N" I. MARS
ILLUSTIIATIOIV
Encatireiiiciit tiré (II' VUcrodolc latin, in-lbi. Venise, Pliilippo
Piiicio, 1/192 P;iges
Double crosse en ivoire, grandeur (le l'original (deux dessins}, l:
La cuBiosiTÉ est aujourd'hui à un bon point. Jamais on n'a recherché avec plus d'ardeur tout ce qui tient à l'art, à l'Iiistoire ou à l'industrie des siècles écoulés. Le nombre des amateurs s'est considérablement accru. Ce n'est pas uue mode , c'est un besoin , une étude, un délassement. Le sentiment des formes élégantes et de la beauté idéab; a fait un notable progrés, plutôt iustinctif que raisonné ; il est néanmoins réel , et le goiit général s'est amélioré. Pour nous servir d'une échelle de comparaison qui pourra sembler vulgaire, nous avons rarement vu porter à des prix excessifs des productions qui ne réunissaient pas en elles les justes proportions, la finesse et la grâce, qui savent se faire apprécier par les esprits les plus difficiles , — et les nouveaux venus ont été souvent les plus téméraires. — Encore un pas, et les maîtres italiens seront hors de prix.
Cette invasion n'a pas laissé que de jeter quelque perturbation dans le camp des \ieu\ amateurs, habitués à des jouissances moins chèrement payées. Des voies nouvelles ont été forcément ouvertes. On a cherché, pour les exploiter ii moins de frais, des filons éloignéSj ou que leur humble apparence avait fait négliger jusqu'alors. Un coup d'œil plus attentif a été jeté sur l'ensemble de l'art lui-même : l'intérêt ne pouvait que s'accroître. Do tout côté a surgi ime foule de luoiumients nouveaux tirés de l'oubli et préservés d'une inévitable destruction ; nous y applaudissons : soit qu'ils se rattachent aux époques rudimentaircs de l'art, soit qu'ils appartiennent à l'industrie inférieure dos temps plus rapprochés do nous, ils sont indispensables à la véritable physionomie de l'histoire. C'est à tort qu'on les dédaignerait ; rien n'est indifférent do ce qui est de l'homme, et cette paléontologie du genre a certainement son intérêt.
Les meilleurs esprits, mêlés à toutes ces recherches, sont désormais acquis à l'art iulimc, qui fait le charme de la vie ; les plus grands noms du pays sont descendus dans l'arène, et il n'est pas rare, dans certaines occasions, de les voir quitter les affaires, l'Académie ou le Sénat, pour venir se mêler ii la cohue des ventes publiques. — Il va sans dire que la foule les y a suivis.
Pourquoi, dans ce temps de spécialités, aucun recueil ne s'est-il consacré exclusivement aux amateurs? C'est ce que nous ne saurions dire. Le moment nous a semblé propice pour essayer, dans la limite de nos forces, de combler celle lacune. Le cadre est vaste, multiple, inlini ; nous n'osons certainement nous flatter de le remplir au gré de tous. Le public est prêt ; sauronsuoiis seulement l'intéresser ? Là est la question.
Le format de cette nouvelle série du Cabinet de l'Amateur a été agrandi , ses dispositions modifiées. Nous réunirons dans la Gazette destinée à envelopper la Revue tout ce qui est d'un intérêt momentané, mais dont ou aime à pouvoir retrouver les traces, c'est-àdire, nouvelles, bulletin des ventes publiques, examen des publications bibliographiques qui intéressent les arts, etc., etc.
^otre titre est à lui seul un programme beaucoup trop étendu pour que nous essayions de le parcourir; cabinet ou musée, magazine, archives ou revue, nous ne nous écarterons pas de son esprit. — L'histoire de la véramiquede la renaissance^ que nous avions annoncée il y a longtemps déjà, paraîtra ici par fragments, à des époques rapprochées, ornée de toutes les preuves et de tous les documents désirables. — La question des origines^ ou plutôt des premiers développements de la gravure au burin, a été remise à l'ordre du jour par des travaux récents : une suite importante de monuments inédits nous permettra de revendiquer pour l'art français la large part qui lui appartient. ■ — Quelques pages excellentes de Robert Nanteuil , Héjlexions et viaximes sur la peinture et la gravure, seront d'un grand intérêt. — Enfin, nous aurons la bonne fortune d'ajouter à l'œuvre de Marc-Antoine Raimondi des travaux • inédits qui jettent un jour nouveau sur la vie de cet illustre artiste.
Dans la numismatique , tout ce qui tient à l'histoire de l'art est de notre ressort ; mais nous nous occuperons plus particulièrement des médaillistes de la renaissance, qui nous appartiennent exclusivement.
Chaque aimée , outre les dessins qui doivent accompagner notre texte , un choix nouveau d'ornements empruntés aux plus belles époques de l'art, frontispices,
Tous droits réservés.
GAZETTE ET BULLETIN
lettres capitales, fleurons, tètes de pages et marques de libraires, fera de nos volumes un musée typographique, classé méthodiquement, digne de fixer l'attention des bibliophites. — Les livres anciens illustrés, qui tiennent de si près à l'histoire de la gravure, — la reliure, et tout ce qui se rattache à l'art dans la confection des livres, nous fournira des pages curieuses.
A partir du prochain numéro, cliaque livraison du Cabinet contiendra une page de marques de fabriques, d'artistes, ou de collections qu'il importe le plus aux amateurs de connaître.
Ce recueil est fait par un amateur pour les amateurs, exclusivement ù leur point de vue. Nous comptons sur leur concours. Ils peuvent disposer de nous en tout ce qui peut leur être utile et nous recevrons avec reconnaissance les observations et les communicalions qu'ils voudront bien nous faire. Dès le premier jour, nous le plaçozis sous leur patronage; s'ils l'adoptent, il sera leur œuvre aussi bien que la nôtre.
NOUVELLES DIVERSES
La restauration des tableaux dans les collections publiques semble à l'ordre du jour ; on sait avec quelles fortunes diverses on a touché à quelques-uns des chefsd'oeuvre du musée du Louvre. L'académie des Beaux- Arts, qui s'en est émue, doit publier, sur ce sujet, uu rapport qui nous donnera l'occasion de revenir sur les soins à apporter à ces opérations d'un si haut intérêt pour les amateurs.
A Milan, le Mariage de la Vierge, de Raphaël, dont le panneau a été consolidé, vient de reprendre un éclat tout nouveau sous les mains habiles et discrètes du chevalier J.Molteni. Cette opération, admirablement conduite, est digae, de tout poiut, de l'expérience consommée de cet artiste qui porte si haut le culte et la connaissance des maîtres.
A Rome, le grand tableau de Raphaël, Saint Iaic peignant la Vierge, qui se trouve dans le musée de l'Académie, était, depuis deux siècles, dans lui état si délabré qu'il échappait presque ;i l'attention; il vient de nous être restitué d'une manière très-satisfaisante par M. Giov. Pileri ; c'est même une résurrection dans la meilleure acception du mot. Le panneau était affreusement gondolé; l'œuvre du grand artiste était ense\eli sous d'épaisses restaurations qui avaient poussé au noir et sous une triple couche de vernis jaune. On pourra maintenant étudier sur cette composition remarquable la suite des transformations successives du génie de Raphaël jusqu'aux derniers temps de sa vie, car le Saint Luc, qui était resté inachevé, est une de ses dernières productions.
La Leçon d'anatomie, de Rembrandt, du nnisée de la Haye, est aujourd'hui entre les mains des restaurateurs ; espérons qu'elle en sortira heureusement. »
— La galerie du Louvre a acquis à la vente de la collection Vallardi, de Milan, faite h Paris en décembre dernier, un triptique de llemmiinck, d'une très-grande finesse d'exécution, mais un peu pâle de coideurs. ^otre collection des dessins des grands maîtres s'est augmentée d'un superbe carton de Léonard de Vinci, provenant de la même source : c'est un buste de femme , de profil , grand comme nature.
— L'Italie est toujours la source vive et abondante où se puisent les productions artistiques d'un ordre élevé. Elle a produit pendant des siècles ; ses monuments , remplis de chefs-d'œuvre, lui assurent une gloire que rien ne saurait altérer. Il y aurait vraiment de la puérilité à elle de regretter les quelques épaves que nous pouvons y recueillir encore, et qui servent chez nous à entretenir l'admiration pour son génie passé, la sympathie pour ses récents et glorieux efforts.
Cette fameuse collection Cainpana, de Rome, dont on a tant parlé, prise en payement par le gouvernement romain pour une somme de cinq millions, se disperse en détail et à l'amiable au moment où nous écrivons. M. Robinson, directeur du musée de Kensington, de Londres, a pu avoir, au prix de cent trente mille francs, toute la partie des sculptures de la renaissance , marbres et terres cuites, et un grand nombre d'autres beaux objets de la même époque pris dans les différentes classes de la collection. Ce choix, fait par un connaisseur trèsclairvoyant et très-vif chez des gens qu'aveuglait le son de guinécs hérétiques, qui avaient pour eux tout l'attrait du fruit défendu, ne peut être qu'excellent. Parmi les sculptures, nous nous rappelons un marbre de !\[icliel- Auge à l'état d'ébauche seulement, mais qui a toutes les beautés de sentiment et d'expression des œuvres les plus achevées.
La Russie est venue ensuite, et, pour une somme de cent mille écus romains , a enlevé tous les vases grecs, série importante qui contenait, outre la belle suite des vases de Cere couverts d'inscriptions et de dessins archaïques, tous les vases du potier NicostHnes, et cette magnifique Idrie trouvée à Cumes, surnommée le roi des rases, le plus beau en effet qu'il soit possible de rêver pour la rare élégance du galbe et la souveraine beauté des bas-reliefs dont il est orné.
Un M. Cismondi, de Rome, est venu dernièrement a Paris, porteur de propositions et d'albums photographiés, où étaient reproduits les marbres antiques de la collection Campana : ils ont été entre les mains de quelques amateurs.
— La National Callerij de Londres s'est enrichie depuis peu d'une précieuse predella du l'rate Giovaimi Angelico, de Fiesole, payée i02,000 fr. au chevalier Valentini, à Rojne, y compris un droit de sorlie de vingt pour cent. Cette peinture réunit toutes les conditions que l'on recherche en Angleterre, la beauté, la conservation et surtout la célébrité. On appelle predella, en Italie, la base d'un tableau d'autel ordinairement divisé en plusieurs compartiments, sur lesquels les artistes du quinzième siècle avaient l'habitude de retracer des épisodes qui se rattachent au sujet principal ; placés plus près de la vue, ils y déployaient toutes les finesses de leurs pinceaux. Lorsque l'usage vint de surcharger les autels d'ornements placés sur des gradins, elles disparurent presque toutes.
Celle-ci appartenait au tableau d'autel de la petite église de .Saint-Dominique, qui est sur la route de Florence à Fiesole, et fut vendue par les moines, en 1802, au père du dernier propriétaire. Elle se compose de cinq petits panneaux de 32 cent, de hauteur; celui du milieu, qui a 70 cent, de large, représente le Christ dans une gloire , entouré d'anges au nombre de plus de cent vingt; sur les deux pièces latérales, qui ont
J)U CARINET DE L'AMATEUR.
chacune 64 cent., la Vierge, saint Pierre et saint Paul sont eu adoration, tournés vers le sujet du centre et entourés d'un triple rang de bienheureux ; les plus illustres docteurs de l'ordre de Saint-Dominique sont groupés aux deux extrémités sur des panneaux de 20 cent. On connaît la finesse du pinceau de fra Angelico; elle est ici admirable. Vasari parle de cette predella dans sa Vie du ti'ate Giovanni : " Les figurines innombrables que l'on voit dans une gloire céleste, dit-il, sont si belles qu'elles paraissent vraiment du paradis, et celui qui s'en approche ne peut se rassasier de les voir. »
Ce n'est pas sans difficultés que le gou\ ernement britannique est parvenu à faire sortir ces petites peintures des États de l'ÉglLse. La tourbe des employés subalternes qui déshonorent l'administration romaine voulait manger (??iagniar), comme on dit dans le pays, et les Anglais n'aiment guère transiger avec l'appétit de ces messieurs; on avait su le prix d'achat et il fallut payer le droit de sortie énorme de 1 7,000 fr.
Le British-Museum, la Galerie nationale et le musée de Kensington sont trois foyers de recherches d'une activité vraiment admirable. 11 règne dans l'administration de ces collections un mouvement, un entrain qui ne connaît pas de relâche. Correspondances, voyages, missions, zèle, intelligence, argent, rien n'est é|)argné, et ces efforts auront accumulé avant peu dans les musées d'Angleterre des trésors dont rLurope sera jalouse... mais trop tard.
— Les (00,000 fr. de la predella de fra Giovanni nous conduisent naturellement au grand paysage d'//o6ie»in, de la vente Patureau, qui vient d'entrer dans la collection de M. le comte de Moruy ; c'est aussi un tableau de 100,000 fr. Il passe généralement pour la page la plus importante du maître. Possédé par M. Van Sacegheni, de Gand, avant de tomber entre les mains de M. Patureau, il avait été acheté un peu plus de 100,000 fr. à la vente de 18S9 par un riche banquier de Berlin , M. Schuitz, qui vient de le céder à l'illustre amateur français pour le même prix, dit-on.
— La collection de vases grecs de feu M. Panckoucke, au nombre de près de cinq cents , vient d'être achetée par MIL RoUin et Feuardent; elle contient^ parmi beaucoup de beaux spécimens de fabriques diverses, un très-grand nombre de sujets relatifs à l'histoire d'Hercule. Les mêmes négociants ont aussi acquis à l'amiable la collection des monnaies royales de M. Rousseau. La vente, qui avait été annoncée pour l'année prochaine, n'aura donc pas lieu.
— Mais la grande affaire de la saison et du moment, c'est la vente des belles collections que le prince Soltykoff réunissait depuis vingt-cinq ans avec tant de générosilé, de persévérance et de goût. D'où vient cette détermination soudaine de se priver de tant d'objets rares et précieux, je dirais même introuvables, si on n'avait abusé du mot, d'abandonner en un jour le fruit de tant de peines, de tant de souffrances endurées pour les réunir, les grouper et les compléter? On connaît mal les tribulations et les déboires du collectionneur , et le prince, qui était difficile, fut soumis à de rudes épreuves. Tel objet que je pourrais citer, auquel il ne manquait qu'un clou, a été trois ans entre les mains du restaura-
teur qui devait le remplacer. Deux fois le prince Soltykoff a fait construire des hôtels avec le soin et la recherche qu'il apportait à toute chose, et deux fois les hôtels se sont trouvés trop étroits pour sa collection. Jamais, cela peut paraître incroyable, il n'a pu parvenir à rencontrer un homme capable de disposer d'ime façon pittoresque et suivant son rêve les nombreuses richesses qu'il avait ama.ssées. Il y a de ces choses qui paraissent simples au premier abord et qui sont d'une difficulté inoiïïe, et on se lasse un jour.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur une collection qui demanderait des volumes. S. RI. l'Empereur a acheté au prince Soltykoff, pour deux cent cinquante mille francs , les armes et arnmres européennes : c'était, avec les objets des treizième et quatorzième siècles, la partie la plus caressée par l'amateur; on les dit destinées au château de Pierrefonds. Le reste a été vendu à une société de spéculateurs pour une somme de dix-sept cent cinquante mille francs. Elle sera revendue pour leur compte dans le courant du mois d'avril ; rien n'eu a été distrait.
Les armes orientales, partie distincte, cataloguée à part, dont la vente avait été annoncée pour le 2;3 mars, ont été cédées en bloc, avant la vente, au représentant de l'empereur de Russie. C'est un précédent fâcheux pour le reste.
VENTES PUBLIQUE.S
Avec la valeur toujours croissante qui s'attache aux objets d'art et à toute la série des monuments historiques, il est facile de prédire que toutes les richesses artistiques de la France, la plus précieuse partie de son mobilier, sont destinées à passer tôt ou tard par l'hôtel des commissaires priseurs, puisque c'est la voie naturelle la plus facile, et en même temps la plus silre pour les vendre. La sonmie importante que représente aujourd'hui une collection choisie doit même contribuer à rendre les ventes plus fréquentes; il y a donc toute autre chose qu'un simple intérêt de curiosité h en oliscrver avec soin les mouvements, à suivre dans leurs pérégrinations nouvelles les œuvres les plus importantes et ,î en constater le prix. A toutes les époques, on a tenu de ces sortes de registres, espèces de slud-book du genre, qui devicnneut des éléments de garantie qiu' intéressent tous les amateurs.
C'est néanmoins une tâche difficile et délicate à remplir. Nous expliquerons, au fur et à mesure que l'occa- } sion s'en présentera, ce qui constitue le haut prix de certains objets, et, au point de vue pratique , dans quelles mesures on doit s'en servir. Les chiffres ne signifient rien eux-mêmes, c'est la nature des objets qui l'ait tout.
11 y aurait bien quelque chose à dire sur la sincérité qui préside à quelques opérations ; mais avec quelle délicatesse pourrions-nous y toucher sans faire crier beaucoup les patients ! Nous nous en abstiendrons le plus souvent. Nous devons remarquer cependant que, dans quelques-unes de ces occasions oit les ventes d'objets d'art sont devenues des affaires montées qui doivent faire prime, ce n'est plus le vendeur qui se ti'ouve en présence de cette réciùon que nous poursuivions jadis, c'est le public qui est vis-à-vis d'un vendeur résolu à lui faire payer cher ses moindres fantaisies.
GAZETTE ET lîULLETlN DU CAIilNET DE L'AMATEUR.
Les veilles dites franches devicuneut de plus eu plus rores, et nous regrettons l'àgc d'or où on lisait dans les catalogues, au-dessous des eonditions de la vente et du mode de payement, la note que nous reproduisons ici •
AVERTISSEMEST.
« Tour l'aii'c voir que l'on agit cordialement et do " bonne loi, et qu'on n'a point dessein de faire valoir » la vente par aucun artifice ni détour, les héritiers « s'engagent et promettent de payer dix /ouis à celui « qui fera voir qu'on a poussé de leur part ou acheté n pour leur compte aucun des articles de ce catalogue. »
Ces lignes empruntées à un catalogue publié eu 1760, il y ajuste un siècle, sont d'une rédaction cMellcnte, nous en recommandons bien vivement l'usage.
La saison des ventes, qui n'annonçait rien de bien extraordinaire à son début, a pris plus tard des proportions tout à l'ait exceptionnelles. La bil)liothèque de M. Solar, les cstampesdelM. de Arozarcna, Icstableaux de MBf. Leroy d'Étiolés, d'Aigrement, Vallardi, 'Werthemberg, Joseph Fau, de madame Odier, les bronzes de 1\L de Mouvillc, les collections Albert, deMontbron, de Saint- Clou, d' Aigrement, etc., ont offert aux amateurs de nombreuses et belles occasions; celles de madame la comtesse Lelion, de MM. Decamps, Diaz, Rlioné, Dreux, fourniront, au moisd'avril, un contingent superbe. Enfin, les fameuses collections du prince SoKykoff , dont la \ cnfe doit durer tout avril et une partie de mai, ne laisseront pas l'intérêt se ralentir un seul instant. Si les vendeurs sont nombreux , les acheteurs sont en plus grand nombre encore, et rien ne sera domié. Nous venons un peu tard pour rendre compte de toutes ces belles choses; mais nous ferons en sorte de ne rien laisser échapper de digne de mémoire.
— La Libliollièqiie île iVI. Solar présentait un assomljlagiviaiment cxlraordinaire de livres rares, beaux ou ciuicii\ à (lifréreiils litres. Réunie avec raclivitc licvreuse d'un honnne qui a voulu jouir vite comme s'il eût pressenti qu'il ne devait pas jouir longtemps, .1 ainsi que l'explique Irès-bien l'inlroduc- I ion nme en tèle du Catalogne, elle avait quelques-uns des défauts des choses hâtives. Rien n'avait élc épargne pour la former, M. Solar avait des agents qui parcouraient l'Europe, et il ne reculait devant aucun prix. Des collections choisies étaient venues se londi e dans la sienne ; mais le temps est le complément indispeusable de eerlaines choses: elle n'avait ni l'aspect vénérable, ni la distinction des cabinets formés avec réflexion. A coté de bijoux sortis des culleclious Tripier, Camerata, Lacarelle, ou de Clinchamp, se trouvaient des reliures disparates ou d'iuu' liisposition mal conçue, appliquées sur des livres exhalaiU l'odeur du chloie, et qui avaient perdu, dans des lavages récents, la couleur harmonieuse et la fermeté qui fout le charme des vieux livres. La vente Solar a été une de ces affaires vigoureusement soutenues : un 31. Oi/r/j qui n'était, comme l'ancien, i|n'un masque transparent du soleil, mit bien des amateurs hors
LE CAB1.\ET DE L'A.MATEUlt ET DE L'AMiyUAlliE
(r^ SKiîii;)
l'ublic Hous la dirccllon ilc M. El«. PIOT l842-4(i. Paris, Didot, 4 volutnes grand in 80, figures,
PrLx : 40 francs.
Cette collection, complète en i vol., n'a jaiuaisclé mise dans le commerce, et il n'en reste qu'un petit nombre d'exemplaires.
(le cojnhat, dès les preraiei-s joins, par l'intrépidité de ses enelièi-es. Apres lu vente des manuscrits de celle eolleelion qui est annoncée pour le 15 avril, le libraire Techner nous promet une liste des prix, imprimée, qui nous donnera l'occasion de revenir sur les romans de chevalerie et sur les reliures anciennes qui faisaient partie de la bibliothèque de M. Félix Solar.
— M. le baron de Moiiville est un amateur de la vieille roche. 11 lui sendjlait si singulier de vendre lui-même la collection, l'enfant qu'il avait caressé et nourri pendant trente ans, qu'il n'a pu résister à signaler cette particularité en inscrivant sur sou catalogue tpie la vente était faite rtranl son diich! Comme il se trompait d'époque! Aujourd'hui, on ne laisse guère ce soin à ses hériliers : on vend soi-même, cl plutôt deux fois qu'une; on veut avoir son jour, et ou trouve une jouissance à en faire soi-même les honneurs.
La collection du baron de Monville était une des plus visitées de Paris ; l'art des bronzes italiens du seizième siècle s'y trouvait représenté d'une façon Irès-complèlc ; le propriétaire, trèsgoiilé lui-même, était entouré d'amitiés généreuses qui se sont fait une féte de se disputer les choses dont il se séparail. ïoul a été, comme on dit, o^/c j/e//e,- ajoutons que touty'était gracieux, élégant, d'un choix irréprochable, et que les objets de ce gem e sont fort rares en cet état. Voici quelques-uns des prix de la
vente :
Deux candélalires italiens (n° I), le soleil el la lune, ti'.
ligures nues supportant des coupes 1,(>(K)
Femme nue assise sur un socle drapé .^''fl
Vénus accroupie sortant du bain (4) î ,,^00
Vénus sortant dubain lepieil gauchesur un rocher ((îj. 1,01,) L'enlèvement de Déjanire (7), groupe de pelilc dimension, fort rare, une merveille de ciselure 3,s;!(i
Femme mie accroupie tenant un enfant entre ses
jambes (10) ,:,|(|
Femme nue debout (11) se retirant une épine du
pi«i 7:,l)
Femme nue assise tressant ses cheveux (l'ij l,lilH
Fcninie nue assise les jambes drapées (13) 800
Figure drapée .V demi couchée, tenant un miruii' (17). 1 ,,MMI Deux figurines nues assises et faisant pendant (18), l'une qui se coupe les ongles du pied, l'autre qui cherche à en retirer une épine l,.)0,j
A'éuuset l'Amour tenant un arc (21), petit groupe . iJUO \êuus sortant du bain, le pied gauche posé sur un
vase (2'i) 1 |,()0|)
Vénus accroupie (25), délicieuse petite composition. 1,251) Vénus marine (-30). La déesse est posée sur un inons- Irc marin ; autour d'elle joueni les Amours. Grand basl'elief d'une cxéculion sujicrbe, mais d'un style un peu
indécis el que nous croyons de l'Algarde S,070
Lampe, trilonideà cheval surnnmonslremariu (I5l)j, éléganle composition. Ce bronze, qui venait de la eolleelion d'Horace ^Valpool, est gravé dans le premier volume du ^/e /'fl/Htï/CH/-, p. -'142 I,8t)0
Un grand nombre de petits has-reliefs, lampes, vases, encriers, coffrets, fland)eaux, la plupart du quinzième siècle el d'un goût excellent , ont été Ires-reeherehés.
LE CABINET BE L'AMATEIIR (2" scric) parait Ions les mois, à partir de mars 18(j I, par livraisons de 2 feuilles 1/2 in- i".
On s'abonne, il Paris, chez FlRMirs DiDOï frkrks, fils et C"^, ."jd, rue Jacob; chez tous les directeurs tie posie et chez tous les libraires de la France et de l'étranger.
Abooncnieol pour Paris- ta an 12 Ir.
— pour les déparlemcnts. . . l'i
Fil petit nomlire d'exemplaires d'amateurs a été tiré sur gi aint papier vergé fort. Le juix est de 21 h. par an.
Tuut ce 'Jlti concerne la réctacùoii doit être adresse l'raili- de port à M. LUG. PlOT, rue Saint-Fiacre, n" 20, à Paris.
Taris, -Jniiiriuierie lie Ail, r„ LainÉ cl J. llavard, l ue Jacob, 50,
SIUSÉE DU LOUVRE.
L'opinion publique s'était vivement préoccupée l'année dernière des travaux de restauration qui ont été exécutés sur un certain nombre de tableaux du musée du Louvre, la suite des compositions de Rubens connue sous le nom de galerie îlédicis, entre autres, et le Saint Michel de Raphaël. Pour calmer les inquiétudes du public, qui avaient été partagées par quelques-uns de nos artistes les plus illustres, la direction générale des musées avait décidé qu'à l'avenir avicune restauration ne serait entreprise sans l'avis préalable d'une commission composée de la section de peinture de l'Institut. Nous avons annoncé, dans notre dernier numéro, la publication prochaine d'un rapport rédigé sur ce sujet par cette classe de l'Académie des Beaux-Arts; il paraît qu'elle n'aura pas lieu, nous le regrettons bien sincèrement : rien n'eût été plus important que d'éelairer le public et l'administration elle-même par un semblable document.
Si nous en croyons l'arrêté suivant du maréchal ministre de la maison de l'Empereur, publié dans le /\[onitenr du 20 mars, ces alarmes sont loin d'être calmées. Eu donnant une forme officielle à la résolution de l'année dernière pour ce qui concerne les tableaux, cet arrêté en aggrave la portée eu y ajoutant une commission consultative, précaution nouvelle qui semble s'adresser aux autres départements.
Voici l'arrêté du Moniteur :
.1 Au nom de l'Empereur,
« Le maréchal de France, ministre de la Maison de l'Empereur,
» Considérant que la conservation et la restauration des objets d'art compris dans la dotation de la Couronne, et les acquisitions d'œuvres nouvelles, présentent souvent des questions délicates pour la solution desquelles la direction générale des Jlusées, tout eu conservant sa liberté d'action et sa responsabilité, peut utilement consulter des hommes éclairés et spéciaux,
« Sur la proposition du directeur général des Jlusécs impériaux.
« An'ête :
« Art. Il est créé une commission consultative des Jlusées impériaux.
« Art. 2. Cette commission sera présidée par le directeur général des Musées, qui la réunira toutes les fois qu'il le jugera nécessaire pour la consulter sur l'acquisition ou la restauration des objets d'art, ainsi que les meilleurs procédés de conservation.
« Art. 3. Sont nommés membres de cette commission :
RIM. Gatteaux, membre de l'Institut; His de la Salle ; Le vicomte de Jausé ; Louis Lacaze ; Le marquis Maison ; E. ]\Iarcille ;
De Saulcy, sénateur, membre de l'Institut;
Henri de ïriqueti ;
Viollet-Le-Duc.
Les conservateurs des Musées impériaux font, de droit, partie de la commission.
» Art. 4. Aucune restauration deJableaux ne sera autorisée par la direction générale des Musées impériaux qu'après avoir préalablement consulté la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.
■i Art. .5. Les avis de la commission seront rédigés séance tenante et constatés par des procès - verbaux que signeront les membres présents.
« Art. G. Le directeur général des Musées impériaux est chargé de l'exécution du présent arrêté.
» Paris, le 18 mars 1861.
■ VAILL.4NT. »
La direction du musée du Louvre, s'il faut le dire, nous semble manquer d'initiative ; elle s'est laissée devancer par le public, et il serait triste de prédire qu'elle ne le rattrapera pas de sitôt. Kous vivons à une époque d'activité qui ne peut plus s'accommoder du far niente et des loisirs où vivaient autrefois les conservateurs de nos collections. Très-préoccupés d'art, nous avons hâte de reconquérir sur le passé tout ce qui nous en dérobe
ïouri (Iroils riiservés.
GAZETTE ET BULLETIN
encore la connaissance, et de pouvoir étudier chez nous des spécimens choisis de tous les grands artistes qui font la gloire des temps modernes. Tous nos vœux sont de voir nos musées se compléter, combler des lacunes nombreuses, qui deviennent de jour en jour plus sensibles, marcher comme marche la science elle-même, et lui fournir chaque jour ira nouvel aliment. L'impulsion a été donnée aux archives et aux bibliothèques, le musée du Louvre seul reste immobile.
Sans doute il est excellent de s'entourer des conseils d'hommes aussi distingués que ceux désignés par JI. le directeur général dans l'arrêté que nous venons de reproduire ; mais, si les conservateurs ne savent pas leur métier, comme on pourrait le croire en voyant appeler à leur aide de simples particuliers, qui le leur apprendra ?
Kous parlerons un peu tour à tour de ce qui touche aux musées en général. Nous croyons notre point de vue d'amateur excellent. Nous savons tous les directeurs de nos collections animés des meilleures intentions, mais cela ne suffit pas. Nous stimulerons leur zèle eu signalant des améliorations faciles qui leur échappent, mais que le public voit cl qu'il réclame.
Par exemple, M. le directeur général des musées ne peut ignorer que la plupart des départements de ce vaste et magnifique établissement manquent de catalogues:
Le musée des monuments égyptiens,
Les vases grecs.
Les terres cuites antiques.
Les bronzes.
Une partie des objets d'art de la renaissance, n'en ont jamais eu.
Notre admirable collection de marbres antiques en manque depuis trente ans.
Il y en a vingt que celui des dessins des vieux maîtres n'a pas été réimprimé.
Le musée des Souverains attend encore le sien, qui peut être des plus intéressants.
Il serait temps d'y songer, c'est une véritable barbarie.
Les catalogues sont une source élémentaire d'instruction pour le public qui visite les musées; sans eux les collections restent des lettres mortes, et les étrangers accourus pour les voir ne peuvent même remporter chez eux ce guide des souvenirs, que l'on trouve partout ailleurs.
Est-ce paresse ou insuffisance chez les conservateurs? nous ne savons; mais la simple énonciation du fait est tellement grave que nous n'avons pas un mot à y ajouter.
Les catalogues publiés nous semblent aussi, pour la plupart, vendus à un prix trop élevé par l'administration.
Nous pourrions citer tel catalogue de collection anglaise, commenté avec soin, imprimé avec luxe (200 pages in-S» et 100 dessins sur bois), qui se donne pour ,s/./.' pences (63 centimes), dans le but excellent de populariser les connaissances, les notions d'art et de goût.
C'est ainsi que l'avait compris M. le comte Léon de Laborde dans son catalogue des émaux du Louvre, livre précieux sous une apparence modeste , qui est devenu un manuel pour tous les amateurs. Il a 4."j0 pages, il est orné de monogrammes et de signatures, fac-similé avec soin, et ne se vend qu'un franc cinquante centimes.
C'est un excellent exemple qu'il avait donné là, il méritait d'être suivi.
NOUVELLES DIVERSES
Deux découvertes fort intéressantes pour l'histoire de l'art, viennent d'être faites presque simultanément à Londres et à Bruges.
La première est celle du testament de Ilans llolbeiii et de sa vérification par la cour archiépiscopale de Westminster qui a été communiquée dans la dernière séance de la Société des Antiquaires de Londres, par RL W.-IL Black. D'après ce document la date certaine de la mort d'Holbein doit être placée en 1543 et non en lihA, comme on l'avait cru jusqu'à présent. Cette date , du reste , concorde parfaitement avec les comptes de la maison de Henri VIII dont l'artiste faisait partie eu qualité de valet de chambre du roi, et qui ne font plus mention de ses gages depuis cette époque, ce qui avait déjà été remarqué.
Ilolbein n'est pas mort de la grande peste qui a ravagé Londres en l&Si , mais d'une épidémie antérieure de plus de dix années. Il ressort aussi, de l'enregistrement par la cour, qu'il est mort insolvable comme mourait Rembrandt un siècle plus tard, et beaucoup d'auti-es particularités que iM. Black se réserve de joindre au document qui sera publié dans le prochain volume de la Société des Antiquaires de Londres.
L'autre découverte est aussi im testament, celui de .lean Heramiing, qu'il nous faudra écrire désormais Memlinc ou Memlync, suivant le document que vient de publier un recueil belge, le Journal des Deaux-Jrts, publié à Anvers par SI. Siret. L'illustre artiste qui a servi de thème à tant de fables ingénieuses, est mort à Bruges en 1495 , riche, propriétaire , et laissant trois enfants, Jean, Cornélie et Nicolas. Sa femme, appelée Anne, était morte en 1487, et il est très-probable que l'aîné des enfants a suivi la carrière de son père.
Deux documents cités dans le commentaire publié à la suite de cet acte important orthographient son nom ; Joann van Memmingen, ce qui pourrait aussi faire conjecturer qu'il était né à Memmingen, petite ville de Bavière, située entre Ulm et Liudau.
VENTES PUBLIQUES
Quelques jours de retard dans la publication de notre deuxième numéro nous permettent de donner dès aujourd'hui les résultats de la vente des collections du prince Soltykoff. On a beaucoup causé sur cette opération. Les armes européennes écartées, le reste avait été acheté en bloc par MiM. Achille Seillière et Comp., et le tout a été revendu en détail pour leur compte. On a semblé craindre , en voyant la spéculation, armée de capitaux énormes, se porter sur ce genre d'affaires pour la seconde fois depuis un an, de voir se former une nouvelle bande noire pour le démembrement de nos collections.
D'autre part, tout oblige en ce monde, même une grande fortune, et on a blâmé, au point de vue de la convenance, M. Achille Seillière, un des grands fournisseurs dç l'administration des tabacs et des ministères de la guerre et de la marine, cinquante fois millionnaire , et qui pouvait fort bien acheter la collection pour son propre compte, d'en faire l'objet d'une simple spéculation. D'autres auraient voulu, puisqu'il désirait garder pour lui ime partie des objets les plus précieux, qu'il ne
laissât pas le public dans une incertitude qui a peut-être nui au bon résultat de la vente, et que les objets qu'il voulait conserver eussent été préalablement retirés.
Le tout avait été acheté, dit-ou, 1,750,000 fr. Les armes orientales ont été vendues eu bloc à S. M. l'empereur de Russie pour la somme de. . . . 190,000 fr. La vente du reste a produit 1 ,770,000 »
Total 1,960,000 fr.
Les frais de vente et de commission d'achat peuvent êire évalués à 250,000 fr., l'affaite a donc été médiocre au point de vue financier. Il est \Tai que, dans ce compte, ne sont pas compris deux beaux portraits en émail et vingt - six montres charmantes du seizième siècle, qui n'ont pas été adjugées.
Le représentant des musées de Londres a acheté pour 300,000 fr.; le musée de l'hôtel Cluny pour 35,000 fr., et le musée du Louvre pour 45,000. fr.
Beaucoup de marchands anglais, qui ont passé et repassé la Manche quatre fois de suite pour assister à la vente, ont fait de belles acquisitions. Les amateurs français y assistaient en grand nombre ; mais beaucoup aussi, et pour cause, s'y étaient faits représenter.
La vente a été rondement menée : à M. Roussel, directeur habituel de ces grandes opérations, on avait adjoint MM. Caran père et fils. M. Louis Caran ne nous paraît pas avoir le tact qui convient aux fonctions d'expert; il est passionné, presse son public, trouve que tout se vend trop bon marché. Il y a un tempérament à tenir dans ces sortes d'objurgations ; les amateurs sont de véritables sensitives, un rien leur fait replier leurs ailes, trop de zèle nuit souvent. C'est du reste avec regret que nous verrions ce jeune homme, habile ciseleur et qui ne manque pas de goût, abandonner l'art et les services qu'il peut rendre aux collectionneurs d'olijets précieux , pour embrasser la carrière des ventes publiques. Il va sans dire que M. Charles Pillet tenait entre ses mains le marteau des adjudications. Nous avons admiré une fois de plus, dans cette longue séance d'ur. mois, son esprit toujours présent, sa voix d'une égalité inaltérable, répétant, sans être jamais monotone, les mêmes paroles de mille manières différentes ; c'est vraiment un grand art ; il dépasse de beaucoup son prédécesseur, W. Bonuefons de Lavialle, qui était excellent.
Beaucoup d'objets ont obtenu, dans cette vente, des prix exceptionnels et très-élevés; mais ils étaient d'un choix hors ligne ; nous donnerons dans nos prochains numéros la liste complète des prix d'adjudication et quelques observations sur la rédaction du catalogue où percent plusieurs vues systématiques capables d'égarer l'opinion des amateurs sur l'origine de certaines classes d'objets du treizième et du quatorzième siècle.
— Nous enregistrons seulemejit pour mémoire, parmi quelques-unes des ventes de tableaux du mois dernier, celles des collections de MSI. Leroy d'Étiolles et d'Aigrement. Cette dernière contenait quelques bonnes peintures hollandaises qu'on s'était fait un plaisir de décrier à l'Exposition, nous ne savons dans quel but, et que le propriétaire a prudemment retirées ; le reste dont il n'est pas intéressant de conserver la trace , rentrait dans ce qu'on appelle la tableaumanie ; douce passion qui fait beaucoup d'heureux à bon marché! La Galerie Leroy d'Étiolles avait dans le monde une grande notoriété. Grâce au nom du célèbre docteur, on parlait de ses
Raphaël ; Corrége, Titien et le Vinci devaient aussi s'y trouver réunis avec beaucoup d'autres merveilles ; il n'y avait dans lout cela que lieaueoup de bon vouloir de la part du propriétaire peu connaisseur, et de très-pauvres peintures. Ou n'a pu moins faire, dans le catalogue, que de les placer sous la dénomination A'école de..., ce qui pouvait, au besoin, ressembler à une épigrarame.
Cependant, comme cela arrive toujours dans ces sortes d'occasions, on voit dosTitien, des Rembrandt et des Velazquez se vendre 1,.ÏOO et 2,000 fr. C'est beaucoup trop s'ils sont apocryphes, c'est trop peu s'ils sont vrais. On ne déracinera jamais de l'esprit de certaines gens que l'on peut chaque jour, dans les ventes publiques, sans même s'y connaître beaucoup, acheter des chefsd'œuvre pour quelques louis.
— Mais une opération sur laquelle il convient de s'arrêter, c'est la vente d'une Sainte-Famille attribuée à Sébastien del Piombo, que nous avions déjà vue à l'hôtel Drouot l'année dernière escortée d'une déclaration d'authenticité deiiï. Ch. Blanc. Je ne sais vraiment pas quelle peut être au juste la valeur d'une déclaration d'authenticité faite par M. Blanc; pour beaucoup de gens, elle ne vaut guère plus que le fameux billet de iNinon; toutefois, tant est grande, chez nous, l'inlluence de la lettre moulée, comme le remarquait Paul Louis, elle avait fait accourir beaucoup de curieux, et lorsque l'adjudication fut prononcée au prix de .10,000 fr., nous vîmes autour de nous certaines gens, habillés d'une certaine manière, s'écrier eu hochant la tête : C'est un bon coup! c'est un bon coup!
Le mystère s'est un peu éclairci cette année, \!t Suinte- Famille authentique avait été rachetée par son propriétaire, M. Viguolle, qui vient de la remettre eu vente. Obligé, dit la notice, « de quitter Paris pour retourner dans son pays natal, il se résoud à se séparer de cette œuvre importante. » Le public s'est montré singulièrement refroidi, et la Sainte-Famille a été adjugée au prix de 15,000 francs; nous ne sommes pas curieux, mais nous voudrions bien savoir à qui. Si, par hasard, c'était encore à son propriétaire, ne voilà-t-il pas un galant homme bien^lrompé dans ses espérances; il aura eu à payer 4 ou 5,000 fr. de frais,' un peu plus peut-être que ne vaut son tableau qui n'est pas mauvais sans être pour cela de Sébastien del Piombo, un des plus grands maîtres de la renaissance, dont les œuvres ont cet aspect de grandeur et de fierté qui fait toujours penser à iMichel- Ange.
C'est une singulière erreur que de croire à l'inlluence des articles de journaux sur les ventes. Annoncez, mais ne louez pas ; si la chose est bonne, vous n'avez pas affaire à des aveugles ; si elle est médiocre, la clairvoyance est bien plus grande encore.
— Avec les collections de MM. Leroy d'Étiolles et d'Aigremont nous avons vu reparaître dans les catalogues la forme littéraire qui en était bannie depuis longtemps; dans le premier, nous avons reconnu la plume exercée d'un écrivain qui signe du pseudonyme W. Burger beaucoup de petits livres très-bien faits sur l'art flamand et hollandais. Les descriptions de l'autre ont été généralement trouvées trop longues.
Mais le cat^ilogue des estampes de M. G. de Arozarena avait une préface attribuée à un jeune amateur de
GAZETTE ET BULLETIN DO CAIilNET DE L'AMATEUR.
Paris, d'une littérature douteuse et d'une orthodoxie très-coutestable , qui nous a valu une piquante brocliure de M. Rochous , le bon raarcliand d'estampes du quai de l'Horloge.
Voici le passage de la préface incriminée : « Les estampes qui composent cette collection sont presque exclusivement celles des peintres, M. D. G. de A. ayant compris, dès le premier jour qu'il colligeât, la distance qu'il y a entre les gravures émanant directement de l'artiste qxù ij met son âme et celles , peut-être plus soigneusement exécutées, de ces traducteurs qui ne reproduisent jamais qu'avec froideur des chefs-d'œuvre.
» Toutes les écoles sont ici représentées, sinon en leur entier, du moins par ces maîtres primesautiers qui seuls comptent vraiment dans l'histoire de l'art qu'ils résument. >'
Rochoux est un original plein de goiU et de connaissances; c'est même le seul aujourd'hui, parmi nos experts, capable de bien rédiger un catalogue raisonné; sa plume dit facilement tout ce qu'il veut dire; il a une clientèle distinguée; il a senti la démangeaison de relever le gant et de prendre la défense de Marc-Antoine Raimondi, de Paul Pontius, de Worsterman, des Audran de Pesne et de beaucoup d'autres assez maltraités comme on a pu le voir dans le passage cité. Il l'a fait un peu vivement, niais avec chaleur ; le trait, par exemple, où il compare la prose du jeune amatexir h celle de 51. Jourdain nous a paru forcé ; néanmoins, la brochure de Rochoux est curieuse et doit être lue,
Les estampes de JL G. de Arozarena n'avaient rien ii faire avec la préface de son catalogue. Très-bonnes et très-belles, rares et bien choisies, elles ont attiré à Paris les marchands d'estampes de Vienne, de Bruxelles et de Francfort , beaucoup de commissions de Londres et tous les amateurs. Rembrandt occupait , dans cette collection, 300 numéros. La suite des paysages était fort belle, et il avait fallu des circonstances tout exceptionnelles pour les réunir en aussi grand nombre. Adrien van Ostade y était presque complet. Mais un maître qui y était aussi très-bien représenté, Martin Scbongauer, a été l'objet d'une faveur très-marquée. A mesure que l'on se dépouille de certains préjugés, l'intérêt croît pour beaucoup de monuments jugés en passant. En l'étudiant, on trouve beaucoup de grâce et de finesse dans cet espèce de Léonard de Vinci tudesque. Dans quelques compositions, il arrive presque à la beauté par le sentiment.
La collection de ÎM. de Arozarena, fruit de grands efforts, recueillie sur différents marchés d'Europe, vient d'être dispersée de nouveau. Chaque pièce est marquée, et comme il est dans l'intérêt général que les amateurs puissent annoter leurs catalogues, nous donnerons la suite complète des prix de vente dans les nuiiiéros suivants.
A propos de marques et de cette dernière vente, nous