‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 17 sur 54 · LE CABINET J · texte numérisé non relu

LE CABINET J

aniilié : sppt volumes lui fureut rendus. Des six qui restaient à la maison, un fut offert au cardinal Frédéric Borromée; il est aujourd'hui conservé dans la bibliothèque Ambrosiemie : c'est un infolio couvert de velours rouge, qui traite très-philosophiquement de la lumière et des ombres au point de vue de la peinture, de la perspective et de l'optique. Un autre fut donné à Ambroise Figini, noble peintre de cette époque, qui le laissa à Hercule Blanchi avec le reste de son cabinet. Pressé par le duc Charles-Emmanuel de Savoie qui désirait eu posséder, j'en obtins de l'amitié de mon frère un troisième que j'envoyai à cette Altesse. Après la mort de mon frère, les trois autres sont parvenus entre les mains de Pompeo Aretino, qui, avec ceux qu'il avait recueillis, en sépara les feuillets pour en former un gros volume qui passa à son héritier Polidore Calchi, et fut vendu ensuite à Galéaz Arconali pour trois cents ducats. Cet homme généreux le conserve dans sa galerie remplie de mille choses précieuses ; il a dû plusieurs fois résister aux prières du due de Savoie et d'autres princes qui le lui demandaient : il en a refusé plus de six cents ducats.

.T'ai lu dans ces savants volumes des observations et des règles pour retrouver la ligne centrale dans les statues et dans les figures peintes : ces démonstrations sont aceompaguécs de dessins très-élégants.

Il y enseigne aux peintres la manière d'éclairer leurs compositions d'une façon proportionnée à celle du soleil, et démontre que les fenêtres avec leurs angles carrés donnent une idée fausse et discordante de la nature.

Celte fameuse question de prééminence entre la peinture et la sculpture y est discutée et résolue en faveur de la peinture au moyen d'un aveugle et d'un idiot. L'aveugle, en touchant de ses mains la surface lisse d'un tableau, s'émerveille d'entendre dire qu'il y ait là des hommes, im paysage, des lacs et des vallées, et il a besoin pour le croire que le duc Ludovic, qui est présent, lui en donne sa parole; placé devant une statue, il reconnaît sans difficulté, en la palpant, qu'elle représente un homme. On met entre les mains de l'idiot tout ce qu'il faut pour peindre, et une masse de terre à modeler; avec les pinceaux, il n'arrive à rien faire de satisfaisant, tandis qu'avec ses pieds, ses mains et son visage, il peut imprimer dans la terre des choses semblables à la nature et capables de donner un excellent reliel.

La plupart des machines, dessinées dans ces manuscrits , sont en usage dans le Jlilanais ; tels sont ces supports, châteaux d'eau et écluses inventés presque tous par Léonard, par exemple : celle d'Atosa, au moyen de laquelle l'Adda et le Tessin, à un niveau si différent, communiquent

î L'AMATEUR.

ensemble et ne font qu'une même navigation. La fabrique du Dôme de Milan retire annuellement mille écus de l'usage de cette machine, qui lui fut donnée par le duc Ludovic pour racheter l'àme de Béatrix d'Esté sa femme, ainsi que le dit l'inscription, mais plutôt, suivant moi, pour que la maîtrise de cette fabrique l'entretînt au service du public ^ ce que n'aurait peut-être pas fait celle dite des Français, parce qu'elle fut commencée pendant leur occupation, et avec laquelle on élève et descend les grosses barques de 45 bras, c'est-à-dire plus de 90 pieds géométriques. Cet édifice grandiose a été construit sur l'Adda avec de très-grandes dépenses bien des années après Léonard; il est abandonné maintenant par la cité épuisée par les guerres, et aussi, je crois, parce que l'architecte Giuseppe Meda n'a pas compris l'intention du maître, qui était de n'emboucher qu'un volume d'eau nécessaire pour le canal et l'écluse, et capable d'être réglé.

D'autres machines, en usage dans les boutiques de nos artisans, ont été inventées par Léonard: celle pour tailler et polir le cristal de roche, le fer et le marbre ; une autre, plus plaisante, qui sert, dans les caves de Milan, à hacher la viande dont on fait les cervelas, sans craindre ni les mouches ni la puanteur, au moyen d'une roue mue par un enfant ; et d'autres, enfln, mises en mouvement par l'eau pour scier le marbre et le bois, et tirer le sable au moyen de bateaux et de roues.

Les peintures de ce grand maître, qui ont été portées de Blilan à Fontainebleau avec l'artiste luimême, sont connues. Il peignit peu, en raison des études opiniâtres qu'il faisait pour arriver à ia perfection de la nature elle-même, dont les peintres qui terminent vite leur ouvrage n'ont point, disaitil, une assez haute idée. Il était aussi distrait de la peinture par l'escrime, par l'équitation et par son goût pour la musique. Il touchait très-bien d'une grande IjTe d'argent très-sonore, à vingtquatre cordes, et peut-être fut-il l'auteur de Varcicembalo que l'on conservait autrefois avec ses dessins dans la rue Saint-Prosper.

La dernière Cène des apôtres, qu'il peignit dans le réfectoire des frères dominicains de Sainte- Jlarie-des-Grfices, est célèbre. François I"' voulait l'emporter en France , mais ce fut en vain, puisqu'elle est peinte sur la paroi d'une épaisse muraille. Ce chef-d'œuvre s'est gâté pour avoir été exécuté à l'huile sur un mur humide. Il en existe une grande copie faite par Lomazzo, dans le réfectoire de San -Giovanni -al- Castellazo. A San-Barnaba de Milan , il y en a une autre plus petite et plus fine, peinte du vivant du maître, par Gio. Pedrino, mais les têtes seules sont terminées. A Saint-François, sur l'autel de la Conception, il y a un grand tableau et plusieurs petites compositions de Léonard. Le Cuspino,

peintre milanais, en a fait une copie très-fidèle. Si le poids du panneau ne s'y opposait, il serait trèsfacile de l'avoir. A Rome aussi, à Saint-François, dans la grande chapelle, et sur l'orgue, il y a des ou\Tages de ses élèves qui peuvent donner une idée de l'excellence du maître ; et il ne faut pas s'émerveiller si, à Jlilau, beaucoup de personnes s'imaginenl voir la perfection de Léonard dans les ouvrages de quelques-uns de ses disciples.

Dans la sacristie de Saiut-Celse, un tableau que l'on croit de Léonard écrase, par son voisinage, une des plus fines peintures de Raphaël, qui vient, par hérédité, du pape Pie IV, et qui a été apportée à Rlilan par saint Charles Borromée : elle fut payée, à ce que j'ai su, 300 ducats d'or. A Saint-Roch-Porte- Romaine, il y a un tableau divisé par des colon-

nes, suivant la manière antique, qui renferme plusieurs belles compositions -, on le croit de Léonard, mais il est de Cesare da Cesto. La même chose arrive de beaucoup de petits tableaux conservés chez les particuliers. Les plus certains sont ceux qui ont été donnés par mes frères au cardinal Borromée, et qui sont aujourd'hui placés parmi les dessins et les peintures de la bibliothèque Ambrosienne. Il y en a d'autres, à Florence, qui ont été achetés de nos jours par le grand-duc Ferdinand, mais je les crois de la main de Bernardino Luini. L'empereur Rodolphe II a eu, en peintures, ce qu'où pouvait trouver de meilleur et de plus authentique de Léonard, puisqu'elles avaient été conservées par Paul Lomazzo, son grand admirateur, et peintre très-intelligent lui-même.

NOTES RELATIVES AUX BIANUSCRITS DE LÉONARD DE VINCI QUI SE TROUVENT MENTIONNÉS DANS L'ACTE DE DONATION DE 1637.

La plus grande partie des manuscrits connus de Léonard de Vinci sont venus en France en 1796, à la suite de la conquête et de l'expulsion des Autrichiens de la Lombardie par le général Bonaparte. Outre ceux désignés dans l'acte de donation, s'y trouvaient réunis le volume donné par Guido Mazzenta au cardinal Frédéric Borromée , celui donné à l'Ambrosienne par le comte Archinti, et un autre volume in-4" que l'on trouvera décrit plus bas.

La rapidité des événements, l'activité que la révolution imprimait aux esprits à cette époque extraordinaire, n'a pas empêché de signaler l'arrivée de ces monuments précieux d'une façon très-précise. Les commissaires attachés aux armées de la République organisaient des envois qui étaient adressés directement au Musée, à la Bibliothèque, à l'Institut, au Muséum du Jardin des plantes, et à l'École polytechnique. Le Moniteur du 8 frimaire an V donne un état sommaire des caisses envoyées à ces divers établissements ; il y est spécifié que celles envoyées à l'Institut contiennent les manuscrits scientifiques de Léonard. Le grand volume connu sous le nom A\itlaniique revenait à la Bibliothèque nationale ; il en est sorti en 1815 pour retourner à Milan. Ceux déposés à l'Institut sont encore conservés aujourd'hui dans la Bibliothèque de cet établissement, oit nous avons pu les examiner et constater leur état actuel. La même année, le 6 floréal, J.-B. Venturi, professeur de physique à Modène, en présentait une analyse sommaire à l'une des séances de la première classe de l'Institut national. Pour l'intelligence de son travail, Venturi avait marqué chacun des quatorze volumes que nous possédions d'une lettre de l'alphabet qu'ils portent encore. Les lettres A à M désignaient ceux qui se trouvent à l'Institut, et la

lettre N le volume Àtlantiqne qui était à la Bibliothèque nationale.

Après avoir passé en revue chacun des douze articles de la donation de Galéaz Arconati , nous donnerons une notice des manuscrits parvenus à notre connaissance, et qui se trouvent aujourd'hui, soit en France soit à l'étranger, dans des collections publiques et privées.

(1) Ce volume, connu sous le nom A' Atlantique, marqué N par A'enturi , est aujourd'hui à la bibliothèque Ambrosienne de Milan. C'est de beaucoup le plus important de tous ceux connus; sa hauteur est de 63 centimètres sur 44 de largeur. Nous le trouvons ainsi décrit sur le registre des entrées dans l'état des volumes manuscrits dont « les caisses ont été ouvertes les 5 et 6 frimaire an V par les conservateurs de la Bibliothèque nationale : »

Dissegni délie mac/iine et altre di Leonardo da Vinci. Grandiss. in-fol.

Ce volume figure d'un autre côté sur un état des manuscrits rendus le 5 octobre 181.5 au baron d'Ottenfeld, commissaire de l'empereur d'Autriche, pour la bibliothèque Ambrosienne.)

(2) Ce volume ne faisait pas partie de ceux qui sont venus en France ; s'est-il égaré pendant le voyage? c'est ce que nous ignorons. Ce qui est certain c'est qu'il avait été vu peu de temps au. paravant par Carlo Amoretti , qui en parle dans sa Fie de Léonard de Vinci. 11 devait contenir l'ouvrage de Luca Paciolo, Ditina Proportione ; les figures seides étaient dessinées et coloriées par Léonard. On sait qu'il a été exécuté de cet ouvrage trois exemplaires manuscrits sur véhn avec les figures dessinées et coloriées, dit-on, par Léonard,

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un pour le duc Ludovic, uu autre pour Galéaz Sanseverino, et le troisième pour le gonfaloiiier de Florence, Pierre Soderini; c'est l'exemplaire de Sanseverino qui était il l'Ambrosicnne. Celui présenté au due de Milan doit se trouver aujourd'luii dans la bibliothèque de Genève; il est décrit par Jean Senebier dans le catalogue des manuscrits de cet établissement, imprimé en 1779.

(3) Voici l'état actuel de ce volume : c'est un in-4o de 235 millimètres de hauteur sur 176 millimètres de large, relié en vélin blanc en forme de portefeuille, marqué B sur le plat. Il est conservé à la bibliothèque de l'Institut de France avec tous ceux que nous allons décrire , marqués d'une lettre alphabétique. Il commence avec le feuillet chiffré 3, sur lequel il y a quatre gousses de fèves vertes, deux ouvertes et deux fermées, quatre cerises et une mûre rouge; ces dessins sont coloriés. La pagination suit régulièrement jusqu'au 83' feuillet; 84, 85, 86 et 87 ont élé cn/ei-és , et le volume se termine au feuillet 90. Il y mamjue donc, outre les quatre feuillets que nous venons d'indiquer, le 2' sur lequel il y avait des cerises noires coloriées et des feuilles, les dix feuillets de la lin, les cinq feuillels non chiffrés placés après le 49' contenant des armes de hast, et le cahier de dix-huit feuillels musu à la fm du volume, contenant des figures diverses et des oiseaux.

Venturi , qui a eu le recueil complet entre les mains, avait extrait du feuillet 95 des observations sur la manière de construire les murs des forteresses cl l'épreuve des boulets de canon , et, du 1" feuillet de l'appendice cousu à la fin du volume, un théorème sur la descente des graves qui se fait plus promptcment par l'arc que par la corde.

La mutilation barbare des manuscrits d'un grand homme que nous constatons ici, est trop intimement liée à l'éclatante discussion qui a eu lieu dans les premiers jours de juin, pour que nous puissions nous dispenser d'en dire un mot en passant. L'auteur de ces mutilations, hors des atteintes de la justice, a déversé l'outrage et l'injure sur trop de personnes honorables pour que nous n'éprouvions pas une certaine satisfaction d'apporter uu témoignage de plus à tant de preuves qui le condamnent; d'ailleurs, si la culpabilité de Libri n'est plus un doute pour personne, son audace est loin d'être lassée. Une fois encore, dans VAtliH-.neum du 15 juin, il essaye de faire prendre le change à l'opinion : nous devons donc insister.

On sait, par à peu près, ce que lord Ashburuham possède de nos dépouilles : 2 volumes in-J", je crois. Uu peu honteux de cette acquisition des manuscrits Libri, cet amateur ne les montre à personne. Que ne vient-il restituer à nos volumes,

odieusement lacérés, les pages qui leur ont été dérobées? S'il lui restait quelques doutes, ils doivent être levés ; nous allons lui préciser ces pages accusatrices, et, sous peine de serendre complice du délinquant, il nous doit la vérité. C'est une affaire d'honneur dans laquelle l'Angleterre elle-même est engagée par l'espèce de protection accordée à Libri par quelques personnages et par ses journaux trompés, le Times tout le premier. Si leur bonne foi a été surprise dans cette triste affaire, ee dont nous ne voulons pas douter, ils ont intérêt eux-mêmes à faire examiner les manuscrits de lord Ashburnham par un jury d'honneur.

(.() Petit in-'Cde 213 millimètres de hauteur sur 140 millimètres de large, relié en vélin blanc en forme de portefeuille, marqué A sur le plat. Il commence bien par la ligure de Yincasto d'acqua indiquée dans i'acte ; la pagination suit de 1 à 64 ; mais le 54» feuillet a élé eiileré, et le reste du volume manque, c'est-à-dire cinquante feuillets.

(5) Comme le manuscrit du n» 3, ce volume n'est pas parvenu en France, et n'a pas été vu par Venturi. Nous ignorons comment il est sorti de l'Ambrosienue.

(6) In-8° cartonné de 150 millimètres de hauteur sur 99 millimètres de large , marqué E sur la couverture. La pagination suit de 1 à 80 ; le reste matique, c'est-à-dire sei^e feuillels. Ce volume traite particulièrement du vol des oiseaux.

(7) In-8° cartonné de 145 millimètres de hauteur sur 100 millimètres de large, marqué F sur le plat; il est complet et conforme à la description, sauf le mot LÉOiNAR. sur le plat, qui est effacé. Ce volume est consacré eu partie au moto d'acqua.

(8) In-S» cartonné de 140 millimètres de hauteur sur 95 millimètres de large, marqué G sur le plat, entièrement conforme à la description pour le contenu de la première et de la dernière page; les feuillets 7, 18 et 31 manquent , ainsi qu'elle le fait observer.

(9) In-16, reliure vélin blanc en forme de portefeuille, de 103 millimètres de hauteur sur 73 millimètres de large, marqué II sur le plat, conforme à la descriptioji pour le contenu de la première et de la dernière page; mais, au lieu de deux paginations indiquées dans l'acte, il y en a trois : l'une de 1 à 47, en partajit du premier feuillet du volume; l'autre de I à 48, en partant du dernier. La partie du milieu a quarante-six feuillets numérotés 1 à 46. Le premier cahier 1 à 16 de celte partie a été cousu sens dessus dessous. Entre les feuillets 44 et 45 de la première partie il y a uu feuillet non chiffré.

(10) In-1 6 relié en vélin blanc, enferme déportefeuille comme le précédent, de 100 millimètres de hauteur sur 73 millimètres de large, marqué I sur

le plat, conforme à la description pour le contenu de la dernière page ; mais on a oublié de remarquer qu'il y a deux paginations , une chiffrée 1 à 48, suivie d'un feuillet blanc, et l'autre chiffrée 1 à 91. Le premier feuillet manque; le reste suit sans interruption.

(11) In-I6, cartonné, de 101 niill. de hauteur, sur 75 mill. de large, marqué L sur le plat. Les feuillets sont chiffrés 1 à 91, ainsi que l'indique la description. Entre les feuillets 4 et 5, il y a des traces d'arrachement d'un feuillet qui a probablement été enlevé avant la pagination. Ce volume contient quelques jolis croquis.

(12) In-16, cartonné, de 98 mill. de hauteur, sur 70 de large, marqué JI sur le plat. Les feuillets suivent sans interruption de I à 94, conformément à la description qui l'indique comme non chiffré; la pagination a été ajoutée depuis.

(13) Un médaillon en bronze est placé au-dessus de celte inscription.

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