II. SOUTERRAINS
La plupart des châteaux et surtout des donjons renferment des souterrains plus ou moins vastes et qui avaient des destinations différentes. Le plus grand nombre servait de magasins; quelques uns recevaient des prisonniers ; d'autres , enfin , débouchant à une assez grande distance du château auquel ils appartiennent, paraissent avoir fourni, dans quelques localités, un moyen de communiquer secrètement avec la campagne, et de quitter le château lorsqu'il était devenu impossible de le défendre (1 ).
Nous n'avons rien à dire des caves ou magasins souterrains , qui ne présentent que les dispositions usitées dans l'architecture civile.
ftg. XCVI. Magasins du cliâieau du Viviers.
Quant aux eachots , on remarquera quelquefois avec quels raffinements barbares on privait le prisonnier de lumière et presque de tout moyen de renouveler l'air. Il y a des cachots qui ne reçoivent l'air que par des tuyaux étroits , souvent coudés dans leur trajet , soit pour rendre les évasions plus difficiles , soit pour empêcher que la lumière ne pénétrât pendant quelques moments dans la demeure du captif. Des fers, des bancs de pierre, des ceps où l'on engageait , dit-on , les jambes des pri- ^nniers , se rencontrent parfois dans ces horribles lieux.
C'est encore dans les souterrains de châteaux, ou du moins dans les salles basses, qu'on interrogeait les détenus et qu'on leur donnait la question. Souvent une salle a été destinée particulièrement à cet usage , et l'on en voit encore une au château des papes à Avignon, dont le nom, la Veille, rappelle l'instrument de
(i) Froissart fournit quelques exemples de faits seoiblablos. On voit dans les ruines du cliâleau de Chinon quelques galeries auxquelles ou peut attribuer la Qiéiiie destination.
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torture qu'elle renfermait. Toutefois nous devons avertir nos lecteurs de se tenir en garde contre les traditions locales qui s'attachent aux souterrains des donjons. On donne trop souvent au moyen-âge des couleurs atroces , et l'imagination accepte trop facilement les scènes d'horreurs que les romanciers placent dans de semblables lieux. Combien de celliers ou de magasins de biHS n'ont pas été pris pour d'affreux cachots I Combien d'os , débris de cuisines, n'ont pas été regardés comme les restes ^ victimes de la tyrannie féodale !
C'est avec la même réserve qu'il faut examiner les cachots désignés sous le nom d'oubliettes ; espèces de puits où l'on deseendait des prisonniers destinés à périr de faim ou bien qu'on tuait
Fig. XCVII. Oubliettes du château de Chinoii.
en les y précipitant d'un lieu élevé dont le plancher se dérobait sous leurs pieds. Sans révoquer absolument en doute Texistence
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des oubliettes, on doit cependant les considérer comme fort rai'es, et ne les admettre que lorsqu'une semblable destination est bi^i démontrée. Les oubliettes probables que nous avons examinées consistent en un puits profond , ménagé dans un massif de constructions, et recouvert autrefois par un plancher. Quelquefois des portes s'ouvrent vers le^haut de ces puits, sans apparence d'escalier ou de machine pour y descendre. Telle est à peu près la dis-position des oubliettes qu'on montre dans les ruines du château de Chinon, et que fera mieux comprendre la toupe ci-jointe.
La porte A donne abruptement sur l'intérieur du puits. Des trous B, B, disposés à quelques mètres au-4essus, dans les quatre murs qui forment les parois du puits, annoncent qu'un plancha* a existé. On suppose qu'il était percé d'une trappe qu on pouvait faire jouer par la porte A. L'usage du plan incliné C C n'est pas facile à comprendre. Au reste , le fond du puits étant rempli de gravois , on ne peut juger à présent de sa profondeur.
Peut-être le fond de ce puits était-il formé par un angle aigu, afin de rendre plus pénible la position du malt^eureux qu'on y descendait , en l'empêchant ainsi de se coucher. C'est un raffinement de cruauté dont on veiTa un autre exemple dans les oubliettes de la Bastille. (Voyez fig. Cil.)
Nous venons d'analyser successivement toutes kss parties qui composent une forteresse du moyen-âge, nous examinerons maintenant d'une manière sommaire TenSemble de quelques fortifications.
A. KNCBINTE m VILLE.
(^ité de Carcassonne, voir fig. LXXXVII. Elle oc^^upe un phiteau d'accès très difficile au couchant; Elle a deux enceîntes : la première ( l'enceinte extérieure) est bâtie sur le versant de la colline; la seconde, plus élevée, la commande par conséquent. Les . deux enceintes ne se confondent qu'en un seul point, du côté du couchant, parce que là les escarpements naturels paraissaient une défense suffisante. On a placé le château du même côté , par la même raison et parce que l'assaillant devait, suivant toute proba-
i)K i/amateik. oil
bilité, comuieiicer ses attaques du côté opposé. Ce château, tangent aux deux enceintes, peut en être isolé ; d'un côté il communique à la ville , de l'autre à la campagne, par une barbacai^e F. On observera que Tenceinte intérieure de la ville est sensiblement plus forte que l'extérieure et que ses tours sont beaucoup plus rapprochées ; enfin qu'elle a plusieurs tours fermées, tandis que rencemte extérieure n'a que des tours ouvertes à la gorge. La porte principale de la ville (la porte Narbonnaise, du côté du levant) s'ouvre entre deux fortes tours liées ensemble qui forment à elles seules comme une espèce de château indépendant. Une . partie de l'enceinte intérieiire, quelques tours et leurs courtines, bâties à petit appareil-, entremêlé d'assise» de larges briques, passe pour être de construction romaine , mais plus probablement elle est l'œuvre ties derniers rois visigoths. Le reste, de la même enceinte, ainsi que le château, paraissent appartenir au treizième siècle , sauf une tour et ([uelques parties de murailles , qu'on peut attribuer' au douzième. L'enceinte extérieure date, suivant toute apparence, de la fin du treizième ou du commencîement du quatorzième siècle.
B. CHATEAU DÉPENDANT d'uNE VILLE.
Château de Fougères. Il est bâti dans la partie basse de la ville. Ici c'est l'endroit vulnérable de la ville que l'on a défaidu par un château, si toutefois le château , ou du ïnoins son donjon M , n'est pas plus ancien que la viU^.
A, A' remparts de la ville. *
B, porte du château.
C seconde porte. On observera que la première porte est défendue par trois fours , qu'après avoir surnK)nté cet obstacle on renc>ontre \jin pont sur un ruisseau très encaissé K', et que l'ennemi, maître de la porte B et du pont , n'a encore obtenu qu'un très mince avantage , car il e.st en butte aux traits des tours C et î, qui dominent la cour comprise entre les deux portes B et C.
D, tour de Raoul.
E, tour de Surienne.
On doit noter les dimensions extraordinaires de ces tours. Elles
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ont des embrasures pour des canons et devaient battre , Tune D, l'espace compris entre le château et la ville , l'autre la courtine E F , protégée d'ailleurs par des rochers qui présentent un
Fig. XCVIII. Château (le Fuiigèrcs.
escarpement très raide. Ces deux tours réunies protègent un angle saillant de l'enceinte , naturellement le plus exposé. Elles paraissent de construction relativement moderne.
F, maîtresse tour du donjon , ou Melusine.
G, porte, ou plutôt fenêtre élevée qui paraît avoir eu autrefois un pont-levis pour communiquer à un ouvrage avancé , détruit aujourd'hui.
H, tour du Gobelin.
L, puits.
La cour du donjon M est beaucoup plus élevée que la bassecour. Tout le donjon paraît antérieur au reste des fortifications.
DE l'amateuk. :i4:i
Les deux tours F H remontent probablement au douzième siècle. Le reste du ohâteau parait dater du quinzième siècle. La plupart des tours et des courtines du château proprement dit appartiennent au quinzième siècle.
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FIg. XGIX. Le Louvro.
Le Louvre. Tour ronde ou donjon isolé au centre de la bassecour. Trois portes, défendues chacune par deux tours. Bâtiments d'habitation disposés le long des courtines flanquées par des tours rondes très rapprochées. Les tours d'angles sont beaucoup plus saillantes que les autres. Un fossé entoure tout le château. Petits ouvrages avancés aux abords dès ponts. Le Louvre fut commencé par Philippe-Auguste, dans les premières années du treizième siècle. Il était tangent à la muraille de Paris , et défendait la Seine au couchant.
B". FiG. C, Cl, Cil.
Fig./:. Plan (If la Basiillo.
Fl«. CI. La Baslillr.
M L AMATEIÎK.
Fig. Gif. Coupe de la Bastille.
La Bastille. Son plan forme à peu près un parallélogramme. Huit grosses tours rondes, à base conique, fort rapprochées, liées entre elles par des courtines aussi hautes que les tours ; créneaux et mâchicoulis (fig. Cl) ; fossés avec parapets extérieurs sur la contrescarpe ; appartemeùts dans les tours et le long des courtines ; deux basses^Kïours séparées par un corps de bâtiment. Point de donjon à proprement parler ; étages des tours voûtés ou portés sur des charpentes , ces dernières doubles , afin de rendre plus difficiles les communications entre les prisonniers (disposition moderne) ; oubliettes, ou cul de basse-fosse , dont le fond est en cône renversé.
La Bastille fut commencée en 1370.
LK CAKINKI C. CHATKAl' ISOr.È.
FiR. Crir. Plan du rhâloau «le CliaUissei.
Fig. CIV. Coupe du châioau de ChaluSMt.
Fig. cm, CIV. Château de Chalusset.
Il est situé sur une espèce de presqu'île triangulaire, qui forme un plateau élevé entre deux ruisseaux encaissés, et n'est accessible que par Tune ou l'autre de ses extrémités, les ruisseaux et des escarpements abruptes protégeant ses flancs contre toute attaque. C'est vers le confluent des deux ruisseaux que la pente est plus douce et que le terrain s'abaisse le plus. On a pensé que c'était le côté vulnérable , et c'est sur ce point que l'on a accumulé les moyens de défense.
Après avoir franchi le pont qui , sans doute , était fortifié autrefois, on trouve une muraille continue qui enveloppe tout le plateau ; cette muraille franchie, on rencontre une tour carrée , isolée, avec un fossé profond. C'est un foit détaché qu'il fallait emporter avant d'attaquer le château.
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Puis se présente une muraille qui intercepte toute communication avec la partie supérieure du plateau.
Au delà s'offre une autre muraille basse, qui forme une espèce de redoute en avant de la porte du château.
Cette porte s'ouvre à gauche de celle de la redoute, et est protégée par un massif épais et par une tour qui la flanque , en se projetant en avant du périmètre du ch&teau. On trouve une première cour, puis une seconde porte. On est alors dans l'intérieur du château ; à droite et à gauche sont les bâtiments d'habitation, magasins, etc.
Le donjon, de forme très irrégulière, est situé dans un angle de la basse-cour. Il est divisé en deux parties par un grand mur de refend qui s'élève jusqu'au sommet. Chaque partie de ce donjon a son escalier indépendant.
Du côté opposé, c'est-à-dire à la base du triangle formé par le plateau, le rocher, excavé, présente pour premier obstacle un large fossé; derrière s'élève une muraille flanquée de tours très rapprochées, jiuis vient l'enceinte intérieure du château, qui enferme la basse-cour.
Bien que la roideur des pentes et que les deux ruisseaux semblent mettre les deux grands côtés du triangle à l'abri de toute attaque, les escarpements sont partout bordés de murs et quelquefois même l'enceinte est double.
Le château de Chalusset, aujourd'hui fort ruiné, paraît avoir été bâti, ou du moins très agrandi, vers la fin du douzième siècle. C'est à cette époque qu'on peut rapporter toutes ses dispositions principales, retouchées d'ailleurs, comme il semble, jusqu'au seizième et au dix-septième siècle.