‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 130 sur 151 · DEMANDE · texte numérisé non relu

DEMANDE

Combien elle a employé d'ouvriers, et ce qu'elle en employé aujonrdbuy ?

aiposaB.

Le nombre des ouvriers qui ont travaillé à ladite Manufacture pour les années 17&6ct 1757 :

1 mcKk'Ieur. S rackeveiucs.

I» rep»rear»-iculpirurs. 2 eafoumeori.

3 estampeur] cl mouleur». » retoucheur».

U OcwUlc*. 2 peintre*.

* encasteurs. I portier.

0 tourneurs. 1 commis aux écritures.

1 garde- magasin. î gardes- moulins.

Et aujourdhuy :

I modeleur-sculpteur. 2 retoucheuses.

1 iepireur-scu)pleur. 3 apprenties fleuristes.

■ tourneurs. 0 apprcniih repareurvsculp-

1 mouleurs, estampeurs et leurs,

racheseurs. t enfourneur.

0 fleuriste*. I garde-moulin.

1 garnlsseuse et racheteivc. 1 garde -ma gasln.

Ce qui fait 14 ouvriers d'augmentation en ladite Manufacture depuis le I" septembre 1763, date dudit état remis à l'Intendant, et ce dans l'espoir de l'amélioration du commerce.

Cy-devant tous les modèles se faisoient à la Manufacture, mais comme le goût du modeleur s'usoit par la résidence continuelle qu'il faisoit dans les mêmes lieux, la Manufacture tire présentement, le plus qu'il lui est possible, les goûts, formes et modèles des meilleurs artistes et jeunes gens, bous académiciens de Paris.

P.— De quelle qualité étoient précédemment ses ouvrages et si elle y a ajouté quelques degrés de perfection ?

R. — Terines, platpries, salières, pots à l'eau, jattesà sucre, saucières, toutes sortes de pièces d'usage, groupes-figures pour les desserts et Heurs pour les bras de cheminées et lustres , et un peu de peinture et dorure.

Présentement :

Elle fait même fabrication que dessus , mais le tout en blanc et de différentes qualités et prix, pour qu'elles soient à portée de tout le public.

A donné à ces marchandises toute consistance, beaucoup plus de blancheur qu'elles n'en avoient et des formes plus avantageuses.

D. — Si elle a un débit considérable et quels sont les débouchés ?

R. — A été tait considérablement d'envoys dans l'année 1757.

Au commencement de 1758 le débit a commencé à tomber, et s'est éteint dans les derniers six mois de ladite année.

La fonte de la vaisselle n'a point produit l'effet du débit qu'elle avoit fait espérer ; presque tout le monde ne s'est pourvu que de plats bruns et de ce qu'il y avoit de plus commun; le Rouen même resta chez le marchand, ce qui lui occasionna du dérangement qui préjudicia un peu à cette fabrication.

Pendant les années 1759, 00, 61 et 1762 son commerce est demeuré totalement languissant, de sorte que dans le courant desdites 4 années il n'est sorti au plus de sa fabrique que pour la valeur de la moitié des envoys qui ont été faits en 1757: néanmoins les frais généraux sont presque

toujours les mêmes pour une faible fabrication comme pour une considérable.

Les débouchés sont Paris, Bezançon, Metz, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Toulouse, Clermout, Riom, Tours, Saumur, Angers, Reunes, Rouen, Arras, l'Espagne et la Hollande.

En 1758, pour forcer le débit, la manufacture a Tait conduire et débiter par son garde magasin et son commis des marchandises de plâtrerie et autres pièces d'usage à Blois, Tours, Saumur, Angers, Lyon, Mâcou, Dijon, Langres, Troycs, Rheims, Soissons, Laon, Amiens et Rouen. Mais les frais qui en sont résultés n'ont point permis de suivre ces débouchez.

D. — Si la guerre luy avoit causé quelque dérangement et si le retour de la paix luy est favorable ?

R. — Les suites de la guerre n'ont occasionné de non-valeur à la manufacture que pour environ 5 à 6,000 livres, et pourra peut-être par les suites en recouvrer quelque chose.

Depuis 1760. La manufacture a fait bâtir et rebâtir des fours pour ne s'occuper, après le rétablissement du commerce, qu'à la confection des marchandises. Et pour le bieu-étre et la multiplication des ouvriers, avoit pris en apprentissage pour 4 années des jeunes gens de ht ville pour en former des fleuristes et des ouvriers pour le réparage, stampage et moulage, auxquels elle donnoit 4, 6, 8 et 10 sous par jour, proportionnellement à leur âge, pour leur faciliter la vie, et leur donner de l'émulation;; mais les uns, après 4 mois, 8 et 12 mois, et les autres, après près de 2 ans de soins à les élever au travail, ont décampé, de façon qu'il n'eu reste, aujourd'buy,que trois petites apprenties fleuristes et 6 apprentifs répareurs tîguristes, d'environ 40 que ladite manufacture avoit pris, dont elle s'étoit promis une continuation d'apprentissage pour que la fiu dédommageât des commencements onéreux qu'elle avoit essuyés, par l'argent qu'elle avoit distribué, la casse des marchandises et le dégât fait aux moules.

D. — On demande enfin toutes les autres circonstances qui peuvent servir à faire connoltre la situation et l'état actuel de cette manufacture.

R.— Au mois d'avril dernier.le débit avoit repris un peu faveur, et, depuis le mois de may, cette sensation a dimiuué et discontinué.

La position de l'établissement est avantageuse pour le transport des marchandises et la facilité de trouver des voitures pour tous pays.

Son emplacement n'a point toute l'étendue qui luy est nécessaire.

La manufacture n'est occupée qu'aux suites de toujours bien faire par amour et par attachement à ses différents genres de travaux. Son but a toujours été de travailler à la satisfaction et bien public, ce qui est reconnu par son économie et le

bas prix où elle a porté ses marchandises, ce qui a Tail baisser celui des manufactures tant du dehors du royaume que celles de l'intérieur, avec lesquelles elle a quelque rapport.

Ne doit rien à ses ouvriers, et, envers ses fournisseurs, leur est peut-être redevable, en compte courant, d'environ 200 pistolesau plus.

Elle attend avec impatience les demandes, se met en état de les satisfaire et voudrait qu'elles surviennent aussy promptement qu'elle le désire.

Le présent état certifié véritable par le propriétaire de ladite manufacture soussigné à Orléans, le 7 octobre 1763.

Signé : Gékaclt.

La guerre, on le voit, n'avait pas été favorable à la manufacture d'Orléans. Malgré les efforts que fait Gérault pour dissimuler son état de faiblesse, on peut remarquer qu'un mois avant la date du document que nous venons de reproduire, il ne lui restait que quinze ouvriers des soixante-dix qu'elle avait occupés en 1706; on sent aussi très-bien, dans rénumération qu'il fait de ses débouchés, qu'il cherche à intéresser le ministère en sa faveur.

Les premières poteries orléanaises, que les documents continuent d'appeler faïences de terre blanche purifiée, sont fort rares. Il n'est presque rien resté de ses nombreux pots à oille, saucières ou huiliers en forme de bateau; rien surtout, ni des figurines de divinités qui servaient à décorer les tables au dessert, ni des fleurs produites en si grand nombre, destinées à orner les bras de cheminées et les lustres, où, tout au moins, rien ne nous guide pour reconnaître ces dernières. A. Orléans, nous avons rencontré dans la collection de M. de Langalerie, Conservateur du musée, deux petits vases qui ont tous les caractères de cette terre purifiée, d'un très-beau blanc à la superficie comme à l'intérieur, et que nous n'hésitons pas à ranger parmi les produits primitifs de la manufacture royale, bien qu'ils ne portent pas l'O couronué qui, aux termes de son privilège, devait leur servir de marque.

Les deux vases de M. de Langalerie ont la forme de seaux à rafraîchir, à oreillons; diamètre : 10 centimètres à l'ouverture. Cannelés dans le sens de la hauteur et d'un galbe gracieux, ils sont décorés sur chaque face d'un bouquet de fleurs d'une touche spirituelle et d'un coloris vrai. La terre est effectivement très-blanche et très-fine, transparente même dans les parties minces. Glacées d'un vernis à base de plomb, d'un œil moins vif que celui des porcelaines tendres ordinaires, ces poteries s'en rapprochent autant que possible, mais ne nous paraissent pas assez vitrifiées pour être précisément classées parmi elles. Celles que nous avons sous les yeux ont une très-grande analogie d'aspect avec la porcelaine dite opaque que l'on fabriquait à Montereau et à Creil, il y a vingtcinq ans.

11 est certain cependant que ces essais déjà très-satisfaisants ne devaient pas tarder à s'améliorer, de façon à pouvoir être comparés aux porcelaines tendres de Chantilly et de Villeroy ; car nous savons, et il est inutile de le dissimuler plus longtemps, que les poteries obtenues par une pâte où entrèrent tour à tour, mélangées à frittes vitreuses, la terre de Belen, la marne desenvironsde Paris

LE CABINET DE L'AMATEUR. 131 et ta terre de Saint-Mamers, ou plutôt de la Croix-de-Beaulieu, étaient nommées par le public porcelaine tendre, dit le manufacturier dans un document de 1777.

Pourquoi cette tardive indiscrétion, et pourquoi Orléans conservait-il à ses produits, officiellement, la désignation de faïence de terre blanche purifiée? C'est ce qu'il est très-facile d'expliquer par les nécessités du temps. On rusait sur les mots, de complicité avec l'administration elle-même, pour lutter contre les privilèges tyranniques de Sèvres. Jacques Chapelle, à Sceaux, protégé par le duc de Pentbièvre, fabriquait de la porcelaine tendre, et il n'est question dans son privilège que d'une terre de fayance dont il a seul le secret. Gérault, à Orléans, n'était patronné par aucun prince du sang, et il se faisait humble pour échapper aux persécutions. Déjà la grande manufacture royale regardait d'un très- mauvais œil la fabrication des fleurs de porcelaine, qui lui semblait empiéter directement sur ses attributions.

Les contestations de Gérault avec ses ouvriers composent en grande partie son dossier aux archives du Loiret. L'une d'elles, dont nous allons rapporter les pièces principales, nous fera connaître des productions orléanaises d'un genre différent.

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