DÉPART., UN AN, 44 FR
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VENTES PUBLIQUES
En dépit de l'encombrement quotidien de l'hôtel Drouot, les rentes ont été languissantes pendant toute la première partie delà saison d'hiver. Nous achevons aujourd'hui l'odyssée desdm/ Raphaël* de l'abbe Nicolle, qui ont été vendus le 25 janricr; les peiutujres anciennes de M. Erédéric Villot, ancien conservateur des tableaux et secrétaire général de notre musée du tourte, vendues quelques jours apres,ont fourni un digne pendant a cette ridicule opération. Le Moniteur disait bien que lavent»' Villot <> serait sans peiue la plus brillante de la saison, et que les initiales F. V. caebaient un amateur plein de goût, qui était en même temps un calalographe des plus érudits. » C'est peut-être catalogoyraphe qu'il faudrait dire; mais le public a pensé, lui, qu'il était d/ffi cite, au célèbre conservateur que nous savons des Raphaelset desHubeus, desc donnera meilleur marché un brevet d'incapacité plus notoire. L'abbe Nicollc n'a pas eu de chance d'arriver le premier. Trente tableaux aucieus, décorés de noms splendidcs par M. V illot, ont produit la somme de huit cent cint/uante francs. Paul Véronèse, son maître Badile et Bibera, se sont ven lus 30 fr. chacun, Bouchar u fr., Fragonard 20 fr., Largillière 13 fr., Lepicié 12 fr. et l'aima le vieux trois francs cinquante centimes. Nous en passons et des meilleurs. Un portrait delà fille de Titien, compendieusement décrit et illustré, peint par Titien lui-même, dit le catalogue, s'est vendu 410 fr., et la perle de la collection, qui se composait de 4'J tableaux anciens et modernes, un Paul Veronèse, dans les à peu près, a été acheté 3,050 fr par M. ReizetC'est d'un très-bon collègue. C'est une fiche de consolation que M. Rcizct aura voulu donner au conservateur qu'il a remplacé : espérons cependant que l'acquisition n'a pas été laite pour le Louvre.
Le flot des chinoiseries a continué d'inonder le marché. On commence henreusemnit a s'en débouter, ou
tout au'moins à.rne plus y mettre de grands prix. Des arrivagesconsiilérables sont annoncés pour la saison prochaine, et il faut s'alteu lre à voir baisser rapidement les cours, déji diminués de moitié malgré les artifices déployés pour les soutenir.
Nous sommes habitués aux caprice» de la mode : tout est heur et malheur; les chinoiseries encombrent aujourd'hui les trottoirs, au pas des portes où se font des ventes mobilières, et les grossières productions de Neversetde Saint-Clément, qu'elles remplacent, trouvent tin asile jusque dans les boudoirs des petites-niaitresses. J'espère qu'on a soin de les passer à l'eau bouillante avant de le* y placer. Nous avions autrefois la haute curiosité: on appelait ainsi tout ce qui avait servi au luxe mobilier du dix'-hultièmc siècle ; le goût est aujourd'hui à la basse curiosité^ à la céramique sans goût et sans grâce, arrachée aux dressoirs (les auberges de province et des marchands de friture, à la bonne paysannerie réaliste, la seule vraie, en somme. Les rentes spéciales de faïences françaises ont été inaugurées cette année et elles ont été nombreuses. Cela ne s'était pat encore vu. C'est a M. A. Bnuard, qui appartient, je crois, au Conseil d'Etat, que revient l'honneur d'avoir, le premier, fait part au public des trésors de Rouen, Moustier, Slrasliourg, Delft, Nevers, Sceaux, Marseille, Niederwiller, qu'il avait collîgés. Prcsqueen même temps, un aimable poète, Gustave Mathieu, a vendu lui-même, pendant deux jours, une collection plus nombreuse que choisie. Enfin, M. le baron Ch. Davilleret son frère, deux jeunes banquiers désormais célèbres en ce genre, ont littéralement encombre la place par deux ou trois ventes successives des plus médiocres productions. L'excès parait avoir produit un résultat salutaire : on commence à se moquer de tout cela, et il n'en sera guère question l'an prochain. Ce qui nous étemie, c'e»l le grand nombre des pièces usées, écornées oj» rompues, que les nouveaux amateurs admettent dans
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GAZETTE ET BULLETIN
leurs cabinets. Nous ne les suivrons pas dans le détail des bonnes folies qu'ils ont commises dans ces ventes, nous préférons emprunter au grave Moniteur universel un témoignage du dérangement que la faïence française paratt avoir occasionné dans quelques cerveaux; on comprendra, dès la première strophe, à quelle occasion ce dithyrambe en prose a été écrit:
« Une exposition d'objets d'art anciens vient de s'ouvrir a Êvreux, à propos du concours régional , ainsi que dans la plupart des villes de Normandie ; une large place devait être réservée à la céramique, qui fut une gloire du pays.
■ De ce côté, l'exposition d'Évreux peut rivaliser avec deux expositions ouvertes à trois ans de distance, celle de Rouen et celle de Bernay.
• La céramique rouennaise s'y montre dans tout sou éclat, et on s'explique U présence des érudits qu'elle amène, comme aussi la Toi des enthousiastes qui ont fait monter cet art robuste au prix du Sèvres le plus délicat.
« Il en est des faïences de Rouen comme de la littérature du grand siècle. Tourmentes, révolutions, modes, peuvent faire méconnaître momentanément la gloire de Molière, de Pascal.de la Bruyère; les esprits altérés viendront toujours se rafraîchir à ces sources.
« L'ornementation de l'époque a le même caractère, car tout est solidaire , et la chaîne que tient un Bigaud ou un Largillière va de Paris à Rouen, faisant circuler ces rayonnements et ces pompes dont subissent l'influence les potiers Poirel de Grandval et Poterat.
« L'art rouennais s'inspire à la fois du Japon et de la Hollande. Les lettres patentes sont précises par lesquelles les potiers sollicitent de Colbert le privilège de fabriquer des faïences ou porcelaines à Yimitathn de celles de Hollande; mais Poirel de Grandval s'inspire de la Hollande comme son compatriote Corneille s'inspirait du Cid, et ce qui vient de l'Espagne et du Japon, le poète et le potier en font du normand : quelque chose de grand, d'éloquent, de radieux, de calme et de majestueux à la fois.
« Deux époques bien tranchées sont à distinguer dans l'art de Rouen. La première manière des potiers, d'un bleu monochrome, presque sévère, s'imprime dans de grands plats que l'austère Port-Royal n'eût pas repoussés.
« La seconde période, qui commence aux premières années du 18° siècle, est moins sévère; mais c'est toujours du grand art. Le jaune, le bleu, le rouge, y jouent des trios de coloration pleins d'allégresse et de sérénité.
« Nulle part en France la couleur n'a été employée avec tant de maîtrise. Peu de variations en apparence dans l'ornementation ; c'est la fameuse corne d'abondance avec ses gerbes de fleurs; tantôt des oiseaux, tautôt des papillons se jouent sur des fleurs; quelques dragons se mêlent a des mandarins ; ici des saints et des saintes apparaissent calmes dans de riants paysage» normands; moins de variantes encore dans la coloration, où dans les quadrillés des marlvs se joueut trois ou quatre tons. Mais quel charme pour les yeux que ce rouge d'oeillet emprunté aux Hollandais, qui prend un nouvel éclat sous les pinceaux des potiers normands I
« Art peu varié qu'on ne se lasse pas d'admirer, pas
plus qu'on ne se lasse de certaines formules musicales qui reviennent sans cesse dans l'orchestration d'un Haydn, pas plus qu'une mère de famille ne se lasse de la ressemblance de ses dix enfants.
« La faïence normande a le privilège d'éveiller le sentiment du solennel et du robuste à la fois; elle a de l'analogie avec la race de ses chevaux. Ceux qui ne sont frappés ni par le dessin ni par la couleur doivent l'être par la taille de ces belles pièces et l'harmonie que laisse dans les yeux le bleuâtre émaillé de la terre.
« Dans cet ordre, Ëvreux montre des pièces d'uoe riche importance, et les curieux iront voir cette belle exhibition qui favorise les efforts de l'art industriel moderne.
■ Il y a dix ans à peine que l'industrie de la faïence était absolument perdue en France. Rouen, qui comptait encore cinquante fabriques en activité sous la Bévotation, les avait vues disparaître une à une. Nevers et quelques villes d'Alsace seules continuaient une fabrication grossière et sans intérêt
■ De Paris est venu le réveil : vingt fabricants se sont groupés autour du drapeau de la céramique pour lutter avec les produits des manufactures anglaises. Nevers ouvre une école professionnelle destinée à l'enseignement de la fabrication delà faïence. Cuisson, transparence des émaux, décors nouveaux, autant de longues recherches; mais l'art industriel est à la piste. Il furète et il cherche; il réfléchit, étudie, produit, et trouvera, il faut l'espérer, un style appliqué à nos besoins, le style de la seconde moitié du 19* siècle.
« Dans CCS grandes aspirations de l'art industrie, toute exposition a son utilité qui montre les chefs-d'œuvre du passé. Et ce sera un grand progrès que le jour où le peuple aura sans cesse sous les yeux, dans les objets à son usage, de belles lignes ornementales et de radieuses colorations, car le beau entre par tous les pores, et les plus minces notions du beau, d'où qu'elles partent, ne sont-elles pas uu salutaire enseignement? »
L'article n'est pas signé, c'est dommage.
Quelques ventes plus dignes de l'attention des véritables amateurs sont venues faire diversion à toute cette dépense de mauvais goût. La première en date est celle des tableaux, esquisses et dessins d'Eugène Delacroix- Il est difficile, pour qui n'y a pas assisté, d'imaginer l'enthousiasme soulevé par l'exposition des œuvres de l'illustre artiste et la chaleur avec laquelle, pendant tout do mois, on s'est disputé ses moindres productions. Il faut dire que les dessins seuls, au nombre de six millt, représentaient le travail de toute sa vie, et que jamais il ne s'était montré plus grand et plus sympathique que dans cette exhibition posthume.
Après Eugène Delacroix est venu Prudbon, représenté, lui aussi, par plus de deux cents esquisses et dessins, qui avaient été conservés jusqu'à nos jours dans h famille de M. de Boisfremont, son élève et son ami; notre propre collection, que nous devons citer, puisque les amateurs ont paru l'accueillir avec faveur, et celle des tableaux de Meissonier, réunis par M. Paul Demidoff.
Notre prochain Bulletin contiendra la liste des prix d'adjudication de ces ventes principales ; il en est quelques autres que nous passerons en revue auparavant.
Le cabinet de feu M. Michelih, de Provins, vendu à Paris dans les premiers jours de mars, contenait, comme U plupart des collections provinciales, beaucoup d'objets sans valeur, un certain nombre de monuments dont l'intérêt local fait tout le mérite, mérite qui se perd par le déplacement, et enfin quelques pièces précieuses parfaitement reçues partout.
L'objet rare de la collection Michelin était une horloge de bureau en cuivre doré et gravé, à mouvement astronomique. Le pourtour était décoré de sujets bibliques, peints en émaux de couleurs rehaussés d'or. On lisait sur le cadran : Foltvet, à Limoges, nom d'artiste limousin qui manque au catalogue de M. l'abbé Texier.
Cette horloge, que l'on croit unique, a été publiée dans Y Album des arts au moyen âge Ai M. Dusommerard ; eue fait partie maintenant de la collection de M. le baron James de Rothschild. Adjugée au prix de 2S,60O fr.