D'OBJETS D'ART ET D'ANTIQUITE
DE FEU M. N. RÉYIL.
Quand M. Narcisse Révil mourut, il y a bientôt un an , j'écrivi.s sur cette perte une note que je présentai à un grand jaumaL Le grand journal ne fit accueil ni au biogi-aphe ni à son héros , et je ne connais pas un recueil qui ait rendu à la mémoire de cet amateur rhommage qui lui était dû. Je répare , comme je le puis, cette regrettable lacune.
Quant à l'histoire de M. Révil , elle est courte , et d'ailleurs je n'en sais pas grand'chose. Il avait fait une fortune honnête dans le commerce des tissus ; retiré des affaires , quoique jeune encore , il se livra sans réserve à sa passion pour les objets d'art et les antiquités, One maladie violente l'enleva tout à coup en mars 4844, à ses goûts et à ses habitudes. Il n'a jamais écrit un mot, que je sache, et j'ignore s'il faut regretter qu'il n'ait point écrit : cette réserve était un mérite qui commence à devenir rare de notre temps.
H. Révil n'était ni littérateur , ni savant , ni artiste : c'était un amateur. Mais cette unique qualité , il la possédait dans le degré l6 plus éminent. Son goût et son expérience embrassaient presque tous les genres: il se connaissait également bien en tableaux, en dessins, en estampes, en bronzes , en vases antiques. Dans les derniera. temps, il avait commencé à rassembler des médailles, et son tact y était devenu promptement remarquable.
M. Révil avait de Taisance , mais point de richesses : il n'aspirait qu'aux belles choses et savait les payer largement. C'était le moyen d'épuiser promptement ses ressources ; mais une heureuse disposition de son caractère le mettait à l'abri de ce danger. Posséder ou axxnr possédé , c'était pour lui à peu près la môme chose. Il passait d'une série à une autre , non par goût , mais par nécessité. Je l'ai vu dans des ventes montrer des objets d'un grand prix , en disant avec un sourire de satisfaction : j'ai eu cela. C'était à ses yeux comme s'il l'avait encore.
Chose singulière pourtant I avec cette nécessité de changement, et cette indifférence pour la longue possession des objets, M. Révil n'était point un brocanteur. Les procédés du maquignonnage lui ont toujours été inconnus : il achetait bien ; il vendait loyalement. Ses avis étaient sûrs; il n'en faisait point parade et ne les refusait à personne : une telle délicatesse est rare, et je n'ai trouvé la sienne mise en doute par personne.
Il parlait peu : sa tournure était vulgaire, ses traits sans régularité ; pour les anûner, pour donner à son regard une vivacité tout-à-fait remarquable, il fallait le vrai beau, sur lequel il ne se trompait pour ainsi dire jamais.
Les amateurs , comme l'était M. Révil , sont aussi utiles que les savants. On apprend beaucoup à leur école, et tous ceux qui , comme l'auteur de cette note , ont eu fréquemment recours au goût et à l'expérience de M. Révil , s'en sont toujours bien trouvés. Son nom s'associe dans ma mémoire à celui des autres membres de la réunion des jeud», chez M. Durand; je ne les ai pas tous connus , et il n'en subsiste plus qu'un petit nombre. Là on sentait ce que vaut le tact chez des hommes de pur instinct, quand à la disposition naturelle se joignent une longue expérience et la docilité à suivre les bons conseils.
On décerne aujourd'hui le titre dejromb ciioyem à des honmies qui n'ont eu dans toute leur vie d'autre préoccupation que celle d'accroitre de leur fortune particulière : on trouve que les fruits de celte àpreté profitent à tous , et je consens à accepter ce paradoxe officiel. Je demande seulement à la reconnaissance nationale de n(; pas oublier tout-à-fait d'autres biénfaiteui'S publics,
DK l'amateur. 4it)
donc régoïsme me paraît plus aimable et presque aussi utile. C'est beaucoup , quand on a pris la résolution de ne penser qu*à soi, que de se concentrer au moins dans des jouissances élevées, comme celles de l'art. On contribue ainsi à la politesse de la nation dont on fait partie, et par conséquent à sa bonne renommée : on attire les beaux ouvrages , les objets précieux, on contribue à épurer les collections publiques; on crée à son pays des amis parmi les gens de goût dont le suffrage a plus de poids en ce monde qu'on ne le pense d'ordinaire. On retarde enfin cette barbarie d'une époque qui se matérialise , barbarie qui sera la pire de toutes, parce qu'elle n'a pas pour excuse l'ignorance et les calamités , parce qu'elle naît de la richesse et du bien-être, parce qu'elle est vieille, et conséquenunent sans ressource.
A ces titres , le nom de M. Révil ne devrait point périr : puisse au moins le témoignage imparfait que je lui rends contribuer à le sauver de l'oubli!
Ch. Lbnormaiit.
LISTE DES PRIX D'ADJUDICATION
M. N. R<yll avait possédé des collections nombrenses et choisies d^estampes anciennes, de dessins et de bronxes antiques, vendues successivement en 1838 et 18&2. Lorsque la nort est venue le prendre, il s'occupait à réunir des médailles grecques et romaines, des pierres gravées et des vases pdnls antiques; mais il lui éuit resté de nom[>reox et l)eaux spécimens des objets qui fondaient ses collections antérieures, son catalogue de vente se composait donc de médailles, vases antiques, marbres, tableaux , dessins et estampes anciennes, nous signalerons les plus remarquables.