MÉMOIRE
COUJRONVÉ PAR LA CLAStt DBS BSAIJX-ARTS DK L' INSTITUT
«If l'an XII (1).
Le jour qae lei Rliodieni éleTèrent on autel i Minenre, Il tomba sur l'tle une pluie d*or.
PlNDABB , Olymp. TH.
L'art de représenter les productions de la nature par des traits et des couleurs est le premier dont les hommes se soient servis pour rendre leurs idées sensibles à la vue ; il a donné naissance à récriture. C'était une tradition chez les Égyptiens et chez les Phéniciens, que les dieui ravalent inventé pour composer les caractères sacrés; cl dans son origine, comme dans son objet, la peinture était chez ces peuples une science divine.
Les Grecs, dont les fables renfermaient d''utiles préceptes, attribuaient
(1) Nous devons la communication des excellentes pages que Ton va lire à M. Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), qui doit faire paraître dans la BibUoihèqtiê d*ÈUte la réunion de divers travaux sur Thistoire de Tart laissés par M. Émeric David.
Ce Mémoibe , écrit il y a quarante ans , n*a rien perdu de son à-propos. Il résume parAiltement nos idées sur rapplication de Tart aux choses de la vis privée , et sur la grandeur, la richesse et la distinction qui peuvent en résulter pour une nation. Du reste, cette question , sur laquelle nous reviendrons souvent dans ce Recueil, touche constamment à un des buts qvCil s^est proposés: la description et Thisioire des monuments de la vie privée aux époques de Part les plus intéressantes. fNot$ du Direct. J
162 LK CABINBT
)*iiiveiuion de la pciniurc à TAmour. La peinture, en effet, ayani pour objel principal de présenter des images ûdèles du corps humain, il était naturel de penser que F Amour en était Finventeur, et de croire que ce dieu jaloux en avait déterminé lui-même les règles.
La peinture embellit, comme la poésie, comme la musique, le repos du sage. Elle porte aux générations qui se succèdent Timaged'un père, d'un bienfaiteur, d'un héros. Elle représente l'homme doué de tant de grâces, de tant de majesté, que Ton se demande s'il existe des modèles aussi beaux que ses ouvrages. Elle le représente tantôt dans l'infortune, dans les tourments, tantôt au sein de la joie et de la gloire, toujours aussi grand par l'élévation de son âme que par l'inaltérable beauté de son corps. Enfin, par le choix des nobles siyets qu'elle traite, autant que par la perfection de ses tableaux , elle remplit un peuple entier d'admiration et d'amour pour les grands hommes, pour les lois, pour la justice, pour le courage, pour la vertu, pour la patrie.
Est-ce syouter quelque chose à la gloire de cet art, que de le considérer dans ses rapports avec l'industrie et le commerce , et de montrer combien il a d'influence sur la richesse des étals?
Oui, sans doute, car la peinture n'exerçant d'empire sur les esprits que par la beauté des objets qu'elle retrace, si elle acquiert de l'influence sur le commerce, elle ne peut le faire qu'en répandant l'amour du beau, en Taisant de l'art de choisir une connaissance générale, et, pour ainsi dire, vulgaire. Or, le beau physique et le beau moral étant intimement liés Tun et l'autre , et n'étant, à certains égards, qu'une même chose, il y a lieu de croire que les hommes , en général , qui goûteront le charme du beau dans les objets d'art et de commerce, dans leurs meubles, dans leurs vases, dans leurs habillements, élèveront toutes leurs pensées en épurant leur goût, et que, pour être en harmonie avec euxmêmes, ils s'attacheront à la sagesse et à la raison, comme ils aimeront, dMis les objets physiques, la simplicité, la convenance et la noblesse des formes.
Nous examinerons donc cette belle question proposée par l'Institut :
QUELLE BST L'iNPLUBNCB DE LÀ PEINTUBE SUR LES ARTS D'INDUSTRIE GOHIIERCULE? QUELS SONT LES AVANTAGES QVt LA FRANCE RETIRE DE CETTE INFLUENCE, ET CEUX QU'ELLE PEUT ENCORE S'eN PROMETTRE?
Nous rechercherons d'abord quelle est l'influence de la peinture, quelle est l'influence des arts du dessin surin civilisation, sur le goût, sur les progrès de l'industrie en général , sur le commerce et sur ses produits.
DK l'amatrur. 163
, Nous verrons quelle Tut Tinfluence des beaux- arts et celle de la peinture en particulier sur la prospérité des peuples commerçants anciens et modernes les plus célèbres, et la différeiice qu'il y a lieu de remar; quer entre eux à ce sujet.
Arrivés à la deuxième partie de la question, nous verrons dans la France tous les arts d'industrie commerciale faire des progrès en mison de ceux que la peinture a fails elle-même , s'avancer , s'arrêter , approcher de |a perfection avec le. guide qui les a conduits. Nous verrons la. France privée des beaux-arts, tributaire de l'étranger , et la France conquérant, de nos jours, par des chefs-d'œuvre, l'or de l'Europe.
La. démonstration des avantages que notre pairie peut se promettre encore et de la peinture et de celte réunion des arts différents, sera la conséquence nécessaire de tout ce qui aura précédé.
Les faits et les preuves abondent tellement sur cette matière, qu'il est plus difficile de les choisir que de les trouver. Nous ne pouvons laisser des doutes dans l'esprit ile nos lecteurs. La plus grande difficulté que nous ayons , au contraire , à vaincre , est de répondre à la haute idée qu'ils se sont déjà formée de la peinture et de ses utiles effets.
Artistes, commerçants, politiques,- nous voulons seulement vous rappeler quelques vérités que le sentiment, la théorie et l'expérience nous; ont. dès longtemps fait reconnaître. Il s'agit du goût et de la beauté; il s'agit des progrès des arts et de ceux du commerce, de la richesse, de la puissance, de la gloire dé notre patrie... D'aussi grnnds intérêts feront peut-être excuser la faiblesse de cet ouvrage.