CONRAD
ROMANORREX.
Buste de Conrad.
SCS PETRVS. S. Pierre.
IHC XPC.
Proiome du Chrisl.
SCS PAVL».
S. Pau).
FREDKRICVS DVX SVAVORV.
Frédéric deSouabe.
FREDERIC ROMANOR
Tpatoravg.
Barbe rouste.
SCS MICHAEL.
L*aDge Michel.
SCA MARIA.
La Vierge.
SCS GABRIEL.
L'ange Gabriel.
BEATRIX ROUANOR IPATRIX AVG*A.
Béairix de Bourgogne.
Aux deux exti*émilés, les bustes de Louis le Débonnaire et d Othon III, surnommé, de son vivant, la merveille du monde, avec les inscriptions :
OTTO MIRABILIA MVDl et LVDOVIC TPERATOR PIV*.
A Tintérieur du couvercle on lit ces mots gravés sur une plaque d'argent :
BRACHÏVM. SCÏ. g. GLORIOSISIMI.
KAROLl (2).
INPERATORIS.
Nul doute par conséquent que ce meuble n*ait renfermé le bras du grand empereur, et qu'il n'ait été fait en 1 165, alors que Frédéric Barberousse ouvrit le tombeau d'Aix-la-Chapelle pour en tirer les restes de Charlemagne.
Dans cette hypothèse, la présence de tous ces personnages im-
(i) Ce retable d'or repoussé fut donné à la cathédrale de Bàle par Tempereur Henri II, mort en 1024. Une excellente lithographie de ce monument a été publiée, lors de sa découverte dans les cryptes de Téglise, cliezHaslor, à Bàle.
(2) C'est faute d'avoir soulevé le couvercle de cette châsse, que M. André Potlier s'étonne , dans le texte des monuments de Willemin , de ce qu'elle figure dans les anciens catalogues du Trésor de Saint*Denis , comme renfermant le bras de Charlemagne.
DE l'amateur. 151
périaux s'explique très-facilement par leur connexion avec l'Empereur français et le prince qui voulait honorer sa très-glorieuse mémoire.
Ainsi Louis le Débonnaire figure ici comme fils de Charlemagne, et comme celui qui a présidé à sa sépulture.
Othon 111 , parce qu'en Tan 1000 il avait pénétré dans le tombeau que deux siècles avaient respecté, pour s'emparer ensuite de la croix d'or de l'illustre chef des Garlovingiens.
Frédéric de Souabe, mort en 1147, comme père de Barberousse (1). Conrad ff, roi des Romains, comme son oncle et son prédécesseur (2). Enfin Béatrix, fille de Renaud, comte de Bourgogne , qu'il avait épousée en 1156.
Frédéric avait voué une espèce de culte à Charlemagne; il avait obtenu en 1161 du pape Pascal lil qu'il le canonisât. C est qu'alors cette sanction ecclésiastique n'était en quelque sorte que l'expression la plus haut» de l'estime politique , tout comme l'excommunication n'était qu'une pénalité bien souvent étrangère aux choses de la Toi.
Si Je suppose que les émaux de la châsse de saint Charlemagne ont pu n'être pas exécutés en Allemagne, ce n'est pas que je croie que ce genre d'ornements fût exclusivement fabriqué en France au douzième siècle. Ce serait une erreur tout aussi ridicule que celle qui a consacré le surnom de byzantins pour tous les émaux indistinctement. Voici, par exemple, un petit tableau qu'il serait difficile de ne pas considérer comme flamand et du onzième siècle. Sous trois arcades en plein-cintre soutenues par des colonnes au chapiteau fleuronné, sont trois saints de face, que déterminent parfaitement les inscriptions tracées en demi-cercle
(1) Frédéric de Souabe est représenté ici avec une cotle de mailles et un casque conique , et absolument dans l'attitude donnée à Mathieu , duc de Lorraine, son gt^ndre, sur les monnaies frappées àNanci. Vow Recherches sur les monnaUs des ducs de Lorraine^ parF. dbSaulcy, Metz, 1841, pi. I, no 7 et 8.
(2) Conrad , (lui n'avait point reçu le sacre impérial , se faisait scrupule de prendre le titre dVmpereur, même dans ses chartes. Il ne dérogeait a celle coutume modesie que daas ses relations avec les empereurs d'Orient. Si la cliâsse eût éié de travail byzantin , il est à croire que Conrad y eût reçu le titre d'empereur, sous lequel il était connu à Constantinople. L'inscription lequalifip de««cond, parce qu'a lors on ne lenait pas compte de Conrad !•', roi de Germanie.
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au-dessus de chacun d*eux. Au milieu est un éyéque, saint Livin , à sa droite saint Sébastien , à sa gauche saint Tranquillin. Saint Livin étant TapAtre et le patron deGand (1), et rentrant tout à Tait dans les conditions de ce que Ton peut appeler un saint local, il parait assez naturel qu*un monument dans lequel il occupe la première place ait été composé dans la ville qui l'avait pris pour son protecteur. La translation des reliques de saint Livin ayant eu lieu en 1006, il dut s'ensuivre un redoublement de ferveur pour son culte que l'imagination des artistes traduisit sur le bronze et sur la pierre. Les costumes donnés aux trois saints répondent assez bien à l'époque que j'assigne à cet émail du musée du Louvre. La mitre basse et conique de saint Livin , sa crosse , son pallium , tout est semblable à ce que nous montrent les plus anciennes monnaies épiscopales des Pays-Bas. La chaussure militaire de saint Sébastien (2) , l'arrangement de sa toge verte, ont quelque chose de carlovingien. Les inscriptions sont en caractères semblables à ceux du retable de saint Henri , que j'ai cité plus haut.
Les couleurs de cet émail sont le vert, le bleu et le blanc.
Avant de nous occuper des émaux français du treizième siècle, portons un instant nos regards vers l'Orient, et cherchons quels étaient, à la même époque, les émaux véritablement grecs. Ils doivent nécessairement avoir un caractère spécial et se rapprocher du faire des vignettes des manuscrits byzantins. Sous ce rapport, deux petits médaillons émaillés sur argent que possède le musée du Louvre, me paraissent devoir être attribués, avec toute vraisemblance, à une main grecque. Ces deux médaillons représentent, je crois, deux évangélistes. L'un, à l'épaisse chevelure, à la barbe de forme orientale, relève le pan de son pallium rouge; il tient un évangéliaire de la main gauche; l'autre, jeune et complètement imberbe, a la main droite ouverte qu'il
(1) Liviniis était un savant et pieux Écossais qui vint en Flandres pour prêcher TÉvangile aux païens. 11 se consacra par une prière de trente jours sur le tombeau de saint Bavon, ancien évéque de Gand, en Thonneur de qui il composa un poème. Livinus opéra gmnd nombre de conversions, puis fut mis à mort , en 659 , par les idolâtres alarmés de ses progrès.
(2) Sébastien était né à Nariionne , et servait dan!> les armées de Dioclétien. Il convertit à Milan Tranquillinus, que le pape fit prélre.
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1>K L*AMATECR. 153
semble présenter en avant ; de la main gauche il tient un volumen; dans le rhamp , près de lui, une grappe de raisin avec son feuillage se détache sur le fond bleu. Tous doux ont la tête entourée d'un nimbe vert dont le contour est déterminé par un mince filet dor. Toutes les lumières des étoffes et les carnations sont exprimées par le fond du métal (1).
il existe au Louvre un autre médaillon, placé à côté des précédents, qui nous montre le protome du Christ, de face, nimbé, bénissant de la main droite, et accosté des deux lettres A et o, le pnnctptum e/ /(fiM de révangile. Malgré la présence de ces deux lettres ou plutôt à cause d'elles, car leur forme accuse une origine étrangère à la Grèce, et en tenant compte du style général du dessin. Je rangerai encore cet émail parmi les œuvres de notre Occident. L'émailleur qui avait vu VA et Vu attachés aux branches d*une croix, et qui ne connaissait pas leur véritable forme hellénique, n*a pas su les dégager de cet appendice en forme de queue qui servait à les suspendre. Un Grec n*eût pas commis cette erreur.
J'admets donc, comme on voit, qu'à certaines époques les émaux ont subi une influence étrangère , mais quant aux sujets représentés, et non pas sous le rapport de la fabrication. Aussi bien après les croisades qu'après les guerres dltalie du seizième siècle, les arts se sont emparés de quelques types, guidés qu*ils étaient par la mode, celte affection de Tesprit qui a pour principe le besoin de renouvellement, et dont Teffet est presque toujours une imitation peu réfléchie.
En Tan 1200, Louis VI II épousa Blanche, fille d'Alphonse VlU de Castille. On sait que ce roi, par suite de ses relations avec les Maures d'Espagne, avait fini par. faire Usage de la langue arabe pour les légendes de ses monnaies (2). Une telle conccs-
(1) Vo)^z la pianclie ci-jointe.
(9) Ces monnaies frappées À Tolède portent des légendes chrétiennes écrilos en arabe; on y voit même le nom du pape, Bâfra Roumt, qui est intitulé VImum de rÉglise du Messie. Le frontispice d*un manusciit du onzième siècle , publié par M. le comte de Bastard, dans la 10* livraison de son spiendide recueil defae-simile, nous montre des encadrements que je regarde comme de complètes imitaiions d'inscriptions arabes d*Espagne. Ce livre fut écrit dans Tabbaye de Saint-Sever, eu Gascogne.
sion, Taite au voisinage des conquérants de la Péninsule, dul s étendre à mille petits détails dans le doniaine des arts. Probablement la jeune reine apporta avec elle des vases, des bijoux, des étoffes, des manuscrits chargés de (|uelques-unes de ces riclies broderies dont l'alphabet arabe fait tous les frais, et qui devaient fournir de gracieux modèles aux artistes français.
Cette idée m'est suggérée par Texamen d*un ciboire de la plus grande beauté qui fait partie des collections du Louvre. Ce vase, haut de dix pouces, et sur lequel des anges et des saints en relief et dorés alternent dans des médaillons à fond bleu, délicalemenl réchampis de rouge, est ceint, à Teodroit où joint le eouvercle, d'une zone sur laquelle est gravé cet ornement :
liMsiMii
Lhr^hJtinidJU
dans lequel je ne puis voir que Timitation d'une inscription arabe tronquée et continuellement répétée. Pour convaincre le lecteur de ce que j'avance, je place ici la devise des rois de Grenade :
Oua la rhaleb illa Allah ; c'est-à-dire : // n'y a de vainqueur que Dieu, L'on ne pourra manquer d'être frappé, comme moi, de l'étroite ressemblance de l'ornement chrétien avec la phrase musulmane dont il a conservé tous les éléments.
A l'intérieur du vase se lit cette inscription en beaux carac> tères du treizième siècle :
t MAGITER (êic) : G : ALPAIS : ME : FECIT : LEMOVICARVM.
Je ne sais pour quelle raison tous les antiquaires qui ont parlé de cette merveille de Tart limousin, ont donné à son auteur le nom deClaudiui Alpais. Quoi qu*i1 en soit, ce maître habile a dû
produire une quantité considérable d'ouvrages émaillés, car il subsiste encore dans les cabinets d*antiquités bon nombre de pièces dont le style et la couleur sont évidemment ceux qui distinguent le vase du Louvre, c'est-à-dire, un champ bleu foncé sur lequel se détachent de larges rinceaux dorés parsemés de points d*un rouge un peu terne. La Bibliothèque Royale possède une crosse épiscopale ainsi décorée, et dont toutes les parties sont traitées avec le plus grand soin.
Une fort belle coupe, dont Willemin a figuré une partie dans sa planche 109, nous montre une bordure dans laquelle on reconnaît encore une légende arabe extrêmement altérée par Tiniitaieur. Cette circonstance semble avoir échappé à M. André Poltier.
L'influence deTunion de Blanche, Hlle d'Alphonse, avec le roi de France, eut encore un autre effet pour \vs arts d'ornementation. On vit paraître alors de tous côtés, dans les sculptures, dans les vitraux, dans les enluminures de manuscrits, de petites tourelles, cattUlos, armes parlantes du royaume de Castille.
Ces petits châteaux étaient le plus souvent répandus dans les bordures, et beaucoup plus rarement placés dans des écussons. Les vitrages des églises de Chartres, de Beauvais, d'Amiens, de Soissons, de Tours, de Limoges, sont parsemés de castiUos ; j'en trouve également sur un custode et une coupe émaillés qui sont
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d ailleurs évidemment des ouvrages du commencement du treizième siècle.
On remarquera la forme très-archique de la fleur de lys placée sur le flanc du custode qui se trouve à la page précédente. Elle est semblable à celle du contre-sceau de Louis VIII.
Outre lecaêiUlo, la coupe dont Je reproduis ici un quart, représente en deux endroits un sujet assez bizarre. In personnage
marche sur les mains, tandis qu'un autre l'accompagne en jouant d'un instrument à cordes. L'exercice auquel se livre ce cubistetère fut, dès la pM haute antiquité, le partage de certains baladins que Ton appelait aux jours de fête afln de distraire les convives. Ils sont nommés plusieurs fois par Homère.
a Ainsi les amis et les voisins du glorieux Ménélas s'abandon- « naient à la joie du repas dans sa vaste demeure; au milieu « d'eux chantait un artiste divin, qui jouait de la cithare, et deux « cubislétères , réglant leurs pas sur la musique, sautaient de- « vant l'assemblée. »
Les deux autres compartiments de cette coupe sont remplis
DM L'AMATKtU. 157
f»ar des figures de musiciens qui tiennent des lyres et d'autres instruments difficiles à reconnaître ; ce vase ayant été fort usé, les parties de cuivre en relier ont perdu les traits de burin qui les mettaient en valeur, et les figures sont réduites à Tétat de véritables silhouettes. D'autres roupesémaillées, du même style, existent au Louvre, à la Bibliothèque Uoyale, chez M. le comte de Pourtulèsct chez M. de Bastard. La Ravallière, Grivaud de la Vincelle etWillemin en ont Tait graver plusieurs. Quelques-^unes portent des armoiries, d'autres des sujets de chasse, de danse et de musique. L'usage de ces coupes, souvent discuté, n'a pas encore été décidément établi. Quelques antiquaires pensent que l'on se servait de ces ^^ses dans les cérémonies de l'Église, soit pour présenter la communion sous les deux espèces, soit pour administrer le baptême. Il est certain que dans Tinventaire des ornements épiscopaux de Foulques, évéque de Toulouse, qui mourut en Janvier 1231, on trouve l'article suivant : Item, in alio confiniOf sunt duo baccini, qui suni de opère lemovitico (1), et qu*il semble assez positif que c étaient là des bassins émaillés tels que coux que je décris. D'un autre côté, il est difficile de rendre compte du choix malséant, pour des vases sacrés, que l'émeilleur aurait fait d» représentations si peu graves. 11 paratirait plus probable que ces hanaps de peu de profondeur ont été imités, pour la forme du moins, des vases orientaux ou mauresques. La célèbre coupe sassanide, qui se voilà la Bibliothèque Royale, et qui, apportée en France fort anciennement, puisque, suivant la tradition, Charles le Chauve en fit don à i'abb<iye de Saint-Denis, peut avoir servi, de modèle aux orfèvres de noire pays, était un meuble de table, un vase à boire (!2).
(1) Catel , Hisloire du Languedoc , p. 901.
(8) Cette coupe composée de petits disques de verre coloré sertis d*or, passait à Saint-Denis pour avoir servi au roi Salomon. Dom Germain Millet la croyait , en 16S8 , « enrichie de hyacinthes par le bord , et au dedans de grenats et d^esmeraudes très-Unes, au fond d*un très-beau saphir blanc , sur lequel est entaillé à demy relief la figure du dit roy, séant en son throsne, tel que TEscriture saincte le représente au troisième livre des Roys , cliap. 10. i> Cette prétendue figure de Salomon n*est autre que celle de Cosroès I«^, ce dont il est impossible de douter en présence de la médaille d^or de ce roi, qui existe dans le cabinet de M. le duc de Blacas , et que j'ai publiée.
l.e hanap publié par Grivaud de la Vincelle est tout couvert d'écussons armoriés. L*écu du roi de France, aux fleurs de lys sans nombre, est au centre; autour sont rangées les armes de Dreux, de Bar, de France-Castille, de Navarre-Champagne, do Nevers (?) et de Bretagne (?).
Le Musée du Louvre possède deux petits écussons détachés, qui portent précisément les mêmes émaux de Dreux et de Navarre-Champagne.
fis sont absolument de la même taille que 1 écu aux armes de France que Charles V appendit en 1367 au beau camée dont il fit présent à Téglise de Chartres ; et ils paraissent avoir été employés à un usage analoguo; mais ils sont d*un émail bien plus ancien. Ce fut en 123i que Thibaut, comte de Champagne, hérita du royaume de Navarre; en 1236 il maria sa fille Blanche à Jean de Bretagne, dont le père, Pierre de Dreux, se croisa et partit pour FOrient. Ce Tait historique f\xe assez bien l'âge de ces monuments et par contre-coup celui des autres bassins qui semblent sortir de la même fabrique. On a vu plus haut qu*en 1231 révêque de Toulouse en laissait deux à son église. Du reste, si Ton conservait le moindre doiite sur l'attribution de ces vases émaillés à la première moitié du treizième siècle, on n'a qu'à les comparera la tombe de cuivre émailléeque saint Louis fit placer sur la sépulture de Jean de France, son fils, mort en 1247. Les couleurs, les ornements, les armoiries, tout est identique.
C'est à la seconde moitié du treizième siècle que je rangerai le cofrre de mariage toutémaiilé à l'extérieur, que Ton peut admirer dans une des armoires du Louvre.
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Sur le grand côté antérieur, on voit un écu d'Angleterre entre deux écus de France anciens qui se détachent sur dos médaiUons formés de quatre cinlreset de quatre angles, avec un champ vert autour de Técu de gueulleset un champ rouge autour des deui écus d'azur. L ecu du milieu est gardé par des figures fantastiques qui ont des t(>tes d*homme coiffées de capes et des corps velus de bètes féroces ; Tune est armée d'une petite targe ronde et brandit une lance; l'autre lève sa massue d'une façon menaçante; sous ces deux monstres et aui quatre angles du panneau sontdes oiseaux bizarres è tètes humaines et h griffes de lion. La face opposée présente à peu près la même disposition d'ornements, si ce n'est que c'est un écu de France qui est placé entre deux écus d'Angleterre. Sur chacun des petits côtés, les mêmes animaux gardent un écu de France et un écu d'Angleterre. Le dessus montre quatre grandes figures en pied de huit pouces de proportion , deux femmes et deux hommes en costume du treizième siècle. Un des hommes, qui tient un oiseau de vol sur le poing, soulève le voile de la femme qui est près de lui. Le reste du champ est occupé par des écussons de France et d'Angleterre et d'une famille dont le nom m'est inconnu. Voici cet écusson, qui se blasonne d'or à la croix vairée*
Au bord du couvercle règne une inscription sur fond bleu. J'en rétablis les vers de cette façon :
DOSSE DAME lE VOS AYM LEAUMANT; POR DIU VOS PRI QUE NE MOUBBLIE MIA. VETSI MON CORS A VOS COMANDEMANT SANS MATITE SOTE E SANS NLLHE FOLIA.
On sent que ces vers composés en langue d'oil, et si analogue» à ceux de Thibaut de Champagne et du châtelain deCoucy, ont été transcrits dans une province où l'idiome avait une tendance
160 LE CABINKT DE I/aMATKITII.
méridionale. (]e serait un motif de croire ce cofTk'et fabriqué à Limoges.
Il parattraitque vers le commencement du quatorzième siècle la fabrication des émauK subit quelque modification. Le reliquaire donné à Tabbaye de Saint-Denis par Jeanne d*£vreux , veuye de Charles le Bel , est un des plus beaux échantillons de Tart de ce temps. L*émail est transparent. Le bleu et le rouge sont les seules couleurs dont on ait fait usage pour ce précieux meuble, dont Tâge est certain, puisqu'il porte Tinscription suivante :
€ette gmagc 6onim céans mabame la Hognc jîcl)e Wnttiix Hogne htfxanu et be Hauarrc Compagne bu l^o^ <ît)arle6 le îfxuiii' jour flîauril lan m ta xxx \x.
Jeanne élait en 1339 veuve depuis onze ans ; aussi ses armoiries, placées aux coins du socle que surmonte une belle figure de la Vierge , sont-elles d'Ëvreux seul, et Técusson a-t-il ta forme de losange.
J*ai cité ce reliquaire pour constater qu'avec le treizième siècle cessa l'emploi de cet émail opaque dont l'origine remonte aux temps gallo-romains. Il serait intéressant de retrouver la cause de ce changement de manière, et surtout de fixer Tépoque bien précise \\ lai]ueile il eut lieu. Peut-être ne serait-il pas difficile d*y parvenir si Ton dirigeait vers ce point les efl'orts si souvent heureux de la critique comparative. J'appelle toute l'attention des antiquaires sur ce sujet, qui mérite assurément d'être approfondi.
AuRiKN DK LONGPKKIËK.