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TABLEAU DE LA MANUFACTURE PRÉSENTE A MONSEIGNEUR L'INTENDANT

LE 8 jrjn 1777.

n !i Mh? ï*.? 'a ManufaCtUre ro>'ale établie à cordée par le Roy pour l'espace d e 20 années. Urleansest du 13 mars 1753, sous permission ac- Le 7 may 1771, les bontés de Sa Majesté luy

ont prorogé son privilège pour 15 ans, à cause que cette manufacture n'avoit rien fait pour sa fortune ny même pour son aisance.

Les I"** terres qu'elle a employées provenoieut deBelen, prés de la Flandre. En 1765, des environs de Parie, Ou de 1750 de Saint-Mamers, près Châteaudun, avec des additions qui se trouvent près la Loire. Depuis 1764, elle a ajouté à sa fabrication des terres du Limousin où elle a acquis, enaoust 1768, propriété des 4 sesteriens situés à Saint Iriez-La-Perche près Saint-Pierre hors les murs, dont elle a tiré le Holin et le Petumpsé, tle , qui lui sont nécessaires ; elle compose etaprète elle-même ses pâles.

Sa majeure fabrication est en groupes figures, pots-pouris, vases petites pièces d'usage, fleurs naturellesetdecapriocs.Avanlson établissement lesdites fleurs de caprices étoient à 3 fr. la douzaine ; cette manufacture les a réduittes à 18 s. (sous), fait même réduction sur toutes les autres marchandises.

Elle fabrique aussi des pièces d'usage en terre a l'imitation de celles d'Angleterre.

Depuis juin jusqu'à février, elle ne manque point d'ouvriers. A la veille du tirage de la milice, les ouvriers garçons partent, vont travailler dans les autres manufactures et reviennent en été.

Aux femmes qui ont des enfants, on donne la facilité de faire des fleurs chez elles, qu'elles rapportent à la manufacture toutes les semaines.

Les hommes mariés sont stables et assidus aux travaux.

Les fours sont construits de terre et de carreaux deSaumurqui ont un poulce d'épaisseur et un pied de largeur ; ils soutiennent parfaitement bien les grands effets du feu.

Les bois convenables pour la cuisson des marchandises sont très-communs età très-bas prix, plus de nioiiié moins qu'à Paris.

Les magasins de la Manufacture sont tenus à Paris, par Bazin, rue des Fossés-Saint-Germainl'Auxerrois;

A Lyon, par Dumoulin et Sorbin;

A Bordeaux, par de Verneuil ;

A Rouen, par Goubert ; *

A Toulouse, par François Martin ;

A Cambray, par Duchâtoau ;

A Arras, par Vagon;

A Metz, par Rabichon et Beare ;

A Bruxelles, par Becker ;

A Varsovie en Pologne, par Durand;

A Saint-Pétersbourg aussi, par MontaudreetC* ;

A Londres, par des personnes indirectes;

A La Haye et Amsterdam, par Ulrich et Van Diest;

A Cadix, par Pannier frères;

A Marseille, par Mouchy ;

A Mantes, par Mouton ;

A Tours, par Bery ;

A Angers, par Cerizier et C* ;

A Clermont, par Crislian Wagner.

Hambourg, Avignon, Caen, Rennes, Montpellier Gand, Troyes, Saumur, Angouléme , Bezançon, Blaye, Dongy, Dijon, Châlons et Amiens, tirent directement de la manufacture pour leur compte, ainsi que Bailly, veuve Breaud Grouet, Dubaut, Brillet. Oblede, Robin, Sauveur, Briel, etc., marchands à Paris.

Les marchandises, imitation de vaisselle de terre d'Angleterre, sont débitées par les agents de la Manufacture dans les foires à 100 lieues à la ronde.

Dans ces deux pièces, de dates très-rapprochées, il est bon d'observer que, plus de dix ans après l'introduction de la fabrication de la porcelaine dure à Orléans, on y exécutait encore la porcelaine tendre avec trois pâtes diverses, qui, chacune, avaient très-probablement des propriétés particulières pour la fabrication d'objets d'un genre différent. Le bon ordre, la multiplicité et la variété des modèles sont également à remarquer, ainsi que le nombre des ouvriers, Lors de la visite du comte de Provence, ils ne devaient pas s'élever à moins de cent vingt. Gérault était un industriel habile, cela n'est pas douteux, attentif aux découvertes et aux perfectionnements qui se faisaient au jour le jour. En souvenir des difficultés qui s'étaient élevées, dès l'origine, à propos des terres de Saint-Mamers, il s'empressa d'acheter à Saint-Yrieix un terrain propre à l'extraction du kaolin, et il fut peut-être le seul à prendre cette précaution énergique.

Quant à la rareté des vieilles porcelaines d'Orléans, fabriquées, sur une si grande échelle, elle n'est peut-être qu'apparente. Avant 1 edit de 1 7G6, I'in-

du strie de la porcelaine n'était que tolérée en France; après sa publication la fabrication devint libre, mais limitée à la porcelaine blanche à décor bleu ou tout au moins monochrome, l'emploi de l'or et des décors polychromes étant formellement réservé à Sèvres. Nous avons déjà fait observer qu'à bien con sidérer les documents qui nous ont été conservés, on y découvre jusqu'à un certain point, dès l'origine, un cachet de dissimulation alors nécessaire, qui est surtout remarquable dans la persistance que prend la manufacture, dans les pièces officielles, d'abriter ses productions sous la dénomination vague de faïence de terre blanche purifiée, et de ne jamais prononcer le mot de porcelaine ; il est donc très-probable qu'elle évitait de les marquer. La marque n'a dù venir que plus tard, après l'édit de 1 766. Pour les pièces de luxe dorées ou peintes, dont Sèvres avait le privilège exclusif, il y avait un véritable danger à les marquer; et, comme la marque est après tout le seul signe qui nous fasse distinguer les unes des autres, avec certitude, la plupart des porcelaines tendres de la seconde moitié du dix-huitième siècle, c'est son absence qui fait la rareté apparente des produits. Il est fort probable qu'Orléans, ainsi que Chantilly, Villeroy, Sceaux et autres fabriques, cherchèrent pendant longtemps à faciliter l'écoulement de leurs productions peintes et dorées en y apposant le cachet de Sèvres. C'est ainsi que d'autres fabriques européennes, mettaient, avec moins de scrupules et moins de raisons, les épées croisées de Meissen aux marchandises qu'elles destinaient à l'exportation. C'est aussi ce que semble indiquer l'infériorité relative de beaucoup de pièces d'une importance moyenne, que la marque fait attribuer aujourd'hui à la manufacture de Sèvres. Nous essayerons d'indiquer, dans un instant, en nous occupant des marques des porcelaines d'Orléans, une particularité qui servira à en faire reconnaître un plus grand nombre.

Il nous resterait à savoir si le manufacturier d'Orléans était assez bien préparé pour recevoir le choc du développement que prit tout à coup la fabrication de la porcelaine, après la découverte des belles terres du Limousin, ou si ce développement fut cause de la fermeture de la manufacture après sa mort, et c'est ce que nous ignorons.

Gérault mourut en octobre 1 78a ; il avait soixante-cinq ans. Sa veuve ne continua pas longtemps la fabrication. Nous trouvons dans une petite feuille du temps intitulée : Annonces, affiches, nouvelles et avis divers de l'Orléanais, concernant généralement ce qui peut intéresser cette province (n° du a8 novembre 1 783) la note suivante :

« Un marchand ayant acheté le fonds de la manufacture royale de porcelaine de madame veuve Gérault, rue du Bourdon-Blanc, donne avis qu'il met en vente lesdites marchandises et autres de plusieurs manufactures , comme faïences d'Angleterre, et autres allant au feu. Jusqu'à mercredi, jour auquel il emballe pour Paris, on le trouve à toute heure à la dite manufacture. »

LE CABINET DE L'AMATEUK. 137 Ainsi prit fin, en 1783, la manufacture royale d'Orléans, établie rue du Bourdon-Blanc en J753 ; elle avait vécu juste trente ans.

Mais avec elle ne se terminent pas les relations d'Orléans et de la porcelaine. L'acquéreur du fonds de Cérault n'avait probablement emporté ni les ustensiles, ni tous les modèles ; des ouvriers habiles tout formés et le souvenir d'un commerce prospère pouvaient encore tenter tin nouvel entrepreneur, c'est ce qui ne manqua pas d'arriver. La curiosité est moins vive au fur et à mesure que nous approchons de l'âge présent; nous n'en consacrerons pas moins quelques lignes encore aux souvenirs que nous avons pu recueillir sur ces tentatives nouvelles et sur la carrière qu'elles devaient parcourir pendent trente autres années.

A une époque que nous ne pouvons préciser très-exactement, mais peu d'années après la mort de G-érault, Bourdon Du Susay rétablit une manufacture de porcelaine, Portereau au Coq, à Orléans. Plus tard, elle fut transportée dans le faubourg de la Loi, section de Jemmapcs (le faubourg Madeleine était devenu faubourg de la Loi). Il résulte aussi d'un acte sous seing privé en date du la germinal an III (1" avril 1795), que M. Charles-Constantin Bourdon- Sauzaye (sic), propriétaire de la manufacture de porcelaine établie à Orléans, rue du Puits, a loué la propriété dite les Capucins, pour neuf années, à partir du 1 1 brumaire an IV (1" novembre 1795), où elle fut définitivement installée.

En 1797, Bourdon et son fils cédèrent la manufacture à Denis-Lubin-François Pikdor-Dumuys, négociant, demeurant à Orléans, rue Neuve. « Mais comme M. Bourdon, dit la note qui nous est communiquée, n'avait pas le droit de sous-louer sans le consentement du propriétaire, ce dernier fit, par acte sous seing privé, le 24 nivôse an VI (a5 décembre 1797), un bail de neuf années, à partir du 5 nivôse an VI, au profit de M. Piédor.

Les documents nous manquent pour bien fixer la date de la cession de la manufacture par Piédorà de nouveaux entrepreneurs, Baiuois et IUbot, dont les noms, comme propriétaires, sont inscrits sur l'almanach de l'an XII. a On y fabrique toujours, dit ce petit livre, des figures en biBeuit sans couverte, des fleurs pour lustres et bras, etc., etc.» Cette fabrication tardive des fleurs de porcelaine nous paraît singulière. En 1806, les porcelaines de Barlois et Dabot figuraient avec honneur à la quatrième Exposition des produits de l'industrie française.

Cette même année 1806, la manufacture des Capucins passa entre les mains de M. Benoist Lebrun, architecte, demeurant à Orléans, place l'Etape. C'est sous ce dernier propriétaire qu'elle fut définitivement fermée, en 181 a. Benoist

Lebrun, né à Paris, en 1 754» était venu s'établir à Orléans, en 1789; président de l'administration municipale, en 1799 et en 1800, il mourut en 1819. Architecte, mais surtout spéculateur habile, il avait fait une immense fortune dans les biens nationaux.

Pendant que la manufacture des Capucins changeait ainsi de propriétaires, une fabrique de porcelaine rivale parait avoir existé, à Orléans, sous la direction d'un nommé Momkrk. Nous lisons, dans le livre de M. Hcrluison sur les artistes Orléanais, que la fille de Jean Rardin, peintre d'histoire, élève de Lagrenée et de Pierre, artiste, elle aussi, « épousa, le 11 février 1793, Pierre- François Molière, directeur d'une manufacture de porcelaine. » Personne, à Orléans, n'a conservé le souvenir de ce fabricant, dont nous avons trouvé 1p nom dans un petit almanach de l'an XII, placé parmi les faïenciers; il était établi faubourg Madeleine. Nous verrons dans un instant les porcelaines qui peuvent lui être attribuées.

La porcelaine d'Orléans, et plus particulièrement celle de pâte tendre, fabriquée par Gérault, la seule qu'un amateur délicat puisse décemment placer sur ses tablettes, est aujourd'hui d'une excessive rareté, et nous lui avons peut-être consacré plus de pages qu'il n'en existe d'échantillons. Les biscuits ne sont pas connus, même approximativement: et l'O couronné, peint en bleu de safre sous couverte, indiqué par le privilège comme devant servir de marque aux productions de la manufacture, n'a été rencontré nulle part.

Gérault marquait ses porcelaines d'un lambcl peint en bleu sous couverte et aussi en rouge; pour les pièces de choix, le lambel était peint en ^BHk or » ^ans ce dernier cas on plaçait au dessous une fleur de lys aussi d'or.

On a indiqué le lambel blanc, c'est-à-dire formé par un simple trait avec un C placé au dessous, comme la marque distinctive de la porcelaine

v\ /\ /\ orléanaise de pâte tendre ; ce signe nous parait des plus incertains : rien n'explique cette lettre C. Le lambel blanc désigne d'une façon toute particulière la maison d'Orléans , qui porte de France au lambel d'argent, et nous n'avons vu nulle part que les princes de ce nom aient pris Gérault sous leur protection , tandis qu'il est bien connu que Louis d'Orléans, fils du Régent, a fait faire de nombreux essais de porcelaine à Ragnolet et à Paris, et que ce lambcl blanc a pu très-naturellement servir de marque à ces essais. Lue pièce de la collection de M"' Furtado, qui porte le lambel blanc placé à cùté du chiffre de la manufacture de Sèvres, ajoute encore à cette incertitude. Comment imaginer, comme on l'a sup-

LE CABINET DE L'AMATEUR. 139 posé, qu'un vase fabriqué à Orléans ait été décoré à Sèvres? Passe encore s'il eût été fait à Bagnolet, sous les yeux du prince. Parmi les hypothèses que l'on pourrait émettre pour expliquer la réunion des deux marques sur la pièce citée, et le C placé sous le ïambe! de quelques autres , il en est une qui nous paraît très-simple, et fort probable, c'est celle-ci: En 1755, la manufacture royale de Sèvres, chargée par le duc d'Orléans d'exécuter pour le service de sa maison une quantité notable de vaisselle de table, a placé sous chaque pièce le lambel blanc des armes du prince, comme elle a marqué plus tard des initiales de Catherine II le service exécuté pour cette souveraine. Sur les grandes pièces, comme la soupière de M"' Furtado, la marque de la manufacture a pu trouver place à côté de celle du prince, tandis que, sur les petites, la lettre C, qui indique l'année de la fabrication, est venue seule se joindre au lambel blanc.

Pour nous résumer, nous pensons avec M. l'abbé Desnoyers, grand-vicaire d'Orléans, amateur de beaucoup de savoir et de goût, à qui nous devons de précieuses indications, qu'il ne faut admettre que deux marques pour les porcelaines de Gérault, le lambel rouge ou bleu sous couverte, et, pour quelques pièces exceptionnelles, ce même lambel peint en or accompagné d'une (leur de lis placée dessous.

Les marques des continuateurs de Gérault à Orléans sont nombreuses. La lettre ,$Bf et au dessous Orléans tracé en lettres eu rsives et en or au pinceau, doit se rapporter à Bourdon. & et au dessous Orléans aussi en or au pin-

ceau, que nous avons rencontré sur une coupe à couvercle, style Directoire, appartient à la direction de Dabot et Barlois. Les lettres ,$3 et J^f entrelacées, avec le nom Orléans toujours en or au pinceau, se rapportent à celle de Benoist Lebrun. Ces deux lettres M S^. entrelacées se trouvent aussi mises à l'estampille,en rouge, sur des pièces ordinaires.

Enfin, nous avons trouvé sur de simples assiettes, que l'on peut estimer des dernières années de la manufacture, l'indication Orléans en toutes lettres, posée en rouge à l'estampille, eu caractère bas de casse, gros et un peu court, ou bien encore l'inscription a orléans disposée circulairement comme la légende

d'une monnaie de cinquante centimes <«B P avec les lettres M B placées

au centre, aussi estampillées en rouge. Cette marque nous parait indiquer les produits de la manufacture de Molière-Bardin ; il était assez généralement en usage dans l'Orléanais de joindre à son nom celui de la femme que l'on avait épousée.

La plupart des pièces que nous avons pu examiner au musée d'Orléans provenaient de la collection de M"* Ladureau, fille de Benoist I-ebrun, morte depuis peu.

Il est un autre signe qui peut aider à faire reconnaître les porcelaines orléanàises, en général : c'est le point bleu sous couverte, placé au revers d'un trèsgrand nombre de pièces. Ce signe parait avoir été adopté par Gérault et par ses continuateurs comme marque habituelle de leur production courante.

LES FAÏENCES ORLÉÀNÀISES.

Tandis qu'eu s'abritant sous le nom de faïence fine, la porcelaine parcourait à Orléans la carrière dont nous venons de suivre la trace, grâce aux documents si heureusement conservés dans les archives du Loiret, la faïence proprement dite ne parait y avoir joué qu'un rôle très-secondaire et des plus humbles. Gérault, qui fabriquait les minces poteries de terre, dites d'Angleterre, et de grandes ligures de terre cuite pour la décoration des jardins, a dù, bien certainement, fabriquer aussi la faïence ordinaire qui tient le milieu entre ces deux extrêmes. Il n'est question nulle part de cette faïence, et on nous demandera peut-être quel est son caractère, car on a la manie aujourd'hui de vouloir tout caractériser; nous inclinerions volontiers à croire qu'elle n'avait aucun caractère, qu'elle n'était qu'une simple vaisselle d'usage.

Pour les autres tentatives, voici ce que nous avons pu recueillir. L'Almanach Orléanais de l'année 1776, après avoir mentionné la manufacture royale de porcelaine de la rue du bourdon-Blanc, contient les indications suivantes :

« Minière, faïencier, attenant aux Dames de la Croix. »

« Mézu-re jeune, faïencier, rue de la Grille. »

Il y avait en outre, à Orléans, huit potiers de terre, et la manufacture de Sceaux y avait un magasin.

Toutes ces indications sont reproduites dans l'almanach de 1779 et dans celui de l'année 1781. Ce dernier, qui signale le dépôt des faïences de Sceaux établi chez Raifé, rue Royale, ajoute : « Lacùdre-Bcaubreuil tient un dépôt des meilleures manufactures du Royaume , au marché à la volaille. »

En 1 7884 la manufacture royale de porcelaine ne figure plus sur l'almanach; nous savons qu'en effet elle avait cessé d'exister ; mais deux faïenceries nouvelles s'ajoutent à celles des Mézière :

a Fkdele, maître faïencier, rue du Dévidet. »

t Lehoy-Dequoy et Goullu-Dl plessis, directeurs et correspondants de la manufacture de faïences située sur la paroisse de Saint-Marceau, banlieue d'Orléans, maison Lachenay. »

Enfin dix ans plus tard, en 1797, toutes ces officines, qui ont disparu, font • place sur l'annuaire à la faïencerie de la V Beauureuil aux ci-devant Carmé-

LE CABINET DE L'AMATEUH. Hl lites, et à celle cI'Asselineaii-Grammont sur Je marché à la volaille. Cette dernière, dont les produits sont connus, mérite seule qu'on s'y arrête.

On a conservé d' Alexis ftrammont certaines poteries marbrées, façonnées avec des pâtes colorées dans la masse, imitations anglaises à la mode vers la fin du siècle dernier, qu'on ne peut que très-improprement appeler faïences. Différentes des grès-porphyres de Sarguemines, elles sont assez semblables aux poteries que fabriquent à Apt (Vaucluse), depuis plus d'un demi-siècle, Moulin- Monnet et la V* Arnoux. Un des membres de cette famille de céramistes Orléanais, Machard-Grammont , parait avoir été l'importateur du procédé anglais. Les pâtes, colorées par des oxydes métalliques, étaient mélangées de façon à produire une masse largement marbrée, une sorte de poudingue que l'on introduisait dans les moules, et, lorsque la terre desséchée avait acquis un certain degré de consistance, le vase était terminé sur le tour de façon à conserver, à l'extérieur, le dessin du mélange dans toute sa netteté. Les formes architectoniques qu'affectent ces poteries vernissées ne manquent pas d'un certain goût. Elles sont ordinairement signées : (îrammont a Ohmcaivs, imprimé dans la pâte sous le pied, et sur les petites pièces, a Orléans, seulement. Cette fabrication parait avoir duré une douzaine d'années.

Nous pouvons ajouter que des poteries à pâtes colorées avaient déjà été exécutées en France vers la fin du seizième siècle, et que l'on a fait à Sèvres, dans les premières années du dix-neuvième, des essais de porcelaines du même genre d'une assez pauvre physionomie.

Puisque nous nous sommes étendus aussi longuement sur un sujet d'un ordre inférieur, nous demanderons la permission à nos lecteurs de ne pas le quitter sans y ajouter quelques particularités relatives au commerce de la faïence et de la porcelaine qui nous sont tombées sous la main dans le cours de nos recherches. On nous pardonnera ces détails, ainsi que ceux dans lesquels nous sommes entrés à propos de la manufacture d'Orléans; ils peuvent s'appliquer à peu de chose près à tous les établissements du même genre, et les pages que nous y consacrons aujourd'hui nous permettront d'être très-brefs dans les indications que nous pourrons avoir â donner plus tard sur le même sujet.

Nous avons vu que les dépôts de la manufacture d'Orléans, en France et à l'étranger, étaient nombreux ; toutes les usines du même genre cherchaient à écouler leurs productions de la même manière. Une des nécessités du commerce de ce temps était de courir les foires et d'envoyer au loin dans les villes principales, malgré la difficulté des communications et des entraves de tout genre, des pacotilles qui ne devaient jamais rentrer au magasin et dont il fallait se débarrasser à tout prix. Ces expéditions n'étaient pas toujours fructueuses, et

nous en avons trouvé la preuve dans les pièces relatives à une contestation entre (Jéraultet son garde-magasin Martin, qui, en 17G2, était resté trois mois absent à la suite d'un envoi de cette sorte.

En Allemagne, les porcelainiers avaient la grande foire de Leipzig, et, pour l'étranger, ils se contentaient de publier des catalogues avec prix marqués, qu'ils répandaient partout ; nous reproduirons un jour un de ces curieux opuscules, aujourd'hui fort rares.

Les manufactures parisiennes, outre les dépôts qu'elles alimentaient, faisaient aussi parcourir les provinces par leurs agents, et nous allons voir, par deux «vis que nous avons rencontré dans la Feuille d'annonces orlêanaise qui nous a indiqué la vente du fonds de Hérault, de quelle manière la presse locale leur prêtait déjà son concours. I>s ventes à grands rabais et à perte n'ont pas été inventées de nos jours.

Numéro du 17 octobre 1783 :

« Faïences et porcelaines de MKr le comte d'Artois, allant au feu, à vendre à juste prix, rue Royale, au coin du Pavillon et du Martroi. On prévient le public que la vente ne se fera que durant 1 5 jours. »

Numéro du i(\ octobre 1783 :

« Le marchand de faïences et de porcelaines de M*7 le comte d'Artois, annoncé dans notre dernière feuille, donne avis qu'il doit partir mercredi prochain au plus tard-, il continuera sa vente au plus juste prix. Ledit sieur offre de donuer cinq pour cent de perte sur son compte, facture en main, à ceux qui voudront prendre le fonds. »

Ne dirait-on pas 'que c'est le comte d'Artois lui-même qui fait vendre ses faïences et ses porcelaines ?

LIVKES ILLUSTRES.

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