CORRESPONDANCE
A Moniieut' le directeur du Cabinet de rA^icUear ei de VÀnliquaire.
m MON8IEIR,
Un numismalistc, en vous communiquant dernièrement la description d'un précieux denier, frappé en Aquitaine par un comte Geofroi, TaissiK un appel à la sagacité des rédacteurs de la Revue wuminnaiique, et semblait attendre de leur part la solution du prol^ème qu'il avait étudié vainement (1 ). S'il ne fallait que du savoir et du zèle pour expliquer les monuments des temps anciens, personne assurément n'eût été plus en état que votre correspondant de donnei une attribution satisfaisante a la monnaie qu'il possède ; mais il est de ces heureux hasards qui servent mieux. dans une recherche que la science la plus profonde, et c'est de cette\içon que je me crois autorisé à émettre une oj[)inioh dans cette circonstance. Il y a quelques mois, je reçus de M. Faure, amateur qui forme à Vîllefranchc un riche cabinet de médailles, la communication d'un denier qui^fiorie d'un côté la légende GODFRft)yS GOMES autour d'une croix, et de l'autre BVRDEGALE avec un type composé de deux croix et de deux annelets, précisément comme sur la monnaie de Louis .YI frappée à Hantes. Gelte monnaie se comprend facilement, puisqu'on .sait que Bordeaux était le siège d'un comte qui gouvernait la ville d'une manière à peu près indépendante^ quoiqu'ilYclev&t des ducs de Gascogne. Les historiens de Bordeaux avouent qu'ils n'ont pu réta- . Ji>Iir la liste des comtes de Bordeaux, et que les noms mêmes de ces seigneurs, à l'exception d'un Ama qui fit une donation au monastère
(1} Voir uolre nnméro de juillet, page 288.
de Souiac, leur sont inconnus. En 4070, Gui Geofroi, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, dépouilla Bernard d'Ârmagnac du duché de Gascogne et de la comté de Bordeaux. Dès 1044, ce prince, soutenu par Geofroi, comte d'Aojou, el par sa mère Agnès, s*était fait concéder des terres en Gascogne. Je pense que Gui Geofroi a voulu constater Tautorité qu'il exerçait sur la comté de Bordeaux, en frappant monnaie dans cette ville avec le seul titre de comte. Quant à la monnaie publiée dans votre revue, je crois, monsieur, qu'elle est un peu postérieure à celle que je viens d'indiquer. Le titre de comte y subsiste ; mais, au lieu du nom de Bordeaux, on y voit figurer celui du duché de Gnienne que possédait aussi le fils d'Agnès. C'est qu'alors, par la réunion de toutes les provinces que j'ai énumérées plus haut, Bordeaux se trouvait la capitale d'un immense domaine que représente le mot AQVITANIA. Le mot rex écrit dans le champ ne fait pas partie de la légende; la raison en est qu'il n'est pas tracé en ligne comme sur les deniers des rois Henri I*% Philippe l^^ et Louis VI, mais que les trois lettres qui le composent sont semées irrégulièrement (1), et ont même perdu un peu de leur forme primitive : l'allongement de l'R, la nature de l'X qui occupe un espace considérable, et n'est plus en quelque sorte qu'une grande croix, font bien vite apercevoir qu'il n'y a là qu'un de ces types locaux, comme ceux que Lelewel a reconnus sur les deniers de Toulouse, de Bourbon, de Nevers, etc. Ce mot REX était copié des monnaies des rois d'Aquitaine; on le conservait traditionnellement, sans y voir autre chose qu'une combinaison de lignes à laquelle l'œil était accoutumé.
En disant que le denier de Geofroi d'Aquitaine est inédit, aussi bien que la pièce frappée à Bordeaux, et que tous deux sont jusqu'à présent uniques à ma connaissance, je crois avoir répondu, sinon satisfait, à toutes les questions que vous avait adressées votre correspondant, que je félicite vivement sur l'heureuse découverte d'un monument aussi neuf qu'intéressant sous le rapport historique.
Veuillez agréer, etc.
Adrien de Longpêrier.
{i) Je parle du type de cette monnaie, non par supposition, mais d'après une eippreinle qni m*a été adressée.
BULLETIN-CHROISFQUE.
lie Fnineitr, eau-forte par H. Meissonier.
On ifa pas oublié le délicieux petit tableau de M. Mcissonier exposé cette année (1842). Il représentait tout bonnement un fumeur assis sur ime chaise auprès d'une table où étaient posés un verre et une canette de bière^ pas autre chose. C'était charmant, et l'on restait des heures à contempler ce brave homme si calme et si heureux de fumer une pipe après une journée laborieuse. Gir le fumeur de M. Meissonier est assurément le plus honnête bourgeois qu'il se puisse trouver : cela se voit à son habit si propre et pourtant si râpé de couleur tabac d'Espagne, à sa culotte de velours miroité, à ses bas d'un bleu plein de candeur, à ses bons gros souliers faits pour durer longtemps. M. Meissonier excelle à rendre la bourgeoisie de ce dix-huitième siècle qui n'était pas toutde satin, de fard, de poudre et de paillettes, comme on se l'ùnagine. Il continue, mais avec une grande supériorité, Tœuvre de ce Chardin presque oublié aujourd'hui et tant admiré par Diderot. Ce petit tableau que les Flamands les plus précieux envieraient, M. Meissonier vient d'en foire une eau-forte merveilleuse d'une finesse, d'un esprit et d'une exactitude incroyables. Pas un détail n'est omis; tout est rendu avec une fidélité d'interprétation admirable : l'eau-forte vaut le tableau, c'est tout dire. La cuisse en raccourci, l'attache de la culotte près du genou, sont de la peigtnre, la couleur y est. Il semble voir l'usure de l'étoffe et le velours couché. La table, le fauteuil à pieds tors, sont des chefs-d'œuvre de perspective. Nous ne trouvons à cette charmante gravure qu'un seul défaut. Les pieds du fumeur ont trop de développement en raison de la tète. C'est, du reste, le défaut de M. Meissonier de faire les extrémités trop grosses. Cela tient peut-être à la conformation du modèle qu'il emploie. Cette légère critique montre quelle attention nous apportons à l'exa-
inen des œuvres de ce jeune peintre, que Ton peut dès à présent placer hardiment à côté des vieux Hollandais les plus renommés.
Le tirage de Teau-forte du Fumeur^ fait par M. Pcrnel, est d'une netteté et d'une pureté que nos abonnés apprécieront, puisque une épreuve de ce petit chef-d'œuvre est jointe à chacun de nos numéros.
■Oise Talenfln.
On lit, dans le journal l'Arlùleôn moisjde janvier, la lettre suivante, intéressante pour l'histoire des artistes français, bien qu*elle ne nous paraisse en rien légitimer la prétention de son auteur de vouloir rattacher Moïse Yalentin à la nombreuse famille des Boullongnc.
Monsieor le Directeur,
Permettez-moi d'enrichir V Artiste d'un document précieux. Depuis p'usiiurs années, je recherche avec patience les matériaux devant servir à ma biographie de Moïse Valentin, peintre français, né à Gonlommiers, en 1600, disaient l's catalogues et les bio'graphie?, et jusqu'ici je n'avais retrouve aucune preuve positive de cette naissance vaguement indiquée. L'obscurité la pins complète règne sur la vie de mon célèbre compatriote; rien de positif n'a été imprimé sur elle.
Les registres qui contiennent les actes de naissances, mariages et décès de cette époque, bien que conservés précieusement, sont souvent indéchiffrables ; le clergé du dix-septième siècle n'écrivait pas lisiblement et avec soin. Cependant il m'a été poss'ble de transcrire successivement tous les actes de naissaooe et de décès de la fiimille de ce peintre , mais sans rien rencontrer qui le concernât personnellement. Enfin, une dernière recherche faite il y a quelques jonrs a été couronnée d'un plein succèf>.
Je vous adresse une copie littérale de l'aote de naissance inscrit sur les registres de la paroisse de Saint-Denis de Gouloromters, et qui fixera (faoe manière irrécusable l'origine d'un artiste dont l'ancieDue école française s'honore à juste titre.
Die Veneris octavâ Junii 1601.
Johannes, filius ValentiHideBoulongne et Johannœ de Monthyon, ejus uxoris, fuit haptisaiw: P€Urin^s dominus Johannes de Boulongne, pictor, et Petrus Baltaixar ; matrina Lodoica^ filia Franeisci Reboulé, procuratoris fiscaîis.
Ou:
Le jour de vendredi, huitième dejuin 1601 .
Jean, fils de Yalentin de Boulougne, et de Jeanne Monthyon, sa femme, ftat baptisé : parrain, M. Jeande Bonloogne, peintre, et Pierre Balthszar ; marraine, Louise, fille de François Rebonlé, procureur fiscal.
Les noms du second parrain et de la marraine, qui figurent dans cet acte, sont ceux de familles existant encore à Gouloromiers. Quant à ceini du premier
56 î LK CABINKT
parrain, il apparlipiit ii Toncle du peinlre, Jc&n de Boiilongne, peintre vitrier, auquel on doit les beaux vitraux de IVglise de Coulommiers, et fi^re de Valeutin de BoiiloDgne, premier du nom.
Voici on résumé de la généalogie de cette Tamille d'arliMes, dont j'ai retrouvé tonte ia trace.
i"* Jean de Bologne, dit Rasset , né en ItaUe, vivait en U95 Est-ce le sculpteur ?... Je ne sais... qui eut pour fils :
2* Jeau de Boulongne, qui Tint s'établir à Coulommlei s, ci qui engendra :
y Jean de Boulongne, Périn de Bouiongne, Valeutiu de Boulongoe. premier en nom, raorl en 1618. Tons trois peintres révérés.
Le dernier engendra :
V Jean (Valentin) de Boulongne, né le 8 juin 1601 , second du nom;
2' Louis de Boulongne, né en 1609, mort en 1674, professeur a l'académie de peinture de Paris;
3* Marie de Boulongne, née le 28 août 1599.
Nota, Louis B> ulongne fut le père de Bon, Loui5, Geneviève et Maieleine de Boulongne, tous peintres.
Il résulte évidemment de ceci, qae Valentin n'est pas un nom patronymique, puisqu'il n'appartient qu'à deux membres de cette famille. Quant au nom de Boulongne, il ne saurait l'élre dayanf âge, puisque son orthographe varie ft chaque ins'ant :
Bologne, BoUogne, Boulogne, Boulongne, Boullongne.
Ce nom parait être l'indication du pays dont cette famille est originaire. Il reste
donc le nom de Rastet, Ce nom est véritablement le nom patronymique de la
famille, pendant le dix-huitième siècle, et jusqu'à nos jours» jusqu'au dernier
membre inscrit sur les actes de l'état civil et qui existe encore, après avoir
exercé pendant un demi-siècle l'état de chaudronnier. Les actes de naissance
sont ainsi rédigés :
Rasset dit Boulongne.
Je reviens au |>eintre célèbre, à Moïse Valentin.
Si l'acte de baptême paraissait iosuf6»ant pour prouver l'authenticité de sa naissance, on peut acquérir autrement la certitude que ce nom de Moïse lui a été donné faussement.
Mariette, ddus les Lettere di Pittura, prétend que le nom de Valentin n'est qu'un nom de baptême, et qne le mm patronymique de ce peintre est ignoré ; il prétend encore qu'il faut éciire et prononcer Monsù, au lieu de WoUe.
L'abbé Lanzi, dans son Histoire de la peinture en italie, tome 2,
page 198, vient corroborer c'etle opinion; il écrit Monsieur Valentino, et non
il signore Valenline. Monsieur, corrompu par le dialecte italien, a donné
Monsù d'oj Moïse.
J'ai l'honneur d'être. Monsieur , etc.
Anatole DAUTERGNE.
Le plus simple examen suffit pour faire voir que le prénom de Va-
DB l'amateur. 565
lentin, donné au père de Louis Boulogne, et qu*aucune certitude ne donne à son fils atné, dont la destinée comme artiste est inconnue, ne saurait Taire admettre en aucune manière Thypothèse proposée par M. Anatole Dauvergne, qu'une forte préoccupation nous semble a^oir égaré.
Bien qu'il nous reste peu de documents sur la vie des anciens artistes français, il est difficile de penser que, depuis Florent le Comte et Felibien, qui furent presque les contemporains duYalentin, cette particularité ait échappé à tous les écrivains qui se sont occupés de cette matière. Florent le Comte, qui traite le Yalentin de grand homme, n'aurait pas négligé de signaler une fraternité qui n'eût pas été sans quelque gloire pour Louis BouIIongnc, lorsqu'il écrivit la vie de ce dernier. Notons ici en passant que Louis Boullongne était un habile faussaire. Voici ce qu'en dit le vieil historien :
« Louis Boullogne avait un talent particulier pour copier les ouvrages « des anciens peintres, et leur donnoit un certain air d'antiquité, qui « pour lors trompoitbien des gens; semblable en cela à Pierre de la « Corne, qui passait à Rome pour un grand maître dans ce même caracfl tère.
a Boullongne, entre autres choses, fit le Mont-Parnasse, d'après « l'original de Perin del Vague, qui parut si ressemblant, qu'on aurait « pris volontiers la copie l'un pour l'autre. »
Watelet qui, en 4752, écrivit la vie de Bon Boullongne, pour l'Académie, garde le même silence, bien qu'il s'étende avec coniplais:mce sur les moindres détails. Watelet avait certainemenf puisé les renseignements de son travail dans la famille des Boullongne, nombreuse encore, et dont l'Académie comptait le fils parmi ses membres honoraires. Comment croire qu'elle aussi eût déjà perdu la mémoire de son Illustre ancêtre, dont le talent n'a jamais été méconnu en France ? Voilà bien des impossibilités dont on ne donne aucune raison.
La lettre de M. Anatole Dauvergne, document pour l'histoire de la famille des Boullongne, ne saurait donc se rattacher en rien à celle du Yalentin, qui restera longtemps encore un de ces enfants perdus du génie qui, avec Lesueur, Poussin et Claude Lorrain, protestaient dès lors contre cette réputation d'infériorité dans les arts qu'on a voulu faire par la suite à l'esprit finançais.
On donne communément Simon Youet pour maftre à Moïse Yalentin; c'est une erreur. Simon Youet, né en 1582, passa fort jeune en Angleterre ; et à vingt et un ans, il partit pour Constantinople avec M. de Sancy, qui avait été nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porto. Plus
tard il se fixa en Italie, où il était encore en 1627, lorsque Louis XUi le rappela en France pour en faire son premier peintre.
Le Yalentin, qui partit sans doute fort jeune en Italie, mourut à Rome en 1652, âgé de trente-deux ans. Son talent l'avait déjà rendu digne de peindre à Saint-Pierre un grand tableau, le martyre de saint Processe cl de saint Martinicn, qui a été exécuté en mosaïque par la suite.
Horlose «atromoml^iae de StraailM»arir*
Une fête populaire, Finauguration religieuse de Fhorloge de la cathédrale, a mis en mouvement, le 51 décembre 1842, toute la ville de Strasbourg. C*était la première fois que Vborloge astronomique allait marquer la révolution annuelle par le mouvement du calendrier et du comput ecclésiastique, qui aura lieu tous les ans à minuit. Pour cette fois, M. Schwilgtté, à qui Ton doit cet immense travail, avait avancé ce mouvement de six heures afin qu'il pût avoir lieu en présence des spectateurs invités à la cérémonie. Â cinq heures et demie tout le monde avait pris place : Tévéque, an milieu de son clergé, prononça la formule de bénédiction ; et aussitôt, au coup de six heures, tous les cadrans se mirent en mouvement avec une admirable précision. Les diverses révolutions s'opérèrent, les fêtes mobiles vinrent se ranger chacune à la place qu'elle doit occuper dans Tannée 1845, ainsi que les équations solaires et lunaires.
Un cortège d'artisans vint prendre M. Schwilgué au parvis méridional de Féglisc. Cinquante corporations étaient là, rangées en ordre, avec leurs bannières, au milieu des feux étincelants de plusieurs centaines de torches allumées, et d'une multitude de drapeaux tricolores qui formaient dans la nuit un merveilleux spectacle En tète se trouvait la grande grande bannière de la ville, précédée d'une musique militaire et de quatorze cavaliers, portant aussi des flambeaux, qui ouvraient la marche du cortège. M. Schwilgué, eonduii à l'hôtel de ville, y fut reçu et complimenté par le maire de la ville. Salué par d'unanimes acclamations, il fut ramené jusqu'à sa demeure par une foule empressée. Cette fêle honore également la belle cité de Strasbourg et Tartiste laborieux qui en a été l'objet.
C'est en 1526, suivant Bailly, que fut construite la première horloge astronomique, dont la date soit connue d'une manière certaine. L'auteur se nommait Richard Waling Fort ; il était abbé de Saînt-Albans en Angleterre, et son œuvre, qui fut destinée à orner une des principales églises de Londres,^était| selon l'expression d'un contemporain, un miracle de l'art dont le pareil ne devait jamais se produire en Europe. Vingi-quatre
yrr^
DE l*ajiiatëub. 567
i ne s'étaient pas écoulées, qu'un miracle semblable était opéré h Padoue par un artiste italien, que ses compatriotes surnommèrent YHorologio.
L'horloge de Strasbourg, dont on ignore Tauteur, bien qu'elle fût déjà fort célèbre au quatorzième siècle, a donné lieu à la légende que voici, qui, si elle n'est pas fort authentique, a le malheur de peindre assez bien les mœurs rudes et cruelles du moyen âge.
« Le chapitre souverain de Strasbourg voulait avoir une horloge qui c( fût digne de la magnifique cathédrale, où elle devrait rappeler aux a fidèles l'heure de la prière. Pour attemdre ce but, il n'avait rien 0 épargné ; ses lettres 'avaient été dans toute l'Europe convier à cette « belle œuvre les mécaniciens les plus habiles, les astronomes les plus « savants Un homme répondit à celte invitation ; il vint offrir ses série vices, on les accepta; il se mit à l'œuvre, et, en 1352, l'horloge fui « terminée.
« Le chapitre fut convoqué pour assister aux premiers mouvements « de la merveilleuse machine. Rien n'y manquait : quelques instants « avant l'heure, un coq perché sur le haut d'une tour avertissait par a les battements de ses ailes, et par les sons éclatants de sa voix» les « fidèles de se tenir prêts, et de se meUre en garde contre les suggesiions « du malin esprit, auquel le prince des apôtres n'avait pas su résister. « La Mort venait ensuite frapper sur un timbre sonore autant de coups (( qu'il en fallait pour annoncer l'heure ; puis les apôtres, en nombre « égal à celui de ces coups, passaient en s'inclinant devant le Christ, « qui leur imposait les mains. Des aiguilles marquaient les diflërentcs a parties du jour, les jours de la semaine, ceux du mois, l'âge du monde, a l'année de Jésus, etc. C'était plus que les chanoines n'avaient espéré.
« Ils se retirèrent pour délibérer sur la récompense que Tartisle « devait recevoir. Mais à peine s'éiaient-ils éloignés^ qu'une réflexion « se présenta à leur esprit : l'homme qui avait fait pour eux cette hora loge ne pouvait-il pas, instruit par l'expérience qn'il venait d'acquérir, « en faire pour une autre ville une plus merveilleuse encore, et leur « enlever ainsi la célébrité dont son œuvre devait le faire jouir. Un seul « moyen pouvait prévenir ce malheur ; proposé et adopté à l'instant, il a fut aussitôt exécuté, et un horrible sacrilège priva de la vue le mal- « heureux artiste. On lui apprit ensuite la cause du traitement barbare « qu'on lui avait fait souffrir: Imensés ! s'écrvà-l-W, qu'avez-votu fait? • Cette horloge n'est poirU acherép; elle va $* arrêter si je n'y ajoute la « pièce qui y manque ^ et dont moi seul connais la place. On se hâta de d le conduire auprès de son chef-d'œuvre; mais à peine y fut-il arrivé.
a que, saisissant un rouage qui conduisait tout le mécanisme, il le brisa, « et arrêta ainsi pour toujours ces mouvements ingénieux qui devaient o faire sa gloire el celle de Strasbourg. On ne put jamais trouver depuis • un homme assez habile pour faire de nouveau mardier cette horloge.
Telle est la légende de la première machine astronomique de Strasbourg.
On essaya, vers 1558, de la réparer, ou plutôt d*en faire une nouvelle, à la construction de laquelle devaient présider les mathématiciens, les plus célèbres de Tépoque. La mort de quelques-uns de ces hommes vint interrompre le travail, et leur œuvre resta inachevée Enfin on le confia, vers 1560, à un savant professeur de mathématiques à Tuniversité de Strasbourg, Conrad Rauchfuss, qui, analysant et traduisant son nom en grec, se faisait appeler Dasypoditu (pied velu). Il s'adjoignit son ami David Yolkensicin, astronome hambourgeois, et confia Texécution des différentes parties du mécanisme aux frères Uabrecht de Schaffouse, et la décoration à Tohias Stimmer de Strasbourg; quelques-unes des peintures et des statuettes dues au talent de cet artiste ornent encore le buffet actuel. L'horloge fut enfin terminée le 28 juin 1584, et Ton en publia, quatre ans après, la description dans un ouvrage latin, dont le tilre peut se traduire ainsi : Description de l'horloge astronomique strasbourgienne construite par les soins de Conrad Dasypodius, et placée en haut de la cathédrale. Strasb., 1578, in-4**.
L'œuvre de Dasypodius fut restaurée en 1 f)69 par Michel Habrecbt, et en 1752 par Jacques Straubhar. Elle cessa de fonctionner en 1789.
C'est le 2i juin 1858 que fut commencée, par M. Schwilgué, Thorloge actuelle; elle a été terminée le 2 octobre 1842.
ImporlatlOM de taMcausi en Anyleterre*
On lit dans rAftT-UNiON, excellente revue anglaise, que nous aurons souvent Toccasion de citer, les détails suivants sur le commerce des tableaux dans ce pays.
« Dans VÀrt-Union de juillet 1859, nous avons publié une statistique renfermant le nombre des tableaux qui ont été importés en Angleterre, de 1855 à 1858, inclusivement. Ces tableaux venaient de TltaMe, de la Hollande, de la Belgique, de TAIlemagne, et nous les avons évalués à 8,000 environ par année. Nous possédons maintenant une statistique du nombre des tableaux importés dans le royaume-uni, pendant les quatre années suivantes, jusqu'au 5 janvier 184 \ Nous y joignons «n état des droits acquittes pour ces diverses œuvres. »
DE j/amatrur. 569
Année finissant au 5 Janvier 1839 — 9,620 — â,644 fr.
« On peut voir, d'après cela, que4*accroîssenient des impoftations a été énorme. Sur ces 15,108 tableaux, Titien, Berghcm, Rembrandt, buit peutrétre sont des œuvres de prix ; mais 15,100 autres sont, sans aucun doute, des copies misérables et sans valeur. Âces 15,108 tableaux (compositions des vieux maîtres, car il en est bien peu qui avouent leur origine moderne), il faut ajouter encore une grande quantité de peintures wiginales^ fabriquées dans la Grande-Bretagne, et payées par des acheteurs qui ont perdu la raison. Nous avons appris une foule d'anecdotes instructives sur la manière dont s'élaborent ces ouvrages, et on nous a nommé plusieurs personnages (véritablement artistes), qui doivent rougir de s'associer à d'aussi indignes et d'aussi scandaleuses roueries. Sous la législation actuelle, ce mal est sans remède : mais, en vérité, n'est-ce pas un devoir de faire connaître' et de slygmatiser les auteurs de ces indignes manœuvres. Copier de vieilles peintures pour les donner ensuite comme original, c'est là déjà un acte coupable et très-coupable. Mais copier dans le même but les productions des arlistet» modernes, c'est infiniment plus coupable encore. C'est pourtant ce qui a lieu lous les jours, et l'impunité est légalement acquise au faussaire et à celui qui débite ces contrefaçons. »
Il serait curieux de comparer le mouvement d'importation et d'exportation qui a lieu en France, à ce qui se fait en Angleterre. Malheureusement toutes les choses d'art, d'antiquité et de curiosité, qui entrent ou qui sortent de chez nous, sont comprises dans les comptes dédouane, en une seule classe, sous la dénomination d'objets de collection. Ce que nous pouvons assurer, c'est que la contrefaçon en tout genre n'est pas moins active chez nous que chez nos voisins ; bien que les Anglais aient une grande aptitude à ce genre de travaux.
MouYelleii dlwcr»eii.
L'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 2 décembre, a procédé à l'élection d'un membre en remplacement de M. le comte Alex, de Laborde. Le nombre des votants était de trentedeux au premier tour de scrutin. M. Léon de Laborde, ayant réuni vingtsept suffrages, a été élu membre de l'Institut. M. Léon de Laborde, qui succède à son père, est auteur d'un grand ouvrage sur TArabie, d'un
GommenUire sar ia Bible, et de nombreuses pttblic:iUoDS qui se raUaclieut aux arts.
— MM. Durand, Eck et Rlcliard, fondeurs rue des Trois-Bornes, vien* nent de couler en argent, et de grandeur naturelle, une statue en pied de Louis Xtli, par M Hudc, commandée par M. le duc de Luynes. Cette statue doit orner le grand salon du château de Dampicrrc (vallée de Ghe- ▼reuse). On raconte bien des merveilles de ce cliÂteau de Dampierre, que M. le duc de Luynes, non moins homme de goût que savant antiquaire. Tait décorer avec une magniflcencc trop rare aujourd'hui par les plus célèbres artistes de notre époque.
Cette statue est aussi un hommage rendu à la mémoire de Louis XIII, auteur de la grande fortune de la maison de Luynes.
— On écrit d*Âmsterdam, le 21 novembre : C'est aujourd'hui qu'a eu lieu la vente de deux portraits de Rembrandt, qui avait été annoncée dernièrement. Elle a eu lieu dans la maison même où ils avaient été conservés depuis le jour oii ils jBont sortis de la main de l'artiste. L'affluence des amateurs était grande. C'est un marchand de Bruxelles, M. Nunwenhuys qui en est resté adjudicataire au prix de trente-deux mille florins, plus de trente-cinq mille florins avec les frais (soixantequinze mille francs environ).
— Nous avions promis de porter quelque lumière dans des tripotages obscurs auxquels donne lieu le commerce des tableaux et des objets d'art. Dieu sait si nous y avons mis de la discrétion, non qu'il entrât dans notre pensée de ménager qui que ce soit, mais plutôt par Fespècc de dégoût dont on se trouve pris h l'abondance de certaines matières. Loin de nous en savoir gré, quelques-uns se fâchent et nous n'en recueillons que des désagréments. L'il//tcince des Arit^ entre autres, qui nous a quelques obligations de ce que nous ne nous sommes pas trop appesantis sur trois ou quatre opérations ridicules et mal conduites qu'elle a essayé de faire, au lieu de profiter en honnête marchande, qu'elle est, des conseils que sous-en tendaient nos critiques, se môle de trouver mauvais ce que nous faisons. On n'a pas d'exemples d'une pareille bouffonnerie : L'Alliance des Arts fait un crime à notre collaborateur, M. Théophile Gautier, de s être servi dans son article sur Goya de trois ou quatre pages écrites par lui-même, il y a quatre ou cinq ans. — Il y a des gens qui ne conçoivent pas qu'on se vole ainsi soi-même. — Elle reproche à M. Eugène Piot d avoir cité, dans un article sur Bernard Palissy, huit p^iços admirables d'un vieux traité de notre grand potier. Enfin, grande
DE L'AMATEUB. ft7t
critique des gens qui n^oot rien de bon à dire, elle trouve que nous n*écrivons pas en Lon français; et après avoir bien clierché, elle cite' deux phrases qu'elle signale comme monstrueuses. La prétention est maladroite. Le spirituel rédacteur du bulletin de V Alliance des Âr (s ^ qui quitte la littérature pour se faire calalogographe, quel métier et quel nom ! n*a jamais passé pour un grand scribe ; et il est d'une ignorance trop proverbiale pour qu'il lui soit permis de se poser ainsi en redresseur de torts. — L'une des phrases qu'il cite, sans être incorrecte, est fort embrouillée, nous en convenons. Mais l'autre, en dépit des lettres capitales dont il l'a semée, bien que le sujet soit au pluriel et le verbe au singulier, est en cette occasion parfaitement dans le génie de la langue : le rapport est Cguré. Nous renvoyons donc sur ce point le bibliophile Jacob (Paul Lacroix) à la grammaire qu'il ignore, Chàp. de la Syllepse; à celuilà et à d'autres, qu'il eût bien fait d'étudier pour son usage particulier, avant d'avoir la sotte prétention de coriiger les autres.
Quant aux erreurs typographiques, sur lesquelles il se rabat, il nous oblige, et nous lui offrons volontiers, s'il veut continuer noire errata, ce que Robert-Etienne donnait aux polissons du collège Montaigu, qui corrigeaient les épreuves de ses belles éditions, un sou par faute qu'il voudra bien nous signaler.
Balletin icom€iirraplil«ae.
60. Sainte Biblb, gravée par Sixdeniers, d'après Paul Delaroche. (L. 27 c; H. S5c.) •— Paris, Goupil et Vibert, 15, boulevard Montmartre. 8 fr.; avant la lettre, 16—0
61. MuRiLLO, gravé au burin par Blancliart, d'après Murillo. (H. 30 c; L. 24 c ) — Paris, H. Gâche, 58, rue de la Victoire.
62. Portrait db S. Â. R. la duchbssb n'ORLÊAffs, tenant le prince royal dans sesbras, gravé au burin par Lefèvre, d'après ^interhalter. (H. 54 c; L. 25 c.) Paris, Goupil et Ft6er(, 15, boulevard Montmartre, et 7, rue de Lancry. 20 fr. ;sur papier de Chine, 25.fr.; avant la lettre, le double, épreuve d'artiste. 100—0
65. Portrait db S. A. R. le duc d'Orléans, dessiné et gravé par Gnlamatta, d'après Ingres. (H. 57 c.; L. 2r c). Paris, Goupilet Viberl, 15, boulevard Montmartre, et 7, rue de Lancry. 40—0
Les épreuves avant la lettre sont épuisées.
64. Portrait de Pierre le Grand, gravé au burin, par Hcnriquel- Dupont, d'après Paul Delaroche. — Paris H. Gâche, 58, rue de l»