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VISION DE SAINTE BATHILDE

La planche que nous reproduisons ici est un curieux et peut-être unique spécimen de Tart des anciens graveurs. C'est un cuivre de deux lignes d'épaisseur, taillé connue un bois, c'est-à-dire que les traits qui composent le dessin sont laissés en relief, tandis que les lumières et les blancs sont profondément enlevés dans la masse du métal. Le cuivre est fixé à Taide de quatre fiches rivées des deux côtés, sur un bois dont In partie inférieure porte une inscription de trois lignes. Cette inscription rappelle, par son travail, les blocs des livres xylographiques; nous nous hâtons de dire, toutefois, que, par ce rapprochement, nous n'entendons nullement prétendre que notre planche soit antérieure à l'usage des caractères mobiles ; son style la rapporte , selon nous du moins, aux dernières années du quinzième siècle, ou peut-être même aux premières années du seizième. Il est évident que les traits et les hachures ont quelque chose de plus souple et de plus délié que ce que nous montrent les gravures sur bois de cette époque ; mais il faut tenir compte de la différence de matière. Le métal permettait de tracer avec infiniment de liberté certaines lignes courbes que les artistes d'alors ne pouvaient pas produire sur le bois dont le fil était un obstacle perpétuel pour des mains inexpérimentées. La meilleure preuve que la roideur et les angles pour les draperies n'étaient pas la conséquence d'un parti pris, mais, pour ainsi dire, une obligatijon matérielle imposée par l'imperfection des outils, c'est que, lorsque les gravures sur bois ont été enluminées, le peintre a corrigé ce qu'il regardait comme un défaut du graveur. Je parle ici des vignettes peintes avec soin , et non pas seulement de ces images primitives rehaussées de teintes plates et qui laissent voir le trait noir sous la couleur. L'inscription sur bois placée au bas de la gravure en explique parfaitement le sujet.

La première ligne, séparée des autres par un trait, et qui est une in-

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vocation, O regina nobiliê, monialU humilis notns sis propilia, nous fait supposer que cette gravure n'a pas fait partie (f un livre , mais qu'elle était destinée à être donnée ou vendue comme image à ceux que des sentiments de piété amenaient au tombeau de la sainte, à Ghelles. C'est en effet dans Tabbaye de Ghelles que Bathilde, ou, comme on l'appelait au moyen âge, la reine Baudour, femme de Glovis II , mourut en 685, après y avoir vécu quelque temps comme simple religieuse. Un auteur anonyme, mais très-certainement contemporain de la reine Bathilde, nous a laissé sa légende écrite en latin barbare. Il raconte, dans son quatrième chapitre, comment la reine eut, quelques jours avant sa mort, une vision qui lui fit comprendre que ses derniers moments approchaient. Le Christ lui-même, au milieu des anges du ciel, l'appelait à lui, en lui montrant une échelle qui, comme celle de Jacob , s'élevait de la terre jusqu'au céleste séjour. Àt veto propinquanle glarioso ejus obilu , Visio prœclara ei fuit ostensa; seala enim erecla, stans anle aUarium »anclœ Mariœ, cujus culmen cœlum conlingerel^ et quasi angelos Deicomitanles, ut ipsa domna BatUdis aseenderet per eam (1). On voit , en comparant ce fragment que nous citons avec les deux lignes

Hœe est prœclara scala et angeliea Visio gua beatissime BaUidi regina ante obitumsuum ostensa fuit per quant ad eœlestetn sponsum pervenit.

qui servent d'explication à notre image, que Tartiste avait certainenvent consulté le choniqueur dont il a résumé le récit en quelques mots. Dubreuil, dans ses Antiquités de Paris, émet l'opinion que le nom de Ghelles, en latin cala ou kola, vient de scala^ échelle, et ceci en raison de la vision de sainte Bathilde. Il n'avait pas pensé que, dès le temps de |a sainte, le monastère portait ce nom ; nous, au contraire, nous serions très-disposé à croire que le miracle lui-même n'a été inventé que pour donner une étymologie au nom de la célèbre abbaye, et que Dubreuil a pris la cause pour l'effet.

(1) Bolland , tom. i", XXVI jan.

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