MUSEE STANDISH
Le musée Standish, oouveilement ouvert dans une des aiJes latérales du Louvre, au-dessus du musée de Marine, provient d*un legs testamentaire faitau roi Louis-Philippe par lord Standish. un riche Anglais fort original, à ce qu'il paraît. C*est un caprice singulier dont nous remercions la mémoire de lord Standish, puisque les tableaux et les livres précieux qu'il a légués au roi des Français font partie maintenant de la collection nationale.
La collection Standish a été classée avec plus de conscience que les collections ordinaires d*amateurs. Il y a bien quelque chose à dire sur certaines attributions un peu hasardeuses; mais, en général, on a eu la loyauté de ne donner à un maître que les ouvrages incontestables, reléguant dans son école ou sa manière les productions douteuses. Parmi ces nombreuses peintures d*un choix distingué, Il y en a plusieurs qui intéressent rétude de Tart, et dont nos collections publiques ne pré-
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sentaient point d'analogue. Tel est, en première ligne, un magnifique portrait de femme, par Michel Coxcie , peintre malheureusement peu connu à Paris. Michel Coxcie est mort à Anvers en 1592, après avoir passé une vie de 95 ans, presque aussi longue que la vie du Titien, à copier les grands maîtres de toutes les écoles et surtout des écoles italiennes. Le portrait du musée Standish est comparable aux meilleurs résultats des plus illustres peintres. Je ne sais pas si Técole romaine a jamais eu plus de précision, Técole florentine plus de grandeur, et Técole allemande des commencements du XVI* siècle plus de caractère. Cette énergique peinture réunit tous les mérites épars dans les œuvres les plus fortes et les plus complètes. La tète est vue de trois-quarts, et le buste au-dessous de la taille, avec un bras et une main. H est impossible d'écrire plus fermement Taccentuation du visage; les traits sont arrêtés avec une correction irréprochable. Le dessin du galbe de la tôte, des arcades sourcillaires, des ailes du nez, de Tare des lèvres, du demi-cercle du menton, a une bravoure et une résolution que les écoles héritières de la Renaissance n*ont plus Jamais manifestées. On lit le caractère de cette femme énergique sur le modelé de son front arrondi et sur les petites lignes qui entourent sa bouche. Le col et les épaules sont attachés avec yne rigueur superbe qui rappelle les beaux portraits d'impératrices du Titien. La couleur du corsage, serré sur la gorge, est d'un ton rompu avec des reflots variés et riches qui contribuent à faire sentir la forme sous rètoffe. L'exécution est à la fois sobre et forte, simple, et pourtant il n'y manque rien. Tous les amateurs qui contempleront cette belle peinture partageront notre admiration et notre enthousiasme. C'est, à notre avis, la plus intéressante du musée Standish.
On peut encore, au nouveau musée, prendre quelque connaissance de doux maîtres presque inconnus en France, Gainsborough, l'Anglais, et Berruguelte, l'Espagnol. Le portrait en pied d'un homme vêtu de nmge^ par Gainsborough, montre, il est vrai, la plupart des défauts de l'école anglaise. La figure d'homme manque de style, quoiqu'elle ait une certaine dignité un peu roide. Mais où l'oj) trouve Taisance et la grasse couleur de
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Gainsborough , c*est dans le paysage. Les terrains, les arbres et le ciel sont d^une abondante couleur et d'une facile exécution.
D'Alonzo Berruguette , l'élève de Michel-Ange , cité dans Vasari, et l'un des artistes qui ont eu le plus d'influence sur la Renaissance en Espagne au XVP siècle , il n'y a malheureusement point de peinture , mais un dessin très-remarquable, représentant un Chriêt à la colonne; c'est du plus haut style des Florentins, et d'une tournure empruntée à Michel-Ange. On comprend que l'auteur de ce dessin aitpu concourir en Italie avec le Sansovino et les plus habiles maîtres du XVI* siècle.
Le musée Standish présente à Fétude une nombreuse série de dessins des peintres espagnols , principalement d'Aionzo Gano et d'Antonio del Castillo. Les Espagnols ont tous quelque chose de la verve et de l'abundon du fameux Lopez de Vega. Ils produisent des dessins et des tableaux, comme celui-ci produisait s«s pièces de théâtre. C'est dans le caractère de la nation. Mais on peut leur reprocher aussi les défauts inséparables de cette précipitation. Il n'y a que les hommes d'un véritable génie, comme Velasquez et Murillo, que cette fécondité inépuisable n'ait pars précipités dans la faiblesse et la vulgarité. Encore, ces grands hommes sont-ils loin de se tenir toujours à la même hauteur. Rubens lui-même, et tous les artistes spontanés, ont été parfois entraînés à des résultats qui font hésiter les plus fins connaisseurs.
Le grand tableau de Van Dyck , représentant Uubens et sa femme, déshabillés en divinités mythologiques, peut être rangé danscet ordre de peintures devant lesquelles l'esprit demeure incertain. Jamais Van Dyck et Rubens, et les plus riches peintres de Técole flamande, n*ont eu une couleur plus onctueuse, plus grasse, plus fine et plus lumineuse. Les chairs, les étoflés, les terrains et le ciel sont admirables et dignes de Van Dyck; comme couleur et comme hardiesse d'exécution. Mais le dessin est si caché, les contours si indécis, la tournure si molle, la forme si grossière en quelques endroits, qu'on ne reconnaît plus l'élégance habituelle du rival de Uubens , du peintre de Charles !•'.
Les Murillo sont assez mêlés, qiioiqu*on ait eu soin de laisser à son école une lonfçue liste de tableaux. Il y a cependant, de Murillo, quatre ouvrages entre autres, qui se soutiendraient à côté de SCS bonnes productions : Un Saint marchant sur la mer; le Ckriit après la flagellation ; le portrait de sa mère et son propre portrait. Cette dernière peinture est une attaque victorieuse contre le prétendu portrait de Murillo installé avec grand bruit au centre du musée espagnol , comme une pierrerie au milieu de sa monture. Nous avons écrit des premiers, et sans la moindre hésitation, que le portrait du musée espagnol, attribué à Murillo lui-même, n'était qu'une méchante copio de Toriginal. On répondait qu'il avait été payé cinquante mille francs, et qu'il portait une signature! Le prix et la signature n'y font rien. Voici, cette fois, un portrait de Murillo , qui est bien de Murillo luimême. Il est facile de reconnaître l'auteur au moelleux de la touche et à 1 harmonie de la couleur, tandis que le portrait du musée espagnol est froid de couleur, sec et plat de modelé, indigne en tout point, non-seulement de Murillo, mais d'un peintre un peu expérimenté. Nous ne disons pas que le portrait du musée Standish étant original de Murillo, il ne puisse pas en exister des répétitions. Mais nous affirmons de nouveau i|ue celui du musée espagnol n'a jamais été fait même sous les )eux du grand roattre de Sévi Ile. Les amateurs qui conserveraient quelque doute peuvent aller au Louvre comparer les deux peintures.
Le SaitU marckami iur la mer est de la seconde manière, un peu rude et rapprochée de Hibera. La galerie de M. Soult en présentait quelques analogues ; c'est une peinture ferme et décidée, d'une extrême réalité. La mer, la perspective. Tair ambiant, presque sans détails, servent de fond aux personnages. Il est difflcile de produire on pareil effet avec des moyens aussi simples en apparence ; mais la peinture espagnole étonne par sa variété, taniftt sobre et serrée, taniAt luxueuse et royale. Murillo est on exemple notable de la conciliation des qualités les plus diverses dans un même génie.
Le Ckrisi 9fri$ U HageUatûm est de ce qu'on appelle la troisième manière, quoique Murillo lait souvent employée presque
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dès sa jeunesse, quand elle convenait au sujet; c*est une noanjére douce et limpide, vaporeuse, pour ainsi dire, et qui traduit avec bonheur les scènes mystiques et idéales. Il n*est pas rare qu'on tombe dans la fadeur, fincorrection et insignifiance, en voulant imiter cette exécution dangereuse; mais c'est pourtant à cette tendresse de pinceau, à cette délicate harmonie de couleur, que Murillo doit une partie de ses chefs-d'œuvre.
Le portrait de sa mère rappelle un portrait de vieille femme qui pile dans un mortier, au musée espagnol; c'est une peinture italve et franche , mais sans beaucoup d'élévation. Il y a encore, de Murillo, plusieurs dessins très-curieux qu'on reconnah au premier coup d'œil, même sans avoir jamais vu de dessins de Murillo. Cet homme était si naturellement coloriste, qu'il obtient ses merveilleux effets avec un rien, avec la moindre opposition de blanc et de noir; car la couleur n'est autre que la juste combinaison de la lumière sur les corps.
Un excellent tableau , d'une conservation parfaite et d'une charmante couleur, c'est un petit paysage de Rubens. Les tons dorés du cieL qui se réfléchissent dans les feuillages, la richesse des arbres et de la végétation, les mille nuances du terrain, la gaieté de cette nature en fêle, font admirer l'homme extraordinaire qui a su peindre les rois et les dieux, et les gros flamands de ses kermesses, et les paysages et les décorations, toujours avec une supériorité inimitable.
Après cela, il n'y a plus beaucoup d*œuvres à signaler particulièrement au musée Standish, si ce n'est un Téniers de quelque importance, V Intérieur d'un Corpg-de-garde, un portrait d'homme occupé à écrire, dans le genre de Rembrandt, par Gelder, et un Watteau d'u/ie finesse délicieuse.
Ajoutons une collection assez rare de gravures anciennes des écoles italienne, allemande, flamande et hollandaise, parmi lesquelles on distingue :
La Cène et le Jugement de Pâriê^ par Marc-Antoine Kaimondi.
La Vache qui s'abreuve, — La Vache qui pisse, — Le Joueur de cornemuse, parRerghem (Nicolas).
Le Paysage des trois arbres. — Utenbogaerd, dit /e Pcseur d'or, première et seconde épreuve , par Rembrandt.
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Le petit Chat couché sur une serviette, de Corneille Visscher, épreuve unique qui vient du cabinet de M. Revil (t }.
Saint-George, du maître de 1466.
Saint-Antoine, de Martin Schongauer, production bizarre, dont Michel-Ange Taisait le plus grand cas.
Mais qui le croirait? Thomme de goût qui affectionnait Murillo et les Espagnols, Rubens et les Flamands, qui passait peutêtre des heures à rêver devant la femme de Michel Coxcie. M. Standish a réuni aussi dans sa galerie plusieurs tableaux ridicules de Técole moderne. La peinture de M. Pharamond Blanchard et de quelques autres s'étale dans la troisième pièce à cAté des maîtres. Nous aimons à penser qu'à cette occasion lord Standish faisait taire ses prédilections d'artiste pour écouter sa générosité de millionnaire et de grand seigneur.
(1) M. Revil est un des amateurs de notre époque, qui a possédé le plus âa belles choses, qui n'a inènne possédé que de belles choses. L*estampe que noua venons de citer foisait partie d*une collection composée de pi^ de 600 pièces, élite de toutes les écoles, qui fUt vendue k Tamiable en fSSO, à M. Pieri Benard^au prix de 68,000 fr.
INVENTAIRE
DES OBJETS d'art ET LINGERIE DE LUXE QUI COMPOSAIENT
LE MOBILIER DE MARGUERITE d'aUTRICHE , FILLE
DE MAXIMILIEN l*' , GOUVERNANTE DES