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LA LITTÉRATURE ET L'ESPRIT DE LEUR SIÈCLE

PAR M. AIMA CHAMPOtLION-FIGEAC.

C'est toiifours une circonstance heureuse et qui fourneau profit de tous, que ceê prédilections qui portent quelques e^ta patients et invesifga> teurs à s'occuper exclusivement soit d'une époque circonscrite de f histoire, soit de la vie d'un homme ou des travaux d'un artiste. Ce qoe des recherches bien dirigées , le temps et parfois aussi le hasard , qui est un grand maître, peuvent accumuler de preuves autour d'un fait historique, de détails intimes sur la vie d'un prince, «st souvent infini, et soyez sûr qufl sortira de tout cela quelque étude sérieuse où la ques|fon sera exa* minée avec soin sous toutes ses faces, quelque monographie bien complète, fastidieuse même pour beaucoup d'esprits superficiels, mais d'un intfk^t véritable, et où l'historien puisera plus tard avec reconnaissance.

C'est à une préoccupation de ce genre que nous devons le charmant et cnrieii]^ travail de M. Aimé Champollion-Figeac sur les ducs Louis et Charles d'Orléans. Ou rival de Jean-sans-Peur, M. Aimé Champolllon n^a voulu prendre que le côté séduisant du prince protecteur des arts, aimant le faste, les plaisirs, les tournois, menant grand train de chasse, toujours environné de sa nombreuse maison et d'une foule de poètes , de sculpteurs, de peintres et de ménestrels, à qui il prodiguait l'or à pleines mains, et on ne saurait Peu blâmer. Sous cette enveloppe se cachait Tépeux débauché deValentine de Milan, et le promoteur des troubles funestes de la fin du règne de Charles VI, dont la figure mieux étudiée eût assombri le tableau paisible qu'il voulait tracer. De la vie splendide de Louis d'Orléans, de ses relations avec tous les écrivains ses contemporains, dont il fut à la fois le disciple et le protecteur, il était plus facile de passer à l'existence si différente du héros malheureux de la bataille d'Azincourt, du père de la poésie française.

Déjà dans un précédent travail placé en tête d'une édition ides poésies de Charles d'Orléans, M. Aimé Champollion avait essayé de nous faire pénétrer dans la vie infellectuélle de ce prince en rapprochant de c|}ttcune des circonstances de sa vie les pièces de vers qui semblaient s'y rapporter ; aujourd'hui, c^est une étude d'un autre genre, moins hasardeuse et plus intéressante peut-être qu'il a entreprise. Après le côté moral vient le côté matériel ; avec le même soin qui lui avait fait réunir les diverses leçons du poète pour nous en donner un texte authentique , il a recueilli dans des documents originaux émanant la plupart des ducs Louis et Charles d'Orléans eux-mêmes, une foule de témoignages sur les circonstances les plus diverses de lear vie privée. Les textes parlent seuls la plupart du temps , et l'art avec lequel ]VU Aimé Champollion a su les disposer, en rend la lecture intéressante et facile. S'agit-il de la naissance de Charles d'Orléans, BOUS trouvons toot d'abord uile ordonnance de Charles VI qui donne une gratification de 200 fr. en or à Pierre de Recours, écuyer pannetîer de Valentine, qui, le premier, en avait porté la nouvelle à la reine; et quant am vêtements nécessaires pour les couches de la duchesse et au trousseau de rendait , nous avons sous les yeux la note de la « dçspence faicte par moy « Jehan Poulain, varlet de chambre et garde des finances de monseigneur « le ittc de Touraine pour le fait de la geslne et relevaille de madame la « duche^e de Touraine, » qai nous entretient à loisir de pièces de sendqulx vers par centaines, de quartiers de veluaux 9ermaulx et de pièces de drap tTor racaniaz, soit pour tendre les appartements ou faire hoppelande et brasseoelles à la mère et à l'enfant. Peu de jours après les cérémonies du baptême, le duc d'Orléans dut partir pour l'Allemagne, et il voulut y déployer le plus grand luxe ; les broderies, les étoffes les plus riches, furent choisies pour les habillements du prince , quelques uns méritent d^arrêter un instant l'attention du lecteur curieux , à cause de la dépense qu'ils exigèrent. Un document authentique nous en a conservé la description exacte :

« Une longue hoppellande de satin noir , toute ruchée d'or, cousue de soye noire à leups e$^ignez , et fourmez du champ et les vi couleurs de monseigneur, à vis devant et derrière, toute de broudeure par-dessus la rnchie; et sur la manche senestre d'icelle hoppellande, une grant arbaleste de brodeure d'or et de perles par-dessus la ruchie (1).

« Un petit pourpoint de satin noir , et est la gorgerette de mailles d'argent de Chippre et de coupeures d'or de brodeure , en manière de hau-

(i) Pour or et soye, et pour paine d'icelle hoppclande iiclxxvi frans v sols toliriiois.

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bergon ; sur la manche seoestce dlcellui pourpoint , une petite arbalestc debrodeure (1).

0 Une arbaleste au costé d'un jaques de veluau noir, ou quel jaques les vi couleurs de monseigneur sont entaillées (3).

« Deuxhoppeliandes longues de camelot (3)^en graine, à colet assis, «t y sont les VI couleurs de mon dit seigneur entaillées; en chascube d'icelles hoppellandes^une grant arbaleste de brodeure sur le costé seueatre, et sur la manche destre, vu j d'arondes de brodeure, et Tassiette des manches ouvrée de pelitz unetons de brodeure et mailles de brodeure en L'assiettè des dictes manches (/i).

tt Une longue hoppellande de noû: d'Angleterre , fourrée de veluau noir velu, a un poil de satin noir ; sur le costé 'senestre rucbié 4'or ; cottsu de noire soye et leups espeigniez ; et sur la manche destre d'icelle hoppellande, une arbaleste de perles, et dessoubs les bras de ruchie d*or et une arbaleste espergine (5).

« Une hoppellande bâtarde de drap de damas noir, à colet assis et Si vi bandes entretaiilées à viz de couleurs de mondil seigneur; et en yceUe hoppellande à une brodeure le leups de brodeure , par-dessoubz et aux manches pareillement et au colet (6).

« Une chambre de sadn bleu , en laquelle a un grant compas d'argent de Ghippre , de brodeure , est ledit compas si grant qu'il contient la plus grande partie du dossier, et dedens ycelui compas a un grand escu de brodure des armes de mondit seigneur , et lé conlrefons de compas de satin ndr, dyapré d'argent de Ghippre, cousu de noir pour le obscurcir, et oelui du ciel semblable et pareillement orné de celui dessus (7).

« Un mantel long de veluau cramoisy , à vi bandes entretaillées des couleurs que mondit seigneur porte, et une grant arbaleste d'or, de brodeure et de perles , et est la garnison d'icelle arbaleste d'orfavrerie d'or (8).

« Un banquier qui fut fait pour le voyage , pour lequel ledit Glery (ist

il) Pour or, soye et paiiie vu frans.

(2) Pour or, soye et paine vni frans.

(3) Les camelots les plus renommés étoient ceux de Cambra! (Lrgrand d'Aussy, t. in, p. S49).

(A) Pour or, soye et paine xlviii frans.

(5) Pour or, soye et paine uni frans.

(6) Pour or, soye et paine xxvi frans.

(7) Prix ex frans.

(8) Prix xxiiii frans.

douze grand escnçoDS <te veluau azur, et l€S fliois de lis de brodeore des armes de moBdit seigneur (1).

« Deux longues hoppdlandes de drap de damas noir, à colet assis , et ti bandes entaillées des ti couleurs de mondit set^emr et à franges et aguiliettes d*or par-dessoubz, et aux fentes , et aux manches, et au colet, et entour les assiettes des manches, esmaillé de brodeure, en manière de hauhergon et crampons d'or d^orfavrerie ; et sur le costé un tigre sur une roche se mirant en une/ontain4 , et sur les manches de chascune une arbaleste d'or et de perles (2).

« Une hoppellande de veloau noir sigmé, à arondes vers, et y sont les yi couleurs de mondit seigneur entaillées à ?lz ; et en la manche senestre de satin noir, toute ruchée d*or, de brodeore ; et y a leupt^ ours et tnarguérites ouvrés parmy , comme tissu parmy Tor (3).

Les autres étoffes désignées sont : « Hoppellande de Flourance, maille en haubergon ; hoppellande de frise noire , satin en graigne , chaperons d'escarcelles ; hoppellande d'escarlate vermeille ; hoppellande de gris de Monstervillier ; escarlate vermeil d'Angleterre (/i).

Enfin, « une hoppellande de camelot noir, fourée de sept vingt martes, pour monseigneur le mareachal de Boudquaut, » et dont le prince lui Msait présent.

Viennent ensuite les a parties de plusieurs chevaulx achetez pour monseigneur le duc d'Orléani, par Boniface de Morez, escuier de corps d'icel- ]«i seigneur et commis de par lui ou fait de son escuierie, » et donnés aux seigneurs ou au)[ gens de service des princes (5).

Oans ce document, le signalement des chevaux et leur destination selon leur nature sont aussi indiqués :

« Un cheval bay à longue queue (6), un petit cheval de poil de cerf (7), un cheval morel à longue qveue (8), un gris pommelé à courte queue (9),

(i) Pour or, 8oye et palne xxiiii frans.

(a) Prix uui frans.

(&) Pour or, soye et palne lvii frans.

(5) « Parties de plusieurs estoffes et façon de brodeure faictes, baillées et livrées par Jehan de Clercy, brodeur et varlet de chambre de monseigneur le duc d'Orléans, par le commandement de mondit seigneur.

(6) Original en parchemin au bas duquel se trouve la signature du duc Louis d'Orléans.

(6) « Au prix de c livres tournois, donné à monsieur Clisson. *

(7) « Rt un autre semblable au premier coûtèrent mcxxx livres tournois. •

(8) Donné par le prince à son braconnier GUet-Dupin.

(o) Acheté vixxim livres xv sols tournois, et donné au chambellan de monseigneur.

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une haqaenée fauve à longue queae (1), un cheval routn sur fleur de peschez marequié en la cuisse (2)9 un roucin morel à longue queue (3)» un dair bay, un bnm noir haussant en la teste (^), etc., etc. »

Ensuite vient la liste des provisions de toute esptee , des officiers de tous genres qui furent nommés pour accompagner le prince, et le détail des a mémez officiers de Thostel au dessouhsdes chiefz d'office, » panneterie, éehansonnerie , cuisine, fourrière, sans ouhlier un roi des ribaux qui se trouve placé entre deux variez éFaumoine et quatre gaiopins.

Enfin, pour ce voyage, « le fonrhisseiir de monseigneur livra à Tescuier d'escurie, les parties qui s'ensuivent. »

«c Deux paires de hamoiz de jamhes, c'est à savoir grèves caisses, avambras, gardebras, i bacinet et iv fers ioiirhis et nétoiés.

« I baume, m paires de hamoiz pour les Joustes.

« VII rochez et vi rondeies ; 11 petites espées de Bordeaux et i de Brehaingue; 11 baumes et m mains d'acier pour la jousle; m avambras et m gardebras et 11 gaingnepain.

« VIII espées et 11 dagues, iii haches et i dard d'acier; v fers d^rsigoaie; vu Ions fers de lance, m pièces de hamois de jambes garniz et eaGUSflOimez, m paires de ganteletz et un sollier d'ader.

« Une espée de Brehaigne garnie tout à neuf; 11 espées de Boodeaux , dont Tune est de parement , dont le« pommeaux des 11 espées sont gravés et garniz de nuef , et à Vtù mise en Tune mi ausnes de coosteuere pour la pongnée une espée de pa8s(m (6). »

On voit que ce ne sont pas les détails qui nuinquent, reportez-vous aux négociations politiques que Thistoire enregistre d'ordinaire avec sohi, et il sera difficile de désirer un tableau plus complet

Les documents relatiisà la littérature sont très nombreux, ce sont surtout des détails sur les appointements du bibliothécaire Giles Malet, les achats de manuacrits ou de botes de parchemin, les rétributions aux « eacrip vains qui font livres pour mon dit seigneur, » et, à ee propos, M. Aimé ChampoUion donne en passant une curieuse et excellente monographie des écrivains de cette époque, traduoteurs^ poètes et chroniqueurs, dont les travaux restés manuscrits pour la plupart dorment au fond de nos

(1) Achetée le même prix, et donnée à messire Aniaury d*OrgeoiODt, chance- Her de inoDseigneur.

(a) Acheté ne livres tournois.

(3) Prix iiuxx Hvres tournois, et un roucin gris à courte queue donné à Plllechier, dercde sa vénerie, au prit de xxv livres tournois. On en remarque encore trois à bas prix données aux braconniers du prince.

(4) Prix iicxxv livres tournois.

(5) Original en parclienifn certifié par Téouycr du duc d'Orléans.

bibliothèques soigneusement couehés sur vélin et illustrés de brillantes miniatures.

A Talde de tous ces documents , nous suivons IiOois d'Orléans toujours entouré de poètes et de musiciens aux jeux de paume et de hasard, dans ses pratiques religieuses comme dans ses galanteries secrètes, dans les dépenses énormes qu'il faisait pour décorer ses hôtels , ses châteaux et ses jfondations pieuses. Mais ce qui est uiste an milieu de cette prodigalité effrénée qui vous attire malgré soi, c'est qn*elle mettait à deux doigts de sa ruine cette France sauvée par DuguescUn, et qui allait biODtôt avoir besoin du bras d'une humble bergère. Charles VI semble inépuisable ppur son frère , à chaque instant ce sont des cadeaux magnifiques de toute nature, le «omté de Périgord lui est donçé ainsi que de nombreuses sommes d'argent destinées à l'acquisition du duché du Luxembourg et du comté de Goucy. Plus la misère est grande dans le peuple qui murmure , plus les futilités et les objets de luxe semblent se multiplier à plaisir. L'inventaire de l'orfèvrerie et des objets prédeux de Louis d'Orléans en indique des masses d'une valeur surprenante , et parmi les passages que nous allons citer se trouvent de véritables monuments qui se recommandaient autant par la rareté des matières que par la perfection du travail et la variété du sujet ; heureux l'amateur qui rencontrerait parmi eux quelques uns des objets parvenus entre ses mains.

« Un annel d'or auquel a une pierre en m&niere d^il de chat ; une croix d'or niellée , pendant à une chayenne d'or : un annel d'or gravé 4 un pannier couronné; une cagette d'or à mettre olsellés de Ghippre; un cadran d'or rond ; une astralabe d'argent doré ; une arbaleste à cheval et un boujon d'or ; un reliquaire d'or ouquel a un camahieu d^une teste de Sarrasin d'un oosté, et de l'autre-costé un camahieu gamy de x perles et H balays: une salière de deux prolsmes garnie d'or assise sur iv ours et ou sietelet iv perles et un balay; un veu d'or ouquelle a une dame es-* maillée qui tient un oisellet ; une escharpe d'or toute cheveronnée de bastons blans et vers , où il pend petictes sonnectes ; et au bout d'embas pend un cornet d'or esmaillé de noir besanté, et. sur l'espaule un fermaillet d'or garni de v perles, et ou milieu un ruby , et y pendent deux tourterelles blanches ; un arbre de corail à plusieurs langues de serpents*

« Un hanap (1) et une aiguière d'or à ymage de baulte taille garniz de vingt-trois ballaix, vingt-trois saphirs et de quarante-huit perles; im ta-

(i) Le hanap dilTérall de la coupe, en ce qu'il était monté sur un pied assez élevé. Il y en avait en toutes sortes de matières : les plus précieux étaient en cristal. Ceux de Pontarlier furent aussi en grande réputation. (Voyez Legrand d'Aussy, t. m, p. iM.)

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bleau d'or d'un crucephiement Nostre-Seigneur, à plusieurs ymages et personoaigcs; un tableau d'or d'un raistère comment Nostre-Seigneur lava les piez à ses disciples ; un tableau d'or d'une ymage Nostre-Dame , deux ' d^une Anonclation Nostre-Dame , d'enlevcure ; un tableau pem où il y a cinq perles et ballay ; un reliquaire d'or d'une ymage de Nostre-Dame , d'enlefeure, tenant son enfant ; un autre de Notre-Dame , d'enlevure , tenant son enfant sur un soleil ; un reliquaire d'or d'un couronnement ; un joyau d'or de la genne Nostre-Dame et des trois roys de coulotngne, à plusieurs personnaigee de chevaulx et brebis ; une ymage d*or d^in saint Jehan , une d'un saint Denys, une d'une Magdelaine, une d'un saint André, une d'un saint George, une d'un saint Pol, une d'un saint Père, une d'un saint Loys, une d'un .saint Anthoine , laqtielle mons^neur de Berry donna h monseigneur d'Orléans, aux estrenneft dernièrement passées; une ymage d'un s^nt Ëstienne que monseigneur de Bourgogne donna à monseigneur le duc aux estrennes susdites; un joyau <i'or de la sépulture Nostre-Seigneur et de son crucephlement, etc., etc. »

Dans le même inventaire est indiqué le nombre des perles, rubis et dia-; mants , qui ornaient tous ces objets ; mais la description des sujets historiques et mythologiques , représentés sur ces djlférents meubles , devait plus vivement intéresser nos tecteura» L'inventaire fut arrêté de la nudn de « Loys, filz de roy de France, d«c d'Orléans, k Paris, le xxv* jour de septembre l'an de grasce mil quatre cens et trois. »

Outre l'intérêt que présentent les nombreux documents répaindus dans le livre de M. AiméCfaampolUon pour la vie des ducs d^Orléans de la malson de Valois, ils sont encore autant de témoignages originaux sur les mœurs, les sciences elles arts d'une période assez longue de notre histoire (1386 à 1405) , et l'appendice contient eu dehors du récit une suite de pièces du plus grand intérêt sur les vitraux peints et les peintures des châteaux , des chapelles , et des harnais pour les joutes ; sur la confection et la reliure des livres, l'orfèvrerie, les pierres précieuses, les tapisseries, les costumes et les armes.

Après les documents écrits viennent les documents figurés. U était djlficile d'ajouter quelque chose à cette consciencieuse monographie écrite la plupart du tenAps avec des comptes et des actes authentiques, et c'est à etix que M. ChampoUion a eu recours. Fidèle à son système de ne^ s'adresser qu'aux sources contemporaines, c'est aux peintres des manuscrits du temps qu'il a emprunté une suite de XLviii planches toutes relatives aux sujets les plus curieux de son livre, et qui en sont le complément indispensable. K. P.

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DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE PUBLIÉ SOUS LES AUSPICES DE LA SOCIÉTÉ POUR LA DIFFUSION DES CONNAISSANCES UTILES.

l'amateur d'estampes. — INTRODUCTION AUX CONNAISSANCES NÉCES- SAIRES POUR FORMER UNE COLLECTION D'ESTAMPES ANCIENNES.

Nos lecteurs nous sauront peut être qnelqne gré de leur mettre sons les yeux des extraits de deux ouvrages qui viennent de paraître à Londres, et auxquels nous empruntons de brefs renseignements qui ne sont pas sans un certain prix pour les personnes amies de Thistoire de Part.

Le premier de ces ou!vrages est un dictionnaire biographique publié sous les auspices de la société pour la diCTusion des connaissances utiles ; il est rédigé avec autant de soin que d*érudition, et il l'emportera de beaucoup sur tout ce qui a paru jusqu'à présent en ce genre. D'aiUeurs, il est loin encore d*être terminé, puisqu'il n'a point dépassé la lettre A. Nous lui prendrons les notices relatives à deux artistes qui nous semblent à peu près inconnus en France.

ATTAVAINTE PIORENTfNO, artiste italien de la seconde moiUé du quinzième siècle, beaucoup moins connu qu'il ne mérite de l'être. U se consacra à Viilumination des livres, et il travailla principalement à Venise. Vasari fait mention de lui dans la vie de Fra Giovanni de Fiesole, ainsi que dans les notices consacrées à don Bartolomeo et à Gherardo de Florence. Ce même écrivain signale un manuscrit de Silius Italiens, décoré par Attavante, manuscrit qui se conservait jadis à Venise dans la bibliothèque de Sanli Giovanni e Paolo^. et que possède maintenant la bibliothèque de Saint-Marc II est orné d'un grand nombre de sujets historiques et de bordures contenant une foule de figures d'oiseaux et d'enfants ; maint portrait représente (ou est censé représenter) les traits de Silius Italiens, Scipion, le pape Nicolas V, N<^)tune, Néion« Asdmbal, Mars, Massinissa, etc. Vasari attribue ce travail à Attavante d'après l'autorité de Gosimo Bartoli, gentilhomme florentin ; mais Morelll, dans ses Noiîzie (TOpere di Bisegno^ avance que Bartoli a induit Vasari en erreur et qu' Attavante n'a point exécuté ces diverses miniatures. On conserve, dans la même bibliothèque, un manuscrit de Marcianus GapeUa ; il est orné de figures, et celles-d sont signées : AUavantes Fiorentinns pinxit; selon Paccini, elles sont fort inférieures aux miniatures du Silius Italiens, et leur plus grand mérite consiste dans le fini que l'artiste s'est efforcé d'apporlcr à son œuvre et dans l'éclat de l'or. lianzi émet à cet égard une

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opinion différente ; il admire à ia foto le coloris et le dessin ; il trouve dans Tiin de la vivacité, de la clarté, de la transparence ; l*aatre ne lot parait point inférieur à ce que Botticelli a fait de ndeox. Tiraboschi donne, de son c5té, de grands éloges aux miniatures dont Attavante a orné quelques ouvrages qui se trouvent à la bibliothèque d'Esté et qui appartenaient an roi de Uongrie, Matthias Gorvin, pour lequel ils forent sans doute exécutés. U existe à la Mbliothèque royale à Bruxelles un superbe missel in-folio sur vélin ; il fat commandé à notre artiste par ce même monarque, et c'est sur ses pages imposantes que les anciens gouvernements de la Belgique prêtaient serment ; Tarchiduc AlbeA et Isabelle furent les premiers qui, en 1599, accomplirent cette cérémonie, et le prince de Saxe-Teschen, comme représentant de Joseph II, en 1781, fut le dernier

. qui étendit la main sur ce vénérable volume. Chaque page est décorée dV&besques, de fleurs, de figures, parmi lesquelles il en est d'une beauté remarquable. Sur la première page est Thiscription suivante : Aclavantes deActamntibtu de FlorenHa hoc opus illuminavit, A. D. MGGGGLXXXV.

' Les armes de Hongrie avaient été peintes en nombreux endroits du livre; mais celles d'Autriche et d'Espagne ont été collées par dessus. Au dernier feuillet se trouvent représentés, sous forme de médailles d'or, les bustes de Matthias Gorvin et de sa femme Béatrix d'Aragon. Ge missel fût probablement apporté à Bruxelles, par Marie, sœur de Gharles-Qnint, qui obtint le gouvernement des Pays-Bas, après la mort de son mari, Louis IT, roi de Hongrie. GhevaUer l'a décrit dans le quatrième volume des mémoires de l'Académie de Bruxelles. Dans le troisième volume des Lettere piiioriche^ on trouve deux lettres d' Attavante au cavalier Niccolo Qaddi, datées l'une et l'autre de 1A8&. Une note de la traduction allemande, faite par Sçhom des Vite dé" piUori de Vasari, a rassemblé sur cet artiste le peu de détails que l'on possède sur ses travaux, détails que nous avons complétés.

AVERKAM (HENRIK VAN), peintre de paysage et de marine, né à Gampen, vers la fin du seizième siècle. On ne possède aucun détail sur lliistoire de sa vie ; il fut surnommé le muet de Gampen (de stomme Van Kampen); mais il demeure incertain s'il était en effet privé de l'usage de la parole, ou bien s'il dut cette épithète à des habitudes singulièrement retirées et taciturnes. Les connaisseurs font grand cas de ses tableaux, et surtout de ses dessins qui sont à la plume ou au crayon noir; le coloris de ses tableaux a souffert des hojures du temps ; les teintes vertes surtout ont passé au noir. Il ornait ses paysages de figures dliommes et d'animaux finement touchées ; ses ouvrages portent un monogramme qui consiste en un A placé au dessus d'un H. Get artiste était demeuré inconnu à tous les écrivains flamands qui ont traité de l'histoire

de Part dans les Pays-Bas; enfin, il a été récemment dignalé avec les honneurs qu^il mérite dans Timportant ouvrage de MM. Van Eyden et Vander Witligenil GesehiedefUs der Vaterlandsche SchiiderkunsL Quelques unes de ses compositions ont .été gravées, et parfois, grâce à une confusion de monogramme, elles ont été attribuées à A. Vander Qagen; plusieurs de ses estampes portent Tindication du surnom que nous avons' signalé : H. de Stoni inven.

Le second ouvrage dont nous tenons à signaler Texistence est un guide de Tamateur d'estampes qui vient d'être mis au jour sous le titre suivant: The Print collector, an Introduction to the knowledge necessary f&rforming a collection of ancient Prints, London , iS45, C'est im mince volume rédigé par un connaisseur expérimenté et enthousiaste qui n'a point dit son nom. Les conseils qu'il donne sur le choix des estampes, sur les soins à donner à leur conservation , sont fort sages , mais nous choisirons de préférence une page où se rencontrent énumérés des exemples frappants de l'ardeur qui entraîne, de l'autre côté de la Manche , d'opulents amateurs ou des conservateurs de dépôts publics lorsqu'il s'agit , de s'assurer la possession de quelque pièce capitale.

Le prix le plus élevé qu'ait jamais obtenu une estampe isolée en Angleterre , sur le champ de bataille des enchères publiques, est celui de 300 guinées (8,030 fr.)

11 fut accordé, en 182^, à la vente de la collection de sir M. Sykes, pour une épreuve d'après ime nidle de Maso Mniguerra , représentant la Vierge avec l'enfant Jésus, sur un trône, entourée d'anges et de saints» Feu Young Ottley , qui fut plus tard conservateur du cabinet des estampes au Musée britannique , découvrit à Rome ce morceau précieux ; il en fit l'acquisition , moyennant un prix très modique , et , de retour en Angleterre, il la vendit 70 guinées à M. Sykes (1).

Il n'est pas un iconophile qui ne sache qu'une des pièces capitales de l'œuvre de Rembrandt, c'est l'estampe dite des cent florins; ce nom lui vient de ce qu'elle fut payée pareil prix durant la vie de l'artiste, et ce fut regardé comme une somme prodjgieuse. Le sujet est Jésus-Christ guérissant des malades. Après avoir tiré un fort petit nombre d'épreuves, Rem-

(i) Au sujet des travaux de Finiguerra , consultez l'ouvrage si exact et si cobsciencîeusement exécuté de M. Ducbesne : Essai sw les Nielles, 1^26, La Bibliothèque du roi possède l'épreuve unique sur papier du nielle représentant TAssomption de la Vierge , il a été reproduit plusieurs fois , et notamment dans les Monuments des Arts du Dessin recueillis par le baron Denon. Paris, 1829, tom. I«s planche 26.

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braodt exécuta quelques retouches , et il en est résulté la diffiêreuce , de-venue si conaidérii>Ie aux yeux des amateurs, entre le premier état et le second. On ne connaît que huit épreuves du premier état. En 1809, à la vente de la collection Hibbert, une d'elles fet payée li\ 11 v. st. 9 sb. 6 d. Elle re^ trente ans chez M. Esdaile, et, en 18/tO, lors de la vente de cet iconophile, elle fut poussée jusqu'à 231 liv. st. (5,890 fr.) par un amateur qui commençait à se créer un cabinet. Ge prix ne parait point démesuré, car sur les huit épreuves en question, il en est cinq, qui ne sont plus exposées à paraître dans le commerce. Deux sont au Musée britannique, une dans la collection royale à Amsterdam , une à la Bibliothèque du roi à Paris, et la cinquième à Vienne dans la Bibliothèque impériale. Quant aux trois autres que nul dépOt public n'a encore absorbées, deux appartiennent à detamateiu-s anglais, et la dernière se trouve chez le baron Verstolk.

Le portrait de Ta vocat ToUing est guère moins précieux que Testampe des cent florins. A la vente Hibbert, en 1809 , M. Pôle Garew en acheta une épreuve pour 56 liv. st. iU sh. , et, en 1835, lors de la vente de M. Pôle Garew, cette même épreuve fut achetée 220 Ut. 9L (5,610 fr.) pour le baron Veratolk. Le Musée britannique possède , de cette belle eauforte, une épreuve magnifique , et on peut, sans risque de tomber dans Texagération, l'évaluera 300 liv. st. tout au moins.

Encore un exemple de la hausse qui s'est manifestée sur les Rembrandt Son portrait, gravé par lui-même, fut payé eu 1809, à cette même vente, Hibbert, 5 liv. sL (127 fr.) pour compte du duc de Buckingham. Lorsque la collection du duc fut , en 182/i , livrée aux enchères , cette même épreuve fut payée 53 liv. st. 11 sh. par un célèbre amateur anglais, et, lorsqu^en 18/il , le cabinet de cet amateur fut , à son toiu* , dispersé , le Musée britannique devint propriétaire de cette gravure , moyennant un déboursé de 105 liv. st. (2,677 fr.)

Certaines estampes, d'après Berghem , ont éprouvé un accroissement de valeur non moins prononcé que les Rembrandt dont nous venons de parler. On connaît les deux séries de huit eaux-fortes , chacime où Berghem a représenté avec une finesse et une vie extraordinaire des chèvres et des moutons. L'une de ses séries se nomme le Cahier de l'homme, l'autre le Gabier de la femme , et cela parce que sur la première estampe de chacune d'elles se trouve représenté un paysan et une paysanne. Il advint que Berghem grava six de ces estampes sur une même planche de cuivre (ainsi que Rembrandt l'avait fait pour quatre estampes destinées à un livre eq[)agnol) ; il partagea ensuite sa planche en six morceaux différents, et dans la suite il ajouta deux autres planches à chaque série. Le hasard a voulu qu'avant l'opération infligée au enivre, il en fut tiré une épreuve ,

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une seule, réuidfisant ainsi les six estampes. Qu'on juge du prix que tout amateur, jaloux de posséder ce que nul autre ne saurait a^olr, doit mettre à cette épreuve unique en son genre. Elle se trauTait en 18Q9 danslaoolloction Annesley ; elle y fut vendue 12 iiv. st 15 sh. (a2& fr.) et adietée par M. de daussin. Plus Urd, eUe passa dans le cabinet d'uncollectioniieor célèbre dont tes raretés les plus insignes furent acquises pour le Musée britannique, et cette estampe fut comprise dans le marché pour le prix de 130 Iiv. st. (3,060 fr.). L'opinion des personnes le mieux au fait de k valeur de semblables objets est que si cette estampe pouvait se présenter de rechef dans quelque vente , elle atteindrait , tout an m(^ns , une somme double à celle qu'elle a coûtée au Musée britannique.

VENTES PUBLIQUES

Point de Catalogne, cette année, qui ne brille par une petite prëface historique, critique ou apologétique ; les réacteurs semblent s*ètre donné le mot sur ce poiBt. Cette prose d'expert vantant sa marchandise, ou de collatéral enchanté de faire une bonne fois Téloge d'un parent doué de toutes les vertus , est assez peu régalante par elle-même et nous ne chercherions pas de gaieté de cœur à bous en occuper, si elle n'avait parfois de graves inconvénients. G^est le propre de la lettre moulée d'appeler la critique, et dans cette occasion nous ne devons pas plus laisser passer sans la signaler la réclame effrontée do faussaire, que des notions historiques inexacte» qui essaieraient de se glisser à Tabri d'un semblant de bonne foi ou de renseignements intimes. Nous aurons quelques torts de ce genre â redreser dans notre examen des Tentes de la saison.

Un graveur distingué, M. Alex. Tardieu est mort le 3 août iSlxli dans un âge fort avancé ; H était né le 2 mars 1756. C'était le dernier rët)résentaiit d'une de ces familles d'artistes de talent dent on rencontre tant d^xemples dans l'histoire de la garvure francise. Un de ses aTcux, Nico- ' las-Henri Tardfeu, connu par de nombreux travaux, date du dix-septième fliède; on lui doit entre autres choses les Batailles d'Akxandre qu'il grava en petit concurremment avec Jean et BenottAudran, et le grand Embarque-^ ment pour Cythère^ ffaprès Watteau. Son fils Jacques Nicolas , et son nev«u Pierre François, ont beaucoup produit pendant tout le siècle dernier.

Alex. Tardieu , élève de George Wllle , ne fut pas un des moins distitt^' gués de la famflle. Ëmule de Bervic qui, ainsi que Muller , avait. été son condisciple daift l'atelier de Wille, il conserva mieux qu'eux dans les portraite la tradition des grands matcres de notre école, Nanteuil et Ede- Ifnck ; â a laissé d'exceltents travaux en ce genre ; on lui doit aussi satint Michel terrassant le démon , d'après le ubieau de Raphaël du Musée du Louvre, et la Communion de saint Jérôme, d'après la composition du Dominicain. M. Desnoyers esfun des élèves d'Alex. Tardieu.

Certes, rien de mieux que de rappeler au public les titres d'un artiste dont on vend la modeste collection, et nul ne peut le faire plus utilentent

que ceux qui ont vécu dans son Intimité; mais où était la nécessité de glisser, cliemiir faisant, une odieuse calomnie contre Louis David.

<t Dans les dernières années du règne de Louis XVI» dit rauteor de la «notice, Alex. Tardieu avait été chargé de graver le portrait de Marie-An- « toinette, d'après Dumont, et, malgré les jours orageux de la révolutton, « il poursuivait courageusement son oeuvre^ quand un peintre célèbre, ic membre de la Convention , lui défendit de continuer celte planche {et a Von »ait quel pouvait être à cette époque d'exaltation le prix de la « résistance)^ en lui enjoignant, pour faire amende honorable, de gravera « son choix le portrait de Marat ou de Lepelletier de Saint- Fargeau. » Il n'y a dans tout cela qu'exagération et mauvaise foi. Louis David était très lié avec Tardieu, qu'il aimait A l'époque où il venait de termmer les derniers moments de Lepelletier elle Metrat expirant, qui sont peut-être restés ses plus belles productions, la Convention décréta que le dernier sujet serait gravé aux frais du trésor. Le peintre jeta les yeux sur Alex. Tardieu pour l'exécuter, et éprouva un refus formel ; le graveur se fit même longtemps prier pour graver L'autre, car David payait md et payait peu les gravures qu'il faisait faire, et si, pour décider Alex. Tardieu à graver son œuvre, il fit entrer cette considération qu'il serait bon pour lui de lavir . quelques peccadilles aristocratiques qu'il pouvait avoir sur la conscience par Texécutfon d'un ouvrage de ce genre, jamais cette insistance ne ih||:, 16 caractère odieux qu'a voulu lui donner le biographe, c'est ainsi du moins que le racontait M. Tardieu lui-même.

Du reste, Tardieu était loin d'avoir pour le gouvernement républicain les répugnances qu'on lui prêt£, et semble plutôt en avoir recherché les • faveurs. On lui doit la gravure de plusieurs planches d'assignats, et il ciytint le titre de graveur du ministère de la marine sous la république. Rien -•n'est donc plus faux que celte sentimentalité bourbonienne dont on a voohi l'affubler; comme artiste, son œuvre est témoin qu*il travailla avec un soin égal pour tous les régimes. Quant à la planche de la mort de Lepliletier , puisqu'on jugeait à propos d'en parler , peut-être aurait-il mieux valu en raconter toute l'histoir^qui est piquante. Le prix de la gravure convenu entre Alex. Tardieu et Louis David, le tableau fut porté chez le graveur où il resta long-temps : les circonstances n'avaient pas tardé à changer , et l'ouvrage terminé, le peintre ne se pressait pas^ d'en payerie prix. Un beau jour il envoya chercher son tableau , et M. Tardieu resta avec sa planche dont quelques épreuves seules avaient été tirées et étaient encore toutes entre ses mains.

Lorsque vint la Restauration , la famille de liepellier Saint-Pargeau , qui n'avait jamais partagé son enthousiasme révolutionnaire , voulut poa- '

DE l'amateur. 434

séder à tout prix le tableau célèbre qui en était un si éclatant témoignage. M. de Forbin fut chargé de cette négociation qui fut onéreuse , David ne lâcha pas son œuvre h moins de 80,000 fr.; lorsque cette nouvelle se répandit un jour à l'Académie, grande fut la stupeur du futur directeur des musées royaux, lorsqu'on lui annonça que Tardien avait déclaré en avoir une planche entièrement terminée ; il courut aussitôt chez Tartiste, lui fit envisager la grandeur du sacrifice d^à fait, et Pimportauce qu'il y avait pon^ la famille Saint-Fargeau de posséder la planche gravée. L'artiste parla de la modeste rémunération de son travail , ^f. de Forbin , s'attaquant aussitôt à sa délicatesse, lui observa que ce n'était pas dans une semblable circonstance qu'il était convenable de parler d'argent, et Tardieu lui livra naïvement et consciencieusement la planclie, et les quelques épreu^ ves qui en avaient été tirées saiis en excepter une ; il en fut remercié , mais non payé, c'est ainsi qu'on agissait alors. Plus tard, ce n'est que par hasard qu'on en retrouva une épreuve unique qui est détenue la propriété du cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale , épreuve incomplète sur laquelle on a fait disparaître la partie où était écrit : Ja vote la mort du tyran. Le tableau qu'on avait cru détruit existe encore* dit-on, entre les mains de M. de Boisgelin de SaintPargeau, il n'est guère probable que la planche ait eu le même bonheur.

La collection de M. Jean Pagin renfermait un choix précieux de gar*

mres au burin, et quelques jtableaux des peintres français du commence-'

ment du siècle , Drolling, Demarne , Taunay , avec lesquels il avait été

intimement lié. Ces dernières productions, comme presque tout ce qui

tient aux arts de Técole impériale, n'ont qu'un médiocre succès dans les

ventes de nos jours ; nous en donnons néanmoins les prix ainsi que ceux

des estampes les plus recherchées. On remarquera parmi les modernes

une épreuve de la Cène de Léonard de Vinci, adjugée pour 6,000 fr.

C'est le prix le plus élevé qu'une estampe ait jamais atteint dans les

ventes françaises.

Dcnmrne (Jean -Louis.)

Le repos des moissonneurs. Sur bois. Larg. 0 m. 25 c. Haut. 0 m. sa c 15«

Une foire de village, grande composition animée p$r de nombreuses figures d'hommes et d'animaux. Sur bois. Larg. 0 m. 60 c. Haut. Cm. 45 c 655

Vue d*un canal ; sur le devant , des voyageurs descendent d*un coche d'eau 430

Vue d'une grande route, diligence arrêtée à la porte d'une auberge. Ces deux tableaux qui font pendant étaient exposés au salon de Tan xii. Sur bois. Larg. 0 m. 57 c. Haut. 0 m. 44 c 460

DroUlDg. (Harlin.)

Jeune homme à mi-corps appuyé sur une croisée, tenant un violon à la main. Tableau sur toile, signé Drolling, 1800. C'est le por-

i32 LB CABINET DR l'aMATRCR.

tniitdu fils de l'artiste, aujourd'hui peintre (fbistoire. Haut. 0 m.

44 c. Larg, 0 m. 36 c 170

Ud enfant aveugle jouant de la flûte. Dans le fond, à gauche, un berger et son troupeau. Sur toile, signé Drolling, 1797. Larg. 0 m. SI c. Haut. 0 m. 23 c S30

Petite laitière assise, à ses pieds sa boite au lait, et près d'elle une table chargée de légumes. Pendant au précédent Sur toile. Liarg. 0 m. 31 c. Haut. 0 m. 23 c 380

Intérieur. Un jeune homme appuyé près d'une croisée fait des bulles de savon, un enfant est assis à ses pieds. Sur bois. Haut. 0 m. 31 c. Larg. 0 m. 83 c 230

La marchande d'oranges et la marchande de mouchoirs. Deux tableaux faisant pendant, signés DroUing, 1816. Larg. 0 m. 45. cHaat. 0 m. 36 c 412

Tavnay.

Episode de la campagne d'Italie. Eglise transformée en ambulance, oh sont amenés plusieurs blessés de l'armée française. Tableau sur Collet exposé au salon de Tan vi. Larg. 0 m. 65 c Haut. 0m.43c 345

Intérieur d'une yille d'Italie. Moine préchant devant un nombreux auditoire, près d'une chapelle à gauche. Sur toile. Larg. 0 m. 80 c. Ilaut.0m. oac 524

BSTAMPBS ANaSNNBS BT HODEBNBS.

Balbchou. Sainte Geneviève , d'après Vanloo. Epreuve avant la lettie 155

Bebtic. L'enlèvement de Déjanire, d'apcès le Guide. Epreuve avant la lettre 200

BoLOWBBT. Le serpent d'airain, d'après Rubens. Ep. du premier état avant les armes et la. dédicace 28

— Le couronnement d'épines, d'après Van Dick. Ep. avant les contretailles 380

p. Drbybt fils. Portrait en pied de Bossuet, d'après H. Rigaud. Première ép. avec le mot : trecenses pour trecensis , et avant les con* tretailles sur le dos du fauteuil, dite ainsi : au fauteuil blanc. . . 220

Albbrt Dorbr. Adam et Eve, belle épreuve 280

— Le cavalier de la mort 171

G. Ebbunck. La sainte famille, d'après Raphaël. Première ép.

ivant les armes de Golbert, et les lignes tracées pour le titre 9>nt

très apparentes 501

— La Madeleine, d'après Gh. Lebrun. Ep. avant la bordure autour

d« sujet. «0

— Le Christ aux Anges, d'après Le Brun, avant l'adresse de Brevet, le nom d'Edelinck qui est dans la marge est écrit Edelink, .

Marc-Antoinb Raihondi. Le Parnasse, d'après Raphaël. . . 549 Raphabl Morohbn. La Cène, d'après Léonard de Vinci. Rare

épreuve avant toute lettre, seulement les armes dans la marge. . 4,025

— La même estampe avant la lettre, la dédicace tracée. . . . 1.535 >- L'aurore, d'après le Guide, avant la lettre 825

— La Madeleine en prière, d'après Murillo. Ep. avant la lettre. 227

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