LETTRE V
Votre serviteur, mon clier Pirkheimer. S'il vous va bien, cela m>8t une grande joie. Apprenez que par la grâce de Dieu, je me porte bien, que je travaille lestement, mais je n'achèverai pas avant la Pentecôte. J'ai vendu toutes mes tablettesjusqu'àune. J'en ai donné deux pour 24 ducats, et les autres trois pour les trois bagues qui m'ont été estimées à rachat 24 ducats, mais je les ai fait voir à de bons ouvriers qui disent qu'elles valent 22 ducats. Gomme vous m'avez chargé d'acheter quelques pierres, j'ai pensé faire bien en vous les envoyant par Franz, dans la cour, faites-les voir et estimer et gardez-les pour ce qu'elles valent; si toutefois vous n'en avez pas besoin, renvoyez-les-moi par le premier messager. On veut m'en donner ici, le même qui m'a aidé ii faire ce marché, pour l'émeraude 12 ducats, et penr le rubis et le diamant 10 ducats, de manière que je ne perdrais pas plus de 2 ducats. Je voudrais que vous fussiez ici pour votre avantage, je crois aussi que vous ne trouveriez pas le temps long ; il y a beaucoup de gentilles gens, de véritables artistes, et j'ai tant de Velches chez moi, que je suis souvent obligé de me cacher. Les gentilshommes me veulent tous du bien, mais non les peintres. Cher seigneur, Andras Kunnehofer vous salue; il vous écrira avec le premier messager. Je vous recommande ma mère, je suis étonné qu'elle ne m'ait pas écrit depuis si longtemps ; ma femme aussi n'écrit pas, je crois l'avoir perdue. Je m'étonne aussi de votre silence, mais j'ai lu la lettre que vous avez écrite à Bastien sur moi. Donnez, je vous prie, les deux lettres ci-incluses à ma mère, et prenez patience jusqu'à ce que Dieu vienne à mon aide pour retourner ; je vous payerai régulièment.
Saluez pour moi Etienne Baumgartner et autres camarades ; ditesmoi si aucun amour n'a disparu. Lisez la lettre d'après mon sens, j'ai hâté.
Donné à Venise, le samedi avant le dimanche blanc, 1S06. Demain il est bon de se confesser (I).
Albreçht durer.
(1; Proverbe.
H H LK CABINKT
LKTTRE VI.
Grandissimo primo homo de mundo wosler scrfilor cil schiavo Alborlo Durer disi sains suo magnifico Miser Wltibaldo Pircamer my fedc el aldy volenliri eiim grando pisir woster sanita c grando honor el my marawcio como ell possibile star imo homo cosi wu contra thanto sapientissimo lirasibuly milytes non altro modo nysy una gracia de Dio quando my léser woster litera de questi strania fysa de calza my habe thanto pawra et para my uno grando kosa (1).
D'après ce que vous me dites, il parait que vous faites l'aimable, mais cela vous va comme aux lansquenets les parfums. Vous croyez que tout est fail lorsque vous êtes habillé de soie comme un étourdi et que vous plaisez aux femmes ; encore si vous étiez un homme aussi modeste que moi» je ne m'en flécherais pas, mais vous avez trop d'ammiff, et j'imagine que si vous vouliez seulement l«s payer toutes pendant un mois, vous vous ruineriez certainement, /^em, je vous remercie d'avoir arrangé les affaires avec ma femme ; je reconnais beaucoup de sagesse en vous, il ne vous manque que ma douceur pour avoir toutes les vertus. Je vous remercie aussi de me débarrasser de ces bagues; si elles ne vous plaisent pas, coupez les têtes et jetez-les, comme dit Peter Weisbecker. Croyez-vous que je m'occupe de ces vétilles; je suis devenu un gentilhomme de Venise. J'ai appris que vous saviez bien rimer, vous seriez bon ici avec nos violons qui accompagnent si parf:ûtemcnt qu'ils on pleurent eux-mêmes ; ph^t à Dieu que notre maîtresse de calcul (2) pût les entendre ! elle pleurerait avec eux. D'après votre ordre, je ne serai plus colère et je tiendrai bon, comme cela est mon habitude ; mais je ne puis être de retour avant deux mois, car je n'ai pas encore à vous envoyer ce dont je vous ai écrit; c'est pourquoi je vous prie, quand ma mère viendra chez vous pour emprunter, de lui donner 10 florins; à mon retour je vous rendrai le tout en honneur. Item, je vous envoie le riirum uslum avec le message; et quant aux tapis, Antoni Kolb veut m'aider h les acheter bien larges et h bon marché ; dès que je les aurai,
(1) Noos avons conserve ces lignes mi-pnrlie latiiips, italiomios et alloniandos telles qu'elles existent diinsVorioinnl.
(2) Sa femme.
liE l'amateur. 519
je les donnerai au garçon dans la cour pour qu'il les envoie avec autre chose.
Je mlnrormerai aussi des plumes de grue , je n'en ai pas encore trouvé, mais bien des plumes de cygne avec lesquelles on écrit ; il y en a beaucoup ici. Ce ne serait pas mal si vous les mettiez sur les chapeaux en attendant. Je me suis aussi informé chez un imprimeur qui m'a dit ne rien savoir d'un livre grec publié récemment; dès qu'il en apprendra quelque chose, il me le fera savoir pour que je vous en écrive. Item, faites-moi savoir quel papier vous voulez que j'achète, je n'en connais pas de plus fin que celui ^u'on peut avoir chez nous. l(em^ quant aux histoires, je ne vois rien d'extraordinaire parmi les \elches qui puisse réjouir vos études, c'est toujours la même chose ; vous savez mieux vous-même qu'ils ne peignent. Item, je vous ai écrit par le messager Kansengysserle. Item, je voudrais bien savoir comment vous vous arrangez avec Kuntz dans la cour. Saluez pour moi notre prieur (t) , dites-lui qu'il prie Dieu que je n'attrape pas le mal français, il n'y a rien que je craigne tant que cela, et preMfue tout le monde l'a ici ; il dévore bien des gens qui en meurent même. Saluez aussi pour moi Etienne Baumgartner, M. Lorentz, tous nos amours et tous ceux qui demandent de mes nouvelles.
Donné à Venise le 18 août I50fî.
ALBRRcnr DURER.
Item, Andréas est ici et vous salue ; il n'est pas encore trop fort, il manque d'argent, et sa longue maladie l'a endetté. Je lui ai prêté 8 ducats, mais ne le dites à personne afin qu'il ne Ta^lprenne pas; il croirait peut-être que je n ai pas confiance en lui ; sachez qu'il se conduit si honorablement, que tout le monde lui veut du bien. Item, si le roi vient dans le pays des Yelches, je compte dler avec lui à Rome.