C4BINET DES ESTAMPES
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Le dénombrement exact des pièces en tout genre qui composent le cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale de Paris est un document précieux qui, seul, peut faire bien connaître les immenses richesses que renrerme ce cabinet et les ressources qu^il offre aux sciences, aux arts et à Tindustrie. Ce travail, tout récemment achevé, et dont nous devons la communication à Tobligeance de M. Duchesne atné, n*a encore été fait pour aucun cabinet. Sa publication n'a pas besoin de commentaire : les chiffres ont ici T éloquence qui Jour est propre. Nous la ferons précéder de Thistorii^e des quelques faits qui ont concouru, avec les patientes et intelligentes recherches des conservateurs, à former cette vaste collection , et de Texplication du nouveau système de classification introduit, il y a quarante ans, par le conservateur actuel.
Dans la première moitié du seizième siècle, le goût, exclusivement tourné vers la recherche des débris de Tantiquité , fit dédaigner les estampes. Ni Bembo ni le cardinal Ridolfl, ce-
ko LE CABINET
lèbres collecteurs de ce temps, n*en réunirent aux médailles, aux livres et aux manuscrits qu'ils amassaient à grands frais; et les précieuses feuilles de Marc-Antoine et de Durer continuèrent à circuler dans les mains des artistes, sans s arrêter dans les cabinets d*amateurs. Seulement, vers la fin de ce siècle, on cite la collection de Vasari à Florence, celle de Paul de Praun à Nuremberg, et à Paris celle de Claude Maugis, abbé de Saint- Ambroisc et confesseur de la reine Louise de Lorraine, femme de Henri IIL Cette dernière collection Tut le prototype du cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale.
Claude Maugis, qui devint par la suite aumônier de Marie de Médicis, employa quarante années de soins et de relations étendues à former sa collection, dont la partie la plus précieuse alla, à sa mort, enrichir le cabinet de Jean de TOrme, médecin de la reine. Michel de Marolles, abbé de Yilleloin, cet inrati> gable traducteur qui nous a laissé un dénombrement et des mémoires si curieux , ce prodige de féconditè^qui poussa à l'extrême tout ce qu'il fit de bon et de mauvais, acquit pour mille louis, somme assez forte pour le temps, le cabinet de Jean de l'Orme, et, le réunissant aux estampes qu'il possédait déjà, forma la plus énorme collection qu'ait jamais amassée un particulier. De son temps, elle n'avait pas d'égale.
En 1667, lorsque Colbert fit acheter la collection de Michel de Marolles, elle se composait de cent vingt-trois mille quatre cents pièces, réunies en quatre cent quarante volumes parfaitement reliés, la plupart en maroquin rouge, tranches dorées. Le catalogue en avait été publié un an auparavant. Les estampes restèrent longtemps encore au département des Imprimés sans faire un annexe séparé de la Bibliothèque. A celte première acquisition vinrent se joindre celles des cabinets de Gaignières en 1711, de Beringhen en 1731, du maréchal d'Uxellesen 1763. et de Begon en 1770. Les constantes recherches des conservateurs qui se sont succédé dans ce cabinet depuis cent cinquante ans ont fait le reste.
Le cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale est aiyourd'hui de beaucoup le plus nombreux et le plus riche qui existe en Europe.
DE L'AMATBUR. ki
Longtemps la classification suivant le système formulé par le baron d*Heinecken dans son livre Idée générale d'une collection complète d'estampes fut suivie dans ce cabinet; mais, au commencement de ce siècle, le nombre, la diversité des pièces et les acquisitions qui se multipliaient, la rendirent insufQsante. Le conservateur actuel, M. Duchesne atné, en prenant pour base le système d*Heinecken , porta à vingt-quatre le nombre des classes, qui autrefois n*était que de onze, les subdivisa, et, les rangeant dans un ordre plus rationnel, distingua chaque classe par une lettre majuscule, chaque sous-classe par une lettre minuscule, et chaque ouvrage par un numéro qui indique le rang qu'il occupe dans la sous-classe i laquelle il appartient.
On trouvera, dans le dénombrement qui suit. Tordre adopté dans cette nouvelle classification. Nous n'avons pas indiqué les sous-classes : leur nombre , qui au cabinet de Paris est de cent vingt-deux , est tout à fait arbitraire.