ET SES ACQUISITIONS RÉCENTES
La fondation de la Galerie nationale de peinture à Londres ne date que de l'année i8a4- H nous serait facile de tracer son histoire; nous ne voulons en dire que ce qui est nécessaire pour nous conduire aux récentes acquisitions qui lui assurent dès aujourd'hui une place brillante parmi les grandes collections publiques de l'Europe.
Le a avril i8a4, le parlement vota une somme de 60,000 livres sterling, qui devait être consacrée à l'acquisition des tableaux d'un riche négociant de Londres, qui venait de mourir, M. John Julius Angersteiu. Ce premier noyau de la collection nouvelle n'était pas considérable : il se composait de 38 tableaux ; mais parmi eux se trouvait une toile magnifique qui domine encore aujourd'hui toutes les autres, dans le grand salon Trafalgar-square, la Résurrection de iMzare de Sébastien del Piombo. On sait l'histoire de ce chef-d'œuvre : commandé par le cardinal Jules de Médicis (plus tard Clément VII), il fut exécuté en concurrence avec la Transfiguration de Raphaël, et Michel-Ange aida l'auteur de ses conseils et de ses dessins. Le cardinal, qui était archevêque de Narbonne, donna la Résurrection de Lazare à la cathédrale de cette ville ; achetée par le Régent, elle est passée en Angleterre, à la (in du siècle dernier, avec la collection du Palais-Royal. Autour de fa Résurrection de Lazare se groupaient cinq Claude Lorrain superbes; un grand Rubens, la Paix et la Guerre; quelques tableaux des Cairache, si chers aux amateurs anglais de cette époque, et une suite de six tableaux de Hogarth, le Mariage à la mode.
Nous avons dit que le vote du parlement était du a avril i8a4 » le 10 mai suivant, la collection était ouverte au public.
En i8î5, sir Georges Beaumont, l'un des trustée (commissaires ou curateurs) de la nouvelle institution, lui donna quinze tableaux importants, estimés alors plus de aoo,ooo francs. C'est à sir Georges Beaumont que revieut l'honneur d'avoir donné le signal de ces sortes d'offrandes patriotiques ; son exemple a valu plus tard à la Galerie nationale des dons d'une incroyable richesse, et rien n'est plus touchant que de voir dans ces sanctuaires du génie, nos musées ne sont pas autre chose, sur la base d'une belle œuvre d'art, au-dessous du nom de l'artiste qui l'a créée, le nom de l'amateur généreux qui la consacre à ses concitoyens.
Cependant il est permis de douter que l'enthousiasme ait d'abord été trèsgrand en Angleterre. Le premier catalogue raisonné de la Galerie nationale, publié en i8a6, par W. "ïoung Ottley, ne contient encore que soixante-trois numéros. Peut-être n'appréciait-on pas à sa juste valeur l'inûuence qu'une grande collection de peintures pouvait exercer sur le goût de la nation, et le rôle qu'elle est nécessairement appelée à jouer dans l'éducation publique. Les ressources de l'établissement étaient fort restreintes du reste : un budget annuel de a5,ooo francs devait suffire à son personnel et à ses achats; pour le surplus, en dehors de cette somme, chaque acquisition nouvelle nécessitait un vote du parlement, formalité qui a dû s'opposer pour sa part à l'accroissement régulier de la Galerie. Bref, en 1 844* après vingt ans de ce régime, et malgré quelques legs intéressants, la Galerie nationale, qui n'avait encore acheté dans cette période que dix-neuf tableaux , était loin d'être digne de son nom et de l'Angleterre.
C'est à ce moment qu'un artiste distingué, placé au premier rang des peintres anglais modernes, M. Charles Eastlake, fut appelé au poste de conservateur de la Galerie nationale, et mit à son service une activité que nous allons voir peu à peu grandir et se développer d'une façon très-remarquable. Timide d'abord dans ses acquisitions, c'est-à-dire sans parti pris exclusif, M. Eastlake semble, pendant les premières années, sonder le terrain et chercher sa voie. Il sacrifie encore, par exemple, au goût de ses compatriotes pour l'école de Bologne, et dissémine ses forces sur les œuvres des Flamands, des Espagnols et des Hollandais, jusqu'au moment où, systématique, et c'est ce dont il faut le louer, il arbore franchement ses préférences pour les belles œuvres italiennes du quinzième siècle et des premières années du seizième, poussant ses investigations jusque dans les sentiers encore peu frayés d'un art qu'il semble jaloux de nous montrer sous tous ses aspects, représenté, ajoutes les périodes de son histoire, par des œuvres authentiques et brillantes.
Cette recherche plus exacte de la suite historique dans l'œuvre des peintres italiens est ce qui distingue dès aujourd'hui la collection anglaise, et c'est là l'œuvre de M. Eastlake. Aussi nous a-t-il paru intéressant d'en suivre le développement dès l'origine par une énumération sommaire de tous les tableaux
achetés sous sa direction. Sa tâche difficile est loin d'être terminée; mais qu'il la continue quelques années encore, et la Galerie nationale de Londres sera devenue un musée d'étude que l'Europe pourra envier à l'Angleterre.