‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 44 sur 139 · SALON DE · texte numérisé non relu

SALON DE

Nous n'allons pus ici nous occuper de ces immenses toiles orflcielles, de ces larges tableaux faits pour les palais et les monuments publics, dont un seul suffirait pour tapisser tout un appartement moderne, non que nous méprisions la grande peinture et les vastes proportions, mais en vertu de cet axiome géométrique : il faut que le contenu soit moins grand que le contenant; axiome que nos «artistes semblent trop souvent oublier

lorsqu'ils lienBeni la brosse; car avec toute la bonne volonté du monde, Ton ne peut abattre les murs de sa maison pour y faire entrer un tableau.

IVailleurs les dimensions ne font rien au mérite. L'on a toujours assez de place pour montrer qu'on a du génie. Raphaël est aussi complet dans ses toiles les plus exiguës que dans ses plus énormes fresques. La Stratonice contient M. Ingres tout aussi bien que le Vœu de Louis XIII ou le Plafond d'Ilomère; Poussin a fait entrer ses chefs-d'œuvre dans des cadres fort restreints. Si un peintre ne met pas de style sur une toile d'un pied carré , croyezqu'il en mettra moins encore sur une toile grande comme les Noces de Cana. Ce n'est donc pas la proportion du cadre, mais le talent de l'artiste, qui fait la grande peinture.

Nousdisons ceci pour que les peintres d'histoire^ adoptant des dimensions plus en harmonie avec les exigences de la vie moderne , ne laissent pas les peintres de genre , proprement dits, envahir nos habitations. Il existe mille sujets charmants dans le genre épisodique ou gracieux, qui, traités d'une manière réduite, feraient l'ornement des plus riches demeures, envahies, pour cette seule raison, par toutes les trivialités minutieuses de Técole hollandaise.

Atout Decamps tout honneur; c'est par lui que nous commencerons. Ses Enfants Turcs sortant de l'école sont un chefd'œuvre : jamais l'aquarelle ne s'est élevée à ces hauteurs. Jamais Decamps n'a rien fait de mieux, et ce n'est pas peu dire.

Vous connaissez la richesse inouïe, TétraUgeté charmante de sa couleur; ces tons si chauds, si blonds, si transparents et si solides à la fois, cette touche fixe et franche, qui font de Decamps un mattre tout à fait à part ; toutes ces qualités se trouvent dans l'aquarelle admirable, qu'on peut nommer à bon droit la perle de salon , toutes et une de plus, la seule peut-être qui manquât à ce mattre : la beauté.

Jusqu'à présent Decamps (il a bien droit è la suppression du M'), préoccupé des recherches de la couleur, de la franchise, du geste, de la bizarrerie des costumes et des sites, de la physionomie des chevaux , des chameaux , des chiens et des ânes , n'avait pas poussé son talent à Tétude de la beauté. L'habitude de

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peindre des singes parodiant les actions humaines Tenlralnait quelquefois è confondre les races, et s*il foisait des singes ayant Tair d'hommes, ses hommes trop souvent avaient Tair de singes. Dans sa Sortie de TÉcole on remarque une douzaine de tèles d*un caractère fin et pur, d'une grAce originale et charmante; ce n'est pas la beauté grecque, c'est la beauté turque , un type nouveau dans l'art et qui n'avait jamais été reproduit, puisque le Koran défend la représentation de tout être vivant et ordonne la réclusion des femmes, source de l'art et de.ridéal.

Quelle verve! quel mouvement! quel entrain I Comme ils s'élancent, comme ils voudraient s'échapper tous à la fois de l'odieuse prison de l'école! — Soyez en sûr, personne ne sortira le dernier.

C'est un bouquet complet où se trouvent groupées avec un art infini toutes les nuances de 1^ beauté a&ia tique, depuis le blanc mat du mameluck jusqu'aux teintes de bronze du mulâtre ; quels ravissants gamins! et quelle tournure délicieuse ils ont avec leurs corps fluels, leurs énormes turbans, leur tètes rases, coiffées du fez de velours, ou du tarbouch à glands de soie; comme ils se mêlent, se heurtent, se bousculent! on dirait un essaim d'oiseaux qui va prendre sa volée et dont les ailes palpitent confusément avant de s'ouvrir. Et le pédagogue morose et grognon, le nez caparaçonné de besicles qui luisent dans l'ombre comme des yeux de hibou , quelle caricature fine et vraie! sansaller jusqu'en Asie-Mineure, où la scène se passe, vous Irquveriez à cette figure plus d'un modèle : les pédants se ressemblent, qu'ils enseignent à lire de gauche à droite ou de droite à gauche.

Outre la Sortie de l'École, Decamps a exposé deux magnifiques dessins : le Siège de Clermont , et un épisode de la Bataille des Cimbres, qu'aucun mattre ne refuserait de signer. Il est difû-' cile de réunir à un plus haut degré deux choses qui se contrarient, le style et le mouvement. — Les grands bœufs qui traînent le chariot chargé de morts sont dignes de Phidias , et depuis les frises du Parthénon , personne n'a donné aux animaux ce grandiose, celle fierté de tournure et de style qui les élève presque an niveau des plus nobles représentations humaines. — Ils nous

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ont rappelé ces magnifiques bœufs d'Espngne coiffes de tiares de sparterie, que nous avons si souvent admirés sur les routes deCastiile et d'Andalousie. T.es chevaux, peut élre un peu trop imités de Tantique, ont cette énergie nerveuse , cette hardiesse de Jet et de dessin qui sont Papanage de Decamps. La férocité sauvage, la bizarrerie barbare des costumes, des armes et des ajustements, ajoutent à Veîîei de la disposition générale par mille détails caractéristiques et pittoresques.

Quoi qu*on ait dit de la faiblesse du Salon de cette année, reproche qui du reste se reproduit sans plus de fondement à chaque exposition, un Salon où se trouvent trois dessins de celte force n'est pas un salon faible. A propos de dessins, pourquoi les artistes de nos Jours n'en exposent-ils pas davantage et semblentils consacrer tous leurs effbrts à la peinture à Thuile? Un beau dessin, bien magistral, vaut certainement un tableau, et c'est une étude intéressante de voir la pensée de l'artiste tout entière, dans son premier Jet, et sans ces hésitations et ces tâtonnements que les longueurs de l'exécution font éprouver aux mains les plus sûres, aux pinceaux les plus exercés. — Nous ne saurions trop recommander aux artistes de faire des compositions et des dessins et de les envoyer au Louvre, où ils trouveront souvent plus de chances d'achat et de succès que les tableaux.

M. Meissonnier, Jeune peintre qui s'est révélé tout d*un coup, il y a quatre ou cinq ans , par les délicieuses illustrations de la Chaumière Indienne de Bernardin de Saint-Pierre, est arrivé dès les premiers pas à la perfection de son art ; son Docteur, son Moine confessant un malade, son Antiquaire, ses Joueurs d'Echecs, valent ce que les Hollandais ont fait de plus fin et de plus précieux.— Son Fumeur et son Joueur de Basse de cette année sont, dans leur petitesse , des morceaux inestimables que nous plaçons sans hésiter à côté de Metzu, de Gérard DowetMiéris; peut-être même au-dessus, car M. Meissonnier, à la vérité du dessin , à la finesse de ton . au précieux du pinceau, joint une qualité que les Hollandais ne possèdent guère, le style.

Le Fumeur est un exemple bien fort contre les gens (il n'y a que trop de ces gens- là) qui s'attachent au sujet en peinture et qui n'admirent un tableau que d'après le plus ou moins d'intérêt

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de la scène qu'il représente. — La peinture n*est pas un drame, et les toiles anecdotiques qui plaisent tant aux bourgeois par les idées qu'elles réveillent dans leur tète sont le plus souvent d'abominables croûtes. — Que voyons-nous dans le Fumeur de M.Meissonnier ? un homme en costume de la fin du siècle dernier, coiffé d'un tricorne, assis sur une chaise a cAté d'une table où figurent un verre et une pinte de bière : voilà tout; et cependant cela est charmant et vous fait rester une heure en contemplation. C'est la vérité du dessin, le choix de la pose, l'assortiment délicat des nuances, l'arrangement des détails, le sentiment iniiine de la vie, qui font la composition en peinture, et non la repr-ésentation théâtrale d'un fait quelconque. Le Fumeur de M. Meissonnier, où il n*y a qu'une figure, est beaucoup mieux composé que d'immenses toiles représentant des foules compactes.

Le Joueur de Basse est peut-être supérieur au Fumeur. Il est impossible de mettre dans si peu d'espace plus de largeur, de vie et de mouvement. Quelle animation dans cette tète blondine! comme les mains sont fines, délicates, d*un dessin excellent et d'une hardiesse de lumière incroyable ! comme le jour frisant qui glisse sur le ventre poli de la contre-basse est admirablement saisi ! La tapisserie à personnages du fond produit une illusion complète, et le dessin en est d'une noblesse singulière; cest toute fait le ton et la couleur des vieux maîtres. La chaise à ramages sur laquelle est posé le cahier de musique surprend par l'incroyable finesse du travail; chaque point est rendu, et cependant l'harmonie générale est conservée.

Non loin du Fumeur de M. Meissonnier, cherchez un tout petit cadre représentant un trophée de nature morte de M. Déranger : il y a un très-grand talent dans cette toile qu'on couvrirait avec la main; les réseaux de 1» carnassière, le\>oil mêlé du lièvre, les plumes ^e 4a perdrix, sont traités avec une vérité vi une délicatesse merveilleuses. Weenix ne renierait pas M. Béranger pour son élève. La Fruitière du même auteur est un tableau à faire pflmer d'aise les amateurs de TÉcole hollandaise : il y a là des melons, des choux-fleurs, des radis, des légumes de toute espèce, d'une couleur et d'une finesse surprenantes; on n'est pas plus

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vrai, plus précis, plus rendu. Les personnages sont moins heureux. La Jeune servante qui marchande des légumes est cependant fort gentille; mais quel visage humain peut lutter contre de si fraîches bottes de radis roses?— Il ne manque à M. Béranger, pour atteindre la perfection dans le genre qu'il a adopté, que du style. Eh quoi ! du style à propos de panais, de carottes et de citrouilles I Certainement; — voyez pluUVt M. Saint-Jean, . qui a trouvé moyen de faire une superbe composition avec des épis et des feuilles de vigne, sous le nom un peu prétentieux, peot-ètre, d*emblèines eucharistiques. — Ses épis et ses grappes sont d'une noblesse épique. Quelle tournure et quelle fierté ! L'ambre, la topaze, n'ont pas de tons plus chauds. Comme les feuilles de vigne sont dessinées, jetées de face, de profil, déchirées, les unes blondes, les autres rousses, pourpres comme la vie, vertes comme l'espérance I M. Saint-Jean, par ce seul tableau tout à fait magistral, se pose de prime abord sur le rang de Van Huysum, de Baptiste et de Juan de Avellenada ; plutAt bu-dessus qu'à cAté, car il a une largeur et un style qui leur manquent.

La BeUe-Poule, de M. Eugène Isabey, est un tableau plein d'émotion et de poésie ; la scène a ditk se passer ainsi : les marins sont groupés dans les canots, les avirons parés» et le cercueil , recouvert d'un poAle de velours noir croisé d'argent, est hissé par des poulies le long du bâtiment. La proue du vaisseau, les mAts, vus seulement Jusqu'aux premiers huniers, sont étudiés et rendus avec une grande science et une grande habilité ; les grands nuages gris de l'horizon, la teinte sobre et sévère de toute la scène , i^outent à l'effet et au recueillement général. fiCs figures sont touchées avec une adresse et une aisance de pinceau bien rares aujourd'hui que la couleur semble abandonnée pour le dessin, et qbe je ne sais quel caprice d'austérité arrête les hardiesses de la brosse et proscrit la variété de la palette.

La Vue de Dieppe, prise pour ainsi dire à vol d'oiseau, se fait remarquer par ces qualités de plus en plus rares ; il est difficile de voir une peinture plus adroite, plus spirituelle et plus libre. Les maisons, la Jetée, le clapotement de l'eau qui s'engage dans le chenal , sont touchés à ravir. Les premiers plans

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rappellent ce que les aquarellistes anglais ont de plus fin et de plus transparent comme couleur.

Les pastels de M. Maréchal n'excitent pas cette année au Salon la curiosité qu'ils avaient soulevée Tannée dernière, el n'obtiennent pas la même faveur. Cela est injuste, suivant nous. — Les Adeptes valent tout ce qu'a Tait M. Maréchal jusqu'ici. Son Loisir, figure de grandeur naturelle, est d'une composition noble et simple, d'une attitude aisée et facilement nonchalante, d'une couleur tendre et blonde qui rappelle les nresques et les peintures à la détrempe de Corrége. La Détresse n'est pas si bien réussie. — Le Vitrail de l'apothéose de sainte Catherine, exécuté dans un sentiment gothique, sans exagération , se fait remarquer par une grande douceur et une grande richesse de ton; les tètes sont fort belles, et expriment parfaitement Textase religieuse et la béatitude mystique.

Puisque nous parlons de pastels, n'oublions pas les charmants portraits de M. Jules Etex, qui, au mérite d'une extrême ressemblance, joignent l'agrément d'une couleur charmante et d'un crayon facile et spirituel. Celui de miss S., Jeune personne d'une rare beauté, est d'une grflce exquise, d'une fraîcheur et d'un velouté. de ton à ne rien envier aux plus tendres pastels de Latoup.

Le Paralytique et surtout la Korolle , sujets bretons de M. Adolphe Leieux, sont des œuvres d'une originalité franche, d'un caractère tranché, bien rare à Tâge de M. Leieux. On n'y sent rimitalion- d'aucun maître ni d'aucune école. M. Leieux copie le: pâture telle qu'elle est et sans la regarder par les verres d'un parti pris quelconque. Il est vrai jusqu'à la rudesse, franc jusqu'à Ip brutalité; mais quel accent sincère, quel parfum intime de nature 1 Avec quelle sécurité on regarde ces paysans bretons, è l'air mystérieux et pensif, à la joie muette et triste, qui dansent comme des ombres ^ur ce sol blanchâtre et sablonneux, égayé seulement de quelques touffes de genêts et d'ajoncs 1 ce ne sont pds là des paysans d'opéra^comique , des bergers d'idylle; tant s'en faut! Vous pouvez vous en rapporter là-dessus à M. Leieux ; il n'a rien omis, rien déguisé, rien fardé. — Mgr le duc d'Orléans vient d'achcicr le tableau de la Korollr.

Les deux paysages de M. Corot offrent le charme ordinaire aux tableaux de cet artiste consciencieux et naïf entré si avant dans la ramiliarité de la nature ; talent chaste et modeste que la foule peut méconnaître ou ne pas apercevoir, mais qui a Tapprobation de tous les vrais amis de Tart. — Rien n*es^t plus joli que ces enfants qui grimpent aux arbres pour en cueillir les fruits.

La Lecture, de M. Lessore, est peinte avec beaucoup de fermeté et de vigueur, malgré ses proportions microscopiques. Cest un savant, revêtu d'une robe de moine, qui déchiffre un manuscrit dans un cabinet garni de ce mobilier sans nom dont les docteurs Faust aiment à s'entourer. C'est un sujet qui a été traité bien des fois et qui offrira toujours de nouvelles ressources à la peinture.

M. Théophile Kwiatkowski, un de nos plus habiles peintres de pastel, a trouvé le moyen d'être neuf, après Decamps^ en représentant une scène orientale. La Femme Turque avec son enfant est un petit joyau de couleur.

Les Baigneuses de M. Lehmann sont composées fort agréablement, d'une grâce un peu maniérée sans doute , mais d'un joli effet, et tiendraient leur place dans le salon d'un amateur.

M. Célestin Nanteuil, sous le titre de la Source, a exposé une Nayade romantique d'un goût bizarre et charmant; le paysage est plein de calme et de fratcheur.

L'Esther à sa toilette, de M. Chasseriau, tableau d'histoire, large comme la main, a toutes les qualités et tout le st}le d'une grande peinture. Les Troyennes au bord de la mer, où le jeune peintre a réuni un grand nombre de types antiques, montrent qu'il n'est pas besoin de dimensions gigantesques pour se développer. Un profond sentiment de l'art grec respire dans ce tableau, que l'on pourrait croire sorti des mains qui ont orné Herculanum et Pompeï.

Parmi les dessins, nous avons remarqué le Manoir d'Ëscoville et la vue de l'Apside de Satnt-Pierre-de-Caën , par M. Sechan , décorateur de l'Opéra. On y retrouve la science architecturale, la vigueur d'effet, la hardiesse de main de l'artiste habile à qui la scène de l'Académie Royale de musique doit ses plus merveilleux panoramas.

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Nous citerons aussi les vues de Russie , l'Entrée du Kremlin et rÉglise du village, près de Saint-Pétersbourg, de M. André Du< rand, dessinateur plein de goût et détalent, pour qui l'architecture gothique n*a pas de mystère.

La sculpture n'ofTre pas grand intérêt. Messieurs du jury, toujours de plus en plus amoureux du tendon d'Achille, de la rotule d'Ajax et du nez de Jupiter, refusent obstinément tout ce qui n*est pas dans le style pseudo-grec ou pseudo-romain. Il leur Taut des bonshommes de marbre bien froids, bien raides, bien académiques, ne se rapportant en rien à nos usages et à nos besoins.

lis renvoient obstinément à l'Exposition de l'Industrie les vases ciselés, les pendules, les meubles, les portes, les chambranles de cheminée, enfin toutes les applications de la sculpture à la vie réelle; sans aucun doute, l'on refuserait les armures de Benvenuto Cellini, s'il en ciselait encore.

C'est à cette fatale tendance du jury qu'il faut attribuer l'espèce de défaveur où la sculpture est tombée. Personne ne peut acheter un Épaminondas pour sa consommation particulière.

Cette année , du reste , les honneurs de l'exposition sont pour les ouvrages d'une proportion abordable. La Judith en marbre de mademoiselle Félicie de Fauveau est d'un grand style, pleine de force et de fierté. «La veuve de Béthulie, montée au balcon de sa maison , découvre la tête d'Ilolopherne cachée sous son manteau , la plante sur une pique suivant l'usage d^Orient , et dit au peuple : Suspendite caput hoc super muros nosiros, y> Le mouvement avec lequel elle relève son manteau est d'une grande vigueur, et sa tète est empreinte d'un sentiment d'énergie contenue d'une grande beauté. Il y a progrès chez mademoiselle de Fauveau dans cet ouvrage, qui se rapproche, pour le style, des artistes italiens du quinzième siècle, d'une autre Judith du Donatello qu'on admire à Florence.

M. Klagmann , plus heureux que mademoiselle de Fauveau , à qui, l'an passé, on a refusé un miroir sculpté, a pu exposer les principaux modèles de l'épée du comte de Paris, faveur qu'il n'a due sans doute qu'à la destination de son œuvre. L'ensemble de cette arme manque de légèreté ; le pommeau est un peu petit

pour la masse; les ornements pèchent par la lourdeur ; n&is les figurines, les enfants surtout, sont parfaits de finesse, de modelé, et rimperceptible bas-relief de la lame est précieux d'exécution.

Une Femme grecque endormie, de M. Cavelier, est pleine de grâce dans sa pose , les draperies en sont soignées et abondantes. Cet statue, d'une proportion de demi-nature, est d'un très-bon style.

Nous louerons encore sans réserve une petite statuette de madame Edouard Dubuffe , et surtout trois petits médaillons en pl&tre de M. Schœnewerk, merveilleux d'exécution.

Nous ne pousserons pas plus loin cette revue ; la rendre plus complète serait sortir de notre spécialité. Sans doute, il y a beaucoup d'œuvres dont nous n'avons rien dit et qui sont pleines de mérite ; mais l'appréciation en est réservée à des journaux purement artistiques.

Théopuilb GAUTIER.

VENTE

DE

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