‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 87 sur 139 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Il n'est ]>as besoin de vous parler de mon amitié, mais j*ai besoin de vous dire ma grande joie de l'honneur et de In gloire que vous acquérez par votre sagesse virile et par votre science. U est étonnant que dans un si jeune corps se trouve toot cela, c'est à ne pas y croire, c'est par une grâce particulière de Dieu comme chez mol. Gomme nous sommes heureux d'avoir réussi, moi avec mon tableau, vous avec voire sagesse ! Cependant, dès qu'on nous glorifie, noqs allongeons notre cou, nous croyons merveille de nous, et derrière se trouve peut-être un méchant plaisant qui se moque ; ainsi ne croyez pas trop ceux qui vous louent. Mais peut-être êtes-vons trop peu modeste pour ne pas les croire. Je crois vous voir devant le margrave et lui adresser des paroles flatteuses et lui faire de gracieuses courbettes comme si vous faisiez la cour à la Rosenthalerin. Il me semble que, lorsque vous m^avez écrit votre dernière lettre, vous étiez plein d'une joie singulière ; vous devriez avoir honte ; vous êtes vieux et vous croyez que Tamour vous va bien , il vous sied comme à noire grand chien épagneul quand il veut jouer avec la petite chatte. Dès que je serai Bourgmestre, je vous ferai mettre en prison et j'enfermerai avec vous la Rech... la Ros... la Gart .. la Ëch... et d'autres encore que je ne veux pas nonmier, qui sauront bien vous mettre à la raison. Vous me dites que l'on s'informe plus de moi que de vous et que les femmes, les bonnes comme les mauvaises, demandent de mes nouvelles, c'est un signe de ma vertu. Mais si, Dieu aidant, je retourne à Nuremberg, je ne saurai plus comment vivre avec vous maintenant que vous êtes illustre. Je me réjouis cependant de votre gkûre et de votre nouvelle dignité. Vous .ne battrez plus vos chiens jusqu'à ce qu'ils en

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rcslenl perclus; mais peuln^lrc ne voudrez- vous plus vous promeut t dans les rues avec le pauvre peinlre Durer, ce serait une honte pour vous, cumffultron depentor.

Au moment où je vous écris dans la joie, on sonne le tocsin ; six maisons sont on feu chez Pierre Pender ; un drap de laine à moi est brâlé, je I ai payé hier huit ducats. Il y a beaucoup de rumeurs ici à cause du feu.

//fm, vous m'écrivez que je dois revenir, je reviendrai dès que je 1c pourrai. J*ai été obligé de gagner mes frais ; j*ai dépensé près de cent ducats en couleur et autres choses. Je vous ai commandé deux lapis que je payerai demain, mais je ne les ai pas eus à bon marché; je les emballerai avec mes bardes. Kern, apprenez que je me me suis mis dans Tespril d'apprendre à danser. J'ai tlé deux fois à recule ; il a fallu payer un ducat au maître, et maintenant rien ne m'y ferait rentrer. J'ai désappris une partie de ce que je savais, à la fin je n'aurais plus rien su. Vilrum uslum vous sera apporté par le messager. Item, je ne puis apprendre nulle part qu'on ait imprimé quelque chose de nouveau en grec ; je vous envoie aussi une rame de papier. Je n'ai pu me procurer les plumes que vous désiriez, mais j'en ai acheté des blanches ; si j'en trouve des grises, je vous les apporterai. Etienne Baumgarlner m'a écrit de lui acheter cinquante grains de cornaline pour un Paler nagler ; je les ai commandés, il a été impossible de les avoir plus gros et ils sont fort chers. Je les lui enverrai avec le premier messager.

Je vous ferai savoir l'époque d« mon retour afin que mes maîtres s'en arrangent. J'aurai fini ici dans dix jours, après j'irai à Bologne à cheval pour affaire d'art et pour apprendre la perspective secrète qu'on veut m'y enseigner ; en huit ou dix jours je serai de retour à Venise, et après je partirai par le premier messager.

Oh ! que je regretterai le soleil de Venise ! Ici je suis un seigneur, chez moi je ne suis plus qu'un parasite.

J'aurais encore bien des choses à vous écrire, mais je serai bientôt près de vous.

Donné à Venise je ne sais quel jour, quatorze jours environ après la Saint-Michel, 1506.

ÂLRRBCHT DURER.

liem, faites-moi savoir savoir si à nous aussi il est mort un enfant. Vous m'avez écrit que Joseph Rummel s'est marié je ne sais pas avec qui. — Si j'avais seulement mon tirap; je crains aussi que mon manteau

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ne soit brtklé. Je perds la raison, je dois avoir du malheur, il y a hiiil jours un débiteur qui me devait huit ducats s'es^ sauvé.

Ces lettres portent toutes pour suscription : A Ihonorable et sage Jlf. Wilibald Pirkheimer, citoyen de Tfuremhergy mon gracieux seigneur; et pop

teot Tempreintc du cachet de Durer que nous donnons i ci

elles ont été publiées, pour la première fois, par Murr, dans son Journal des Arts, tom. X.

La traduction, aussi exacte que possible, que nous avons essayé de donner de ces lettres, offre dans certains endroits les obscurités de l'original qn*il nous a été impossible d'éclairc'r. Les Lettrrs de Pirkbeimer qui pourr<-)ieDt nous en donner l'intelligence n'existent plus.

( La suite à tm prochain numéro.) .

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