LETTRES INÉDITES ET FRAGMENTS RELATIFS
a l'édition dd théâtre de pierre corneille (genéye, 1764, in-8°).
Vers 1760, on crut avoir découvert un descendant du grand Corneille dans un état voisin de la misère ; ce n'était qu'un petit cousin descendant d'un oncle de Corneille et qui portait comme lui le prénom de Pierre. A Paris, les gens de lettres et la Comédie- Française s'émurent à cette nouvelle; on fit beaucoup de bruit autour de ces bonnes gens, et les comédiens donnèrent une représentation à leur bénéfice, qui produisit 5,5oo livres, somme considérable pour une soirée théâtrale de ce temps.
Pendant qu'on jouait Rodogune, le petit cousin du père de notre théâtre français était au foyer de la comédie avec sa femme et sa fille, très-étonné des attentions dont on l'entourait. « La fille est jolie, l'air spirituel, disait Collé dans ses Mémoires, et ses discours pleins de décence ne démentent point sa physionomie. »
Écouchard-Lebrun écrivit à Voltaire, qui, depuis quelques années déjà, habitait Ferney, dans le pays de Gex, à peu de distance de Genève, pour lui recommander mademoiselle Corneille.
a // convient assez, répondit le philosophe, quun vieux soldat du grand Corneille tâche tf être utile à ta petite-fdle de son général. »
H fit venir mademoiselle Corneille à Ferney, chargea mademoiselle Denis de veiller à son éducation, et, après lui avoir assuré une pension de 1 ,5oo livres, s'occupa de son établissement. Par surcroît de délicatesse, il pensa qu'une édition des tragédies du grand Corneille, commentées par lui, devait seule servir
à la fortune de sa protégée.
Voltaire communiqua son projet à l'Académie française, organisa une souscription qui, par son influence personnelle, ne tarda pas à devenir européenne, et se mit avec ardeur à écrire le commentaire qu'il avait promis.
C'est la correspondance relative à ce travail et aux soins apportés par Voltaire à Y illustration et à la propagation du livre que nous allons reproduire. Elle est extraite d'un volumineux recueil de lettres inédites adressées par lui à ses éditeurs, les frères Cramer (Gabriel et Philibert), de Genève, chargés de la nouvelle édition du théâtre de Pierre Corneille. Nous y joignons le fac simile de la préface qui a été placée en tète de la tragédie d' Horace et celui d'une note restée inédite , qui devait servir à expliquer les modifications apportées à l'orthographe du texte : nous, nous n'apportons aucune modification à celle des lettres du patriarche de Ferney. Caro désigne Gabriel Cramer, celui des deux frères à qui il écrivait de préférence.
l,es longueurs inséparables d'une semblable entreprise, le théâtre de Corneille ne parut qu'en 1764, permettaient à Voltaire de conduire de front, outre le commentaire des pièces, la publication d'une édition de la Pucelle, avouée par lui, qu'on lui demandait de toutes parts; Y Histoire de Pierre le Grand; les Contes de Guillaume Vadé ; le Traité de la tolérance et quelques autres ouvrages de polémique dont il est question dans les lettres qui suivent.