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LES FOURBISSEURS DE TOLÈDE

'EST un beau sujet à traiter que l'histoire de Cépée, non pas, comme on pourrait le croire, au point de vue d<> sa puissance, mais seulement à celui <le sîi fabrication. Pendant tout le moyen âge on a excellé ;'i forger, à corroyer le fer et à lui donner une trempe excellente. En cela on poursuivait un des idéals de l'époque, et les chroniqueurs, les romanciers ne nous auraient pas conservé avec tant de soin le souvenir des prouesses de beaucoup de ces lames illustrées, que les preux se transmettaient en héritage comme les armes d'Achille, s'ils n'avaient su flatter un des goûts les plus vifs de leurs contemporains.

L'épée, ce gatgne-paùtf comme on l'appelait au quatorzième siècle, était à la fois un objet de première nécessité et un luxe suprême ; les bonnes étaient enviées, recherchées avec passion ; on ne les quittait qu'avec la vie. Qui ne rêvait au bonheur de pourfendre, de l'occiput au coccyx, un ennemi couvert de fer et d'en voir tomber les deux parts de chaque côté de son cheval? Il y avait alors beaucoup de fabriques célèbres, d'artistes mystérieux, de pratiques secrètes qui enflammaient les imaginations. Mous écrirons peut-être un jour cette légende des épéesdu moyen âge, pleine de féerie et de merveilleux. Aujourd'hui c'est un intérêt plus positif qui nous guide : il ne s'agit uniquement que démettre entre les mains de tous les amateurs les marques et les noms des fourbisseurs de Tolède, qui nous ont été conservés par un écrivain espagnol du siècle dernier, et d'y réunir les quelques notions qui se rattachent à cette fabrique.

La célébrité des épées de Tolède ne nous semble pas remonter plus haut que la seconde moitié du seizième siècle ; il n'en est question que très-tard chez les écrivains. Rabelais, curieux et recherché dans tout ce qui pouvait singulariser et donner du relief à son style, ne cite que celles de Valence et de Saragosse, cliap. vin du Gargantua : « Son espée ne feut Valentianne, ni son poignard Saragossoys. » On sait que l'épée que François 1" perdit à Pavie (elle devait être

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choisie parmi les meilleures) avait été faite à Valence, et un écrivain militaire italien, en i566, ne citait encore que cette dernière fabrique dans l'énumération des officines les plus célèbres de son temps. I^es épées de Tolède, en effet, ne sont que de simples estocades, qui ne pouvaient présenter qu'un médiocre intérêt à une époque où les hommes d'armes, couverts de fer, avaient besoin, dans leurs chocs, de glaives solides et pesants. La fureur des duels, l'épée passée à l'état d'objet d'art, la mode des rapières, pouvaient seuls mettre en relief l'élasticité merveilleuse et la finesse de leur trempe.

11 est positif, cependant, que l'on fabriquait d'excellentes épées à Tolède, au quinzième siècle, et nous avons pu observer au Musée de Bruxelles une lame à la marque du per/ïl/o et portant la date de 1 44 » •

Sous le règne de Charles-Quint, qui aimait les belles armes avec passion, Tolède devint le rendez-vous d'une foule d'habiles ouvriers, accourus des différentes parties de l'Espagne , et qu'y attirait la réputation des eaux du Tage pour la trempe des armes et aussi le voisinage du prince amateur qui en avait fait sa résidence habituelle.

Mais, avant de poursuivre le peu qui nous reste à dire, nous plaçons ici l'explication des marques de fabrique du tableau ci-contre : elle contient l'énumération des fourbisseurs qui ont travaillé à Tolède pendant le seizième et le dix-septième siècle. Ces renseignements nous ont été conservés par don Francisco de Santiago Palomar^s dans un écrit court, mais substantiel, intitulé : Noticiade la fahrica de espadas de Tofedo, que pur lantos siglos existio, fuista el fine de/ xvn, etc., etc. ; il n'a pas encore été publié. Ix*s poinçons originaux étaient encore au temps de Palomarès dans les archives de la municipalité de Tolède. C'est presque un document officiel.

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