‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 43 sur 54 · DÉCOUVERTES NOUVELLES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES NOUVELLES

La Fuente de Guarrazar tient à ne pas mentir à son nom, et menace de devenir inépuisable. L'Espagne, comme c'était justice , possède maintenant sa part de couronnes d'or gothiques, puisées à cette source d'iui nouveau genre. Kous remettons à d'autres temps l'iiistoire d'une découverte singulière dans ses détails, qui a mis les archéologues en possession de monuments d'une rare magniliceuce et d'imc grande importance historique.

Les couronnes d'or nouvellement découvertes, et qui viennent de prendre place au Musée de Madrid, spnt au nombre de deux. La plus grande, à peu près semblable par sa forme, sa richesse et son mode de suspension à la belle couronne de Ilecesvintlins, du musée de l'hèlel Cluny, a 208 millimètres de diamètre et son bandeau 53 millimètres de hauteur. Elle est aussi ornée d'une inscription en lettres détachées, formant pendants, de même travail. Un peu moins riche de saphirs et de perles, son inscriptiou est aussi moins complète ; mais les lettres qui restent sont assez nombreuses pour qu'il soit facile de restituer la légende qu'elles étaient destinées à former. Elles sont au nombre de treize, ainsi rangées : t SV ÏI NV REX OFF T.

En combinant ces lettres avec les bouts de chaîne qui tieiment encore au bandeau, les antiquaires espagnols ont pu lire :

t SVLNÏIULANVS KEX OFFEUE'f.

Suintilacst un des rois goths prédécesseurs de ilecesvinde, qui régna à Tolède et sur toute l'Espagne de C21 à 631. La croix placée en téte de l'inscription est d'un travail semblable à celui des lettres, c'est-à-dire formée par un cloisonnage en or d'émail rouge translucide semblable à ce qui nous reste des ornements trouvés dans le tombeau dit de Childéric- La chaîne qui part du nœud de suspension en cristal de roche, et qui tombe perpendiculairement, devait porter à sou extrémité une croix dout il ne reste qu'uu fragment.

La seconde couronne, beaucoup plus petite, est suspendue par quatre chaînes qui se réunissent à un anneau d'or simple; elle a 13 centimètres de diamètre et son bandeau 4 centimètres de hauteur. Découpé à jour, il tient en réserve au milieu deux bandelettes sur lestiuelles on lit l'inscription suivante ;

t Offeret minusculnm s eu Stefano Theodosius abha.

que l'on peut traduire : L'abbé Théodose fait cette petite offrande à saint Étienne. » Huit chaînettes ornccs de perles et de saphirs pendent à l'entour.

Trois autres objets font partie de cette trouvaille : un fragment de couronne, semblable par son travail à celle qui a été achetée en dernier lieu par le musée de l'hôtel Cluny; une émeraude gravée en creux , travail grossier, mais caractérisé, qui peut représenter l'Annonciation, et une croix en or de 14 ceulimèires de hauteur, qui a sans doute ap;)artenu à une couronne votive.

Ou lit sur une des faces de cette croix l'inscription suivante gravée sur les quatre branches :

t In nomiiie Dni nomine Sci offerel Luceiitius: i.

Les caractères de cette inscription et ceux de la petite couronne présentent un grand intérêt au point de vue paicographique.

— On lisait dernièrement dans \e Moming-Chronilic les détails suivants sur des fouilles exécutées dans la Cyréuaïque par deux officiers anglais en garnison à Malte ;

Munis d'un firman de la Porte qui autorisait leurs recherches, le lieutenant Smith, du génie, et le lieutenant Porcher se firent débarquer sur la côte d'Afrique, et s'avancèrent dans l'intérieur jusqu'aux ruines qu'ils devaient explorer. Là, ils s'établirent dans un vaste tombeau antique , seul abri qu'ils purent trouver. Après quelques jours d'examen, ils résolurent de fouiller les ruines d'un temple, où ils furent assez heureux pom" découvrir une statue colossale de Baeehus eulaut dans un état de conservation remarquable. Ce premier suc-

GAZETTE ET BULLETIN

cès fut suivi de la rencontre de sept autres morocaux de sculpture. Après avoir épuisé cet endroit, les deux officiers fouillèrent un autre temple d'Apollon , ou tout nu moins situé près d'une source connue sous ce nom par les voyageurs. Là, ils découvrirent un véritable nid de statues entassées pêle-mêle à une i)rofondeur de 10 à 1:2 pieds. Voici les principales :

1" Une statue de 7 pieds de haut, paraissant représenter Apollon, avec le serpent à ses cotés. Cette statue, autant qu'en peuvent faire juger les reproductions photographiques, semble être de la meilleure époque de l'art grec et dans d'excellentes conditions; 2" un groupe formé de la nymphe Cyi ène et d'un lion qu'elle étrangle, sujet mythologique aj aut trait à la fondation do la ville. Ce groupe archaïque , très-intéressant à cause du sujet, provient d'un temple consacré à la déesse de la cité ; j" nue statue de même grandeur, qu'on reconnaît être un portrait de roi au diadème qui lui ceint la tête. Au total , les explorateurs ont découvert jusqu'à présent douze statues, dont trois colossales. Outre ces statues, six têtes ont été trouvées, ainsi qu'un certain nombre d'inscriptions. Tous ces morceaux ont été transportés à la côte parles soins des officiers et des matelots de V Assurance, et transbordes à ^lalte sur le Siipply, qui les a débarqués à Woolwicli.

— L'exploration des villes antiques de la Pbénicie, par M. Ernest l\euan, promet à la France des résultats digues de l'esprit émiueul qui la dirige et de la haute innuence sous laquelle cette expédition a été conçue. Byhlos, Saida , Geibeil, Tyr et Sidou, ont été visitées par une petite armée de travailleurs , et nous verrons bientôt se grouper, autour du beau sarcophage d'Eschniunazar qui est au Louvre, des médailles et des inscriptions phéDicinnnes, des bas-reliefs où se fait sentir l'inlluence égyptienne qui suivit la conquête de Tyr par les Perses, et ces beaux sarcophages de marbre blanc en forme de gaines à têtes sculptées de style gréco-phénicien, mais essentiellement particuliers à la Pbénicie, qui ont été découverts dans les nécropoles de Sidou et de Sour.

Quatre sarcophages phéniciens, donnés au iNIuséc du Louvre par M. Guil. Keyi t exposés depuis peu, peuvent donner un avant-goùt dès aujourd'hui des monuments précieux que rapporte H. Ueuau.

I.I.STi-; DES PRIX l)'ADJUDICATIO^' DE LA COLLECTION SOLTYTCOF.

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