‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 11 sur 54 · id · texte numérisé non relu

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11 s'en faut que tous les artistes enregistrés ici aient produit des ouvrages également recommandables, ni qu'il soit facile de Ijîen déterminer l'époque où beaucoup d'entre eux ont vécu : un grand nomljre doit appartenir au dixseptième siècle. Les plus célèbres sont : Hortuno de âguiiuîe, — Julian del Re, — Saiiagun EL viEJO, — Menchaca — ct JuAiV DE LA IloKTAj tous du scizicme siècle. Comme il est facile de l'imaginer, quelques noms ont pu échapper à don Palomarès, et le catalogue de l'Armeria de Madrid, qui nous sert de guide, relève les noms de Âcliega, de Pedro de Espinosa, de Sarabal, do Miguel et Manuel Fernandez, ouvriers connus et qui n'y figurent pas.

La marque la plus populaire des épées de Tolède, celle du perrillo ou tlu petit chien, qui est attribuée à Julian del Rey par Palomarès, nous semble avoir été employée par plusieurs fabricants ; c'est aussi la plus ancienne. Nous citions plus haut une lame du Musée de Bruxelles portant cette marque et la date de i44' '■ l'i même collection en possède une autre, signée Sahacvm (j/c), avec le perrillo incrusté eu fdets d'argent. Les autres marques étaient d'ordinaire poinçonnées avec une fi^uille d'or ou d'argent qui a souvent disparu ; très-souvent aussi les fourbisseurs inscrivaient leur nom en toutes lettres sur les lames, ou simplement la mention inToledo; le nom de l'ouvrier, suivi des mots : ME FECiT, distingue les plus anciennes.

« La célébrité des épées de Tolède, dit Palomarès, a piqué la curiosité de plusieurs, qui ont voulu en rechercher les raisons. On a cru que les anciens armuriers possédaient un secret pour la trempe du fer: il n'en est rien; jamais ils n'ont employé autre chose que l'eau du Tage, et le sable blanc et fin de ses boi'ds, qui servait pour l'opération que l'on appelle en terme du métier « rafraîchir la chaude, » c'est-à-dire que, lorsque l'acier, après avoir été mis au feu de forge, commençait à jeter des étincelles brillantes, il en était retiré et on le frottait, on l'aspergeait de sable fin. Remis au feu après cette opération, il était ensuite porté siu- l'enclume pour y être forgé. Après avoir donné à la lame sa forme élémentaire, on procédait à la trempe, qui s'exécutait ainsi ; on formait au milieu de la forge un petit fossé rempli de charbons ardents d'une longueur convenable, et on y plaçait la lame de manière que, des cinq parties de sa longueur, quatre seidement pussent être chauffées, laissant en dehoi's la soie et le tidoii; ou lui donnait une chaleur égale, et, lorsqu'elle était arrivée au rouge cerise, on la laissait tomber perpendiculairement la pointe en bas dans un cube rempli d'eau du Tage. Une fois refroidie, on l'eu retirait pour examiner si elle ne s'était pas quelque peu déformée ; dans ce cas , on jetait sur l'enclume un peu de sable très-fin, et on la redressait à froid en frappant à petits coups et avec précaution. Oti remettait ensuite au feu la partie qui n'avait pas été chauffée, et, lorsqu'elle était arrivée au rouge brun , on la frottait avec un morceau de suif de mouton ou de bouc, et on la laissait refroidir. La trempe était ainsi terminée, et la lame, qui pouvait plier sans se rompre ni se courber, n'avait plus qu'à être achevée sur les meules de pierre et polie à l'émeri sur celles de bois. Aujourd'hui on ne suit . plus l'antique procédé, ni pour la chauffe, ni pour la trempe ; on n'emploie plus le saille aurifère du Tage , mais plutôt le résidu boueux qui se forme sous les meules à aiguiser, et, au lieu de suif en pain, on se sert d'autre chose. »

Nous ne savons pas jusqu'à quel point notre auteur était bien renseigné, mais nous penchons à croire qu'il attribue une trop grande part d'influence à l'eau du Tage ; les armuriers de Tolède devaient avoir d'autres secrets.

Lorsque nous avons visité la manufacture royale de Tolède en r84o (la

■.tri LE CAW.XET DE L'AMATELU.

fabrication libre fut centralisée dans un établissement spécial par (Charles III en lyfJi), un grand <'nipirisme ré|;iiait encore dans la composition de Yc'tnffe ou alliage de fer et d'acier employé à faire les lames : cliacune des Iruiisses était composée d'un morceau d'acier sec entortillé de vieux fers de mules usés trèségalement dans les sentiers pierreux de la Sierra et minces comme des feuilles de papier, cpie l'on recueillait avec soin pour cet usage. La trempe avait toujours ses fjualités d'élasticité extraordinaire , et le maître ouvrier chargé de faire devant nous l'épreuve des lames les prit successivement les unes après les autres, et, se fendant avec vivacité sur un saumon de plomb fixé au mur, il en ramenait facilement à volonté et en tous sens la poignée toucher la pointe, sans que la rectitude du fer eu reçût la moindre atteinte.

Peut-être n'est-il pas hors de propos, c'est encore une curiosité, de remarquer ici les rapports qui peuvent exister entre les pratic[ues des métallurgistes et des forgerons du seizième siècle, et les idées émises tout récemment par M. Fremy, sur la cémentation du fer. Ces fers de mulets, employés à Tolède dans la fabrication des épées, forgés lentement sur les routes, en contact avec une matière azotée comme la corne , n'étaient-ils pas changés en un pur et excellent acier ? Nous savons qu'en Italie la trempe se faisait avec le suc de certaines herlaes, le jus de raifort, le vinaigre, l'urine, la rosée recueillie sur certaines plantes; que le fer, rougi et plongé dans un mélange d'huile d'amandes amères et d'assa-fœtida, était rendu mou comme du plomb, cju'on avait aussi l'habitude de l'éteindre en le frottant avec des savons ou une corne de bélier, ce qui devait produire une véritable cémentation suivant la théorie moderne.

INous nous sommes attaché aux lames des épées, sans nous occuper de leui' monture ; il est difficile de dislinguer celles qui peuvent appartenir aux armuriers de Tolède , les lames l épandues par le commerce ayant été montées dans tous les pays. Cependant nous devons faire observer cjue l'Espagne avait, au seizième siècle, une classe d'excellents artistes travaillant le fer, connus sous le nom de i-cjeros ou faiseurs de grilles, qui ont exécuté dans les cathédrales des clôtures de chapelle en fer forgé et ciselé avec un art infini, et cpii étaient capables de faire des garnitures d'épées très-soignées. Nous ne trouvons à citer parmi eux, comme se rattachant aux armes, que le maestro Juan Franges, C{ualifié de rejero j maestro major de las antias de hierro, qui fit, en i494) n"*^ belle porte en fer dans la cathédrale de Tolède, et eu iBoB les grilles merveilleuses du chœur de la chapelle d'Osma, qui portent dans la frise l'inscription suivante ; Esta ohra hizo el maestro Juan Fraiices, maestro major de Toledo. Plus tard, au dix-septième siècle, la monture de la rapière à cocjuille ciselée et découpée à jour et celle de son poignard appelé main-gauche, nous paraissent appartenir exclusivement à la fabrique espagnole.

ROBERT NANTEUfL

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