LETTRE IV
Mon ^lut avant tout, cher seigneur. J'ai reçu de vous, le jeudi avant le jour des Rameaux, une lettre cl la bagiio d'émoraudc, je suis allé aussitôt chez celui de qui je Fai achetée, veut m en donner mon argent, quoique avec regret, mais il Ta dit et tiendra parole. Sachez
qu'ici les bijoutiers uclièleut les êuicruudes au dehors el les iiuporleiU pour y gaguer. Les camarades m'ont dit que des deux autres bagues chacune vaut 6 ducats, car elles sont nettes et fines et n'ont rien d impur. Us disent que vous ne devez pas vous en tenir à Testimation, mais demander seulement comment vous pouvez les avoir, et si elles sont égales. J>ès que je les eus achetées, et quoique j'eusse perdu 2 ducats sur les trois, Bernhard Holzbock, qui était présent à Tachât, a voulu les prendre. Depuis je vous ai envoyé un saphir par Hans, dans la cour, j'espère que vous l'avez reçu. J'ai fait une bonne afTairc, car on a voulu dès l'instant me donner du bénéfice. Toutefois je l'apprendrai de vous, car vous savez que je ne m'y entends pas, je parle seulement d'après ceux qui me conseillent. Sachez aussi que les peintres ne me veulent pas de bien. Ils m'ont déjà fait venir trois fois devant les magistrats^ et j'ai été obligé de payer 4 florins k l'école (de Saint-Uocb, peutrétre). J'aurais gagné beaucoup d'argent si je n'avais pas entrepris le tableau des Allemands, mais c'est un grand travail, el je ne peux pas l'achever avant la Pentecôte. On ne m'en donne pas plus de 85 ducats, et vous savez que eela se dépense vite. J'ai aussi acheté plusieurs choses, et j'ai envoyé de l'argent, de manière que je n'en ai pas beaucoup devant moi; mais apprenez que je compte ne pas partir s'il plait à Dieu que je ne puisse vous payer et que je n'aie encore 100 florins de reste. Je les gagnerais facilement si le tableau des Allemands n'était pas à faire ; car, à l'exception des peintres, tout le monde me veut du bien. Quant à mon frère, dites à ma mère qu'elle parle à Wohlgemuth, s'il a besoin de lui, qu'il lui donne du travail jusqu'à ce que je vienne, ou qu'il aille en chercher chez les autres. Je l'aurais pris volontiers avec moi à Venise, cela lui aurait été utile, à lui et à moi, ne fût^e que pour la langue ; mais ma mère eiU craint que le ciel ne tombât sur nous deux. Je vous prie, veillez sur lui vous-même, il n'y a rien à faire avec les femmes. Parlez à ce garçon, qu'il s'arrange jusqu'à mon retour et qu'il ne tombe pas à la charge de sa mère. Je ferai de mon mieux, mais je ne peux pas tout .faire. Pour moi seul je serais sans crainte, mais il m'est trop difficile de récolter beaucoup, personne ne jette son argent. Dites à ma mère qu'elle tienne le marché de Herlleln. J'ai écrit à ma femme que je serai bientôt de retour et toutes sortes de choses encore. Je n'achèterai pas le diamant avant que d'avoir reçu votre lettre. Je crois ne pouvoir venir avant Tautomne, car le tableau qui va être achevé pour la Pentecôte sera tout mangé, mais j'espère conserver ce que je gagnerai. Du reste, si vous le croye^A utile, ne le dites pas à ma femme, je diflcrerai mon retour de jour eu jour et écrirai' tous les jours que je reviens. Je suis cependant chance-
DE L'aMATKUR. 517
lanl d'opinion. Je ne sais pas moi-même ce que je veux Taire; écrivezmoi bientôt. Le jeudi avant le jour des Rameaux, I50G.
Votre serviteur,
ÂLBBBcnT DURER.