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DES STATUES DU PARTHENON

Nous annon^oi» ooe heureuse nouvelle aux artistes et aux antiquaires^ Ud prédeox fragment d^uoe des principales statues du Parthénon « une tète de Phidias est à Paris ; elle appartient à un Français, à un homme de goût et de savoir. Elle n'est point à vendre , et par conséquent , elle ne passera pas la mi^r pour aHer s'enfouir dans quelque château inaccessible de PAngleterre.

C'est à Venise que M. le comte de Laborde , son heureux propriétaire , en a fait la découverte à la fin de Tannée dernière. Occupé depuis longtemps d'un travail sur le Parthénon, il s'était attaché à recueillir ées renseignements précis sur tous les admirables fragments dispersés aujourd'hui de^Miis Athènes jusqu'à Copenhague. Il sut qu'une tète de déesse^ provenant du Parthénon, se trouvait à Venise, depuis les campagnes de Morosini en Grèce. Après avoir étudié en Angleterre les marbres rapportés par lord Elgin , et tout récemment, à Athènes , les statues respectées, ou plutôt oubliées , par l'Écossais , M. Laborde se rendit à Venise. Là , conservant encore la fraîcheur de ses impressions et de ses souvenirs , tout plein d'hellénisme , si je puis m'exprimer ainsi , il vit la tète qu'il convoitait , et n'eut pas de peine à constater son origine.

On sait que Morosini assiégea et prit Athènes en 1687. Les grands hommes sont de cruels fléaux pour l'architecture. Alexandre brûla PersépoUs après boire, Morosini, qui ne le valait pas, canonna le Parthénon , et une de ses bombes y fit plus de mal que les pluies et les tempêtes de vingt-deux siècles. Ce ne fut pas tout Obligé , en 1688 , d'évacuer les ruines qu'il venait à peine de conquérir, il voulut enlever les statues du fronton pour les envoyer à Venise. Voici comment il rend compte de cette opération dons une lettre datée du 19 mars 1688 , que M. de Laborde a

(*) Cet article csi extrait d» ConstUulionnet.

LE CABINET DE L'aMATEUU. M\

trouvée dans les archives de Saint-Marc, et qu'il a bien voulu me communiquer.

« Sur le point d'abandonner Athènes « (Morosoni allait diriger toutes ses forces contre Négrepont), « je voulus emporter quelques uns de ses « plus nobles ornements, pour ajouter encore à la splendeur de la séré- « nissime république. On essaya de détacher la figure d'un Jupiter et deux « magnifiques chevaux^ du fronton du temple de Minerve, où Ton voit « les sculptures les plus remarquables (4). A peine eut- on mis la main sur

'< une grande corniche , que tout tomba d'une hauteur extraordinaire, et « ce fut un miracle que les ouvriers n'aient pas éprouvé d'accidents.

(]) On a iong-lcmps cru que rentrée du Pardiénon éiait à l'ouest, c'esl-à-dlrr en face des Propylées et au débouché de rescalicr qui conduit sur le plateau-dc TAcropolc. Parlant de cette supposition et du texte do Pausania.s, les érudils du

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K L'impossibilité d'apporter et de planter dans le château (F Acropole) '< des antennes de galères pour en faire des chèvres , n^a pas permis de « renouveler ces périlleuses tentatives. D'ailleurs, ce qu'il y avait de plus « beau n'existe plus à présent {mancando cio v'era di piu tingolare)^ « et le reste est fort inférieur et mutilé dans quelques membres par le « temps. »

C'est avec cette laconique simplicité que le héros raconte ses déplorables exploits. Il lui fallait, à ce qu'il parait, des statues intactes ; son état* major se montra moins difficile. Un lieutenant danois, nommé Hom, envoya à Copenhague une tête détachée d'une métope. Des officiers hessois rapportèrent à Cassel des stèles et des inscriptions. Venise reçut un grand nombre de sculptures, entre autres un beau fragment de la frise du Parthénon. Un certain Gallo, secrétaire de Morosini, prit pour sa part la tête de la statue de la Victoire sans ailes, qui faisait partie du groupe que son général avait si malheureusement précipité du haut du fronton. On ci'oyait alors que cette statue représentait Minerve conduite par Jupiter dans l'assemblée des dieux ; c'était donc la patronne du temple que Gallo s'était réservée. Transportée à Venise, la tête de la Victoire demeura dans la maison de Gallo , scellée dans une muraille, jusqu'à, ce qu'on abattit le bâtiment pour agrandir l'Académie. Déjà la tradition de son origine était oubliée , car elle fut abandonnée à un de ces marbriers qui font les parquets de Scagliola. Peut-être eût- elle été brisée en morceaux, si un négociant allemand , M. Weber, informé qu'elle provenait du Parthéaon, ne l'eût achetée à bas prix. Il s'empressa d'annoncer sa découverte dans les journaux scientifiques d'Allemagne et d'Angleterre. Malgré les détails qnll donnait sur la façon dont ce précieux morceau était arrivé à Venise , on y fit peu d'attention ; tout propriétaire est suspect vantant ce qu'il possède, et une détestable lithographie, qui accompagnait le factum de M. Weiier, semblait suffire seule à le réfuter. Enfin , M. Vt^eber , atteint d'une maladie cruelle, avait, pendant plusieurs années, fermé sa maison aux visiteurs. Toutefois, l'annonce n'avait pas échappé à M. de Laborde ; il voulut voir par lui-même. Dès qu'il eut vu, il acheta ; et, plus heureux que lord Elgin, qui a laissé dans la mer la moitié de son trésor, il à rapporté le sien intact à l^rîs.

dix-septième siècle voulurent voir dans le fronton de l'oiictil la Naissance de Minervey et du côté opposé Nêpiune et Minerve se disputttnt VAUique. C'est le contraire de la vérité. Morosini, qui s'attaqua au fronton occidental, devait nécessairement faire de Neptune un Jupiter , et supposer que la Victoire dans le char représentait la jeune Minerve conduite par son père dans l'assemblée des dieux. la vérité soupçonnée par Stuarl et I^calwc a été complètement dcnionlréc par M. Quai réméré de Quincy.

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Un mol, maintenanl, sur cette tête qui a déjà subi Texauicu des juges les plus compétents, M. le ducdeLuynes, M. Lenormant, M. Kaoal Rochette, ne doutent pas un instant qu*elle ne soit l*œuvre de Phidias. Je n'essaierai pas de la décrire. On sent la sculpture des maîtres grecs ; mais des paroles ne peuvent donner une idée de ce qui ne peut même se copier. Je me bornerai donc à quelques observations purement matérielles.

La tête rapportée par M. de Laborde est, comme toutes les statues du Partbénon, du plus beau marbre penthélique. Sa proportion est presque double de nature. (Hauteur : AO ou lib centimètres ; circonférence , mesurée sur le front : 1,02). Ce sont les proportions qui conviennent à uiio statue semblable à celles des grandes déesses du musée de Londres.

Le nez est fracturé , ainsi que la partie postérieure de la coifl'ure. Sur tino bandelette, qui retient les cheveux, on remarque un certain nombre

de irous assez profonds , qui ont servi à fixer des omemenls en métal. Les oreilles sont percées également pour recevdr des pendants. Ce Cadt est des plus curieux. En effet, on peut s*étonner qu'on ait donné des ornements si délicats à une statue élevée à plus de cinquante i^eds au dessus du sol. Peut être ces trous ont-ils été faits pour recevoir quelque pieuse offrande. Si Ton rapproche de ces pendants d'oreilles , œt autre fait , que les statues du Parthénon sont terminées du côté où elles étaient appliquées au tympan du fronton , on aura lieu de penser qu'elles ont été exposées datts une exhibition publique , pour être examinées de près , avant d'être élevées à la place pour laquelle elles étaient destinées.

Une circonstance ajoute encore du prix au fragment de M. de Laborde. En 167/i, M. le marquis de Nointel , ambassadeur de France à Constant!nople, fit dessiner les statues des deux frontons du Parthénon, par Garey, élève de Lebrun. Il y avait alors dix-huit statues ayant leurs têtes. Primitivement , il y en avait quarante-huit. Aujourd'hui , une sutue seulement, le Th^ée , rapporté à Londres par lord Elgin , a conservé sa tête , et parmi les nombreux fragments découverts dans les fouilles récentes de TAcropole, une seule tête provenant de Tun des frontons s'est retrouvée; ces deux têtes sont horriblement mutilées. Celle de la Victoire est , au contraire , d'une conservation remarquable , surtout si l'on se rappelle l'horrible chute qu'elle a faite par la maladresse des ouvriers de Morosini. Espérons que ses pérégrinations sont terminées, et que si elle sort du cabinet de M. de Laborde , ce ne sera que pour entrer dans une de nos collections nationales.

P. MÉRIMÉE, de rinstitut,

P. S. S. M. le roi de Bavière , qui réunit, comme tout le monde sait, à un goût éclairé pour les arts , la connaissance la plus approfondie de l'antiquité grecque, vient de faire adresser à M. le comte de Laborde, des offres toutes royales pour obtenir la tête de la Victoire sans ailes. M. de Laborde a refusé. Sans doute radmUiistration de notre Musée ne s'est laissé prévenir que parce qu'elle connaissait d'avance l'intention du propriétaire de conserver dans son cabinet le précieux fragment qull a si heureusement découvert.

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