‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 66 sur 139 · EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE

L'exposition annuelle des manufaclures royales n'a pas joui d'une grande faveur auprès du public ; il ciaii du reste difficile de présenter un ensemble de productions d'un plus pauvre aspect, sous le rapport de la forme et de l'invention. L'esprit se trouvait saisi d'un grand sentiment de tristesse au milieu de tant de choses vulgaires; pas une ligne élégante, pas une coupe heureuse, pas un ornement de bon goût! Qu'est devenu parmi nous le génie des détails? L'esprit a-t- il épuisé la série des formes possibles? le caprice sans cesse renaissant a-t-il tari tout à coup, à ce point que l'artiste n'ait plus qu'à glaner sur les plus mauvaises traces de ses devanciers? ou bien nos manufactures royales repoussent-elles seules cette application de l'art à l'industrie si impérieusement demandée par les goûLs et les besoins de notre époque ?

Deux hommes éminents dans la science dirigent nos manufactures : M. Brongniart est un savant que nous admirons, ses travaux sont nombreux et importants; la manufacture de Sèvres luidoK plusieurs améliorations dans la partie matérielle; bien des procédés perdus ont été retrouvés par lui ; on lui doit aussi la création d'un Musée Céramique qui peut être fort utile. M. Chevreul, qui dirige les Gobelins, est aussi un chimiste distingué qui a donné une belle et ingénieuse théorie des

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coiilrastes dans les couleurs. La cependant esl le défaut, dans la direction de Sèvres comme dans celle des Gobelins ; la partie scientifique déborde et envaliit tout, et, il faut bien le dire, la science, si puissante d'ailleurs, est parfaitement inhabile à nous rendre le secret des formes élégantes ou du mélange heureux des nuances, que nous semblons avoir perdu. Dans les ans plastiques elle ne doit avoir qu'un rdie secondaire. Là, la question de forme est tout, la matière n'est rien. Le marbre ou le porphyre ajoute peu au mérite de rœuvrc. Les Grecs avaient Targile, nos pères la faïence. N'en ont-ils pas moins produit des chefs-d'œuvre? La chimie a-t-ellenijoutéà riliustralion de Part? nous a*t-elle donné la pâle magnifique des Chinois? nous a-l-elle fuit .surpasser les hrillanis émaux des potiers des XV« cl XVI* siècles, ou égaler le génie oriental dans le mélange harmonieux des couleurs éclatantes? L'art, aux belles époques, ne dédaignait pas de descendre dans les plus bumbles ateliers ; l'artisan devenait artiste, le sentiment du beau conduisait ses mains, et la matière en sortait plus élégnntc et plus expressive.

[.e' goût des belles choses n'est pas mort parmi notfs; cette recherche si vive des débris du luxe ancien, dont nous nous entourons à défaut de productions nouvelles, en est une preuve. L'art moderne, sérieusement combiné avec l'industrie , aurait peu à faire pour détourner à £on profil ce penchant pour les meubles dessinés avec goût, et richement ornés. L'imagination non plus n'est pas morte, beaucoup d'arii^tes ont répondu par la pensée du moins à ce besoin du public; mais de la pensée aux périls de rexécutiori, il y a une lacune immense que l'État seul peut combler; ces détails, tout futiles qu'ils paraissent, ne sont pas indignes de lui, comme on a pu le voir dans les admirables pages de M. Emeric David, qui précèdent, et résument nos idées bien mieux que nous ne pouvons le faire ici.

Les manufactures royales furent créées dans.cette pensée : Sèvres, pour faire les essais dispendieux qui devaient nous donner la porcelaine, nouvelle alors, et dont il importait d'enlever le monopole à la Saxe qui nous avait précédés dans cette découverte; les Gobelins, sous lu direction de Ch. Lebrun et de l'ébéniste Boulle, pour fabriquer, outre les tapisseries, les meubles et les grands ouvrages d'orfèvrerie. C'est des premiers essais de Sèvres que sont sorties les fabriques de porcelaine qui couvrent la France ot forment maintenant une branche de commerce impoitante. Les revers qui obligèrent Louis XIV à faire porter son orfèvrerie à la Monnaie, ne permirent pas de maintenir longtemps la manufacture des Gobelins sur le pied où Colbert l'avait mise

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en 1667 ; mais le court espace de Icinps peiidaiil lequel celte niaiiiifacture se livra à la f:il)ricnlion des meubles, a produit In génération d'artistes qui. sous Louis XIV, sous la Hôgencc et le règne de 1 ouis XY, ont illustré la France et furent adoptés par louie TEurope.

Ce ne sont ni les artistes, ni les praticiens qui manquent en France, ni rintorêt que Ton y porte à tout ce qui touche les arts. A Sèvres, on a VII après 1830 les travaux d'Aimé Clienavard é\ ciller un instant, par leur nouveauté, Tattenlion publique, qui les prit sous sn protection. Ce n'est pas que nous approuvions le système de composition hybride de cet artiste, rœil y était coniivuellement blessé de voir se hcuiter les styles de plusieurs époques et de plusieurs peuples dans les ornemenis d'un vase. Mais cette tentative, Siins avoir une grande portée, témoignait un désir, un effort louable pour arriver à quelque chose de plus satisfaisant; depuis toute trace d'art a cessé. Les mêmes éléments d'exécution existent toujours et ne demandent qu'une direction nouvelle. Alors que tout était à créer et qu'il s'agissait d'obtenir d'aboril une matière nouvelle, on sent quelle dut être l'importance de confier la direction de la manufacture à un chimiste; mais aujourd'hui la matière existe et ne laisse rien à désirer : ce qu'il faut, c'est la forme, qui seule peut lui donner de la valeur.

Nous voudrions voir nos manufactures royales sous la direction d'artistes capables de les diriger vers ce but, où elles doi\'ent tendre désormais. Soutenues par le gouvernement, entourées de tontes les conditions de succès , nous voudrions les voir ouvertes à l'étude comnie les collections publiques; livrer à l'industrie privée les modèles dont elles auraient commandé les dessins aux meilleurs artistes; lui faire part des découvertes et des. expériences nouvelles; répandre sur tous les trésors dont elles ne doivent être que les dépositaires, et ressaisir enfin une initiative salutaire qui est le but de leur institution*

Nous n'examinerons pas en détail les produits des manufactures royales spécialement destinées à notre usage. La matière est fort belle, Texécution des peintures souvent satisfaisante; mais partout le choix des formes et des ornements y est au-dessous de la critique.

Nouft ne parlerons pas non plus des tapisseries; ce que la manufacture de Bcauvais avait envoyé est peu de chose. Les deux immenses tapis exécutés à la manufacture des Gobelins, sur les dessins de M. Saint- Ange, ont été un objet de scandale public. De longtemps il sera diflicilo d'imaginer rien de plus colossaicment mauvais. Ils sont destinés, l'un a la salle du trône , Tautre h la salle de concert du palais des Tuileries.

La peinture sur porcelaine proprement dite aurait une belle mission

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celle de fixer pour jamais les prodiiclions des grands inatircs qu'elle doil rendre hinliérabtcs, el de conserver ainsi, pendant plusieurs milliers d'années , aussi brillantes que le jour où (Iles sont sorties de leurs mains, les trop fragiles créations de Raphaël et du Titien. Parmalhcur, les procédés en usage jusqu*h présent sont loin d'être satisfaisants sur tous les points. Le feu enlève à la peinture en émail la vigueur et IVsprit de la louche , et détruit très-souvent la franchise des tons.

Le portrait d'un jeune homme habillé de noir, d'après Tintoret, exerulé de la même grandeur que l'original, par madame Ducluseau, est ceruiiuemeni une œuvre remarquable, la plus belle peul-ôircen ce genre. I^es vêlements sont largement traités, la louche libre a conservé quelque vigueur: mais le visage et les mains sont loin d'être aussi bien, l/arliste a échoué devant le peu de ressources de l'art. Là où la peinture est traitée légèrement, le modefê s'évanouit à la cuisson, et ne présente |d usqu'une forme vague ; le blanc de neige de la plaque de porcelaine perce les demi-teintes, ei vientjeter un froid glacial dans les chai 1*8 qu'il décolore. Ces inconvénients sont visibles dans les meilleures peintures de cette année, dans le portrait que nous venons de citer, dans ceux de Jules II et de Raphaël , exécutés par madame Jaquolot, et surtout dans la copie de la Délivrance de saint Pierre , fresque du Vatican , reproduite par M. Constantin. L'eflet extraordinaire de trois lumières différenies distingue surtout cette composition : celle de la lune qui éclaire les soldats endormis, celle de l'ange rayonnant qui emplit la prison d'une clarté divine, et celle du geôlier qui vient avec sa lanterne. Ces trois lumières, rendues avec un scntîmeni admirable par Raphaël , se confondent ici en une seule et même lueur argentine qui ôte toute intelligence de la scène.

Si la peinture sur porcelaine ne trouve pas une autre voie, si elle se refuse aux empâtements, si l'on ne peut changer ce fond trop vif qui détruit l'harmonie , nous doutons qu'elle rende jamais les services qu'on en attend. Là où la vigueur el la justesse du ton sont surtout nécessaires, dans le paysage, par exemple , la peinture sur porcelaine échoue complètement. Les sujets de fleurs et les sujels réduits lui conviennent mieux. Le charmant portraii de S. Â. R. la princesse Clémentine, de madame Turgan, était de tout point satisfaisant.

Dans la peinture sur verre, deux systèmes d'exécution se trouvent en présence, l'un qui consiste à combiner le dessein de la composition de manière à ce qu'elle soit formée le plus possible de parties de verre teint dans la masse dont on poursuit la dégradation , travail de mosaïque, pour ainsi dire, qui sacrtfle quelquefois la finesse du modelé à la vivacité des couleurs, mais donne aux vilraux une apparence sévère.

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plus d'éclat ei de solidiic. Ce système , suivi par les artistes du moyenâge, convient surtout aux grandes verrières. L'autre manière se borne à peindre simplement sur verre avec des couleurs vitriGables. Ce travail manque d'éclnt, et résiste faiblement aux influences atmosphériques; il convient plus spécialement aux petits travaux. Le choix entre ces deux manières ne saurait ôire douteux lorsqu'il s'agit de grandes pièces; cependant, à Sèvres lous les vitraux sont exécutés d'après le dernier procédé; nous n'£n psirlerons donc pas.

Six verrières viennent d'être commandées par la maison du Roi pour les grandes fenêtres du Louvre. La direction de Sèvres s'est décidée à demander des carions à différents artistes très-capables; il serait à désirer qu'elle voulût bien sortir pour cette fois du syslème funeste qu'elle a adopté.

Ventes publiques.

Comme nous l'avions pensé, le bon sens des amateurs a fait justice des attributions erronées du catalogue des tableaux de &I. le marqui& de Forbin-Janson. A Tépreuve des enchères, tout cet échafaudage est tombé à plat. Parmi les tableaux que nous avions signalés comme originaux , quelques-uns se sont vendus; d'autres, mis sur table à des prix exagérés, ont été retirés; le reste a été racheté par le propriétaire à des prix qui peuvent maintenant lui donner une idée plus nette de leur valeur.

MuRiLLO. L'enfant Jésus dormant sur les genoux de la Vierge, haut. 55 ceni., larg. 45 cent, (sur bois), s'est vendu 7,950 fr.

Velazqvez. La Conversation , haut. 56 cent., larg. 70 cent. 5,800

Ce tableau a été racheté par M. de Forbin-lanson.

P.>P. RuBENS. Portrait du comte de Roose , haut. 63 cent., larg. 48 cent, (sur bois) 1,135.

Adjugé à M. le comte de Pourtalès-Gorgier.

D. Tênibrs. Les Œuvres de Miséricorde, haut. 78 cent., larg. 98 cent, (sur cuivre) 12,906

Adjugé à M. Reizet.

Saint Antoine de Padoue , à qui l'enfant Jésus apparaît dans le désert, grand tableau de Murillo, a été mis sur table à 40,000 fr., et retiré faute d'enchères. Le Ravissement de saint Paul , attribué au Dominiquin, et qui n'est certainement qu'une copie , a été mis sur table à 25,000 fr. et aussi relire faute d'enchères. Les Chiens de la princesse d'Orange , grand tableau sec et disgracieux, attribué à Paul Potier, a ausM clé mis sur table à 25,000 fr. et retiré.

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