LA LÉGENDE DES CINQ RAPHAELS
DB L'AfiBM NICOLLB.
VSuttt.)
Je ne sais comment, ni pourquoi, au commencement de 1863, l'abbé et mademoiselle Elisa se retrouvent à Rome, montrant toujours leur Raphaël « authentiqué par toutes les autorités artistiques de l'Europe. »
0 merveille de l'art religieux! autour de ce chef-d'œuvre, il était tombé du ciel quatre autres Raphaël», tous également authentiques et parfaitement signés!
GAZETTE ET BULLETIN DU CADINET DE L'AMATEUR
Là-dessus, qui ne serait saisi d'une mystique ardeur! L'abbé et sa sœur entreprirent une nouvelle campagne. On n'avait pas eu l'air de croire beaucoup à un Raphaël, mais c/irç Raphaëls, c'est l'évidence! Le Paris sceptique, Usera convaincu, cette fois.
Avec cinq Kaphaëls, on ne peut descendre ailleurs qu'au Grand Hôtel. Voila donc mademoiselle Élisa, cinq Raphaëls, l'abbé Nicollc, et sans doute d'autres abbés que uous reocontrerons tout à l'heure, installés ensemble au Grand Hôtel, vers la On de l'anuée dernière. Ils n'y font pas trop de bruit, mais de la besogne, à ce qu'il parait. Si bien que, le 12 décembre 1863, une ordonnance du président du tribunal civil de la Seine ordonne la vente aux enchères publiques de « sept tableaux, appartenant à mademoiselle et à M. l'abbé ISicolle, » savoir les cinq Raphaëls, un paysage de Claude Lorrain, et un Capucin méditant, « œuvre d'un graud maître italien. »
Pourquoi donc forcer ainsi mademoiselle Élisa et l'abbé son frère ? Les ventes publiquessont chanceuses. Qui sait si la Mort de saint Joseph atteindra seulement aux enchères à Paris le million qu'elle atteignit à Londres, l'an dernier ? La bourse des amateurs sera-t-elle assez garnie pour fournir ainsi subitemeut les sommes colossal es que peuvent valoir cinq Raphacls, un Claude et un Capucin ? Les tribunaux sout impitoyables vraiment! Quand on aurait emprunté à des âmes pieuses 40,000 fr. sur un chef-d'œuvre de Raphaël, quand on aurait contracté quelques dettes à la garde de pareils trésors, est-ce un motif pour ruiner une spéculation si bien patronnée et si vigoureusement conduite ?
Quelle féte cependant pour les habitués de l'hôtel Drouot, quand on vit le petit catalogue jaune et les grandes affiches, annonçant l'exposition desRapbaëls, le samedi 23 et le dimanche 24 janvier 1863, et la vente le lundi 25, — et sans expert ! Les experts parisiens sontils donc si forts qu'on ne saurait faire de bons coups en leur présence? — Sans expert! Tous les experts avaient refusé.
Le samedi arrive. On se précipite dans la salle où les cinq Raphaëls sont rangés sur des chevalets. Tout le monde connaissait déjà la Mort de saint Joseph. Mais les quatre autres ! Pour moi. je ne les avais pas encore vus, et je me mis à les étudier, non-seulement à l'aide de la petite feuille jaune qui donne les titres, mais en consultant uu catalogue explicatif, d'une feuille d'impression, que purent obtenir les raffines et amateurs sérieux.
Donc, après la Mort de saint Joseph, viennent : le Sacré Cœur de Jésus, où « Raphaël laisse loin derrière lui le Christ tant vanté et tant admiré de la Cène de Léonard, où le dessin et le coloris magistral d'un pan de linge rappellent, par l'effet qu'il produit, le rideau de Zeuxis. » Ce qui rend surtout ce tableau inestimable, ce sont « quatre inscriptions dans l'intérieur du cercle qui entoure le buste du Christ, toutes quatre entièrement écrites par Raphaël (comparer avec l'autographe conservé à la Bibliothèque, etc.) >
Le Portrait de la Fornarina, en Diane chasseresse, sur cuivre : ' Nous avons enflu le vrai type, le type frappant de la femme qui a posé pour les madones de Raphaël... c'est-à-dire la vraie Fornarina... qu'on doit appeler Margarita, selon Passavant. Et quelle admirable coïncidence! non-seulement ce portrait estsigné Ra.So.
1517, mais au-dessous de la date on lit un nom incrusté dans la pâte : — Margarita ! ■
Comme je regardais de près cette copie d'un tableautin de Netscher, un gentil petit abbé, imberbe et modeste, une espèce d'Éliacin, eut l'amabilité de me montrer où était la signature et de me faire toucher du doigt Margarita. I) y avait dans la salle deux autres abbés auxquels, sans doute, étaient confiés la M adonna addolorata et le Sacré Cœur de Jésus, comme au jeune Ëliacin avait été confiée la maîtresse de Raphaël, tandis que mademoiselle Élisa s'était réservé la Mort de saint Joseph, derrière lequel elle avançait sa téte futée, répondant avec finesse et solidité aux incrédules et même à des apostrophes grossières qui parlaient de temps eu temps d'une foule mêlée.
Jésus au jardin des Oliviers, sur cuivre, signé du monogramme VR et daté 1517. L'écriteau de la croix portée par l'ange est encore de la main de Raphaël.
La Madone de Douleur, sur cuivre (jamais on n'aurait cru que Raphaël eût tant peint sur cuivre, ni aussi qu'il eût écrit tant d'inscriptions sur les tableaux). Également signé du monogramme YR.
Après les Raphaëls, le Paysage représentant un couvent de capucins et une fontaine est catalogué sans nom d'auteur; mais nous tenons de mademoiselle Élisa, qui eut la complaisance de quitter un moment le lit de mort de saint Joseph pour expliquer ce tableau, qu'il est de Claude Lorrain, et de sa plus belle manière. Le septième tableau, le petit Capucin, s'il n'est pas du Titien, est toujours d'un grand grand maître.
Le lundi, jour de la ventejamais on n'avait vu pareille foule à l'hôtel Drouot, pas même lors de la vente Demidoff, quand les portes faillirent être enfoncées.
La première enchère sur le Saint Joseph est à 6 francs 1 EnOn, avec le temps, plus d'une demi-heure, on monte jusqu'à 1,000, puis à 1,240, et l'adjudication est prononcée.
On se demandait qui pouvait avoir donné 1 ,200 fr. d'un tableau qui vaut à peine une centaine de francs. On assura que c'était un Anglais. Un Anglais prut bien avoir eu cette idée-là, de suivre l'aventure de ces Raphaëls jusqu'à la fin, comme son compatriote qui avait suivi dans toute l'Europe Carter, jusqu'à ce qu'il l'eût vu dévorer par ses lions. Cependant quelqu'un de bien informé prétend que l'acquéreur est une vieille dame, engrenée peut-être dans la machine de l'abbé. Mettons que ce soit elle qui ait donné les 40, 000 francs ; ce n'est rien d'ajouter 12 à 1,500 francs; et quelle fortune le jour où mademoiselle Élisa lui fera vendre le tableau un million!
Le portrait de la Fornarina, 1 00 francs ; la Vierge de Douleur, 1 10 ; le Sacré Cœur de Jésus, 70 ; le Paysage, 50, et le Capucin, 50. Jésus au jardin des Oliviers n'est pas mis sur table, n'ayant pas été compris dans le commandement judiciaire.
Maintenant quel est le mystère caché au foud de cette incroyable comédie ? Et par quelle puissance occulte a-t-clle pu durer si longtemps? par quelle bourse ont été fournies les dépenses considérables de voyages des personnes et des tableaux, de séjours dans les grands hôtels, de publicité, etc. ? Il n'est pas impossible qu'on entende encore parler de cette affaire, et même qu'on ne revoie encore quelque part la Mort de saint Joseph. W. B.
r aki». — uirniitiui: oc ac. Lvué rr t. hwaiui, rce i»es simsi-fcus , 19.
SOMMAIRE
ÉTAT CIVIL Ht
r 33 ET 34. 1863.
* l'hôtel de ville de Paris {suite).
NOUVELLES DIVERSES
Le catalogue des nombreuses bibliothèques publiques de Constantinoplc avance considérablement. D'après une estimation qu'on a lieu de croire à peu de chose près exacte, le nombre total des manuscrits qui seront ainsi enregistrés dépassera un million. Malheureusement beaucoup de ces manuscrits, pour Être restés entassés dans des coffres vermoulus daDS des caves humides , ont été entièrement ou eu partie détruits.
Nous regrettons d'apprendre que, jusqu'ici, aucun des trésors des premiers temps de la littérature byzantine qu'on avait l'espoir de découvrir n'ait été trouve. Il a. au contraire, été constate que la totalité des ouvrages de cette époque que l'on sait avoir existé, a été impitoyablement détruite. Les ouvrages qui restent sont, en conséquence, presque exclusivement en arabe ou dans les langues de la même famille; ils formeront réunis Ja plus riche collection de littérature orientale qui existe.
Ahmet-Vofik-Effendi, Subhi bey, et d'autres savants turcs ont proposé que cette masse sans prix de richesses littéraires fût rassemblée dans uu même bâtiment, de manière à la rendre accessible pour l'étude et les recherches. Il y a tout lieu de penser que cette proposition, malgré l'opposition qu'elle a d'abord rencontrée, finira par être adoptée. On a déjà fait un pas vers la formation d'une bibliothèque impériale en plaçant diins le Dar-al-Fanoun (le bâtiment de l'université) 40, Onu volumes de bons ouvrages des langues de l'Europe ayant appartenu à ll-Hami-Pacha. Des ordres oui été donnes pour que cette collection reçût une augmentation considérable eu vue de créer une bibliothèque de livres à consulter passablement complète , à laquelle le public sera admis librement, le tout, comme nous l'avons dit, pour former le noyau d'une grande collection nationale digne de ce nom.
tJn laborieux citoyen, M. Charles Picot, qui était
sorti d'une pauvre famille de meuniers, des environs de Châlons-Bur- .Marne, pour arriver à prendre une place
honorable parmi les mécaniciens et les inventeurs , vient de léguer à cette ville sa collection d'objets d'art et de curiosités » pour y établiruncoinmencementdemusée » ; tels sont les termes de la donation.
Le catalogue du nouveau musée de Châlons-snr-Marne, rédigé par M. Ch. Gillet, contient 264 numéros; il est précédé d'une intéressante notice sur son fondateur.
VENTES PUBLIQUES
Rien de plus inégal que la valeur des estampes anciennes dans les ventes publiques. Nos lecteurs le savent, la mise en vente d'un cabinet célèbre réunit facilement tous les curieux , et la concurrence, s'il vient s'y mêler quelques éléments anglais ou allemands, arrive facilement à conduire à la limite extrême des prix tout ce qu'il renferme de désirable, S'agil-il, au contraire, d'une collection modeste et sans gloire : ah! malheur à elle, nul ne s'y intéresse, la coalition des marchands s'abat sur l héritage ou la dernière ressource de l'amateur pauvre, écarte, par des procédés qui lui sont propres, les rares curieux qui sont venus s'y avenu*, jt, et se fait adjuger tout pour rien, ou presque pour rien.
A ce propos, disons qu'il est difficile d'expliquer comment se maintient et marche tête haute parmi nous cette révision ou graffina<ie,qw est certainement une tache a la probité publique en France. La plus ville-1-" A°y' eatesse reprouve cette sorte d<»
punit, il a disparu des ve- • bl«atti A
sités, mais il triom mais dans les vente!
tion de la justice, i
cile de le chasser de . •• juhuuii simplement aux
amateurs d'estampes de mettre au ban des honnêtes gtns les quelques coquins qui s'y livrent , ils sont connus, et de ne pas avoir la faiblesse d'aller le lendemain payer très- cher dans leurs boutiques les pièces obtenues à vil prix dans les ventes dont ils nous forcent à nous donner. Le procède est aise, l'intérêt particulier aussi bien que l'intérêt gênerai recommandent de faire dispa-
Iuii» droiu rO.cruJ.
GAZETTE ET BULLETIN
raiire cette plaie qui s'étale au graud jour; si nous étions à Londres, cent lettres d'adhésion nous arriveraient demain ; mais parmi les amateurs d'estampes de Paris, qui voudra attacher le grelot et commencer à le mettre en pratique ?
Mais revenons à nos estampes anciennes : il est bi( u d'autres raisons qui infirment l'utilité pratique dif prix d'adjudication que nous pourrions entasser dans les colonnes de ce bulletin. Comment expliquer, par exemple, les mille nuances de fraîcheur et de conservation qui distinguent chaque pièce , ou bien ces différences d'impression des épreuves d'un mémo état qui peuvent, a l'occasion, doubler ou tripler leur valeur? Lorsque vous entendez parler d'une bonne folie, je dis une bonne folie, soyez sûr qu'il s'agit d'une de ces impressions brillantes dont le charme est eu vérité souvrrain , et qu'il faut posséder à tout prix; mais l'amateur ne doit jamais prendre pour base de la valeur des estampes qu'il possède ou de celles qu'il veut acheter, les chiffres atteints par ces épreuves exceptionnelles.
Les ventes de l'hiver dernier ont été peu importantes. Nous citerous, parmi les estampes anciennes et modernes, formant le Cabinet d'un amateur distingué de l'étranger :
Audiun (Gérard) Les batailles d'Alexandre, d'après Lebrun, épreuves du l« état, provenant des cabinets Borduge et Veistolk de Soelen; fr (,325
Bervic. Le Laocoon, ép. avant toutes lettres Coll. Dcbois '
BocnoLT(Fr. Van). Le Jugement de Salomon.
DtsaoYEBS. La Vierge au Poisson
— La Vierge au Donataire
— La Vierge aux Ilochcrs
Ces trois estampes, premières épreuves avant
toutes lettres.
MonciiKN. LaCè;
d'après Lt
rddeV
IDC
F.preuve dite au plat blanc. Coll. K. Durand. — La Transfiguration. Avant la lettre.
Muixer (Fréd.). La Madone de Sniut-Sixtc. Kpreuve avant les auréoles
Peske. I.es Sept Sacrements, d'après le Poussin. Kpreuve avant l'adresse
Schosoaukh. Saint Antoine tourmente par les démons
Une épreuve semblable, dit le Catalogue, a été ** * la vente du chevalier D..., en nous disions plus haut, wles Ier, en pied , près •<ss lettres
soo
— Le Concert de famille
Paris. . .
•■mes.
•vint
— - «•-•...,..., i«JU
— L'Instruction paternelle 440
Portrait du comte de Saint-Florentin.
Ces quatre épreuves, de l" état.
La plupart de ces estampes venaient non d'un amateur distingué de l'étranger, mais tout simplement des cartons de M. Emile Galichou, qui les avait associées
à celles d'un marchand de Paris. Pourquoi tant deprtcautions? Je ne saurais découvrir la raison du mystère que l'on met parmi nous à se débarrasser de tout mi partie d'une collection d'objets d'art , soit que l'on ii! changé de goût, soit qu'un de ces détails intimes don: on 11c doit compte à personne, nous conseille de nou* en défaire. On vend sa maison de campagne, on réforme son écurie publiquement, et l'on se cache si on vendsoo cabinet ou si on l'épure.
Je comprends q'j'un illustre homme d'État, un panJ historien qui est aussi le plus séduisant de nos orateurs politiques, s'abrite sous l'innocent mystère des rroi> étoiles si la fantaisie lui prend de vendre ses estampe anciennes pour acheter des bronzes antiques, par exemple. Il y a là plus que de la modestie de sa part, eW encore du désintéressement. Sa collection, d'un rhou exquis , ne pouvait que lui faire honneur ; mais w« d'ici la sensation qu'eût faite cette annonce: Vente dé b collection des estampes anciennes de M. T... eu toutes lettres. On n'eût parlé que de cela dans Paris pendant quinze jours, tout le monde eût voulu posséder une des gravures ayant appartenu à ce brillant esprit, chaque pièce se serait vue disputée avec acharnement, et au j lieu de retirer cinquante mille francs de ses prreiew | portefeuilles, il en eût encaissé cent cinquante. Il .1 gardé l'anonyme, il a fui la réclame et le charlatanisme, on ne peut que lui eu savoir gré. De semblables <Wicatesses ne devraient pas être à l'usage d'un pauvre diable d'amateur, qui n'a pas assez de gloire à revendre pour négliger la bonne opinion que lïxamec des objets qui lui ont appartenu peut attacher à son dcto. Je sais bien que quelques gens s'épouvantent de celtes doutable épithète : ,/matevrs spéculateurs, qui leur serait décochée; il faut au contraire en rire. Elle a rtr mise en vogue par messieurs les marchands, qui ont bien leurs raisons pour cela, et ue peut être répétée que par des niais. Serait-ce une spéculation vulgaire , si fperulation il y avait, que celle des œuvres d'art ? A quoi »otilez vous que sVxercc un simple homme de goût qui ne possède pas un palais pour empiler ses acquisitions? Qu'il se mette dans les bonnets de coton, jurl'Approuague ou sur le nord de l'Espagne? Ce serait grand dommage, laissons-le se livrer au plaisir de faire ses collections. Il y a là, évidemment, un préjugé à détruire cbci quelques esprits timorés. Ce qui lui donne un reste «k force, c'est que depuis longtemps nous avons laisse tt beau commerce des tableaux et des statues entre lei mains des Auvergnats, et que le trucage, les bons tour» joués aux novices, l'ont quelque peu déshonore : mai> a-t-on jamais vu un homme d esprit se mêler a toute* ces saletés? Autrefois, c'était un privilège des artistts- Rubens vendait des marbres antiques, et Rembnndt des Titiens. Beaucoup d'artistes français distingués d« dix-septième siècle et du dix-huitième ont fait comm* eux, et les amateurs avaient tout à gagnera prendreles objets qui sortaient de leurs maius, et à se laisserguider par eux.
Donc, pour en revenir à nos ventes, la collection d'estampe« deM.Thiers,je l'ai trop clairement désigné peur qu'il y ait indiscrétion à le nommer, était charmante de tous points, et choisie avec un soin extrême. Sans qw Paris profauc s'en doutât, on était venu de Londres. tV Berlin et d'Amsterdam pour y assister. Son Albert Du-
rer, 2.1 noa, s'est vendu 5,600 fr , le Joueur de Guitare, rte Marc- Antoine, 1,000 fr., la Philosophie, du même, 730 fr., l'Adoration des Mages, de Sctnngauer, 1,200 fr., le portrait d'Utengobard , de Rembrandt , 800 fr., le Joueur de Cornemuse, de Berghem, 340 fr., etc., etc. Heureux homme en prévoyance, qui va pouvoir échanger ses Délia Bella,ses Roos, ses Saft-Lcven, et tutt'1 quand d'un art uu peu mollasse, contre les beaux antiques de la collection Pourtalès que l'on vendra l'hiver prochain!
La vente, après décès, des œuvres de M. Eug. Delacroix, a été la grande alTaire de la saison. Pendant tout un mois, l'attention fiévreuse et enthousiaste des amateurs et des artistes qui se pressaient dans les salles de l'hôtel Drouot, neVest pas ralentie un seul instant. Ou y a fait de saintes folies, et l'artiste, de son vivant, n'avait certes jamais remporté un pareil triomphe. Après ses peintures et ses esquisses pleines d'éclat et de mouvements, sont venus ses dessins au nombre de six à sept mille. Ce. fut une véritable révélation, et l'on peut dire que Delacroix mort, on n'avait pas seulement retrouvé toute son âme et toute sa vie dans ce précieux entassement de merveilles, mais encore Delacroix inconnu, dessinateur exquis, amoureux infatigable de la correction, et rompu aux plus difficiles pratiques de son art. Nul n'a mieux que lui pratiqué cette grande loi du travail quotidien , sans lequel il n'y aura jamais d'artiste supérieur. Ses études étaient de tous les instants, sans cesse bouillonnait en lui la pensée de son œuvre, il y revenait sans relâche, et depuis sa jeunesse il avait religieusement amassé tous les croquis, tous les dessins qui avaient servi à l'étude préparatoire de ses grands ouvrages. C'était ses souvenirs, ses mémoires, si vous voulez ; il ne les montrait pas, mais par une disposition testamentaire expresse, il avait ordonné que tous ses dessins seraient exposés et vendus publiquement après sa mort. Il y avait une certaine fierté et beaucoup de loyauté dans une semblable détermination, car si l'exécution brillante et fougueuse des tableaux qu'il livrait au public pouvait faire croire à la spontanéité de leur conception, il était loin d'en être ainsi. L'artiste n'arrivait à cestrails de ftu que par un travail opiniâtre. La première pensée de ses compositions n'est souvent qu'un embryon vague où l'on sent la vie, mais où on chercherait vainemeut la forme. Par combien de transformations, de retours, derepen-
LISTE DES PRIX D'ADJUDICATION DE LA VENTE APRÈS DÉCÈS DE M. EUG. DELACROIX