‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 38 sur 54 · MOUVEMENT DES MUSÉES · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DES MUSÉES

I-e musée (Je l'hôtel de Cluiiy vient d'ajouter uue neuvième couvoniie aux huit couronnes d'or visigothes du vii'^ siècle qu'il possédait déjà. La réunion seule de ces monuments d'une grande rareté place le musée de l'hôtel de Cluuy au premier rang. On sait que les huit premières ont été trouvées à la fuente de Guarrazar , près Tolède , en 1858; les fouilles en avaient mis au jour quatorze ; six plus ou moins endommagées, dit-on, ont été fondues à la Monnaie de Madrid; les autres sont maititciuint à l'abri de ce danger. La neuvième a été découverte non loin de l'endroit qui avait donné les premières, avec quelques fragments également en or: un beau fleuron , des bouts de chaîne et deux maillons ciselés, qui ont évidemment appartenu aux chaînes de suspension de la plus grande de celles que nous possédons, qui porte, suspendues en forme de pendeloques, les lettres composant le nom du roi Recesvinthus.

Le bandeau de la iiouvelle couronne est une sorte de treillage composé de trois cercles réunis par des attaches verticales; chaque point d'intersection est orné d'un chaton contenant un saphir ou un fragment de nacre , et à l'intérieur de chaque maille se balance une petite pendeloque en or tenriinéc par .une perle fine. Elle est, comme les autres , susp(îndue par trois chaînes d'or qui se réunissent sous un double fleuron; uue quatrième plus longue, pendant au milieu, porte à son extrémité une croix d'or ornée sur ses deux faces de saphirs et de nacre, comme la couronne elle-même. A l'extrémité des branches de la croix sont attachés des saphirs en forme de poire, traversés par un fil d'or. Le tout pèse un peu plus d'un demi-kilogramme ; les piei'res sont au nombre de cent di.x-ncuf.

On a beaucoup écrit, sans rien dire de bien satisfaisant, sur ces couronnes d'or de l'époque gothique. Elles étaient si nombreuses au vu" siècle, que, lors de la prise de Tolède par les Arabes , on assure que les églises en renfermaient quinze mille ; reste à faire la part de l'exagération.

La cathédrale de Mouza, Saiut-Ambroise de iMilan

N" 3. MAI 1861 .j

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et le trésor de la basilique de Saint-^Iarc de Venise eu ont possédé un certain nombre; elles étaient appelées Ciccadeli, — Cicendelarius hebdomadarius, — dit un acte du temps , et servaient d'ordinaire à suspendre des lampes. Kous reviendrons sur ce sujet.

— Le musée de l'hôtel de Cluny a fait quelques bonnes acquisitions, à la vente de la collection du prince Soltilioff, en monuments religieux pour la plupart, croix, crosses, châsses, reliquaires et vitraux peints; non pas ce que nous aurions voulu , mais il faut être modeste, Ros lecteurs trouveront signalées dans la liste des prix d'adjudication de cette collection, que nous donnons plus loin, les acquisitions faites par le conservateur, M. Dusommerard.

— M. le duc d'Hamilton a fait don au même établissement de deux belles figures eu marbre blanc , deux de ces moines pleureurs qui ornaient autrefois le tombeau de Philippe le Hardi dans la Chartreuse de Dijon. Il est peu de monuments qui fassent [ilus d'honneur à l'art frani;ais de la fin du xiv siècle que cette suite de personnages si variés d'aspect, touchants ou expressifs dans leurs longs jets de draperie. Des quarante statuettes qui décoraient le tombeau de Philippe le Hardi , beaucoup manquent à l'appel ; le musée de Cluny eu possédait déjà deux; il serait intéressant de les savoir toutes réunies à Paris ou à Dijon. Aussi louerons-nous surtout l'attention délicate du noble donateur , d'avoir voulu conserver à la France des monuments qui ont pour elle un intérêt tout particulier. — Les deux figures données au musée de l'hôtel de Cluny avaient été payées 1,550 fr. à la vente de la collection Rattier, en 1859.

— Deux beaux ivoires, provenant également de la colleclion du prince .Soltikoff, sont entrés au Louvre. L'un, une grande Vierge en ivoire, qui avait appartenu à M. Lenoir , et plus tard à M. Sommeson, a été payée 15,200 fr., vivement disputée par M. le duc de Blacas. Elle ne s'était, je crois, vendue que 3,000 fr. lors de sou dernier passage aux enchères. C'est une belle pièce, sans cependant avoir rien de bien piquant, comme il est facile

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d'en juger mainteuant, en la comparant aux autrt s sculptures du même genre q ii sont au musée. Peut-être n'est-clle autre que celle qui fii^urait dans la deu\ième armoire du trésor de Saint- Denis, décrite dans l'inventaire : « Vue image de Noire-Damc, faite d'i/voire. couronnie d'or, enrichie de pierre!: précieuses. » Nous croyons même nous rappeler qu'il avait été question de sa revendication par l'Étet, lors de sa dernière apparition à la salle des ventes, en janvier 1848.

L'autre ivoire, le couronnement de la Vierge, est d'un beau sîyle, niais laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la conservation. Les couronnes sont mutilées et les bras de la Vierge manquent. Si le Louvre l'a achetée pour le musée des Souverains, sur la frivole assertion du catalogue que ce groupe représentait Philippe III et Marie de Brabant, sa femme, c'est une grave erreur, contre laquelle aurait dû se mettre en garde le catalogue lui-même, qui, pour légitimer les l>ars dont le manteau de la Vierge est semé, a inventé une union de la Lorraine avec le Brabant, qui n'a jamais eu lieu. M. le directeur général des musées n'est pas oiiligé de savoir tout cela ; mais les conservateurs devraient s'y connaître.

Ce groupe provient d'une église de Saint-Jean de Slaurienne, en Savoie, ou il a été acheté il y a quelques années par un négociant français. L'adjudication, poussée jusqu'au prix excessif de 30,000 fr. , nous fait regretter bien plus vivement encore la belle chasse de Limoges, ornée de sculptures en ivoire; d'une importance bien autrement considérable pour l'art français du xii« siècle, à qui elle appartient. '

M. le comte de ÎVieuwcrkerke semble attacher un peu de coquetterie à sa présence aux ventes publiques; il n'y vient pas souvent, ma s il aime à s'y faire applaudir. Les manifestations de ce genre sont d'un goût douteux ; il y avait, du reste, beaucoup d'ironie dans celle qui a été provoquée par cette dernière adjudication. Tout le monde savait que le groupe du couronnement de la Vierge était resté quinze jours au Louvre il y a quelques années, et que l'administration avait refusé d'acheter pour 5,000 fr. ce qu'elle payait aujourd'hui 30,000 fr.

M. le directeur général des musées ne paraît pas non plus se douter des dangers de sa présence dans les ventes publiques. Elle est toujours l'indice d'une démonstration énergique et il y vient avec une bonne foi naïve qui ne laisse pas que de r.gouir fort les intéressés. Comme il connaît mal ce terrain où on ne laisse rien tomber , ni une parole ni un regard ! Que ne preud-il exemple sur quelques-uns de nos plus riches amateurs , qui s'entoureut de précautions inlinies pour qu'on ne puisse ni pénétrer leurs secrets ni deviuerleurs préférences' Le temps de la conliance est passé ; ici tout se vend . s'escompte et se paye.

— Ce qui restait de la collection Campaua, c'est-à-dire la partie la plus nombreuse , vient d'être acheté par S. x\I. l'Empereur, qui avait envoyé à Home à cet effet MM. Léon Renier et S. Cornu. M. le directeur général des musées est allé présid.r à son transport en France. Une autre fois nous entretiendrons plus longuement nos lecteurs de cette nouvelle acquisition. Si nous avons a y regretter l'absence de quelques pièces d'une rare beauté , elle abonde encore en monuments d'un intérêt historique cousidérable.

- Nous avons un errata

faire au sujet des obser-

vations de notre dernier bulletin sur les catalogues du musée du Louvre. Celui de la collection des marbres antiques a été réimprimé en 1848 et ne manque que depuis huit ou dix ans. Pour le catalogue des émaux, dont nous annoncions le prix à un franc cinquante cen- //mc.s-, cela n'est vrai que do la première édition; la seconde se vend trois francs. Rien n'y a été changé que le prix, ce qui confirme notre observation sur les tendances de l'administration des musées à faire payer cher au public l'instruction élémentaire qu'il peut trouver dans ses catalogues. Ou sait que le prix de revient d'une deuxième édition est toujours moins élevé que celui de la première.

VENTES PUBLIQUES

L'hôtel Droiiot n'est plus maintennnt qu'une solitude, et il reste encore à notre bulletin des ventes une assez longue revue à passer des collections vendues ce printemps. Nous prendrons mieux nos mesures pour la saison prochaine. Cependant, comme notre compte rendu des ventes est plutôt fait dans le but de conserver des renseignements utiles aux amateurs que dans celui de contenter une vaine curiosité, il est sans inconvénients que nos entretiens se prolongent après qu'elles sont terminées.

Comme nous l'avons fait autrefois pour les galeries Perregaux, Aguado et du cardinal Fescli , pour la collection d'estampes Debois, nous donnerons la liste complète des prix d'aiijudicatiou des collections Soltikoff et Arozareua. Peu d'amateurs sont nommés dans la première ; ils ava'ent pris des précautions exceptionnelles pour s'y faire représenter ; nous respectons cet incognito toutes les fois qu'un intérêt général ne nous paraît pas intéressé à connaitie entre quelles mains passent quelques objets importants.

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