‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 12 sur 54 · LA PEINTURE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE

On ne sf auioit réussii' dans sa profession sans en avoir une belle idée.

.'Vvoir line Ijellc idée ilc .sa profession, c'i'st connoisli'e parfaitement ce qu'il y faut faire pour l)ien faire, ou hien Cii un mot a\oir le bon goust de sa profe.ssion.

L'eunuy du travail vient plutôt de l'ignorance ou des fautes cpie l'on commet en travaillant, que de la peine et de l'assiduité qu'il exige.

On se rend bientôt habile quand on ne retombe pas souvent dans le même desfaut.

Pour être habile dans les arts, il faut pouvoir tenir dans sa teste, en même tems et fort à propos, plusieurs choses sur un même sujet et les pratiquer à proportion.

Trois choses fout un liabile homme : la disposition naturelle ; — les pré-

ceptes de l'art; — la pratique ou l'expérience. En deux mots, l'esprit et le courage, car l'esprit sans le courage conçoit et n'exécute point, et le courage sans l'esprit exécute et ne conçoit point.

On manque autant par défaut de méthode el de réflexion, cpic par défaul de science.

La supposition otla comparaison sont les maîtresses des ouvrages.

Les portraits doivent être censés faits en un instant, puisqu'ils ne j-eprésenleutcju'un instant, et qu'on les juge en un instant.

Il faut mépriser en travaillant les petits accidents de manufactni-e. Ce qui fait faire durs et rendre grossiers les traits du visage, c'est qu'oji regarde chacune des parties pour elle-même au lieu de les regarder pour le toul ensendile.

Rien n'est plus opposé à la vivacité do l'effel, que la longueur de la manufacture.

Comme l'esprit est au-dessus du corps, l'effet est au-dessus de la manufacture.

Plus on travaille d'esprit dans les arts, moins on fatigue ses organes.

Comme tous les objets font leur effet à notre vue lorsqu'ils sont regardez comme en n'y songeant pas, il faut que les portraits soient travaillez de même, c'est-à-dire d'une manière libre, sans trop s'arrester sur les détads, ahn d'exprimer la sensation et l'esprit de l'ensemble.

Si l'on ne pense qu'à faire propre, l'on fait dur. Lorsqu'il semble qu'on jie songe qu'à l'effet, l'exécution devient toujours assez délicate, surtout quand c'est un homme intelligent qui travaille.

\Vi.

La mamifactiire ne doit être considérée que comme un fond sur lequel i\ faut asseoir les touches qui font l'effet et la vivacité de 1'

I ouvrage

Il ne faut faire cas de la délicatesse du travail, qu'autant qu'elle contribue à faire un bel effet d'une distance proportionnée ii la grandeur de l'objet.

WUl.

Le temps et la peine ne font pas tant les beaux ouvrages, que la bonne humeur et l'intelligence.

Ce qui rend l'exécution hardie, c'est l'intelligence du dessin et la supposition de l'effet.

La longueur du tems, la peine et la manufactiu-e dans les arts, sont, au regard de l'inteUigence et de la disposition naturelle qu'il \ faut avoir, ce qu'est l'éducation au regard de la nature; on fait quelque chose par éducation, mais on fait bien plus par nature.

Il faut desseigner, peindre et graver comme on parle. Le discours est sans esprit quand on songe trop à ses parolles, la peinture est sans effet quand on songe trop à l'exécution. On parle pour exprimer sa pensée, on peint pour représenter les objets. Parler pour parler, c'est sottise ; peindre pour peindre, c'est temps perdu.

Il vaudroit mieux parler moins bien et dire de bonnes choses , que de bien parler et ne rien dire qui vaille.

11 vaudroit mieux peindre moins bien et faire un bel effet, que bien peindre et faire un méchant effet.

Grand sens et belles paroles fout la perfection du discours. : grand effet et beau travail font la perfection de la peinture, de la desseignature et de la gravure.

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