec mon caractère fougueux!" Petite ingrate, je t'expédie par le coche, amour que lu es, parce que ta tante Bacheiu t'attend dans sa province; hein, cette bonne petite mère Bacheiu, cette bonne petite vieille, qui est si gentille ! eh ! eh! eh! dans sa petite maison d'Au^erre, eh!... o"ù elle cultive des petites salades, toutes sortes de fleurs et une foule de lapins, eh! eh! Allez-vous faire^des parties tous ensemble?
Si j'aime mieux me divertir avec vous, là!
LUSTUCRU
Cette préférence n'a ricu de désagréable; mais écoule, mon cher ange, mon petit chat, la Bacheiu coraple sur toi; et puis tu tie sais pas ce qu'elle écrit, ]a Bacheiu? (J pari.) Prenons-la par la coquetterie. {Haut.) Elle a plein une armoire de cadeaux à te