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TROISIEME ANNÉE

\je Cabinet de l'Amateur contiendra dans ses prochaines livraisons :

Les Artistes milanais du seizième siècle. — Orfèvres", graveurs sur pierres dures et tailleurs de cristaux; armuriers, ciselrân et damasquineurs sur fer.

L'Ahmorial des bibliophiles.

Eraclius, de Artibus Itomanorum, traité inédit sur les arts du dixième et du onzième siècle.

Marc-Antoine Raimondi, graveur sur bots [facsimilé de ses gravures sur bois d'après Raphaël).

Histoire de la faïence française. — Marques et monogrammes.

Histoire db la porcelaine française. (Suite.) Les Amateurs d'autrefois. — le cardinal Mazarin; Bonnier de la Mosson; Pierre- Jean Mariette.

Etat civil des artistes français. — Documents inédits.

Lk MaIthe aux Dauphins et les livres illustres publiés à Venise. (Suite.)

Du Commerce des objets d'arts. —Les faussaires. Les Ventes publiques d'aujourd'hui. — De la coalition des marchands ou liévision.

MOUVEMENTS DES MUSÉES

— Le brusque déplacement des tableaux de M. Ingres, qui occupaient la place d'honneur au musée du Luxembourg . a produit une certaine agitation dans le monde des arts.

Quel besoin violent M. le marquis de Chennevière- Pointel éprouvait-il de faire parler de lui? D'où vient cette témérité, sans prendre l'avis d'un tel artiste, de reléguer dans une salle obscure, étroite, écartée, où il n'est plus possible ni de les voir ni de les étudier, des œuvres magistrales destinées à réuuir autour d'elles la foule des élevés et celle des curieux ? A-t-il voulu rappeler l'illustre artiste au respect de la Direction des Musées, et lui faire sentir qu'on n'est pas impunément d'un avis contraire au sien, jusque dans le palais même où le souverain vient de l'appeler à siéger, au milieu du premier corps de l'État?

Nous savons que M. Ingres a réclamé avec vivacité contre cet ostracisme, mais la bureaucratie aura-t-elle tort une fois dans la personne de M. le marquis de Chennevière-Pointel? Là est la question. Ce qui est certain, c'est que laisser les tableaux de M. Ingres à la place qu'ils occupent aujourd'hui équivaut û une suppression.

Ce n'est pas la première fois qu'un fait semblable se présente, avec moins d'éclat toutefois. La direction des Musées coupe, rogne, roule souvent les toiles de la façon la plus douloureuse pour l'art et pour les artistes.

— Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale a livré dernièrement à l'admiration des amateurs les trésors qui lui ont été donnés par M. le duc de Luynes. On a beaucoup remarqué les vases grecs d'une fraîcheur et d'une beauté particulière, les armes, les pierres gravées, les terres cuites et les bronzes; mais un torse de Vénus, semi-colossal, marbre grec de la plus belle époque , a réuni tous les suffrages.

Grilce à quelques séries uniques que rontieut le mé- :

Tous drwts

GAZETTE ET BULLETIN

daillier de iAiyncs, celles entre autres des médailles a légendes puniques et orientales, des médailles de Chypre et des médaillons grecs portant des noms de graveurs, notre cabinet de France, qui s'était laissé distancer par l'activité prodigieuse qui préside à la direction des médailliers de I-ondrcs, de Berlin et de Saint-Pétersbourg, vient de reprendre sa place à la tête des collections européennes.

Nous regrettons que l'administration de la Bibliothèque n'ait pas fait les frais d'une notice sommaire qui eut fourni au plus gTand nombre des visiteurs des explications capables de leur faire bien apprécier l'importance des monuments donnes par M. le duc de Luyncs.

Pour visiter les collections nouvelles, il est nécessaire de s'adresser à l'administration de la Bibliothèque, qui délivre des cartes d'admission. Des travaux en voie d'exécution n'ont pas permis au Cabinet des médailles d'ouvrir ses portes à tout le monde.

Point de catalogue , et avoir besoin d'écrire une lettre, sont deux choses toujours fâcheuses : il nous faudra bientôt tin formulai rc ad hoc. L'obligation de demander implique à la rigueur le droit de refuser, ce que nous ne saurions admettre.

Depuis deux ans déjà, par suite de travaux suspendus aujourd'hui , les collections de la Bibliothèque sont fermées au public visiteur. Il n'est guère probable que la reconstruction entreprise soit terminée avant quatre ou cinq ans, et, d'ici la, toute une génération déjeunes artistes, les étrangers et le public, seront empêchés de voir la plus belle collection de pierres gravées antiques qui existe au monde, et beaucoup d'autres merveilles.

Ou oublie trop en France, et ce n'est pas le public, indifférent, hélas! qui en fera ressouvenir l'administration, — que les musées sont des écoles où se forme le goût, — que c'est en les visitant souvent que le public

s'initie à la connaissance des monuments des arts,

que leurs richesses sont une des magnificences de la France dont il ne faut pas refuser la vue aux étrangers, — et que c'est le plus souvent au milieu des chefsd'œuvre réunis dans les collections publiques, que se déclare la vocation de quelques natures prédestinées.

On se plaint de l'affaissement et de l'infériorité croissante de nos arts industriels; peut-être faut-il l'attribuer à cet amoindrissement de publicité, à cette nuit qui se fait peu à peu autour de nos collections nationales.

— Le musée du Louvre a fait l'acquisition d'un certain nombre d'objets antiques d'or. Une bague , des figurines, et des amulettes d'un travail purement égyptien, sont des spécimens d'orfèvrerie remarquables.

D'autres objets de stylo gréco-égyptien , entre autres deux sceaux de Ptolémce Epiphane, sont, dit-on, intéressants.

— Le même établissement vient de faire l'acquisition d'un certain nombre de vases grecs d'ancien style, provenant des fouilles que fait exécuter, daus l'île de Bhodes, depuis plusieurs années déjà, un de nos amis, artiste distingué, M. Saltzmann. Nous avons parlé l'an dernier des découvertes intéressantes de M. Saltzmann: comme il est lié par un contrat avec le Musée Britannique, c'est là malheureusement que se dirige le premier choix des monuments trouvés par notre compatriote.

— La belle collection de faïences françaises de M. Le Vcel vient d'entrer au musée de l'hôtel de Cluny . son acquisition, faite aux conditions les plus honorables, réalise un des plus chers désirs de l'artiste qui IVait formée, — elle ne sera pas dispersée.

Une salle nouvelle doit être consacrée à ces suites céramiques intéressantes pour l'histoire de nos arts industriels. La collection de M. Le Véel abonde en productions d'un très-beau choix, sorties des vieilles fabriques de Rouen, de Nevers, de Moustiers, de Lunéville, de Strasbourg et de Sceaux.

— L'abondance des matières nous force de renvoyer à un prochain numéro les pièces d'une polémique nouvelle qui vient de s'élever entre l'administration provisoire du musée Napoléon III et l'administration des musées du Louvre. Quelles sont les qualités de M. Alfred Darcel, à quel titre prcnd-il la plume pour attaquer MM. Léon Régnier et Séb. Cornu et pour leur répondre, comme quoi est-il attaché à l'administratiou : c'est ce qu'il oublie de nous dire.

M. Darcel nous annonce que l'administration des musées, pour bien faire connaître au public l'inexpérience de ses adversaires et le nombre des monuments faux que contenait la collection Cnmpana, a résolu de les réunir et de les présenter au public dans une salle particulière : — cette décisiou extra-administrative nous plaît ; elle uous permettra, par la même occasion, de passer une revue critique des acquisitions faites depuis quelques années par les conservateurs du Louvre,

Il faut ainsi s'entr'aider et s'instruire.

— Par décret impérial, en date du 14 mars dernier, rendu sur In proposition du ministre de la maisou de l'Empereur, M. Barbet de Jouy, couservateur- adjoint du musée des antiques et de la sculpture moderne, a été nommé conservateur du musée des Souverains, en remplacement de M. le comte Horace de Viel-Castel.

\jy sortie du Louvre de M. de Viel-Castel, parent et ami intime de M. le comte de Nicuwcrkerke, a de nouveau fait courir le bruit de la retraite de M. le Directeur général des musées, qu'il avait été question un moment de remplacer par M. Kug. Delacroix.

— On annonce la publication du catalogue des monuments égyptiens du musée du Caire. Il y aura deux livrets, l'un imprimé en français, l'autre en arabe.

Il serait asssez piquant que le musée du Caire eût son livret avant le musée du Louvre.

Nous verrons bien. — L'administration des Musées français, pour ce qui est des catalogues, mourra dans l'impénitence finale.

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