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LA COLLECTION DE M. REVIL

IBrmwÊMcm antiques et Deeeiiie.

La coHection de bronzes antiques de M. Revil, peu nombreuse, n'en contenait pas moins des monuments remarquables et d*un grand intérêt. Au milieu de menus bronzes et de figurines antiques précieuses par leur travail, on remarquait surtout une Ciste mystique (1) d'une parfaite conservation , et un Sophocle , statuette de bronze aux yeux incrustés d'argent, du meilleur temps de Fart grec.

Cette Citle mystique de bronze , magnifique travail de la Toreutique ancienne, est peut-être la plus remarquable de toutes celles qui sont connues. Découverte en 18^6, aux environs de' Palestrine , Tantiquc Pramesle, dans un état complet d'intégrité, avec son couvercle, elle renfermait un de ces monuments connus vulgairement sous le nom de Paierei. Acquise aussitôt par M. Durand, elle passa de ses mains dans le cabinet de M. Revil. La pureté du dessin , Tin telligence profonde des œuvres d'Homère et des usages de Pantiquiié, que révèlent les com-

^1) CmjE MTSTiCiB, cofflres ou vases ronds en bronze ciselés qu*on déposait dans les tombeaux remplis de miroirs, d^ustensiles de bains et d*objets de parure ; sur le couvercle de ces cistes, des figures servent de poignées; des griffes d'animaux en forment les pieds, des dessins au grafQto ornent les côtés et le couvercle du coffre. La plupait des Cistes proviennent de Prœne8te,où elles semblent avoir été conservées en partie comme offrandes consacrées par les femmes dans le temple de la Fortune. Cinq ou six monumentsde ce genre avaient seuls été signalés à Tattention des archéologuos; neuf autres ont été découverts récemment.

positions dont elle est ornée , font conjecturer qu'elle appartient à la belle époque de l'art grec , qui précéda le temps de Périclès.

Peu d'évcnements ont été plus fréquemincnt traités par les anciens artistes que ceux qui forment le dénouement magnifique de riliade : les FunérailleM de Pairacie et la Rançon d'Hcclor, Mais, à Texception de la TabU Iliaque, nous ne possédions aucun monument figuré des Jeux funèbres célébrés en Thonneur de Pulrocle , et surtout du Sacrifice humain offert h ses mânes , ce trait si remarquable d*une civilisation barbare et qu'on voudrait pouvoir retrancher du poème d Homère. C'est ce fait qui est le sujet des gravures du vase dont nous nous occupons. Il était avantageux , sous le rapport archéologique, de pouvoir produire quelques monuments relatifs à cette scène de Flliade, qui appartient aussi bien à Fart Grec qu'à Tart Etrusque, qui puissent servir à confirmer Tintime et antique relation qui existait entre les arts, les croyances et les institutions de ces deux peuples; c'est ce que ce ▼ase a rempli en partie.

1^ couvercle de la Ciste présente trois Néréides montées chacune sur divers monstres marins, et portant. Tune une épée dans son fourreau . les deux autres deux cnemides , indication de l'armure forgée par Vulcain, ou,peut-élre aussi , offrande qu'il était ordinaire de meitre sur le bûcher, comme le ferait penser la répétition du môme fait dans lo sujet de Texiérieur.

1^ dessin qui orne la partie extérieure de la Ciste se compose de quatorze personnages : Âcliillc et six de ses compagnons qui lui amènent six captifs tioyens ; Minerve , spectatrice de la scène. U présente le sanglant sacrifice offert par Achille aux mùnes de Pairocle ; sacrifice qu'Homère n'indique qu'en peu de mots et comme à regret, mais devant lequel n'a pas reculé l'artiste qui devait le reproduire. Suivant scrupuleusement les circonstances indiquées par le poète , il nous montre le bouillant Achille impatient d'assouvir sa vengeance. Sans prendre le temps de se dépouiller de ses armes , sans se purifier par les ablutions, il jette son bouclier à ses pieds, et après le sacrifice préalable de sa chevelure , debout, en avant du bùclier, il saisît d'une main Ton des captifs et de Tantre lui plonge son épée dans in gorge. Le sang qui coule h grands flots , les traits défigurés par la douleur, du malheureux qui se tord les bras attachés derrière le dos, tout, dans cette scène d'horreur, est rendu avec -une précision et une naïveté d'exécution qui dénotent la haute antiquité de l'art grec.

Une particularité importante qu'offre cette composition , c'est la présence de Minerve, vêtue d'une tunique longue, par-dessus laquelle

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est jelé un vêtement phis court qui partiît être rheinidiploidion , cï)Stume propre aux vierges athéniennes , ctqui est souvent donné à la personnification de cette déesse dans certains monumcTits étnisques.

Ce monument peut être considéré comme la seule représentation certaine du sacrifice liumain fait aux mânes de Patrocle , car In Table Iliaque, sculpture d*époquc romaine, ne l'indique pas franchemefit. Achille, le casque en iéle^ y est debout, près du bûcher, sans action détennince. L*artiste grec, à une époque plus rapproctiée de la tradition , a mieux compris les mœurs de Taetion , et interprèle le poète avec plus d'intelligence. Achille est bien là , comme Tindique Homère, vêtu de sa cuirasse , son bouclier à ses pieds, et les cheveux ras.

La description que nous avons faite de ce vase, d'après M. Haoul Rochetle , qui Ta parfaitement expliqué dans ses Monumenli ini^Uà, en fera suflisnmment connaître Pimportance et T intérêt que peuvent présenter les monuments de cette classe , intérêt qui est en raison de la rareté des sujets et des lumières nouvelles qu'ils peuvent répandre sur rintelligencc de Tantiquité.

Nous regrettons vivement que notre Cabinet des médailles de la Bibliothèque Royale, qui ne possède qu*^une Ciste en assez mauvais état , ait laissé échapper celle-ci , qui se recommandait h l*atteiHion sous tant de rapports et qui a été expliquée avec tant de science par son conservateur.

Elle fait maintenant partie d'une collection particulière.

LeSoraocLB, statuette en bronze , aux yeux incrustés d^argent, esi un magnifique échantillon de l'art sévère et expressif de la Grèce. On sait que ces sortes de représentations sont fort importantes pour l'iconographie et d'une grande rareté. ^

« Le poète est représenté, dit le catalogue, assis , tenant un rouleau de la main droite, et de la .gauche indiquant le manuscrit. On peut supposer que Tariistc grec qui a reproduit les traits de ce grand tragique. Fa représenté au moment où, accusé par ses enfants d'avoir perdu la raison, il lève les yeux vers ses juges et semble leur dire, par son altitude calme et résignée : Voilà mon dernier ouvrage ; jugezmoi ! »

Sans vouloir admettre entièrement cette version , nous conviendrons cependant que l'ailitude pleine de noblesse et de grandeur du personnage prête iieaucoup à cette interprétation.

Ce bronze fait maintenant partie de la collection de M. de Janzé.

Il resterait peut-être maintenant à expliquer comment , à côté de ces objets graves et d'un aspect sévère, viennent se placer ces fragiles et brillantes esquisses des maîtres hollandais ; ces minces feuiltets où

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Rembraodl et Ostade onl griffooné de si cbarniaiiu caprices. Mais rien de ce que le génie a louché ne peut rester indifférent à riioniine de goût, et d'ailleurs les divines mains du grand Raphaël n*ont*elles pas erré sur, ce frêle papier, dont un simple coup de crayon a fait un monument impérissable? Prud'hon, qui n'est pas indigue d'être nommé après les plus grands maîtres , nous éule ici deux de ses plus mâles compositions.

Tout comment-lire est bien superflu sur les ouvrages de Raphaël , et ces esquisses qu'une heure suffit pour enfanter et que les siècles conservant, en disent plus que nos paroles ne pourraient le faire.

Les quatre éludes à la plume et au bistre , sur une même feuille , qui ont été vendues 2,301 fr., venaient des collections Crozat cl Loigoy ; ce dernier amateur en a fait une lithographie.

Dans un autre genre, des dessins d'Adrien Van Ostade, de Berghem et de Claude Lorrain , onl été vivement disputés par les amateurs. Le dessin intitulé le$ Péeheun , de Claude, a été payé i,iOO fr. Le Passage du bac, de Berghem, 1,620 fr.; et deux tout petits dessins à la plume, coloriés à Taquarelle, d'Ostade, l'un 1,265, l'autre 1,242 fr. Les produciipns de Rembrandt semblent jouir relativement d'une bien moins grande faveur, et nous n'en voyons pas la raison. Ce maître réunit h un haut degré tout ce qui* passionne, les défauts et les qualités. Le caprice des amateurs s'épuise souvent sur quelques paysages à l'eau-forte, qui ne sont certainement pas ses meilleures productions. Un Calvaire, dessin remarquable et d'un grand effet, à la plume et au bistre relevé de blanc, a été adjugé à 266 fr. La suite connue des dix dessins relatifs à VHisloirede Joseph, qui a é«^ gravée par le comte de Caylus, n'a pas été au-delà de 1,500 fr. C'est avec plaisir que nous apprenons «lu'elle a été acquise pour le Musée xoyal^ dont le Directeur a fait là preuve de lactet de goût. Les dessins de Claude Lorrain onl tous été achetés pour le compte d'un négociant anglais , M. Woodburn , et les petits Ostade pour des amateurs hollandais.

Mais deux dessins de Prudbon nous paraissent avoir Axé principalement l'atlenlion du public. L'un, le Séjour de l'ImmûrtalUé, vaste composition qui devait être exécutée dans une des salles de la Sorbonne , est un des beaux monuments du génie de ce peintre. C'est un grand sujet, largement conçu, traiiôà la manière de l'école d'Athènes, de Raphaël , et où brillent les parfaites qualités des grands maîtres. Il faut vivement regretter qu'il ne lui ait pas été donné de l'exécuier en grand.

L'autre dessin , allégorie philosophique sur Tinfanticide et la séduc-

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lion, rouferme une pensée profonde réalisée avec un échl cl une vigueur admirables. A droite, sur un siège élevé, est assise la Justice , entourée de figures allégoriques , tenant en main le glaive de la loi ; à ses pieds sont étendus sans vie une femme et un jeune enfant. La iusiice vient-elle de frapper la jeune femme , conduite au crime par Pabandon, ou avons-nous sous les yeux deux victimes du désespoir? C'est ce qu'on ne saurait dire. Mais à gauche, un beau jeune homme aiié arrache de la foule» oîi il paraît se réfugier, et signale ^ la Justice, nn homme qui s*enveloppe ténébreusement dans son manteau. Rieii ne saurait dire la noblesse et raspeci grandiose de la Justice et des ligures qui Tentourent, la vivacité et Ténergie de Taciion du génie qui dénonce le coupable; car, sans aucun doute, Prudhon a voulu signaler, dans cette composition d'une haute moralité, l'impunité trop fréquente du séducteur, que la société accueille et que les lois ne peuvent atteindre.

Ces idées, du reste, préoccupèrent vivement Pnid'hon, et un dessin qui appartient à M. Ledru-Rollin, d'une plus grande dimension que celui dont nous venons de parler, parait être la pensée première de ce sujet ; loute la partie de droite, la Justice, la femme et l'enfant, est identiquement la même; seulement, à gauche, le génie marchant à grands pas traîne au pied du tribunal le coupable, qu'il lient par les cheveux. Le papier ajouté, qui dans le dessin qui , a fait partie de la collection Revil , conienait toute la partie gauche , indique bien , du reste , une modification apportée par l'artisie dans sa composition, modification qui la rendait plus significaiive et en adoucissait la violence.

Ces deux dessins appartiennent maintenant, le premier à M. le comte Maison , le second à M. Marsille, ajiftiteur distingué, qui possède un grand nombre de dessins et de t:)bleaux du même maître.

Nous saisissons avec empres^ment l'occasion que .nous pi4)senic celte collection nombreuse et variée, pour donner une longue liste des prix auxquels les morceaux les plus importants des diverses écoles ont été adjugés; ils serviront à déterminer la faveur où sont certains maîtres auprès des amateurs. Il est inutile de dire que tous les dessins que nous citons étaient d'une beauté et d'une conservation irréprochables.

""^"' Bronzes «ntiques.

Catalogue. ' Fr. C.

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