‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 70 sur 199 · I.E CABINET DE t' AMATEUR. W · texte numérisé non relu

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ne le trouvez au travail et entouré de tous ses outils qu'à rexirémité supérieure de son bâtiment.

Au presiier étage est i'atelier où se font les dessins sur papier de riz ou autres, tandis que le rez-de-chaussée sert proprement de lx>utique pour vendre. Telle est en général la disposition de toutes les maisons habitées par les artistes de cette ville extérieure {ouUide cU^). Cependant il y en a quelques uns d'entre eux qui ne font que des copies de vaisseaux ou qui cultivent d'autres branches particulières de leur art, et d'autres enfin qui ne peignent qu'à la manière purement chinoise.'Maintenant nous allons faire parcourir au lecteur ces différenu appartements, afin de lui expliquer en détail les opérations successives des ouvriers, et de lui énumérer les difl^érentes matières, ainsi que les outils avec lesquels ils achèvent leurs brillantes productions.

En arrivant de la rue dans la maison de Lamquoi , vous entrez dans la boutique où les articles terminés sont exposés pour la vente. Ce sont les desstais sur papier de riz qui sont estimés les meilleurs. Ils sont empilés les uns sur les autres, recouverts de cages de verre, et placés autour de la boutique. Cependant on y trouve aussi plusieurs choses qui ne se rapportent pas à la peinture, mais qui font partie cependant du fonds de coounerce de la maison : telles sont, par exemple, des pierres de diverses sortes, gravées ou sculptées d'une manière fort curieuse. On trouve aussi à acheter là tous les objets matériels qui servent à peindre : boites à couleurs avec brosses, pinceaux, etc.; le tout couvert avec de la soie brochée d'or. Jje papier de riz, rangé en lots de cent feuilles, est un article important de la vente. Cet objet de commerce est tiré de Nankin, et se vend plus ou moins cher, selon sa grandeur.

Le papier de riz des Indes Orientales est fabriqué avec la plante désignée par le nom aeischynomene paludosa ; mais on croit généralement que celui de Chine est le produit d'une espèce de mauve. La moelle en est extraite, puis amincie en feuilles, dont le prix varie selon leur étendue et leur netteté.

Quant à la substance qne nous connaissons sous le nom d'ancre de la Chine j elle est confectionnée effectivcmeut dans ce pays, et pendant longtemps on a cru que pour la produire on se servait d'une certaine liqueur que contient un poisson, la sépia. Mais on sait positivement aujourd'hui que cette encre est composée de noir de fumée d'une espèce supérieure et de glu. On en trouve de trois espèces à Canton : celle de première qualité , qui vient, à ce que disent les Chinois , d'un lieu appelé Pau-Kum ; celle de seconde, que l'on fabrique à Nankin ; et enfin, la troisième, fort inférieure, faite à Canton.

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Les Chinois jugent de la qualité de Tencre par son odeur, puis eu cassant un morceau par le milieu , de manière à s'assurer si la fracture est brillante et vitreuse. Quant à Todenr, elle est donnée à Tencre par le masc qu'on y mêle. Or, cette odeur fait préjuger de sa bonté, parce que le musc étant fort cher, on n'en parfume que Tencre de première qualité.

Mais revenons à la maison de Lamquoi. Un petit escalier , ressemUant assez à une grande échelle avec une rampe de bois, conduit à )*atelier du premier étage. Là , vous voyez huit à dix Chinois ayant leurs manches retroussées et leurs longues queues de cheveux fixée autour de leur tète, afin de ne pas porter de dommage aux opérations délicates qu'ils font en peignant. La lumière est introduite franchement dans cet atelier par deux fenêtres pratiquées aux deux extrémités de la chambre, qui n'est pas grande, et n'a pour tout ornement que les peintures nouvellement terminées et tapissant les murs. Ces ouvrages de différents genres, sont placés ainsi pour tenter les chalands.

On remarque parmi ces peintures plusieurs gravures d^Ëurope , près desquelles sont plac(^es des copies faites par les Chinois, soit à l'huile, soit à l'aquarelle. Ces gravures sont ordinairement apportées par les officiers de la marine qui les donnent en échange de peintures et de dessins chinois.

C'est du reste, un sujet d'étonnement que la fidélité et l'élégance avec lesquelles les peintres de ce pays copient les modèles qu'on leur propose. Leur coloris en particulier est brillant et vrai, ce qui mérite d'être remarqué, puisque, copiant des gravures, cette partie de leur travail est entièrement confiée à leur goût et à leur jugement. C'est donc un talent véritable qui les distingue, que le choix harmonieux des couleurs qu'ils combinent à leur fantaisie. — On voit aussi, suspendus aux murailles de l'atelier, des dessins représentant des navires, des bateaux, des villages et des paysages, dont l'apparence est parfois assez grotesque.

Cet atelier est garni de longues tables , séparées l'une de l'autre par un espace rigoureusement calculé pour laisser circuler les peintres. Les artistes chinois ne sont nullement contrariés , du reste, par la présence et la curiosité des étrangers ; au contraire , fis continuent tranquillement leur travail , et sont même tout disposés à répondre aux questions qu'on leur adresse et à laisser regarder ce qu'ils fonl. Aussi, pour peu qu'on y apporte d'attention , est-il facile de saisir et de connaître tous les procédés qu'ils emploient pour achever ces beaux dessins sur papier de riz si prisés aujourd'hui en Europe.

En regardant ces hommes assis sur un petit tabouret devant leur table avec leurs outils rangés en ordre à côté d'eux, on est frappé de la propreté et de la délicatesse avec lesquelles il? achèvent chacune des petites opéra-

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lions qu'ils ont à faire. Les dessins qu'ils exécutent ne sont ni copiés entièrement sur d'autres, ni tout-à<fait originaux, et une l)onne partie de leur ensemble résulte d'un travail mécanique»

D'abord , l'artiste choisit une feuille de papier de riz où se trouve le moins de tâches et de trous qu'il soit possible, et dont la grandeur se rapporte avec le prix qu'il veut demander du dessin. Quand des défauts existent dans le papier, les Chinois sont fort habiles à les faire disparaître. Pour remplir une déchirure ou un trou , par exemple , ils placent derrière la partie avariée un petit morceau d'une substance tout h fait semblable à du mica, et qui est faite avec du riz. Lorsque les bords de la déchirure sont ainsi maintenus, ils intercalent sur le c6té de la feuille qui doit être peint on morceau de papier de riz taillé, remplissant exactement l'espace vide.

Quand le papier est bien préparé, ils passent dessus une légère solution d'alun pour le rendre apte à recevoir les couleurs , opération que l'on renouvelle plusieurs fois pendant le cours du travail que demande un dessin ; de telle sorte qu'avant qu'il soit fini, le papier reçoit ordinairement sept ou huit couches d'eau aluminée. L'effet de ce minéral sur le papier est tout à la fois de Tempécher de boire et de donner plus de flxité aux couleurs.

Vient ensuite l'opération du tracé, qui est, à peu de choses près, faite mécaniquement et d'après des recettes. 11 existe des livres à l'usage des peintres chinois, dans lesquels ils trouvent des esquisses au trait et même coloriées, représentant des hommes, des animaux, des arbres, des plantes, des rochers et des édifices, vus sous des aspects divers, dans des mouvements variés, plus ou moins grands et diminués en raison du plan perspectif où l'on veut les placer. Ces divers objets offerts ainsi dans les livres servent de pièces de rapport, au moyen desquelles les peintres font leurs tableaux. Ainsi, pour faire un paysage, ils copient des montagnes de leur livre modèle , y choisissent les arbres qui leur conviennent, ajoutent des figures d'hommes, d'animaux, et, par ce moyen , obtiennent des compo* sitioDs assez variées , en combinant diversement les mêmes objets. Cette pratique rend raison de la ressemblance que l'on observe dans la facture des arbres, des rochers, et même des figures dans les .compositions chinoises, bien que leur ensemble présente souvent de la variété. Chez Lamquoi, ainsi que dans les autres ateliers, on a donc des mandarins, des oiseaux et des arbres modèles que l'on place sous le papier de riz, dont la transparence favorise le calque, de telle sorte que dans toutes les boutiques on retrouve à peu près les mêmes sujets.

Le mérite particulier du peintre chinois consiste dans la perfection plus on moins grande du coloris qu'il ajoute à ces compositions banales.

Les couleurs sont préparées d^avance, et on les emploie de la même manièi-e que quand on peint à Thaile, en empâtant. Les teintes, toujours opaques, sont appliquées et mêlées avec le plus grand soin. Après les avoir broyées en les humectant d>au avec une molette de verre sur un plat de porcelaine , on y ajoute de i^alun, puis de la glu pour les faire adhérer au papier. En Euiope, nous préférons la gomme ; mais les Chinois se servent de glu, quMIs tiennent toujours chaude auprès d^eux.

Un appareil simple suifit pour leur faire obtenir ce dernier réfoilat. C'est un petit trépied en fer, supportant un godet du diamètre d'un pouce et demi , dans lequel est la glu , et , pour entretenir le degré de chaleur nécessaire ie peintre chinois allume de temps en temps un morceau de chariwn, gros comme une noisette, qu'il place sous le godet, et qu'il rem* place quand il est consumé.

Les couleurs étant préparées, l'artiste commence par mettre les teintes neutres pour masser le dessin. Les draperies et les accessoires sont peints d'abord sur le papier ; mais quand on veut représenter des chairs , les (eintes sont mises sur l'envers de la feuille, de manière à produire cette transparence de coloris que les peintres en miniature d'Europe obtiennent avec l'ivoire.

Pour cette partie du travail, il n'est pas très nécessaire que le peintre chinois consulte ses modèles ; cai , ainsi qu'on Ta déjl^ dit, cette branche de rart« le coloris, dépend entièrement du goût et de l'habileté de l'artiste. Les peintres qui ont de l'expérience ne copient même pas du tout, du moment que le dessin est tracé.

Maintenant il reste à faire connaître de quelle manière les Chinois s'y prennent pour reproduire les détails des objets avec tant de soins et d'adresse.

Ce genre de perfection résulte tout à la fois de l'incroyable dextérité des peintres et de la nature du papier de riz , qui protège et facilite cette espèce de travail.

Les brosses dont ont fait usage pour peindre sont semblables à celles avec lesquelles on écrit ; seulement elles sont plus fines, et les poils sont engagés dans un morceau de bambou ou du roseau. La couleur des poils diifère : ils sont blancs, gris et quelquefois noirs. Les pinceaux faits avec ces derniers sont les meilleurs. On en trouve quelquefois à Canton ; mais on ignore quel est l'animal qui produit cette espèce de fourrure, et l'on dit que quelques pinceaux, plus délicats encore que tous les autres , sont faits avec les poils qui forment la moustache des rats. Les bons pinceaux sont très rares et forts chers.

liOrsque l'on peint une partie qui exige un certain nombre de coups de

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touche, on emploie deux brosses ou pinceaux dont on se sert de cette façon : le plus petit pinceau est tenu perpendiculairement sur le papier par le pouce et Tlndex, tandis que celui qui est plus gros est tenu par les mêmes doigts, mais dans une position horizontale, de telle sorte que les entes des deux outils se croisent à angle droit II résulte de cette double disposition du petit et du gros pinceau qu'avec le premier on réforme le trait si cela est nécessaire, on fait tous les détails délicats, et enfin on applique les couleurs précisément où Ton veut ; puisque ensuite, en abaissant un peu la main, le petit pinceau prend la direction horizontale, en sMloignant du papier, tandis qu'avec le gros pinceau humecté, mais sans couleur, et placé alors verticalement, on adoucit les teintes qui ont été appliquées par le petiL Au moyen de cette pratique, on ne dérange pas la main pour changer de pinceau, et la double opération de poser la teinte et de Tadoucir se fait avec plus de sûreté et de promptitude.

Les peintres chinois manœuvrent ce double pinceau avec une dextérité singulière. La glu, dont ils se seryent de préférence à la gomme, a )*avantage, en séchant moins vite, de laisser plus de temps pour perfectionner le travail. La position perpendiculaire, sur le papier, du pinceau avec lequel on opère, offre aussi un avantage relativement au papier de riz sur lequel les Chinois peignent : c'est de faire prendre Iliabitude de peindre à main-levée, en prenant seulement un point d'appui avec le coude. L'extrême fraîcheur du papier de riz rend cette précaution indispensable.

Le défaut le plus grand de la peinture chinoise, relativement au goût et aux doctrhies qui régissent cet art en Europe, est l'ignorance totale, chez les artistes orientaux, des effets de la lumière et des ombres ; le modelé leur est entièrement inconnu. Ce système imparfait d'imitation tient à l'idée fondamentale des Chinois, qui prétendent représenter les objets de la nature, non tels qu'ils apparaissent, mais tels qu'ils sont effectivement ; en sorte qu'ils s'efforcent d'imiter en peignant, comme on imite en sculptant.

T. DOWNIPIG.

{Retme Orientale.)

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LA TOUR DE PORCELAINE DE ïfANKIN , LETTRE A M. STANISLAS JULIEN, MEMRRE DE l'iNSTITUT.

Paris, le 5 octobre i8û4.

Monsieur,

Vous me demandez des détails sur la célèbre tour de porcelaine de Nankin, que j'ai eu occasion de visiter en septembre 18/i2, lors du traité conclu entre l'Angleterre et le Céleste Empire. Voici ce que me retracent à ce sujet ma mémoire et quelques notes éparses dans mes papiers.

La tour de porcelaine se trouve placée dans le faubourg méridional de Kiang-Ning-Fon de la ville de Nankin. Cette ancienne capitale, cette Rome chinoise est, comme vous le savez, située elle-même sur la rive sud du grand fleuve chinois le Yang-tze-KJang, que, dans cet endroit, l'on nomme de préférence Ta-Kiang (grand fleuve). Un canal, qui communique avec le fleuve, et qui fait le tour des murailles de la ville, dans les trois quarts environ de leur circonférence, sépare la cité du faubourg méridional. Ils ne conununiquent ensemble que par un pont de pierre conduisant à une des portes de la capitale.

Le faubourg contient quelques centaines de maisons à un étage, et je crois environ dix mille habitants ; il est assez sale et mal pavé. La tour de porcelaine n'est pas un monument isolé ; elle tient à un temple et au couvent bouddhique, et peut être considérée comme en faisant partie intégrante de la même manière à peu près qu'tm clocher placé ^ côté d'une cathédrale. Le temple lui-même , nommé temple de la Reconnaissance, ressemble, dans des proportions un peu moins vastes, au temple de Honan, à Canton, bien connu des Européens, et dont vous avez lu , Monsieur, plus d'une description. Gomme celui-ci, il se compose de plusieurs corps de i>âtiments placés parallèlement l'un derrière l'autre et joints par des murailles latérales. Le grand vestibule à l'entrée contient, comme tous les grands temples bouddhiques, quatre idoles gigantesques en terre peinte et dorée.

On entre du vestibule dans une cour carrée ornée de quelques arbres et terminée par un escalier en marbre blanc. Les marches de cet escalier sont placées dans les parties latérales; le milieu est couvert par une grande table inclinée, également en marbre blanc, ornée de sculptures d\in dessin qui ressemble assez aux arabesques. Quand on a franchi Tescalier, on se trouve sur un terre-plain qui conduit au temple proprement dit. L^xtérienr de celui-ci n*a rien qui le distingue d'autres édifices chinois de la même espèce. Ce sont quatre murailles en brique grise couvertes d'un toit à deux étages superposés Tun ù Tauire ; les lK>rds du toit sont relevés, arrondis sur les coins, et ornés de tètes de dragons et autres animaux fantastiques en tuiles vernissées. L'intérieur offre Taspect d'un grand hangar ; il est sans plafond, dallé en pierre, contient au milieu un vaste autel sur lequel reposent de nombreuses idoles de l'un et de l'autre sexe en bois doré, en terre ou en bronze ; des lanternes sont suspendues aux arêtes de la toiture. Derrière le temple se trouve une autre cour dont le niveau est exhaussé au dessus de la première ; on y arrive en montant encore quelques marches placées à côté du principal édifice. Cette seconde cour est vaste, bien pavée ; elle est encadrée par des bâtiments qui servent de demeure aux bonzes ou prêtres bouddhiques, et c'est par cette enceinte que se trouve la célèbre tour ou pagode de porcelaine, à peu de dislance de la partie postérieure du temple, avec laquelle elle communique par une ' espèce de corridor couvert en tuile.

La tour est octogone, haute de 231 pieds métriques au dessus du sol (i); elle est divisée en neuf étages y compris la base ou rez-de-chaussée. La circonférence de la base est, je crois, de 1x9 mètres, et comme la tour s'élève en se rétrécissant vers le sommet, sa circonférence vers le milieu de sa hauteur n'est plus que de 39 mètres ei de 31 au sommet Chaque étage est entouré en dehors d'une galerie bordée d'un toit en saillie, recouvert de tuiles de couleur vernissées. Ce toit est relevé sur les huit coins de l'octogone, et ses bords forment des festons autour des murailles latérales de la tour; à chaque coin du toit est suspendu une clochette en fer sans battant; dans les neuf étages le nombre total des clochettes est donc de soixante-douze. Le sommet de la tour est couvert d'un toit en dôme de forme à peu près conique, lequel est surmonté d'une spirale en fer enroulée autour d'une barre ou tige de même métal. An bout de la tige est Gxée une boule ou plutôt une poire en cuivre doré dont la pointe termine ce monument fantastique. Du bas de la poire descendent huit chaînes en fer, parmi les chaînons desquelles on a intercalé encore des clochettes.

(i) C*6sL un peu plus que la hauteur des tours de Notre-Dame à Paris.

Les extrémités de ces chaînes sont attachées aux huit coins du toit supérieur.

Les matériaux employés pour la construction de la tour sont divers. La brique grise forme tout le massif intérieur du monument Les toits et quelques parties du revêtement extérieur, telles que les corniches, les simulacres de fenêtres et quelques ornements, sont en tuile vernissée et luisante de couleurs verte, jaune, brune et rougeâtre. Le reste de la muraille de la tour, au dessus de la base, est revêtu de briques de porcelaine blanche émaillée à Textérieur. La porcelaine de ces briques, dont j'ai apporté quelques petits morceaux , est d'un grain très fin. Par rapport à Pusage auquel elle est destinée, elle peut être regardée conmie très belle. L'émail en est uni et luisant.

L'intérieur de la tour est creux. Au milieu de la base, dans laquelle on entre par douze marches et une porte pratiquée dans une des faces de Toctogone, se trouve un autel orné des statues du dieu Fo, de la déesse Kwan-Yin et autres divinités bouddhiques. Un escalier à marches larges et commodes conduit aux étages supérieurs » dont chacun contient une espèce d'autel ciiyulaire avec des idoles dorées, placées dans les niches. Des fenêures oblongues donnent le jour et permettent de sortir sur les galeries qui entourent chaque étage comme d'un anneau à huit facettes. Parvenu au sommet de la tour, un Européen jouit d'une des vues les plus magniCques , les plus curieuses et les plus extraordhiaires que son oeil puisse jamais contempler. Toute la ville de Nankin s'étend sous ses pieds avec sa cité tartare, avec ses murailles d'enceinte hautes d'environ quarante pieds et de huit lieues de développement ; ses maisons entassées, parmi lesquelles les ruelles étroites serpentent comme des sentiers d'un vaste labyrinthe. Des canaux coupent à angles droits ces agglomérations de brique grise. Des bosquets de bambous environnent des temples aux toits arrondis; des mâts peints en rouge, ornés de banderoles de toute couleur, se dressent devant les maisons des mandarins; des pagodes rondes et octogones lèvent leurs têtes au dessus du feuillage des plataniers, des lauriers, des marronniers, des pins, des mûriers et d'bliviers odorants.

A l'Est, une plaine verdoyante, parsemée de villages, avec des kiosques et des pagodes, se termine par plusieurs rangées de montagnes, s'étageant les unes au dessus des autres. Au pied des hauteurs les plus rapprochées se trouvent les tombeaux de la dynastie Ming. Au Sud, cette même plaine, arrosée de nombreux canaux, portant des jonques chargées, est couverte de cultures de riz, de coton, de jnAriers, d'urtica nivea. A l'Ouest, le faubourg avec ses maisons basses, sa population fourmillante, ses jardins.

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ses bosqaels de bambous, ses plantations de mûriers, et plus loin, vers le Nord-Ouest, le canal ceignant la ville, avec ses jonques, ses ponts de pierre et de bois. L'œil se promène sur ce vaste ensemble, surpris à chaque instant par la beauté de la nature et Tétrangeté des monuments d*une civilisation qui a si peu de rapport avec la nôtre.

Lors de ma visite à la tour de Nankin, des crieurs chinois vendaient, pour quelques sapdkS (un sapek vaut environ un demi-centime), au pied même du monument, des images grossièrement imprimées de la pagode de porcelaine, accompagnées d'un texte explicatif. J'ai acheté deux de ces images, que j'ai le plaisir de vous communiquer, en même temps qu'un morceau de la brique de porcelaine et de tuile vernissée. Avec votre habileté. Monsieur, à lire tous les textes chinois, vous expliquerez bien facilement ce canard t vendu par les crieurs du Céleste Empire. Je dois seulement vous faire observer que le dessin colorié de l'une de ces descriptions est complètement erroné. L'artiste chinois a donné à la pagode neuf étages au dessus de la base, tandis qu'il n'y en a en réalité que huit, et que, pour arriver au chiffre de neuf, il faut compter la base pour un étage. Ce mensonge est d'autant plus inexcusable, que le crieur lui-même peut compter, de l'endroit où il vend ses dessins, les étages du monument, et en comparer le nombre avec celui de l'effigie qu'il débite.

L'aspect général de la tour ne manque pas de grandiose et d'une certaine élégance ; mais, ce qui est réellement étonnant , c'est cette masse prodigieuse de briques de porcelaine qui entre dans sa construction. Je suis persuadé que le kaolin et le pétuntzé employés à la confection de la porcelaine des briques suffiraient pour faire un service de table complet pour chacun des 72 millions d'habitants de la vice-royauté de Kiang-nan, dont Nankin est la capitale. En faisant cette réflexion , du pied de la tour, je me suis rappelé cependant le calcul de ce provincial, à Paris, qui voulait savoir ce que produirait la colonne Vendôme réduite en gros sous; et je me suis éloigné plein d'admiration pour cet effort de travail humain.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de la haute considération avec laquelle^ etc.

Henri de Choxski.

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